Le prince héritier saoudien a assisté dimanche à la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d’e-sport.
Depuis sa prime jeunesse, Mohammed Ben Salman, surnommé « MBS », ‐ adore les jeux vidéo. En France depuis vendredi, le prince héritier saoudien, qui dirige de fait le royaume en raison de l’âge avancé de son père, le roi Salman, a tenu à participer ce dimanche soir à la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d’e-sport, en compagnie d’Emmanuel Macron au Grand Palais à Paris.
La compétition devait se tenir chez lui en Arabie saoudite, mais en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui riposte contre ses voisins du Golfe, elle a été transférée en France, qui a déjà fait ses preuves en matière d’organisation de grands événements sportifs : les derniers Jeux olympiques, notamment, en 2024.
Cette Coupe du monde d’e-sport témoigne de « l’ambition commune de la France et de l’Arabie saoudite de faire du sport et de la culture des vecteurs de leur rapprochement », souligne l’Élysée. Il se dit pourtant dans l’entourage d’Emmanuel Macron que celui-ci n’était « pas très allant » pour se joindre à cette cérémonie de clôture. « Je ne suis pas sûr que le président de la République ait, jamais, trop joué aux jeux vidéo », confie un de ses anciens conseillers.
« En revanche, ajoute-t-il, je me souviens très bien que lors de son dernier déplacement en Arabie en décembre 2024, lui, Sébastien Lecornu et Jean-Noël Barrot (ses ministres des Armées et des Affaires étrangères, NDLR) avaient halluciné lorsque, en pénétrant dans l’antre de MBS à Riyad, ils avaient découvert une gigantesque salle de jeux vidéo avec des écrans partout ».
Au-delà du sport, les crises qui secouent le Moyen-Orient ainsi que la coopération économique bilatérale seront au menu de cette visite que le prince héritier a entamée vendredi, en séjournant dans son château de ‐ Louveciennes, près de Versailles, qu’il a acquis en 2015. Une réplique moderne du château de Vaux-le-Vicomte, avec ses parquets vieillis d’époque, ses petits salons ornés de bibliothèques peuplées de livres, parfois des imitations, le tout donnant sur des jardins à la française.
Côté saoudien, on insiste sur le volet économique. Le contrat qui permet à la France de gérer le développement du site nabatéen d’al-Ula, dans le nord du royaume, devrait être renouvelé en partenariat avec l’Arabie, selon des sources saoudiennes, apaisant les craintes de son patron, côté français, l’ancien ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Malgré la controverse apparue récemment, le royaume reste engagé dans le rachat – via un de ses fonds d’investissement – du parc d’attractions à thème de Mirapolis en banlieue parisienne, fermé depuis des années. Il n’est toutefois pas certain qu’une annonce formelle d’acquisition ait lieu au cours de cette visite, Riyad et Paris étant encore à la recherche d’autres investisseurs.
Ciblé par les missiles et les drones iraniens depuis le début de la guerre en février dernier, le royaume est intéressé par les radars antimissiles de la société Thalès, qui ont fait la preuve de leur efficacité au cours de la guerre en détectant les drones iraniens Shahed, à plus de 150 kilomètres de leur cible. Dans le domaine de la défense encore, Paris pousse également une ‐ offre de vente à Riyad d’avions de combat Rafale.*
Une entente diplomatique
L’Élysée annonce « a priori de nombreuses signatures (d’accords) lundi, en marge du forum économique, (….), dans les secteurs des transports, du quantique, et de l’énergie », avec une attention particulière donnée au « contournement (du détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran, NDLR) via des routes portuaires alternatives ». Il restera à vérifier s’il s’agit d’accords fermes et définitifs ou de simples accords de principe, qui parfois ne se concrétisent pas. Des deux côtés, on reconnaît en effet que la relation commerciale n’est pas à la hauteur des attentes, alors que diplomatiquement Paris et Riyad sont alliés sur la plupart des dossiers du Moyen-Orient. L’an dernier, l’initia‐ tive commune franco-saoudienne de reconnaissance de l’État de Palestine avait été couronnée de succès à l’ONU.
Le conflit persistant entre l’Iran et les États-Unis occupera enfin une place importante des discussions entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salman. Relativement moins touchée que ses voisins émirien, bahreïnien et koweïtien, l’Arabie ne veut pas d’une escalade militaire dont elle ferait les frais, l’Iran l’ayant averti qu’en cas de frappe américaine sur ses structures stratégiques, Téhéran répliquerait contre « des infrastructures stratégiques » dans le Golfe.
Pour que son plan de diversification de l’économie avec des méga-projets – dont certains ont été révisés à la baisse – réussisse, MBS a besoin de stabilité. C’est pourquoi il est intervenu récemment auprès de Donald Trump pour le dissuader de reprendre la guerre. Il veut croire que la nouvelle option choisie par le président américain – l’intensification des sanctions économiques contre l’Iran – fera revenir Téhéran dans l’accord de principe qui avait mis fin au conflit en juin. Mais pour très peu de temps.
