Les métamorphoses de l’opportuniste

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Le peuple a pris l’habitude de surnommer, poliment, la caste dirigeante libanaise d’association de malfaiteurs au sens que donne à cette notion le Code Pénal.

 

Ce réseau du crime organisé est une vulgaire structure bâtarde et hybride, faisant office de mafia milicienne, ou « M&M » selon l’heureuse formule de Saleh Machnouk. Elle associe deux entités : une milice privée armée qui protège un réseau de banditisme mafieux qui ferait rougir de honte les grands modèles en la matière comme Cosa Nostra, Camorra ou Ndranghetta. Ce couple pervers a réduit à néant le labeur de 160 ans de prospérité qui ont positionné le Liban comme « hub » incontournable éducatif, financier et hospitalier sans oublier sa position de terminal du commerce international et du tourisme.

« M&M » est une association opportuniste bilatérale, comme celle de tout commensalisme biologique où deux créatures animales profitent l’une de l’autre, « mangent à la même table » comme le disait le biologiste belge Joseph Van Beneden, inventeur du terme « commensal ». Au Liban, la paire « M&M » forme une créature hideuse qui a infesté, comme parasite et non comme commensal, l’État libanais, ses institutions et sa société. Ses deux composantes font office de charognards du Liban. « Milice » a pris en otage l’État, sa souveraineté et ses institutions tout en protégeant « Mafia » qui a pris en otage les différentes confessions du système politique et s’exprime en leur nom. Rien ne saurait mieux définir « M&M » que Chateaubriand parlant de Talleyrand et de Fouché, les deux pires ordures de la Révolution française : « le vice appuyé sur le bras du crime ». « Quand Monsieur de Talleyrand ne conspire pas, il trafique », ajoute Chateaubriand à propos de cet aristocrate, ancien évêque, que Napoléon Bonaparte considérait comme « de la m… dans des bas de soie ».

Que dire, dans ces conditions, de la plupart des chefferies du Liban, qui ne réagissent même pas quand le président d’une république étrangère les insulte en leur balançant à la figure les vérités de leurs turpitudes. Crachez-leur au visage, déversez tous vos vomis sur eux. Impassibles, ils essuient vos déjections avec leur mouchoir en fine toile de lin, et reprennent le cours des choses comme si de rien n’était. Jetez les dans une benne à ordures ; ils continueront à vous sourire pensant vous amadouer encore et encore. Mais surtout ne les insultez pas, ne dîtes pas de gros mots. Restez polis face aux Excellences, notamment sur les réseaux sociaux. « M&M » ratisse la toile de l’araignée Internet, guettant la moindre parole désobligeante à son égard afin de traduire son auteur devant des procureur(e)s indignes qui font honte à la magistrature. Incultes, sauf en matière de banditisme, ils n’ont pas lu Juvénal, Démosthène ou Al-Mutanabbî. Ils ignorent que l’insulte politique, sous forme de diatribe, de philippique, de satire, de pamphlet, est un genre littéraire hautement apprécié. C’est pourquoi, ils sont incapables de comprendre que l’insulte est une arme politique redoutable quand elle est utilisée à bon escient.

Voici donc « M&M », abject et sinistre, qui pavane aujourd’hui arborant fièrement une candeur suspecte. Chacun y va de son trémolo sur l’urgence de former un gouvernement, sur la nécessité de faire appel à des gens compétents et autres lieux communs de la diarrhée verbale de ces représentants d’une humanité déchue.

Nous posons deux questions :

– Saad Hariri est-il en mesure de diriger cette phase cruciale de transition ? Son expérience passée à ce même poste n’autorise pas une réponse affirmative.

– « M&M » laissera-t-il les mains libres au futur gouvernement ? La réponde est « Non ». « M&M » cherche à gagner du temps.

Dans « Les tâches de l’Université », l’ancien recteur de l’USJ Selim Abou s’en prend à l’opportunisme comme trait culturel dominant au Liban. En cette période de formation d’un gouvernement, les membres de « M&M » qui défilent sur nos écrans, illustrent les propos de Selim Abou : « L’opportuniste est intrigant, retors, corrupteur et corrompu. L’opportuniste ne marche pas, il se contorsionne. Devant plus faible que lui, il plane, devant plus fort il rampe et sa culture politique se mue en culture de la servilité. L’opportuniste contourne la loi, crache sur le bien commun et, pour lui, la patrie vaut trente deniers ».

OLJ

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jadou jibril
jadou jibril
4 mois il y a

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