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    Au Yémen, la surprenante résilience des rebelles houthistes

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    By Georges Malbrunot on 6 mai 2025 à la une

    Malgré des bombardements répétés israéliens et américains, les insurgés pro-iraniens parviennent encore à frapper l’État hébreu et à perturber la navigation en mer Rouge.

    La nuit de dimanche à lundi, à Sanaa, les murs de l’appartement de Souhail ont encore tremblé. « Vers 3 heures du matin, mes enfants ont eu peur, on a tous été réveillés par les bombardements », confiait lundi matin cet habitant de la capitale yéménite, prise pour cible par l’aviation américaine.

    Vingt-quatre heures plus tôt, les rebelles pro-iraniens houthistes avaient suscité la panique en revendiquant une attaque inédite contre l’aéroport Ben- Gourion de Tel-Aviv en Israël. « Pour la première fois, un missile a frappé directement à l’intérieur du périmètre de l’aéroport », indiquait peu après à l’AFP un porte-parole militaire israélien.

    « Nous allons avoir une tempête », ironisait dimanche soir au téléphone Souhail. Comme beaucoup de Yéménites, ce représentant de la société civile a fini par s’habituer aux violences qui s’abattent sur ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique, déchiré par une guerre civile depuis plus de dix ans. Un pays partagé entre deux pouvoirs, l’un à Sanaa, pro-iranien, qui par solidarité avec les Palestiniens, attaque Israël et lance des missiles contre des navires commerciaux en mer Rouge, l’autre installé à Aden au sud, soutenu par l’Arabie saoudite notamment et les Occidentaux, mais largement impuissant.

    En deux mois de pilonnages américains quasi-quotidiens contre les rebelles, plus de 1 000 cibles ont été touchées, « tuant des combattants et des dirigeants houthistes (…) dégradant leurs capacités », soutient le Pentagone.

    Selon Souhail, « les frappes américaines font plus mal que les précédents bombardements israéliens, elles sont plus ciblées. Et surtout les États-Unis attaquent les infrastructures stratégiques civiles, comme le port pétrolier de Ras Issa (le 18 avril) et récemment un centre de fourniture d’électricité à Sanaa».

    Lundi matin, les rues de capitale étaient presque vides. « Le ministère du Pétrole lance des appels pour rassurer la population, affirmant qu’il y a encore des stocks de carburant, explique Souhail, mais on voit bien que le ciblage de Ras Issa a causé des problèmes d’approvisionnement ».

    Malgré les frappes qui s’abattent contre leurs installations militaires, les rebelles continuent de défier Israël et de perturber la navigation en mer Rouge. (320 attaques contre des navires commerciaux, depuis fin 2023). En deux mois, les États-Unis ont perdu sept drones MQ-9 Reaper, et un avion de combat F/A-18 E a chuté du porte-avions Harry S. Truman en mer Rouge, dans un accident qui a blessé un marin.

    « Leurs missiles sont souvent lancés à partir de plateformes mobiles, leur permettant de s’abriter une fois lancés », analyse Mohammed Albasha, chercheur yéménite aux États-Unis. Selon lui, « leur mobilité, combinée à leur excellente connaissance du terrain, en fait des cibles difficiles, d’autant que les capacités de reconnaissance et de surveillance occidentales se réduisent après leurs pertes de drones ». D’où l’option caressée par certains d’une opération terrestre contre les insurgés pro-iraniens, menée par des forces de la coalition saoudo-émirienne.

    Mobilisation sous contrainte

    Depuis le début de la guerre en 2015 face à la coalition pro-saoudienne soutenue par les États-Unis, « les rebelles ont eu le temps de disperser leurs dépôts d’armes, leurs réserves de carburant et de combattants », explique Mohammed Albasha. « Ils ont utilisé les montagnes pour construire un vaste réseau de tranchées, ajoute-t-il, et leur système de commande et de contrôle est largement décentralisé. »

    Dans leur bastion historique de Saada au nord, d’où ils lancèrent leur première révolte en 2004 contre l’État central qui les négligeait, les insurgés se mêlent à la population. « C’est le cas également à Sanaa, constate Souhail, où les combattants sont en civils et ne portent pas l’uniforme. »

    La campagne de frappes américaines a « un coût humain élevé qui pourrait intensifier la mobilisation et le recrutement des houthistes », avertit Mohammed Albasha. Fin avril, les rebelles ont accusé les États-Unis d’avoir bombardé une prison de Saada, faisant 68 morts parmi des migrants africains, qui y étaient détenus. Washington a déclaré enquêter sur cette frappe.

    Les insurgés, qui contrôlent de larges pans du pays et cherchent à prendre le contrôle total du Yémen, capitalisent sur ces attaques « pour faire de la propagande », estime Thomas Juneau de l’université d’Ottawa. Leur machine médiatique publie régulièrement des vidéos martiales montrant l’entraînement de leurs forces spéciales, en train de piétiner un drapeau israélien. Ils ont renforcé dans le même temps le contrôle de la population, interdisant par exemple la diffusion d’informations sur les cibles visées. « Ils se posent en champions de la résistance contre les États-Unis et leurs partenaires régionaux », explique le chercheur canadien.

    Après leur frappe contre l’aéroport de Tel-Aviv, les houthistes ont appelé les compagnies aériennes internationales à « annuler leurs vols vers les aéroports de l’ennemi » israélien. Lufthansa et Air India ont d’ores et déjà suspendu leurs vols pendant quelques jours.

    Les houthistes, qui ont reçu un appui logistique de la part d’instructeurs iraniens et du Hezbollah libanais, mobilisent sous la contrainte. « Ils demandent aux chefs de tribus qu’ils leur donnent des membres de leurs clans, et celui qui refuse risque de se retrouver en prison », observe un humanitaire, familier du Yémen. De son côté, l’ONG Human Rights Watch dénonce le recrutement d’enfants soldats.

    Après plusieurs guerres qui s’éternisent, de nombreux Yéménites sontexténués par des années de violences. « On en a assez d’être des jouets exposés à de méchants oiseaux qui volent au-dessus de nos têtes, se lamente Souhail, certains préféreraient mourir sous un bombardement plutôt qu’à petit feu. Depuis des années, les fonctionnaires n’ont plus de salaires, l’autorité ne compense qu’à moitié leurs pertes en prélevant de nouveaux impôts. Bien sûr, notre appui à Gaza reste fondamental, seuls quelques intellectuels mettent en garde en disant que ce n’est pas la peine d’attaquer le dragon israélien, car les conséquences vont être très dures. Mais 80 % de la population peu éduquée soutient encore la Palestine. »

     

    LE FIGARO

     

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