L’IMN, un autre Boko Haram en puissance au Nigeria ?

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Le Nigeria est à nouveau secoué par des troubles religieux. Ce mois-ci, des centaines de musulmans chiites ont été exécutés par l’armée.Et ce,«sans qu’il y ait eu de provocation préalable», dénonce l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui dénombre «au moins 300» victimes issues du Mouvement islamique du Nigeria (IMN).

Cette tuerie a eu lieu à Zaria,dans le nord du pays. Selon l’armée, les militants ont essayé d’assassiner le chef d’état-major, Tukur Yusuf Buratai, en bloquant son convoi. Une version que dément l’IMN : si ses membres étaient rassemblés, c’était dans le cadre d’une procession chiite. «Il est presque impossible de comprendre comment une barricade érigée par des jeunes gens en colère a pu justifier le meurtre de centaines de personnes, déplore Daniel Bekele, directeur de HRW pour l’Afrique. Il s’agit au mieux d’une réaction disproportionnée et au pire d’une attaque planifiée contre un groupe chiite minoritaire.»

«Mentalité d’assiégé».En l’absence de bilan officiel, le nombre de morts est difficile à déterminer. S’il n’y a pas de réaction du président, Muhammadu Buhari, le gouvernement a mis en place la semaine dernière une commission judiciaire chargée d’enquêter.

«L’escalade de ces derniers jours entre l’IMN et les autorités fait penser aux débuts de l’insurrection de Boko Haram, explique Malte Liewerscheidt, analyste chez Verisk Maplecroft, une société de conseil en stratégie. La situation pourrait dégénérer si la répression devient disproportionnée et si Zakzaky [le leader de l’IMN, ndlr]et ses militants restent emprisonnés sans procès.» Dans ce pays à majorité sunnite, les chiites représentent moins d’un musulman sur cinq. Une situation minoritaire qui, selon l’analyste, a «contribué à créer une mentalité d’assiégé et à la radicalisation».

Modèle iranien.L’IMN, créé dans les années 80, milite pour une république islamique sur le modèle iranien. Il «attire la jeunesse pauvre en offrant des prestations sociales que ne fournit pas l’Etat», conclut Liewerscheidt. Le sultan de Sokoto, la plus haute autorité musulmane du pays, a mis en garde les autorités contre le risque de créer un autre Boko Haram : «Il ne faut pas répéter les erreurs du passé, qui ont engendré une insurrection aux conséquences dramatiques.»

Hélène Gully

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