« Tous les migrants illégaux en Europe proviennent de zones arides »

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PROPOS RECUEILLIS PAR MARIELLE COURT @MarielleCourt

MONIQUE BARBUT est la secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. La question des réfugiés climatiques fait partie de son quotidien.

LE FIGARO.- Est-il pertinent d’établir un lien entre le climat et les migrants ?

Monique BARBUT.- Il y a aujourd’hui dans le monde 500 millions de fermes de moins de deux hectares. Elles emploient deux milliards d’individus et nourrissent 80 % de la population. Si ces petits paysans qui sont en auto-subsistance subissent deux ou trois années de sécheresse à la suite, ils perdent tout.

Pour autant, ils ne débarquent pas dans la foulée sur les côtes européennes ?

Cela se passe en deux ou trois temps. Dans la plupart des cas, les hommes vont quitter leur terre et venir dans les grandes villes avec l’espoir de trouver un emploi. En vain la plupart du temps. C’est là qu’ils peuvent tenter de migrer, d’abord dans des pays voisins ou bien tomber sur des passeurs pour aller plus loin. Mais sur place ces jeunes hommes vont aussi être à l’origine de troubles sociaux.

Comme en Syrie ?

Avant le conflit, il y a eu quatre ans d’une sécheresse épouvantable. On sait qu’environ un million de paysans ont quitté leurs terres pour se rendre en ville où ils ont croisé un million d’Irakiens réfugiés de la guerre. Deux millions d’hommes complètement démunis qui se retrouvent dans des villes, cela aboutit à des conflits. Attention, je ne dis pas que climat et sécheresse sont les seuls responsables. Mais cela y participe grandement.

Ces phénomènes climatiques font aussi le lit du terrorisme dites-vous ?

Là encore, le lien n’est pas direct. Mais prenons l’exemple du nord du Mali. Sécheresse après sécheresse, les hommes sont partis pour tenter leur chance ailleurs, laissant derrière eux femmes et enfants. Al-Qaida a pu s’installer dans les villages en profitant de la vulnérabilité de ces populations, en promettant de les nourrir et de les protéger.

Les prévisions en matière de réchauffement climatique laissent augurer de graves problèmes…

Quand bien même on arriverait à maintenir à 2 °C la hausse moyenne de la température mondiale, cela voudra dire plutôt 4 °C dans certaines régions d’Afrique. Les années de sécheresse vont être de plus en plus fréquentes. Ce n’est pas tenable.

Y a-t-il des projections de migrations ?

Nous avons effectué un travail avec l’armée britannique. D’ici à 2045, il prévoit, toujours pour des questions de sécheresse, le déplacement de 135 millions de personnes dans le monde dont près de 60 pourraient converger vers l’Europe. Et n’oubliez pas que tous les migrants illégaux aujourd’hui en Europe proviennent de zones arides.

Quelles sont vos préconisations ?

Notre message est qu’il faut absolument réhabiliter les terres dégradées. Elles peuvent toutes l’être. Nous avons lancé le programme des trois « S » : soutenabilité, stabilité et sécurité. On travaille à partir des camps de réfugiés. Le premier chantier est au Niger. On réinstalle les personnes sur leur terre, on les forme et on les paye durant trois ans, le temps nécessaire pour que la terre redevienne fertile. Un tel programme est infiniment moins onéreux que de les maintenir dans des camps. Systématiser ces projets peut nous permettre de créer dix millions d’emplois le long de la bande sahélienne.

Le Figaro

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