À ceux qui n’ont pas peur…

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Il est un devoir, pour toute personne soucieuse de l’avenir du Liban, de dénoncer les choix que certains chrétiens de ce pays adoptent à l’heure actuelle pour « assurer » ce qu’ils appellent « les intérêts de la communauté ». Certes, les événements régionaux, à l’origine des grands changements dans la configuration politique nationale et régionale, déstabilisent ces chrétiens-là; cela, nous le reconnaissons. Ces évènements pourraient d’ailleurs fragiliser leur position et leur raison d’être dans cette partie du monde.

Face à ce tournant historique, certains partis chrétiens de la guerre – et aussi ceux qui ont décidé de se comporter comme « résidents » au Liban, plutôt que comme « citoyens » libanais – ont décidé de n’afficher que de la PEUR !

– Peur d’abord de l’islam, dans ses deux composantes sunnite et chiite. Les premiers sont ainsi soupçonnés d’être des salafistes, et les seconds des fanatiques rebelles.

– Peur, ensuite, de la loi électorale – toutes les lois électorales !!!

– Peur également de la démographie. Tous les matins, il en est ainsi parmi les chrétiens qui se désolent de la « prolifération » des musulmans et de leur propre incapacité à pouvoir les rattraper au plan numérique !!!

– Peur enfin du printemps arabe, perçu comme étant un « printemps islamiste ». Ainsi ne ratent-ils aucune occasion de dénoncer la « sauvagerie des islamistes révolutionnaires syriens », affichant par contre un mutisme douteux quant à la barbarie de Bachar el-Assad – dont le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, est d’ailleurs l’un des défenseurs acharnés devant les instances internationales… Ensuite nous sommes surpris et poussons des cris d’orfraie lorsque deux prélats sont enlevés à Alep…

Ces chrétiens-là ne m’inspirent pas confiance. Je n’ai pas l’impression qu’ils soient capables de présenter des solutions valables aux problèmes auxquels nous sommes actuellement confrontés.

Par opposition à ce discours « chrétien » apeuré et atterré, pourquoi ne pas repérer et énumérer « nos » points forts?

– Nous sommes forts parce que nous sommes une communauté et non pas une minorité terrorisée par l’islam. La « communauté » s’ouvre aux autres et se complète avec les autres, tandis que la « minorité » est à la recherche de garanties et de systèmes de défense.

– Nous sommes forts parce que nous n’avons besoin d’aucune protection externe (étrangère ou iranienne) ou interne (sunnite ou chiite).

– Nous sommes forts parce que le monde arabe défend aujourd’hui les mêmes valeurs que nous avons défendues depuis 2 000 ans ! Le respect de la dignité humaine, de la liberté d’expression et de la démocratie est en effet devenu le thème défendu par la majorité du monde arabe !

– Nous sommes forts parce que nous ne sommes pas qualifiés de « terroristes ».

– Nous sommes forts parce que nous sommes bien accueillis dans le monde arabe.

– Nous sommes forts parce que le clivage qui divise le monde arabe entre courant civil et courant islamiste nous donne une occasion unique de dynamiser le courant qui revendique la mise en place d’un État civil. Il est en effet inconcevable de louer le modèle civil en Turquie et de soutenir la loi dite « orthodoxe » au Liban !

– Nous sommes forts parce que nous refusons les réductions simplistes dans tous les domaines et, surtout, nous avons le courage de dénoncer ceux qui essaient de nous réduire à de simples éléments ou instruments !

– Nous sommes forts parce que notre témoignage en Occident est capable d’atténuer l’islamophobie en vogue depuis le 11 septembre 2001.

Je dénonce ouvertement l’attitude de ceux qui adoptent aujourd’hui ce discours craintif, chétif et non constructif, et je les invite plutôt à mettre en place un débat démocratique pour donner des solutions intelligentes aux problèmes épineux auxquels nous sommes confrontés. Ce débat se déroule d’ailleurs déjà au sein du rassemblement de « Saydet el-Jabal » depuis l’an 2000, date historique du retour de l’initiative chrétienne, du fameux manifeste de Bkerké et de la fondation du Rassemblement de Kornet Chehwane

Seules des institutions démocratiques et non liées à des intérêts à court terme peuvent faire fonction de forum afin de débattre des véritables questions d’avenir.

Las du dolorisme et des lamentations. Agissons !

* Coordinateur général du 14 Mars

Beyrouth

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