Damas et Beyrouth, points de départ pour l’exil

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SUR LA VIDÉO filmée de nuit en début de semaine, on voit une longue file d’attente de passagers à l’extérieur de l’aéroport de Damas.

 

Des centaines de jeunes, Kurdes irakiens pour la plupart, originaires, selon l’auteur de la vidéo postée sur Twitter, de Dohouk et Zakho, s’apprêtent à prendre un vol Damas-Minsk. Celui-ci est opéré par la compagnie Cham Wings Airlines, jadis propriété de Rami Makhlouf, le cousin germain de Bachar el-Assad, jusqu’à sa disgrâce, il y a deux ans. Cham Wings s’est fait connaître par des vols vers la ville russe de Rostov-sur-le-Don et Benghazi en Libye, où des mercenaires russes et syriens ont été dépêchés.

En un mois, une vingtaine de vols ­Damas-Minsk ont été recensés par le site de navigation aérienne Flightradar24, et les derniers vols affichaient complets. L’existence de cette liaison n’a rien de surprenant : la Biélorussie compte parmi les pays alliés de la Syrie, une proximité mêlant convergences politiques et intérêts financiers.

L’autre point de départ des migrants vers la Biélorussie est le Liban. « En raison de la crise socio-économique que nous vivons, les contrôles à l’aéroport se sont allégés », reconnaît depuis Beyrouth un journaliste libanais, qui tient à rester anonyme. Au pays du Cèdre, les candidats au voyage sont souvent des réfugiés syriens, qui en ont assez de vivoter au Liban, désireux de tenter leur chance en Europe, en Allemagne notamment. Ce pays accueille déjà de nombreux Syriens ayant fui la guerre civile qui ravage leur pays depuis dix ans.

Le marché des migrants fuyant l’instabilité du Moyen-Orient est juteux. Des embryons de filières se sont mis en place. À Beyrouth, le visa pour la Biélorussie est accordé par le consulat, qui fait aussi office d’agences de voyages.

Damas réfractaire

Certains adultes partent en éclaireurs, laissant derrière eux femmes et enfants au Liban. Ils volent, depuis Beyrouth, avec la compagnie nationale Belavia. Jusqu’en octobre, elle n’opérait qu’un vol direct hebdomadaire Beyrouth-Minsk. Mais depuis une dizaine de jours, pour répondre à la demande, deux vols sont programmés, soit environ 350 passagers transportés, chaque semaine. « Ce qui était sporadique est en passe de devenir plus régulier », se borne à répondre un officiel libanais, joint au téléphone à Beyrouth, qui dément toutefois l’existence de réseaux organisés.

L’urgence a conduit les responsables de l’Union européenne (UE) à multiplier les pressions envers certains pays du Moyen-Orient pour endiguer le flot des migrants vers Minsk. « La situation globale est que nous voyons des progrès sur tous les fronts », s’est félicité vendredi le vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas, après un entretien à Beyrouth avec le président de la République, Michel Aoun.

Ce vendredi, la Direction générale de l’aviation turque a annoncé que les ressortissants d’Irak, de Syrie et du Yémen sont désormais interdits « d’acheter jusqu’à nouvel ordre des billets et d’embarquer pour la Biélorussie depuis les aéroports de Turquie ». Il y avait jusque-là 17 vols hebdomadaires pour Minsk à partir d’Istanbul.

Lundi, Margaritis Shinas sera à Bagdad. Selon un employé de la compagnie nationale Iraqi Airways joint par Le Figaro dans la capitale irakienne, la compagnie privée Fly Baghdad vient d’arrêter ses vols vers Minsk. Début août, déjà, Iraqi Airways avait été contrainte, sous pression européenne, de suspendre ses vols vers la Biélorussie. L’Irak et la Turquie se sont, a priori, conformés aux exigences de l’UE. L’Europe, qui a rompu avec Bachar el-Assad pour cause de répression de ses opposants, aura plus de mal à obtenir des concessions de la Syrie, sauf à faire elle-même des concessions sur d’autres dossiers. Il pourrait en être de même au Liban, où l’aéroport de Beyrouth se trouve sous le contrôle du Hezbollah. Cette organisation, alliée de Damas et de l’Iran, est placée sur la liste des organisations terroristes par de très nombreux pays de l’UE.

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