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    Les choix politiques d’une certaine francophonie

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    By Sarah Akel on 10 novembre 2013 Non classé


    D’année en année, le Salon du Livre français de Beyrouth a fini par asseoir sa réputation et sa place dans la francosphère.
    Certes, l’événement est important pour l’image de marque du Liban ainsi que pour le maintien d’une francophonie de qualité dans ce Levant si tourmenté aujourd’hui. L’usage et la généralisation de la culture française, au Levant, ne fut pas la conséquence de la puissance colonisatrice. Le français a pénétré le Levant, non sous la botte du conquérant, mais sur l’écume des vagues de la Méditerranée qui ont facilité les échanges commerciaux ainsi que culturels. L’action des missions religieuses européennes fut déterminante à partir de la deuxième moitié du XIX° siècle.

    Mais aujourd’hui, en plein milieu des turbulences du monde arabe, quel rôle peut avoir un tel Salon du Livre ? Quelle place devrait avoir la culture française dans les transformations géopolitiques majeures qui frappent aux portes de l’Orient ?

    Le rappel, par le biais de la francophonie, des valeurs de l’humanisme intégral et radical, ainsi que d’une vision du monde faite d’universalisme et d’égalité, n’est pas une coquetterie mondaine mais d’abord un devoir pour tout individu soucieux de la personne humaine, de sa dignité et de sa liberté. Les levantins francophones ont-ils réellement le souci de cette exigence ? La culture n’est plus perçue, aujourd’hui, comme une activité élégante, réservée à quelques beaux esprits ou quelques désœuvrés. Elle est devenue un enjeu politique de taille.

    En quoi consiste la spécificité de l’humanisme à la française ? Les humanistes français utilisent peu le terme « autonomie » pour dire l’individu. Ils lui préfèrent celui de « liberté » entendue au sens politique, celle du citoyen comme individu « capable de gouverner et d’être gouverné ». L’humanisme à la française serait-il porteur de valeurs propres ?

    La réponse à cette interrogation se trouve chez Montaigne qui a le mieux incarné cet idéal de la voie moyenne. Ni la brute épaisse ni l’ange, mais l’idéal de l’honnête homme qui ne vise ni la sainteté ni l’héroïsme militaire, tous les deux difficilement accessibles au commun des mortels. Montaigne écrit dans les Essais : « Les plus belles vies sont, à mon sens, celles qui se rangent au modèle humain et commun avec ordre mais sans miracle et sans extravagance ». Ceci n’a rien à voir avec l’hypocrisie puritaine et conformiste du « politiquement correct » car il s’agit d’une attitude résultant d’un choix volontaire. La dignité de toute personne humaine se révèle comme définitivement inscrite dans un projet collectif, celui d’une cité dont l’unité trouve son fondement dans la diversité. Curieux paradoxe qui, décidément, ne sera jamais résolu.

    L’humanisme francophone n’a pas de spécificité propre dans son intransigeance à défendre la dignité et les droits de l’homme. Il en est de même en matière de tolérance et d’ouverture qui sont loin d’être synonymes de syncrétisme ou de reniement de soi. La culture française a su, cependant, avec un bonheur particulier, donner un contenu concret à ce type d’humanisme au travers de deux traits qui semblent la distinguer:

    • L’attrait de la Loi, comme ordre et non comme règlement. Ici il s’agit de la Loi qui libère l’homme, qui imprime la marque de l’homme sur la nature et qui signe la capacité de l’homme à maîtriser, dans certaines limites, le chaos. Ceci est dans la lignée de tout l’héritage latin.

    • Le souci de la relation au « territoire » conçu, non comme une donnée naturelle mais comme une construction. Le « territoire » n’est pas le « sol ». Les « territoires » sont ceux des communes ou des cités alors que les « espaces » sont intercommunaux. Dans ce souci réaliste de la relation au territoire, l’humanisme à la française assume tout l’héritage des cités de la Grèce antique.

    C’est probablement à cause de cette diversité et de cette accessibilité que cette culture a pu prétendre à l’universalité. C’est pourquoi il est infiniment pénible de constater que l’idiome français, au Levant, exprime parfois un particularisme identitaire, aliéné par rapport à l’orientalité et à l’arabité. On constate cela dans le cadre de la crise syrienne surtout. La propagande d’un régime inhumain se trouve relayée par tout un réseau de personnalités francophones qui usent d’un français châtié. Cette même propagande utilise préférentiellement les réseaux des media francophones pour inonder l’opinion publique mondiale avec une image choquante : celle d’une dictature sanguinaire comme protectrice, non des droits fondamentaux de l’individu, mais du maintien et de l’entretien de quelques pièces de musée appelées « minorités religieuses », sagement rangées comme bibelots dans la vitrine du maître de maison. L’humanisme universaliste à la française ne se trouve-t-il pas, ainsi, détourné de sa nature et de sa finalité au profit de sa propre antithèse ?

    Tout le monde se gargarise de dialogue des cultures et des civilisations. Beyrouth accueille annuellement plusieurs événements culturels internationaux. Ne serait-il pas souhaitable, dans le cadre d’un authentique dialogue des civilisations, et dans la fidélité à l’universalité méditerranéenne, de concevoir un Salon du Livre de Beyrouth, franco-arabe, où l’espace culturel euro-méditerranéen montrerait son visage le plus beau et le plus chatoyant parce que le plus divers ?

    acourban@gmail.com

    L’Orient-Le Jour

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