Il existe, dans l’histoire des nations, des droits.
Mais il existe surtout des dettes morales à honorer.
La France vit d’une dette de liberté.
Dette envers ceux qui l’ont libérée de l’extérieur, et envers ceux qui, de l’intérieur, ont refusé la soumission. Cette dette n’est ni symbolique ni abstraite : elle est politique et morale. Nos résistants ne sont pas des figures commémoratives ; ils symbolisent cette exigence adressée aux vivants, ils ont besoin de nous.
Cette dette s’étend aussi à ceux qui ont permis à la France de retrouver sa place dans l’ordre international.
La France fut rétablie parmi les vainqueurs par la volonté du général Charles de Gaulle, mais elle le fut grâce aux Alliés, et d’abord grâce aux États-Unis.
Le siège permanent au Conseil de sécurité n’est pas un privilège : c’est une charge. Celle d’une nation sauvée, donc tenue à la vigilance. L’histoire enseigne qu’on ne survit pas deux fois à l’inconséquence.
La responsabilité française n’était pas celle de l’expiation, comme pour l’Allemagne après 1945.
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Elle était différente — et plus exigeante : tenir la liberté, là où elle est menacée, sans se réfugier dans le confort du neutralisme, ni dans une indécision qui confond trop souvent modération et renoncement.
Ce n’est pas le peuple français qui a failli à cette responsabilité.
Ce sont ses dirigeants. Ses partis.
Alexis de Tocqueville l’avait compris : les peuples libres ne se perdent pas spontanément ; ils s’égarent lorsque ceux qui gouvernent cessent de penser clairement le monde, de nommer les menaces, d’assumer des choix intelligibles.
Contrairement à l’esprit de résistance qui émane de l’âme vivante de la nation, l’esprit de confusion descend du sommet, et le citoyen, dans cette confusion, se replie sur l’inquiétude ou l’indifférence.
Ce qui manque aujourd’hui n’est pas la volonté populaire de liberté, mais une clarté stratégique de nos dirigeants.
Ceux qui palabrent sur les valeurs, mais refusent de désigner nos ennemis.
Ceux qui martèlent la stabilité, mais confondent l’ordre avec l’immobilisme.
Ceux qui sont figés devant l’évènement et consentent à l’évitement.
À l’extérieur, cette cécité se traduit par des politiques sans ligne.
En Iran, on a réduit l’oppression totalitaire à une crise sociale, comme si la violation de dignité humaine pouvait être un accident conjoncturel, un glissement statistique.
Pire, comme au Liban, notre diplomatie est accusée de duplicité, avec le projet de destabilisation islamiste.
Notre malaise face à la demande de reconnaissance du Somaliland — démocratie stable réclamant une souveraineté qu’elle exerce de fait — trahit la même hypocrisie : nous préférons soutenir des États de façade, par inertie diplomatique, plutôt que d’assumer les grands mouvements de l’Histoire.
À l’intérieur, cette même confusion conduit à tolérer des projets politiques incompatibles avec la liberté individuelle, au nom du dialogue ou de l’inclusion, faute d’assumer une hiérarchie claire des principes.
Mais l’erreur serait de n’en rendre responsable qu’un camp.
La droite française porte une part décisive de cette dérive.
En acceptant le principe de la régulation du discours, sous couvert de lutte contre la désinformation, elle a renoncé à une intuition fondamentale du libéralisme politique : la vérité publique naît de la confrontation libre, non de l’arbitrage administratif.
Une droite qui délègue à l’État le soin de dire le vrai abdique ce qui la fonde.
À cela s’ajoutent l’écologisme dogmatique et l’hypertrophie bureaucratique qui diluent la responsabilité dans la norme.
Le peuple français n’est pas hostile à la liberté.
Il est désorienté.
Privé de direction stratégique, de lignes de force, d’un récit politique qui assume le réel.
Ce naufrage qui se joue aujourd’hui vient des élites gouvernantes.
Une trahison non du peuple, mais de la dette qu’elles avaient mission d’honorer en son nom.
Et tant que ceux qui gouvernent refuseront de payer le prix de cette dette là — en clarté, en courage, en responsabilité — la France conservera le mot liberté, mais son peuple en fera l’expérience de moins en moins concrète.
« _Quand je vois une nation qui se croit libre et qui ne l’est pas, j’ai peur pour elle. » Alexis de Tocqueville _


