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    You are at:Home»Categories»à la une»Le trou noir syrien sur la carte de la pandémie

    Le trou noir syrien sur la carte de la pandémie

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    By Le Monde on 20 mars 2020 à la une

    Damas assure qu’aucun cas n’a été détecté en Syrie, en dépit de sa proximité avec l’Iran

     

    B. Ba.-    BEYROUTH- correspondant

    Zéro cas et zéro décès. A en croire les autorités de Damas, la Syrie serait pour l’instant épargnée par l’épidémie due au coronavirus. Alors que tous les Etats de la région se débattent avec la maladie, en particulier l’Iran, où plus de 16 000 contaminations et près de 1 000 morts ont été officiellement recensées, le régime de Bachar Al-Assad assure que le Covid-19 n’a toujours pas touché son territoire.

    Ce tableau très optimiste ne convainc guère en dehors des cercles officiels. Pour la plupart des observateurs indépendants, il est inconcevable que le pays ne soit pas affecté, compte tenu de l’étroitesse de ses liens avec l’Iran. En plus de milliers de miliciens, mobilisés aux côtés des forces gouvernementales, Téhéran envoie en Syrie de nombreux groupes de pèlerins chiites.

    « Comment imaginer que le coronavirus n’ait pas pris racine alors que les Iraniens ne cessent d’aller et venir en Syrie ? », interroge le Syrien Samer Jabbour, professeur de santé publique à l’Université américaine de Beyrouth. « Les autorités syriennes sont dans le déni », renchérit un diplomate occidental qui travaille sur le dossier syrien.

    Depuis plusieurs jours, des allégations difficiles à vérifier faisant état d’une rapide propagation du Covid-19 circulent dans les milieux d’opposition. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) évoque de nombreux cas d’infection et plusieurs décès. « Les médecins ont reçu des consignes strictes de silence de la part des autorités syriennes », soutient l’ONG. Selon cette source, huit membres de milices chiites, six Iraniens et deux Irakiens, basés dans la vallée de l’Euphrate, ont notamment été testés positifs.

    Dans une série de Tweet, un journaliste prorégime, Rafik Lotf, s’est permis de moquer les dénégations du gouvernement, assurant que les cas de décès des suites de problèmes respiratoires étaient en forte hausse. « Les gens pensent que le virus qui se répand dans le monde entier va s’arrêter aux frontières de la Syrie », raillait-il dans un message daté du 9 mars.

    L’élément le plus tangible accréditant la thèse de la contamination de la Syrie provient d’un communiqué de la province du Sindh, au Pakistan. Il affirme que six Syriens, arrivés la semaine dernière à l’aéroport de Karachi, après un transit par Doha, ont été testés positifs.

    Vive inquiétude à Idlib

    Des analystes voient dans la communication du gouvernement une volonté de dissimulation délibérée, destinée à épargner l’allié iranien. Mais le fait qu’aucun cas n’ait été détecté à ce jour en Syrie peut aussi être dû aux déficiences du système de santé étatique, dévasté par neuf années de guerre. « Les deux facteurs cohabitent, dit Samer Jabbour. Lerégime a intérêt à minimiser le phénomène. Mais c’est vrai aussi qu’il n’y a qu’un seul centre de dépistage, installé à Damas. » Signe de la fébrilité du pouvoir, les grandes prières du vendredi ont été suspendues, et les écoles et les universités ont été fermées jusqu’au 4 avril.

    Dans les zones à majorité kurde, sous contrôle des Forces démocratiques syriennes, dans le nord-est du pays, les autorités ont interdit tout rassemblement et fermé le poste frontière avec le Kurdistan irakien. Le veto mis par la Russie, à la fin 2019, au renouvellement de la résolution onusienne autorisant l’acheminement d’aide humanitaire par ce point de passage, empêche l’OMS de livrer des tests dans le Nord-Est.

    Dans l’enclave d’Idlib, le dernier fief de l’insurrection, situé dans le coin nord-ouest de la Syrie, où vivent 3 millions de personnes, la peur de la contamination est également vive. La population, qui a subi des mois de bombardements, est composée en grande partie de déplacés, agglutinés dans des tentes et des abris de fortune.

    Les structures de santé de cette zone, qui ne disposaient jusque-là d’aucun moyen de détection du coronavirus, ont récemment reçu du matériel de l’OMS, ce qui devrait leur permettre de commencer les tests d’ici à la fin de la semaine. Un diplomate occidental familier du conflit syrien prévient : « Si le coronavirus se développe dans une zone aussi dense qu’Idlib, où les gens vivent parfois à dix dans une seule tente, ce sera le carnage. »

    LE MONDE

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