Les Russes s’activent de plus en plus pour débloquer la présidentielle

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L’accord express auquel sont parvenues les forces politiques autour de leur participation, hier, à la séance consacrée à la « législation de nécessité » prouve qu’elles sont bel et bien capables de s’entendre quand elles le désirent. Cela signifie que ce volontarisme peut être extensible à l’élection d’un chef d’État qui pourrait se concrétiser sans aucune ingérence extérieure. C’est ce que constate un diplomate qui s’étonne toutefois de voir que les quatre leaders chrétiens (les chefs des FL, des Kataëb, du CPL et des Marada) n’arrivent pas à s’entendre sur cette échéance.

Avalisant la thèse défendue depuis plusieurs mois par les Kataëb, un ancien ministre de la Justice affirme qu’en cas de vacance à la première magistrature, les députés doivent procéder à l’élection du président avant tout autre chose, la Chambre, transformée en collège électoral depuis la vacance de la présidence, n’étant plus une assemblée délibérante. Cette logique est contestée par certaines parties politiques qui continuent de défendre le concept de « la législation de nécessité », arguant de l’impératif d’éviter la paralysie des institutions.
(Lire aussi : Recouvrement de la nationalité, promesse de nouvelle loi électorale et projets financiers, principaux acquis de la séance)
Après plusieurs mois de blocage systématique de cette échéance orchestré par une partie influente sur l’échiquier politique, de nouveaux espoirs sont nés au lendemain de l’intervention russe en Syrie et des changements conséquents dans les rapports de force en présence, à l’ombre notamment de la perspective d’un règlement de la crise amorcé à Vienne.Désormais, et selon des informations concordantes, le dossier de l’élection d’un chef d’État ne peut plus servir de carte de pression qui peut être exploitée dans le cadre de la crise syrienne, l’entrée en scène de Moscou ayant abouti à une redistribution des cartes et contribué à réduire le rôle de l’Iran. Un diplomate russe a fait savoir à un responsable libanais, qu’il a rencontré à New York, que son pays est disposé à faire pression sur l’Iran et ses alliés au Liban pour faciliter l’élection d’un chef de l’État dès qu’un compromis sur la situation en Syrie est mis sur les rails.

Pour sa part, l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, Alexandre Zasypkin, a attiré l’attention d’un responsable libanais sur l’occasion qui se présente actuellement, affirmant que les Libanais devraient la saisir au vol en procédant à l’élection d’un président. Il a en outre assuré que son gouvernement est disposé à aider et à accompagner le processus. La dynamique enclenchée en ce sens par le diplomate russe, qui a récemment rencontré le nonce apostolique au Liban pour évoquer la présidentielle, illustre les efforts entrepris dans cette direction pour tenter d’éliminer les obstacles. Des observateurs n’ont pas écarté la possibilité d’une visite d’un haut responsable russe à Paris d’ici à la fin du mois en cours pour discuter du dossier libanais.
(Lire aussi : Les Kataëb dans la rue : « La Constitution n’est pas une serpillière »)

Les yeux sont également rivés sur la rencontre qui aura lieu le 15 novembre entre les présidents iranien et français, Hassan Rohani et François Hollande, dans la capitale française. Le président iranien avait affirmé, lors de sa rencontre avec son homologue français en septembre dernier à New York, que le dossier de la présidentielle nécessitait un examen un peu plus poussé et qu’il l’évoquerait à nouveau lors de sa prochaine visite à Paris. Un responsable politique arabe résidant en France a indiqué pour sa part que c’est à la lumière des résultats de ces entretiens que M. Hollande décidera de la date de sa visite à Beyrouth, qui avait été entre-temps gelée en attendant des développements positifs. Une fois que la France annoncera la date de la visite du président Hollande à Beyrouth, cela signifiera que le feu vert a été donné par l’Iran pour débloquer cette échéance.

C’est dans ce contexte qu’il faudra également comprendre la position exprimée il y a deux jours par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a préconisé la nécessité pour les parties libanaises de s’entendre sur un arrangement global qui porterait en même temps sur la présidence, le gouvernement et la loi électorale. Une proposition interprétée par les milieux du 14 Mars comme étant une invitation à un compromis qui supposerait une renonciation aux deux candidats contestés de part et d’autre de l’échiquier politique, à savoir Michel Aoun et Samir Geagea, pour leur substituer un candidat de compromis. L’idée de ce « package deal » a été rejetée par certains milieux du 14 Mars qui réitèrent leur attachement à la priorité de l’élection du président sans qu’elle ne soit nécessairement liée à la loi électorale ou au gouvernement.

Selon un observateur, l’initiative de Hassan Nasrallah ne peut être séparée du renversement des rapports de force en Syrie après l’intervention russe, le Hezbollah et le camp du 8 Mars en général n’étant plus en position de force et ne pouvant plus par conséquent imposer leur choix au Liban comme auparavant, lorsque la Syrie était encore sous la coupe de l’Iran.

L’Orient Le Jour

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