L’Égyptien Saïf al-Adel, possible successeur d’Ayman al-Zawahiri

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 Margaux Benn et Georges Malbrunot

LA RÉPÉTITION, ces dernières années, des fausses rumeurs sur la mort du chef d’al-Qaida Ayman al-Zawahiri a probablement permis à la direction de la mouvance djihadiste de préparer sa succession. Plusieurs noms circulent pour relever le défi de l’après-Zawahiri à la tête d’une organisation largement décentralisée, dont la puissance n’est plus aussi importante qu’il y a vingt ans.

 

L’Égyptien Saïf al-Adel est théoriquement, dans la hiérarchie du « commandement central » d’al-Qaida, celui qui devrait en prendre les rênes. « Mais d’autres peuvent prétendre à ce poste », note Bill Roggio, chercheur auprès du think-tank américain Foundation for Defense of Democracies. À l’instar d’autres spécialistes, il cite Abdel Rahman al-Maghrebi, un Marocain gendre d’Ayman al-Zawahiri, Yazid Mebrak, dirigeant d’al-Qaida au Maghreb islamique, et Ahmed Diriye, le chef de la branche djihadiste en Afrique de l’Est.

Ancien des forces spéciales égyptiennes, Saïf al-Adel fut longtemps abrité en Iran, après le 11 septembre 2001. C’est là qu’avec d’autres responsables djihadistes et des membres de la famille Ben Laden l’Égyptien trouva refuge, en accord avec les autorités iraniennes, qui les surveillaient. Mais selon certaines sources, Saïf al-Adel serait retourné en Afghanistan. L’ancien militaire égyptien était le « M. Sécurité » d’al-Qaida à la fin des années 1990, au siège de l’organisation dans la province de Kandahar, en Afghanistan. Son visage est marqué par une blessure sous l’œil droit. Membre historique d’al-Qaida, il est un fin connaisseur des rouages de l’organisation et de ses branches extérieures. Mais « les djihadistes venus de la péninsule arabique ne l’aiment guère, les relations entre eux sont souvent tendues », écrivait en 2011 dans ses mémoires le Yéménite Nasser al-Bahri, l’ancien garde du corps d’Oussama Ben Laden entre 1997 et 2000, qui était sous les ordres de Saïf al-Adel à Kandahar.

Des responsables de franchises

Abdel Rahman al-Maghrebi est, quant à lui et selon le Département d’État américain, le responsable historique d’As-Sahab, la branche médiatique d’al-Qaida. Le gendre de Zawahiri dirige également le bureau des communications externes, où se fait la coordination avec les succursales d’al-Qaida hors du sanctuaire afghano-pakistanais. Depuis 2012, le Marocain est une pièce maîtresse de la mouvance djihadiste entre le ­Pakistan et l’Afghanistan.

Aux yeux des spécialistes, la présence de Yazid Mebrak et d’Ahmed Diriye parmi les successeurs potentiels d’Ayman al-Zawahiri est le résultat de la politique adoptée par al-Qaida de promouvoir des responsables de franchises, après que les États-Unis ont multiplié, à partir de 2005, les tentatives d’assassinats de ses responsables dans les zones pakistano-afghanes. Le cofondateur d’al-Qaida au Maghreb islamique Abdelmalek Droukdel, qui était justement le prédécesseur de Yazid Mebrak, avait ainsi été troisième dans la chaîne de commandement d’al-Qaida avant d’être tué dans un raid français au Mali en 2020. Les Yéménites Nasser al-Wahishi et Nasser Ben Ali al-Ansi, deux hauts dirigeants d’al-Qaida dans la péninsule arabique, furent respectivement directeur général et directeur général adjoint d’al-Qaida, avant d’être éliminés par des frappes de drones américaines en 2015.

Ayman al-Zawahiri lègue une organisation djihadiste dont la puissance est incomparable à celle d’il y a vingt ans. Mais grâce à son repli afghan, al-Qaida reste une « marque » aussi symbolique que dangereuse, bien que largement supplantée par l’organisation État islamique, née sur les décombres d’al-Qaida en Irak. « Cinq groupes, disséminés dans le monde, se réclament d’al-Qaida et ont des capacités et intentions différentes d’attaquer des cibles américaines ou occidentales dans leurs régions respectives », rappelle Javed Ali, ancien directeur de l’antiterrorisme au Conseil national de sécurité américain. « Bien que la mort de Zawahiri achève de clore le chapitre afghan d’al-Qaida, entamé à la fin des années 1980, elle n’élimine pas la menace globale que représentent les groupes affiliés » à la nébuleuse, poursuit-il.

LE FIGARO

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