Le Liban puni par l’Arabie saoudite

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Riyad a décidé de couper les ponts avec Beyrouth, au prétexte qu’un ministre libanais avait critiqué son intervention militaire au Yémen, ce qui fragilise un peu plus le gouvernement de Mikati et un pays exsangue.

 

PROCHE-ORIENT                   La stabilisation politique relative du Liban aura été de courte durée. Un peu plus d’un mois après son entrée en fonction, qui a mis fin à treize mois de vacance à la tête de l’exécutif, le gouvernement de Najib Mikati est déjà en crise et fait face à une nouvelle tempête, laquelle ne fait qu’aggraver l’effondrement en cours de ce pays depuis deux ans. Le coup est venu d’Arabie saoudite, qui a annoncé l’arrêt de toutes ses importations en provenance du pays du Cèdre, le rappel de son ambassadeur à Beyrouth, et a donné quarante-huit heures à l’ambassadeur du Liban à Riyad pour quitter le royaume. Bahrein lui a emboîté le pas, puis le Koweit, suivis des Émirats arabes unis, mais Oman et le Qatar sont restés sur la réserve.

Une sanction justifiée officiellement par les propos critiques sur l’intervention saoudienne au ­Yémen, tenus par le ministre libanais de l’Information, Georges Cordahi, avant la formation du gouvernement, dans une émission de la chaîne qatarie al-Jazeera et reprise il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. Cordahi, une vedette qui a fait notamment carrière sur la chaîne saoudienne MBC, avait jugé « absurde » la guerre du Yémen, estimant que les houtistes « se défend(ai)ent » contre des puissances étrangères, à savoir la coalition menée par l’Arabie saoudite. Les houtistes étant soutenus par Téhéran et le Hezbollah, son allié chiite au ­Liban, la position du ministre a immédiatement déclenché des campagnes partisanes et communautaires, selon les lignes de clivages régionales qui se répercutent directement sur la scène politique libanaise.

D’un côté, le Hezbollah a salué la position « courageuse » du ministre et accusé l’Arabie d’« ingérence ». De l’autre, le chef chrétien des Forces libanaises, Samir Geagea, allié de Riyad, se pose en chef de file de l’axe anti-iranien au Liban. Son parti a officialisé le choix de la confrontation ouverte avec le Hezbollah, avec qui il a précédemment formé des gouvernements d’union nationale, en justifiant le recours aux armes lors des « incidents » de Tayyouné le 14 octobre, qui ont fait sept morts, dont une civile et six hommes armés d’Amal et du Hezbollah. Entre les deux sont à peine entendues les voix remettant en cause les fondements du système politique libanais lui-même, qui fait du pays une arène ouverte à tous les vents. Les conflits régionaux s’y déroulent par procuration, le pays du Cèdre n’ayant pas d’État en mesure de définir des relations étrangères fondées sur des intérêts stratégiques nationaux. C’est ainsi que le demi-million de ressortissants obligés de travailler dans le Golfe, faute d’emplois au Liban, se retrouvent otages de politiques de représailles.

L’ambassadeur saoudien à Beyrouth les a rassurés dans un tweet, affirmant qu’ils ne seraient pas inquiétés. Tandis que ce qui reste du tissu productif libanais, laminé par une crise sans précédent qui s’est traduit par une chute du PIB de plus de 40 % en deux ans (lire ci-dessous), subit la fermeture du marché saoudien, l’une des principales destinations des maigres exportations libanaises.

Pour la plupart des observateurs, il est évident que les propos de Cordahi ne sont qu’un prétexte à la rupture diplomatique avec le Liban décidée par Riyad. Ce qui se joue tient surtout à l’évolution de la relation entre Téhéran et Riyad, qui sont engagés dans des pourparlers bilatéraux, tandis qu’en parallèle se déroulent les discussions avec Washington sur le nucléaire iranien.

« Le durcissement saoudien envers le Liban n’est pas nouveau. Il remonte à 2017 et la séquestration du premier ministre, Saad Hariri, accusé de mollesse face au Hezbollah. La radicalisation récente s’inscrit dans le cadre du bras de fer avec l’Iran, la frustration saoudienne due à l’absence d’avancées bilatérales, et une crainte exacerbée face aux discussions multilatérales menées par les États-Unis », analyse un diplomate. Face à ces logiques qui le dépassent, le premier ministre, Najib Mikati, fait pâle figure. Les appels à sa démission se multiplient dans les rangs pro Vsaoudiens. Mais, à l’inverse, le Hezbollah menace de faire tomber le gouvernement par la démission de ses ministres si Georges Cordahi est sanctionné. Les menaces des mêmes ministres du Hezbollah, qui réclament la révocation du juge chargé de l’enquête sur l’explosion du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth, pèsent déjà sur le Conseil des ministres, qui ne se réunit plus. Paris et Washington servent pour l’instant de bouclier à Mikati. Avec la présence médiatisée d’un diplomate américain à Beyrouth à une réunion ministérielle de crise dès samedi. Et la rencontre prévue entre Emmanuel Macron et Mikati ce lundi en marge du sommet de la COP26.

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Francis E.Wadih
Francis E.Wadih
27 jours il y a

Le Liban puni par les Libanais .

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