Arraché par les États-Unis, il prévoit la création de « zones démilitarisées » au sud du pays, mais laisse Israël libre de frapper.
Combien de temps peut-il tenir ? Le nouvel accord de cessez-le-feu entre ‐ Israël et le Hezbollah, auquel sont parvenus mercredi soir à Washington négociateurs libanais et israéliens sous le parrainage américain, est des plus fragiles, compte tenu de l’opposition réaffirmée jeudi par le Hezbollah et de nouvelles frappes israéliennes dans le sud et l’est du Liban, jeudi encore.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a parlé d’une « déclaration de principe ». Selon lui, elle prévoit, dans le sud du Liban « que l’armée, à ce stade, poursuive ses tirs et ses opérations sur le terrain », et se maintienne dans la « zone de sécurité » frontalière, « y compris dans le secteur de Beaufort et sans retour de la population » libanaise. L’accord, largement favorable à l’État hébreu, prévoit également « la liberté d’action pour Israël, avec l’aval des États-Unis, de frapper Beyrouth, en réponse à des tirs sur les localités et le territoire israéliens », a affirmé le ministre.
Comme le précédent, qui n’avait tenu que quelques heures, le cessez-le-feu est conditionné à un « arrêt complet » des tirs du Hezbollah, et à « l’évacuation » de tous les membres du mouvement de la zone située au sud du fleuve Litani, qui coule à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière avec Israël. Or, jusqu’à maintenant, le Hezbollah refusait de limiter son affrontement avec l’armée israélienne au sud du Liban, affirmant vouloir continuer à attaquer le nord de l’État hébreu. Qu’en sera-t-il désormais ? L’Iran, qui contrôle militairement son allié, l’amènera-t-il à davantage de souplesse ? Ce n’est pas ce qui transpire des premières réactions, ni de Téhéran, ni de son plus fidèle allié chiite sur « l’Axe de la résistance » antiaméricain et anti-israélien au Moyen-Orient.
Quelques heures après cet accord, les tout-puissants gardiens de la révolution iraniens ont exigé le retrait de l’armée israélienne du Liban. « Soutenir la résistance au Liban est le devoir de chacun de nous », a réagi dans une déclaration écrite le général Esmail Qaani, responsable de la Force al-Qods, la branche des opérations extérieures des gardiens. Il ajoute toutefois que « la revendication minimale de la résistance est (…) le retour de l’armée israélienne) aux positions qu’elle occupait avant le début de la guerre » contre l’Iran, le 28 février dernier, c’est-à-dire à six positions en territoire libanais, le long de la frontière avec Israël. Il n’adopte pas la position maximale liant tout respect du cessez-le-feu à un retrait total de Tsahal du ‐ Liban.
La reprise en main de l’Iran
Le patron de la Force al-Qods a laissé le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, le choix de mots plus durs. Ce dernier a rejeté cet accord, affirmant qu’il n’y aurait pas de sécurité pour le nord d’Israël sans sécurité pour les villages du sud du Liban, et exigeant un retrait israélien « global » du pays du Cèdre. Mais depuis que l’Iran a repris en main le Hezbollah, chacun sait que le dernier mot revient à Téhéran et non pas au chef du Hezbollah, considéré comme un homme aux ordres de son parrain.
L’accord comprend d’autres zones d’ombre. Il prévoit, selon Israël, la création d’une « zone démilitarisée » au sud du Litani. Qui va conduire cette démilitarisation ? Jusqu’à maintenant, les Forces armées libanaises (FAL) refusaient de céder aux demandes américaines et israéliennes de désarmer le Hezbollah, et même de faire reculer ses combattants au sud. La volonté politique n’existait pas à Beyrouth, où le président de la République, le général Joseph Aoun, redoute les frictions communautaires, y compris au sein de la troupe, en cas d’action contre la milice chiite. Joseph Aoun estime toutefois que cet accord constitue « la dernière chance pour parvenir à un cessez-le-feu global et définitif » avec Israël, et son premier ministre, Nawaf Salam, a d’ores et déjà annoncé le déploiement de l’armée dans les zones pilotes. Auparavant, Joseph Aoun avait mis en garde le Hezbollah, en déclarant que « chaque partie doit assumer la responsabilité si elle ne répond pas favorablement ».
Les FAL, selon le texte de l’accord, devraient en effet mettre en place des « zones pilotes dans lesquelles (elles) exerceront un contrôle exclusif », mais rien d’autre n’est dit sur la manière dont ce mécanisme – hautement risqué – serait mis en œuvre.
Un haut gradé français, familier du terrain, trouve l’idée « astucieuse et intéressante ». Selon lui, « on évite le terme qui fâche côté libanais de zone tampon, et on peut imaginer que grâce à des efforts localisés et précis on encourage le retour de l’armée libanaise, ainsi qu’un début de prise en compte de l’autorité libanaise, et donc du désarmement du Hezbollah. On rentre ainsi dans la réalité du terrain ». Mais, prévient cette source, « cette idée doit s’accompagner d’un repli israélien du voisinage des zones démilitarisées. Israël doit renvoyer l’ascenseur, sinon on continuera d’alimenter le Hezbollah ».
« Il y a une opportunité à saisir », renchérit un diplomate à Beyrouth. Mais, pour que le mécanisme fonctionne, se pose la question de la capacité de l’armée libanaise à remplir, opérationnellement, la part de la mission que cet accord de cessez-le-feu lui attribue. « Depuis des décennies, fait valoir ce diplomate, les États-Unis ont une loi qui empêche le Liban d’équiper plus efficacement son armée. On est en pleine hypocrisie. On a calibré l’armée libanaise pour qu’elle fasse du maintien de l’ordre et du contrôle de foules, on ne peut pas lui demander aujourd’hui d’affronter la première armée du Moyen-Orient. » Jusqu’à maintenant, toute tentative de renforcer les FAL se heurtait à l’opposition d’Israël, qui craignait que les armes acheminées à Beyrouth finissent entre les mains du Hezbollah.
