Du Golfe, Joe Biden repart les mains vides

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Rien sur l’énergie. Rien ou presque sur le rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël, ni sur une nouvelle architecture de sécurité régionale contre l’Iran. Le résultat de la tournée de Joe Biden au Moyen-Orient paraît bien maigre. Le seul acquis tangible de son déplacement de trois jours en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Arabie saoudite, où il participa samedi à un sommet aux côtés des six leaders du Golfe, de Jordanie, d’Égypte et d’Irak, a été la finalisation d’un accord de restitution à l’Arabie de deux îles inhabitées en mer Rouge, propriété de l’Égypte, et l’engagement américain d’en faire partir ses soldats, membres d’un contingent des Nations unies. En plus, vendredi soir, à son arrivée à Djedda, le président américain a dû se résoudre à une rencontre très controversée avec le prince héritier Mohammed Ben Salman, celui-là même qu’il vouait aux gémonies, il y a deux ans encore, pour son implication dans l’assassinat du dissident saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul en 2018.

À l’issue du sommet régional de Djedda, le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Faisal Ben Farhan al-Saoud, affirma « ne pas être au courant de discussions » sur la création d’une alliance défensive entre les pays du Golfe et Israël et que le « royaume n’était pas partie prenante dans de tels pourparlers ». Douchant tout espoir de rapprochement rapide avec l’État hébreu, le chef de la diplomatie saoudienne a minimisé la décision de Riyad d’ouvrir son espace aérien aux vols israéliens vers l’Asie. « Cela n’a rien à voir avec l’établissement de relations diplomatiques avec Israël et ce n’est pas un préalable vers d’autres étapes » en vue de nouer de telles relations avec l’État hébreu, a ajouté le prince Faisal Ben Fahran.

Si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) s’inquiètent de l’ingérence déstabilisatrice de leur voisin iranien, ils ne sont pas prêts à se lancer dans une alliance militaire contre Téhéran, fût-ce en connectant leurs systèmes de défense aérienne sur celui d’Israël. C’est encore plus vrai du Qatar et du Koweït, qui entretiennent des relations cordiales avec l’Iran et restent très attachés à la cause palestinienne.

Une « Otan arabe »

Lancée en Israël lors d’un sommet régional en mars parrainé par les États-Unis, l’idée d’une « Otan arabe » dotée d’un parapluie israélien semble avoir du plomb dans l’aile. L’Égypte s’était fait tordre le bras pour y participer. La Jordanie en était volontairement absente et les Émirats arabes unis, qui ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 avec les accords d’Abraham, avaient été furieux qu’« Israël kidnappe le récit » de cette conférence, selon une source informée émiratie. À la veille du sommet de Djedda, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, tenait, lui aussi, à assurer que son pays « n’est partie prenante d’aucune alliance sécuritaire dans la région et n’a pas l’intention d’en être ».

Si les Émirats, comme l’Arabie, redoutent les drones et les missiles iraniens, qui les ont déjà frappés, et ne sont pas hostiles à une coopération bilatérale avec l’État hébreu dans ce domaine, ils ne veulent surtout pas donner l’impression d’adopter une posture anti-Iran. Anwar Gargash a annoncé que les EAU renverraient bientôt un ambassadeur à Téhéran. « Nous avons des divergences (avec l’Iran), a-t-il expliqué, mais nous sommes dans un processus de reconstruction de liens pour avancer vers une désescalade à travers la coopération économique. » L’émirat de Dubaï continue d’avoir d’importantes relations commerciales avec le voisin iranien. « Notre ministre du Changement climatique est allé en Iran il y a quelques jours et a signé un accord porteur d’un message de paix et de coopération », a encore souligné le conseiller diplomatique du président des Émirats, à la veille de l’arrivée de ce dernier à Paris pour une visite d’État. Le nouveau Moyen-Orient, annoncé un peu vite avec les accords d’Abraham signés entre Israël et quatre pays arabes, a du mal à s’élargir au-delà du Maroc, des EAU, du minuscule Bahreïn et du lointain Soudan, comme le souhaitent les États-Unis.

Sur l’énergie, Joe Biden est reparti les mains vides. L’Arabie saoudite n’a pas accédé à sa demande de relever le niveau de sa production de pétrole pour stopper la flambée des cours depuis l’invasion russe de l’Ukraine. « J’attends de voir ce qui va se passer dans les prochains mois », s’est contenté de dire Joe Biden. Allusion à la réunion de l’Opep+ du 3 août au cours de laquelle Riyad mais aussi Moscou et d’autres producteurs trancheront.

 

Le Figaro

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