Le régime iranien abolit sa police des mœurs

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Ce geste du pouvoir envers les femmes et les contestataires intervient à la veille de trois jours de grèves et de manifestations.

 

 

C’est un geste – le premier – du régime envers les manifestants. Mais il ne devrait pas suffire pour éteindre leur colère. Dimanche, l’agence de presse Isna a indiqué que la justice révolutionnaire, en la personne du procureur général, Mohammad Jafar Montazeri, avait annoncé la veille que « la police des mœurs », à l’origine de la révolte lancée depuis deux mois et demi contre le pouvoir, « a été abolie par ceux qui l’ont créée ».

 

 

Connue sous le nom de « patrouilles d’orientation », cette police avait été créée sous le président ultra conservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), pour « répandre la culture de la décence et du hidjab », obligatoire en République islamique d’Iran, depuis plus de quarante ans.

C’est cette police des mœurs qui avait arrêté le 13 septembre Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, à Téhéran, en l’accusant d’avoir mal porté le voile. Sa mort trois jours plus tard – après avoir succombé à un tabassage, selon sa famille – a déclenché une vague de manifestations durant lesquelles des femmes ont brûlé leur foulard, en criant : « Femme, vie, liberté. » Depuis, elles ont été rejointes par les étudiants à travers le pays, ainsi que par les habitants des provinces du Kurdistan et du Baloutchistan, dans un mouvement de contestation d’une ampleur et d’une durée inédites depuis l’avènement du régime révolutionnaire, en 1979.

Malgré la mort de plus de 400 manifestants, l’arrestation de plus de 15 000 autres et une répression sanglante, notamment dans les provinces périphériques, le régime n’arrive pas à étouffer la colère populaire et le ras-le-bol de la population. Jusqu’à présent, il n’avait opté que pour la répression face à ses opposants.

« C’est une victoire pour les manifestants », estime depuis Londres Esfandyar Batmanghelidj, à la tête d’un think-tank, qui estime cependant que « cette concession ne satisfera pas les demandes des contestataires qui sont plus profondes » que le port du voile. Face à un pouvoir incapable de se réformer au fil des ans, beaucoup d’entre eux réclament la chute du régime.

Même si des divisions significatives ne sont pas apparues publiquement entre les responsables de la République islamique, « certains gardiens de la révolution (la très puissante unité d’élite en charge de la protection du régime) avaient critiqué la brigade de moralité pour ses comportements qui mettaient en danger la survie du régime », affirme l’universitaire et spécialiste de l’Iran, Jonathan Piron.

 

Première concession

Avant l’élection du président ultra conservateur Ebrahim Raissi en juin 2021, il n’était pas rare de voir des filles laisser tomber quelques instants leur foulard sur les épaules, ce qui ne leur attirait pas les foudres d’une police religieuse, devenue, en revanche, plus intrusive depuis un an et demi. Le procureur général a également annoncé que le Parlement et une autre instance dirigée par le président Raissi planchaient sur une modification de la loi sur le port du voile, sans préciser dans quel sens le texte sera modifié, d’ici quinze jours.

Selon certaines sources parlementaires, la police pourrait cesser toute arrestation et imposer des amendes pour non-respect du voile. Ces dernières semaines, de plus en plus d’Iraniennes, des jeunes en particulier, se promènent non voilées, ni même sans un simple foulard, sans que les forces de l’ordre réagissent.

Ces annonces interviennent alors que des appels ont été lancés pour trois journées de manifestations et de grève à partir de ce lundi. Pour Jonathan Piron, « le régime cherche à démobiliser les manifestants, mais comme il n’y a aucune brèche en son sein, il ne reculera pas fondamentalement ». Ses opposants viennent toutefois de montrer que la pression de la rue paie. Alors « que leur mouvement a connu un certain tassement ces derniers jours », selon le chercheur Farhad Khosrokhavar, il sera intéressant d’examiner l’impact de cette première concession du pouvoir sur la mobilisation.

LE FIGARO

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