La voie de la paix

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 Farès SOUHAID samedi 1er novembre 2014

Le Moyen-Orient se trouve actuellement à un tournant majeur de son histoire. Face à ce tournant, les chrétiens sont perplexes, craintifs, voire même apeurés et dépassés par les événements.

Leurs institutions ecclésiastiques et politiques semblent tétanisés devant l’ampleur des changements en cours et affichent : « Cerveau en panne ! » C’est au moment où notre intelligence est plus que jamais nécessaire pour analyser et prendre des décisions qui pourraient assurer notre avenir et celui de nos enfants que nous avons décidé d’abolir nos capacités intellectuelles et de nous montrer inefficaces dans une région où s’entremêlent les conflits de religion, les guerres d’influences entre puissances régionales, et les intérêts internationaux. Pour être encore plus clair, les événements de la région ouvrent la porte à une nouvelle réalité politique qui, après avoir traversé une période transitionnelle incontournable, aboutira à de nouvelles données politiques, sociales, économiques et autres.

Devant un changement qui se fait dans la douleur en Syrie, en Irak, dans le Golfe jusqu’au Maghreb arabe, faut-il attendre, vingt ans peut-être, avant de décider du choix à faire ? Faut-il tourner le dos aux événements en cours et considérer qu’il s’agit d’une guerre interminable entre les deux ailes de l’islam qui ne nous concerne pas ? Ou bien faut-il tirer les leçons de nos expériences passées pour essayer de prendre les bonnes décisions ?

Après la fin de la Première Guerre mondiale et la mise en place du mandat franco-britannique, le monde a assisté à une série de changements qui étaient à l’époque d’une importance capitale : la disparition de l’Empire ottoman, le passage de l’Allemagne de la monarchie à la République, la victoire franco-britannique et la révolution bolchevique.

Durant cette période, il y eut le massacre des Arméniens par l’armée des « Jeunes Turcs » patronnée par Moustapha Kamal, un des rares généraux qui réussit à surmonter l’effondrement de l’Empire pour se replier dans la région d’Alep.

À la même époque, les chrétiens de Mossoul furent massacrés, et les chaldéens, les syriaques et d’autres contraints à l’exode.

Et c’est précisément face à ces bouleversements régionaux et internationaux que notre Église d’Élias Hoayek avait opté pour un Grand Liban, en 1920, basé sur la convivialité islamo-chrétienne ; cette même Église avait demandé au mandat la création d’un Liban porteur d’un message de paix, elle avait rejeté l’idée du Liban pays refuge des chrétiens de la région. Nous avions par la suite jeté les bases d’une Constitution, en 1926, nous nous étions opposés au mandat français, en 1943, et avions participé à la création de la Ligue arabe, puis à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Nous sommes fiers, et parfois même arrogants (contrairement aux Tunisiens qui réussissent en gardant une modestie exemplaire) :

– Nous sommes fiers parce que nous avons rejeté le statut de minorité apeurée en faveur d’une communauté dynamique, aspirant sans cesse à consolider son partenariat avec les autres.

– Nous sommes fiers parce que nous avons bénéficié de l’apport culturel assuré par les congrégations religieuses françaises après les massacres de 1860, sans pour autant croire que nos ancêtres étaient effectivement gaulois.

– Nous sommes fiers parce que, malgré le récit du général Jean d’Hautpoul sur le massacre de Deir el-Qamar, nous avons réussi à triompher de nos blessures et à établir de nouvelles relations avec les druzes de la Montagne, ainsi qu’avec l’islam, basées sur la convivialité.

– Nous sommes fiers parce que notre opposition au mandat français a collaboré à la création d’une identité politique arabe, après 400 ans d’Empire ottoman et 20 ans de mandat.

– Nous sommes fiers parce que ce choix a permis à nos jeunes ingénieurs, avocats, médecins et cadres d’apporter leur pierre à l’édification du monde arabe dans un climat d’entente culturelle et sociologique.

– Nous sommes fiers parce que nous n’avons pas eu recours à l’édification d’un mur entre nous et le monde arabe pour délimiter des frontières culturelles et politiques.

Une communauté qui a hérité d’un patrimoine aussi prestigieux dans le passé devrait pouvoir trouver sa voie aujourd’hui. Cette voie est à portée de main, il faut la saisir : notre rôle est de promouvoir la culture de la paix face à la violence.

La paix entre les deux ailes de l’islam.

La paix entre juifs et musulmans, entre Israéliens et Arabes.

La paix entre les sociétés arabes et leurs régimes politiques.

La paix entre les deux rives de la Méditerranée.

La paix entre le monde arabe et l’Occident.

Notre société était globalisée avant la globalisation.

Notre Église est rattachée à Rome depuis près de 1 000 ans.

Les thèmes débattus par notre classe politique (la décentralisation, la loi électorale…) ne suffisent plus à nous donner espoir. Il faut agir, entreprendre, voir grand pour pouvoir surmonter nos peines quotidiennes. C’est le moins que l’on puisse faire pour le Liban.

* Coordinateur général des forces du 14 Mars

L’Orient Le Jour

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