Pendant les combats, la diplomatie explore ses propres pistes

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C’EST ENCORE un peu tôt dans la guerre pour savoir quelle en sera l’issue, mais il semble qu’au quatorzième jour de l’invasion un début de négociations ait été ouvert, sous chapeau international mais à l’initiative de la France.

 

Les Ukrainiens comme les Russes l’ont indirectement confirmé. Tout en déclarant que les Ukrainiens se battraient « jusqu’au bout », le président Volodymyr Zelensky a pour la première fois dit mardi, dans une interview à la télévision ABC, qu’il n’insisterait plus sur une adhésion à l’Otan, qui était l’une des lignes rouges de Vladimir Poutine.

 

« S’agissant de l’Otan, j’ai tempéré ma position sur cette question il y a déjà un certain temps… L’Alliance a peur de tout ce qui est controversé et d’une confrontation avec la Russie », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il ne voulait pas être le président d’un « pays qui implore à genoux ». Il a aussi affirmé qu’il était prêt à « discuter et trouver un compromis sur l’avenir des territoires » séparatistes. La Russie a, quant à elle, constaté des « progrès » dans les négociations avec l’Ukraine.

Depuis le début de la guerre, une activité diplomatique intense se poursuit, alors que les combats font rage sur le terrain. La Chine se dit disposée à une médiation, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue israélien, Naftali Bennett, ont rencontré Vladimir Poutine. Jeudi, des discussions sont prévues à Antalya, en Turquie, entre les ministres des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et ukrainien Dmytro Kuleba. Une rencontre inédite depuis le début du conflit. Joe Biden s’est entretenu avec Volodymyr Zelensky. Mais c’est sans doute la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et présidente, pour six mois, du Conseil de l’Union européenne, qui déploie, au nom de la communauté internationale, les plus gros efforts pour tenter de redonner sa chance à une solution diplomatique. Depuis le mois de décembre, Emmanuel ­Macron a parlé 22 fois au téléphone avec Volodymyr Zelensky et 14 fois avec Vladimir Poutine.

Compromis ukrainiens

Le président français a tenu à maintenir ouvert le canal diplomatique avec le président russe. Pour tenter de connaître ses intentions et donc anticiper ses mouvements, mais aussi pour pouvoir forcer une solution de compromis, le jour où les conditions seront réunies. Depuis la semaine dernière, il a aussi ouvert un autre canal dans l’entourage proche de Poutine. L’objectif est de ramener les deux parties dans les accords de Minsk 2, signés en 2015 pour ramener la paix dans le Donbass. Le retour à ce compromis diplomatique était demandé par Vladimir Poutine avant la guerre. Mais l’interprétation extensive qu’en avait faite la Russie le rendait inacceptable pour Volodymyr Zelensky.Pour l’instant, les exigences de la Russie, loin d’avoir diminué, ont au contraire augmenté avec la guerre. Car même si l’opération éclair dont avait rêvé le Kremlin à Kiev a échoué, les forces russes avancent sur les fronts est et sud. Pas d’Ukraine dans l’Otan, pas de système de missiles en Ukraine, pas d’exercices militaires avec des forces étrangères, un statut de neutralité pour l’Ukraine, la levée des sanctions, la reconnaissance de l’annexion de la Crimée et celle de la « souveraineté » des régions séparatistes prorusses de l’Est : la liste des demandes russes n’offre aucun espace à la moindre concession. Bien que la porte-parole de la diplomatie russe ait affirmé que son pays « ne cherchait pas à renverser le gouverment ukrainien  ».Les compromis, pour l’instant, sont plutôt envisagés par l’Ukraine. « Zelensky n’a pas le choix », résume un diplomate. Malgré la farouche résistance opposée à l’attaque russe par ses militaires et par le peuple, le pouvoir ukrainien sait qu’il lui sera difficile de tenir dans la longueur. Contrairement à la posture guerrière et confiante des premiers jours, les dernières prises de parole de Volodymyr Zelensky ont un ton amer. L’aide occidentale serait-elle faite de mots plus que d’actions ?Le président ukrainien a dénoncé les « promesses » non tenues des Occidentaux pour protéger l’Ukraine des bombardements russes. « Cela fait treize jours qu’on entend des promesses. Treize jours qu’on nous dit qu’on nous aidera dans le ciel, qu’il y aura des avions, qu’on nous les livrera… » Il a pris à partie mardi « ceux qui n’ont pas été capables de prendre une décision en Occident depuis treize jours ». La zone d’exclusion aérienne qu’il réclamait de la part des Occidentaux lui a été refusée, car elle signifierait leur entrée possible en guerre contre la Russie. Quant à la proposition polonaise de fournir à l’Ukraine des bombardiers Mig 29, mais en les livrant depuis une base américaine de l’Otan, elle a été considérée par la Maison-Blanche comme étant « non viable » et suscitant « de sérieuses préoccupations pour l’ensemble de l’Otan ».

Droit de véto russe à l’ONU

Les Occidentaux s’inquiètent en outre des actions russes sur d’autres dossiers. Depuis le week-end dernier, Moscou a pris en otage le nouvel accord sur le nucléaire iranien, qui devait être annoncé lundi à Vienne par la communauté internationale. Le Conseil de sécurité des Nations unies est entièrement paralysé par la Russie, qui dispose du droit de véto des membres permanents. « Contrairement à ce qu’on dit, l’offensive russe a été bien préparée. Elle a eu lieu au meilleur moment économique – en hiver, quand les Européens dépendent du gaz – et au meilleur moment géopolitique – quand les Américains sont en retrait », commente un diplomate proche du dossier. Les ouvertures ukrainiennes, dont on ne sait pas à quel point elles sont encouragées par les Occidentaux, sont-elles de nature entraîneront des concessions de la Russie ?

Les Français l’espèrent. Les Américains semblent en douter. Certains Européens n’y croient pas.

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