La rumeur veut que la diplomatie française ait incité — certains diraient pressé — le Premier ministre à faire passer en urgence la fameuse « Gap Law » devant le Conseil des ministres, au terme d’un véritable marathon législatif étalé sur trois jours consécutifs.
Le texte a finalement été adopté malgré les mises en garde préalables — courtoises dans la forme mais sans équivoque sur le fond — du Gouverneur de la Banque centrale, et en dépit de l’opposition ferme de neuf ministres sur les vingt-deux présents.
On pourrait raisonnablement soutenir qu’une loi d’une telle portée devrait recueillir une majorité des deux tiers. Mais l’arithmétique, semble-t-il, devient une science étonnamment souple lorsque des diplomates étrangers décident, pour ainsi dire, de faire claquer le fouet.
D’où la question, plus intéressante encore : pourquoi cette précipitation, et pourquoi les Français ?
S’agissait-il de démontrer que la France demeure influente, toujours capable d’exercer un levier sur le Liban et son Premier ministre, toujours maîtresse du dossier socio-économique — après avoir été discrètement marginalisée sur le terrain sécuritaire, désormais sous la plume américaine ? Il n’est un secret pour personne que les diplomates français, les attachés militaires, et même les officiers français servant sous le drapeau de la FINUL ne sont pas conviés aux réunions du mécanisme sécuritaire concerné. L’ambassade des États-Unis y assiste. La France, non.
Tout juste sortie de l’organisation d’une conférence à Paris destinée à mobiliser des financements en faveur de l’Armée libanaise — largement alimentés par la générosité saoudienne — la France a peut-être estimé nécessaire de frapper sur un autre registre. Mais cette démarche n’est pas sans conséquences. Si cette initiative vaut caution française à la version de la loi FSDR défendue par le Premier ministre, la logique voudrait alors que Paris s’emploie désormais à porter ce texte tant dans les couloirs du FMI que sur les bancs du Parlement.
Et c’est là que réside le paradoxe. Pendant des mois, les autorités françaises — explicitement, à plusieurs reprises— se sont alignées sur la position de la Banque du Liban : le refus de toute annihilation généralisée des fonds propres des banques commerciales avant la purge des créances irrégulières de leurs bilans respectifs. On peut légitimement se demander comment la France compte aujourd’hui se dégager, avec élégance, de ses propres prises de position.
Une victoire politique à court terme pour le Premier ministre — et peut-être pour la France — pourrait rapidement se transformer en fiasco parlementaire. La loi FSDR n’est ni une simple loi de secret bancaire ni un texte technique de restructuration bancaire. Elle touche directement la vie de chaque Libanais, toutes confessions, régions, générations et professions confondues. Aucun député ne pourra se dérober, esquiver ou disparaître face à des électeurs dont l’épargne, les moyens de subsistance et l’avenir sont en jeu.
Si ce pari devait échouer — et il compte déjà plus qu’assez de protagonistes — la France s’en remettra. Le Premier ministre, peut-être pas. Pas plus, d’ailleurs, que ce gouvernement déjà vacillant, à la veille d’échéances électorales nationales.
Ce qui nous ramène à la question initiale : pourquoi cette hâte ? Il se dit que le noyau institutionnel français — l’« État profond » et le Trésor — plaidait pour la prudence plutôt que pour la précipitation. L’urgence semblerait provenir d’ailleurs : du Président Macron lui-même et des services diplomatiques, en quête d’un « succès » au Liban, à un moment où la France n’exerce plus aucune influence significative sur les dossiers sécuritaires, ni sur les théâtres voisins syrien et israélien.
On ne peut s’empêcher de soupçonner qu’une nouvelle erreur macronienne est peut-être en train de se former, discrètement.

Once again, France interferes in Lebanon under the label of “reform,” while ordinary people lose their savings. Real reform doesn’t need foreign pressure or rushed decisions. This kind of French influence hasn’t helped Lebanon recover — it has helped preserve the same system that caused the collapse. Lebanon needs sovereignty and accountability, not tutelage disguised as concern. If this law truly served Lebanese interests, it would not need foreign urgency or diplomatic arm-twisting. The haste itself exposes the problem: French influence prioritizes appearances, geopolitical relevance, and IMF alignment over social justice and sovereignty. Instead of helping Lebanon rebuild on fair… Lire la suite »