Après le crash en Egypte, Moscou intensifie ses frappes en Syrie

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Capture d’écran diffusée par le site du ministère de la Défense russe, le 15 octobre, montrant un bombardement sur un site présenté comme une position de l’Etat islamique en Syrie. Photo AFP

Les frappes menées mercredi semblent indiquer que l’avion de ligne russe qui a explosé samedi au-dessus du Sinaï a été victime d’un attentat et que Moscou cherche à se venger.

C’était l’une des très rares régions syriennes où se maintenait un cessez-le-feu entre l’opposition et les forces du régime et leurs alliés. Autour des villes de Maarat Masrin et Ram Hamdan, dans la province d’Idlib (nord-ouest), la trêve était entrée en vigueur en septembre et, si l’on excepte quelques incidents mineurs et très isolés, elle était respectée, une situation tout à fait exceptionnelle en Syrie.

C’est ce qui rend de prime abord incompréhensible sa violation, mercredi, par l’aviation russe qui, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), a conduit plusieurs raids sur les faubourgs de ces deux villes. Une hypothèse : Moscou, qui n’a pas encore rendu publiques ses conclusions sur les raisons de la chute de l’avion civil russe au-dessus du Sinaï, samedi, semble avoir pris acte qu’il s’agissait d’un attentat, revendiqué encore mercredi par l’organisation Etat islamique, et cherche d’ores et déjà à se venger.

Selon l’OSDH, il n’y avait jamais eu jusqu’alors de bombardements aériens dans cette partie de la province. Le cessez-le-feu avait été conclu pour six mois et était entré en vigueur le 24 septembre.

Une trêve qui arrangeait les deux camps

Ce cessez-le-feu était l’un des très rares succès de la diplomatie étrangère en quatre ans et demi de guerre civile. Il avait été décidé à l’issue de négociations entre l’Iran, le principal allié avec la Russie de Bachar al-Assad, et la Turquie, qui soutient les rebelles. Il concernait en particulier les villages chiites – ce qui explique la forte implication iranienne dans ces discussions – d’Al-Foua et Kefraya, tenus par les forces gouvernementales mais encerclés par les rebelles. Ces deux localités sont situées près des deux villes dont les faubourgs ont été bombardés par les avions russes mercredi, et qui entraient dans le périmètre de la trêve. En vertu d’un accord où chaque camp trouvait son compte, la trêve concernait aussi la ville de Zabadani, près de la frontière libanaise, où cette fois ce sont les rebelles qui sont assiégés par les forces gouvernementales et les milices du Hezbollah iranien. Selon les termes de l’accord conclu par Téhéran et Ankara, les insurgés pouvaient quitter librement Zabadani, et les civils les deux villages chiites. Des camions de ravitaillement affrétés par des organisations humanitaires étaient même entrés le mois dernier dans ces deux zones.

Les ponts bombardés

La violation de la trêve a d’ores et déjà provoqué la reprise des combats dans les deux régions concernées. Ce qui accrédite aussi l’idée que la Russie a entériné l’hypothèse de l’attentat contre l’avion, c’est que son aviation s’est déchaînée comme jamais mardi contre la ville de Raqqa, le QG militaire de l’Etat islamique, bombardant sans discernement les infrastructures civiles, en particulier les ponts. Jusqu’à présent, l’aviation russe avait peu frappé cette ville, préférant s’attaquer à l’opposition «modérée». «Moscou essaye de prétendre cyniquement que ses frappes étaient centrées sur les terroristes mais 85 à 90 % de celles-ci ont touché l’opposition modérée», a d’ailleurs insisté mercredi la vice-secrétaire d’Etat américaine, chargée du Proche-Orient, Anne Patterson, devant une commission du Congrès.

Par ailleurs, l’armée syrienne et ses alliés a brisé mercredi le siège imposé depuis deux semaines par l’Etat islamique aux secteurs gouvernementaux d’Alep, en rouvrant une route reliant ces quartiers au reste de la Syrie.

Jean-Pierre Perrin

Libération
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