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    La Participation de Dr Fares Souhaid À Rome sous le Titre: UN NOUVEAU DÉBUT DE FRATERNITÉ

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    By Farès Souhaid on 8 mars 2019 à la une
    eMesdames, Messieurs,

    La première leçon de la rencontre entre le pape François et le Cheikh Ahmad el Tayyeb à Abou Dhabi peut se définir comme telle : les instances religieuses universelles représentées par l’Église catholique romaine et l’Université d’al-Azhar sont conscientes de la gravité de la situation de notre société contemporaine.

    Celle-ci se résume en une seule phrase : comment peut-on vivre en paix à Rome, Berlin, Paris ou au Caire si nous sommes différents ?

    Peut-on exercer notre liberté d’expression, nos traditions et nos coutumes en paix dans une société hétérogène devenue perméable à l’immigration et au transfert de population ?

    Il s’agit là de la question-clef du XXIe siècle.

    Après les épidémies, la sécheresse et les grandes guerres, la mondialisation nous impose un nouveau débat. Il ne s’agit plus d’un débat idéologique entre capitalisme et communisme, gauche et droite…

    Il est devenu à présent nécessaire de répondre aux questions qui se posent aujourd’hui.

    Pourquoi est-il par exemple possible d’accomplir une transaction financière entre un citoyen romain et un autre de Riyad dans le cadre d’un échange commercial, alors que nous sommes en même temps incapables de vivre ensemble dans un même immeuble si nous sommes différents ?

    Pourquoi sommes-nous capables de traiter, selon un protocole universel, un cancer du poumon au Caire et à Los Angeles, alors qu’en même temps, nous sommes incapables d’accepter une différence culturelle ?

     

    Mesdames, Messieurs,

    La deuxième leçon de la rencontre d’Abou Dhabi est que l’Église universelle et al-Azhar ont dépassé, par leur initiative, les décideurs politiques aussi bien dans le monde arabe qu’en Occident.

    Le comportement de la classe politique reste en effet parfaitement insuffisant si nous le comparons au courage du pape François et du cheikh Ahmad el-Tayyeb.

    Ceci est-il une conséquence de l’attention marquée que les hommes politiques accordent à l’opinion publique alors que les dignitaires religieux bénéficient d’une aura divine qui les mettent à l’abri des critiques ?

    Quelles qu’en soient les raisons, les responsables politiques des deux mondes chrétien et musulman n’ont pas encore atteint la maturité de nos autorités de référence religieuses.

    Les événements du 11 Septembre ont paralysé la classe politique dans le monde.

    Des deux côtés, les excès ont été flagrants.

    Les guerres menées par les États-Unis en Afghanistan puis en Irak ont ainsi réveillé les anciens démons des Croisades en Orient.

    La montée de l’intégrisme au sein des sociétés musulmanes a accentué les vagues d’islamophobie en Occident.

    En contrepartie, le pape Jean-Paul II évoquait déjà la vocation du Liban en tant que pays-message en 1995, lors de sa visite à Beyrouth. Il prenait ensuite position en 2003, en phase avec l’Église maronite sous l’égide de Mgr Nasrallah Sfeir, mais aussi avec les instances religieuses islamiques, pour la paix au Moyen-Orient et contre la guerre en Irak.

    Dès décembre 2010, Benoît XVI parle de « christianophobie » face à Erdogan qui évoque l’islamophobie.

    En février 2017, al-Azhar organise une conférence autour de la citoyenneté.

    En avril 2017, le pape François est au Caire.

    En juin 2017, l’Église maronite organise une conférence sur la citoyenneté dans la montagne libanaise en collaboration avec al-Azhar.

    En novembre 2017, le patriarche maronite Mgr Béchara Raï, se rend à Riyad dans le cadre d’une visite historique. Il est le premier prélat chrétien du monde à être reçu en cette qualité en Arabie saoudite depuis l’aube de l’islam.

    En avril 2018, le cardinal Jean-Louis Tauran se rend à son tour en visite officielle à Riyad.

    En février 2019, le pape François célèbre la messe en terre musulmane, aux Emirats arabes unis.

     

    Pouvez-vous m’indiquer des initiatives de rapprochement similaires menées par les hommes politiques ?

    Comment faire si la société politique est si paralysée ?

    Des événements ponctuels comme l’office organisé à Abou Dhabi pourraient-ils résoudre des problèmes de fond exacerbés par une intelligence artificielle qui mène le monde en vertu d’une dictature digitale?

    Notre expertise humaine peut-elle faire face aux campagnes audiovisuelles de sensationnalisme ?

    Crier Allah wAkbar suffit pour rompre une queue devant un cinéma ou bien une file devant une douane ?

     

    Que faire ?

    • Il convient de parler de nos problèmes avec courage et reconnaître que si la mondialisation a résolu des problèmes scientifiques, militaires, médicaux ou commerciaux, elle a en revanche mis en évidence les différences raciales, culturelles, locales…
    • Il faut reconnaître, ce faisant, que la crise que nous vivons n’est pas une crise de religion mais une crise de mondialisation.
    • Il faut admettre que le dérèglement actuel du monde n’est pas la responsabilité d’Allah, de Dieu ou de Jésus-Christ, mais le résultat de la crise de l’homme contemporain et de son incapacité à créer des réseaux de solidarité pour réfléchir et agir en commun en faveur d’une sortie de crise.
    • Il faut enfin admettre qu’il n’y a pas de solution unique à cette crise. Mais l’erreur monumentale serait de croire que réduire les différences aura pour effet de réduire la violence. Au contraire. Davantage de mimétisme ne fera que la renforcer et la généraliser en provoquant encore une nouvelle montée aux extrêmes.

     

    Je vous remercie.

     

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