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    Améliorer Taëf, certes, mais avant ou après les législatives ?

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    By Philippe Abi Akl on 20 mai 2016 Actualités

    À la veille de la présidence française du Conseil de sécurité qui commence le 1er juin, et à la veille de la visite du ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault à Beyrouth, l’ambassadeur de France au Liban Emmanuel Bonne s’active dans toutes les directions. Il a multiplié ces derniers jours les rencontres avec les représentants des différentes parties politiques pour expliquer la position de la France à l’égard du Liban après la visite du président François Hollande à Beyrouth. Selon des sources proches de l’ambassade, Paris souhaite pousser vers l’élection présidentielle d’autant plus que la vacance à la tête de l’État aura deux ans le 25 mai. En réalité, la France a décidé de prendre des initiatives dans ce sens à la demande de plusieurs parties libanaises, avec à leur tête le patriarche maronite le cardinal Béchara Raï, qui a été reçu dernièrement à l’Élysée. Mgr Raï avait même demandé au président français au cours de leur rencontre de tenter de convaincre les dirigeants saoudiens et iraniens de faciliter l’élection d’un président au Liban, d’autant que l’héritier en second du trône saoudien l’émir Mohammad ben Salmane ainsi que le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif devraient se rendre en France au début de juin.

    Selon des sources bien informées, c’est l’Iran qui entraverait actuellement l’élection d’un président à travers le refus des députés libanais considérés comme ses alliés d’assister aux séances parlementaires consacrées à l’élection présidentielle. La France en tout cas souhaite aider le Liban à se doter d’un président et c’est dans ce contexte que François Hollande a reçu récemment le chef du courant du Futur Saad Hariri, qui a exprimé à son interlocuteur français son avis sur la question. La France souhaite élargir l’éventail de ses contacts libanais dans une tentative de renforcer le caractère local de l’échéance présidentielle. D’ailleurs, dans ses entretiens avec les parties libanaises, l’ambassadeur Bonne se garde bien de donner un avis précis, souhaitant simplement convaincre les Libanais qu’ils ont le droit d’élire un président sans interférences étrangères et sans tutelle. La France ajoute aussi que la communauté internationale est prête à bénir et à faciliter tout accord entre les Libanais au sujet de l’élection présidentielle.

    (Lire aussi : Loi électorale : de tergiversations en tergiversations)

    Des milieux politiques libanais estiment à leur tour que l’opération qui a coûté la vie au chef militaire du Hezbollah Moustapha Badreddine près de Damas a mélangé les cartes internes et modifié les priorités. L’Iran et le Hezbollah se sont sentis visés par cette opération et le Hezbollah a accusé les « groupes terroristes et takfiristes » d’être les auteurs de cet assassinat. Mais l’opposition syrienne a démenti toute implication dans cette opération et ses milieux estiment que le fait d’accuser les groupes rebelles vise essentiellement à justifier l’intervention du Hezbollah en Syrie et surtout la poursuite de cette intervention. Les milieux politiques précités estiment qu’il faut s’attendre à une période d’escalade au cours des prochains mois qui serait menée par l’Iran et le Hezbollah pour contrecarrer les tentatives américano-russes de mettre une solution politique sur les rails.

    C’est donc dans ce contexte compliqué et instable que la France a décidé d’intensifier ses démarches en vue de favoriser une élection présidentielle au Liban en profitant du succès des élections municipales. Le président de la Chambre, Nabih Berry, a saisi la balle au bond en lançant immédiatement « son initiative » qui consiste en trois propositions tournant autour de l’entente sur une nouvelle loi électorale, l’organisation d’élections législatives immédiatement suivies de l’élection présidentielle, ou l’organisation d’une conférence dans le genre de celle de Doha en 2008 qui avait abouti à une entente sur l’élection de Michel Sleiman à la présidence de la République.
    (Lire aussi : Le danger de l’initiative Berry)

    Le 14 Mars a riposté en répétant que l’élection présidentielle doit précéder les élections législatives. Un député du 14 Mars a révélé la crainte d’un piège caché qui consisterait à vouloir en fait modifier le système libanais. Cette crainte peut être justifiée car le 8 Mars n’a pas caché sa volonté de réduire les prérogatives du Premier ministre considérées par lui, et par certains groupes chrétiens, comme excessives. Le titre qui cache cette revendication s’appelle « la participation effective » à l’exercice du pouvoir. Le 14 Mars rappelle que dès avant la fin du mandat du président Sleiman, le Hezbollah avait commencé à réclamer l’organisation d’une « Assemblée constituante » pour combler les lacunes apparues dans le système adopté à Taëf, notamment au niveau des prérogatives présidentielles. Il a même été question, dans la foulée de cette proposition, de créer le poste de vice-président qui serait attribué aux chiites, qui auraient ainsi une part dans la prise des décisions, sachant que l’octroi du portefeuille des Finances à un chiite ne s’inscrit pas dans le cadre d’un accord ou d’un texte. Il s’agit simplement d’un « gentlemen agreement » qui a donné naissance à l’actuel gouvernement. C’est donc pour cette raison que le 14 Mars est en train d’exiger la tenue de l’élection présidentielle avant l’organisation des législatives. Mais le 8 Mars campe sur ses positions estimant qu’il y a des lacunes dans le système de Taëf qui provoquent à chaque échéance de nouvelles crises. Depuis l’adoption de l’accord de Taëf, quatre présidents ont été élus dans des situations instables et compliquées. Ce qui n’était pas le cas dans la période qui a suivi le pacte de 1943 et jusqu’à 1970. En instaurant un système consensuel, l’accord de Taëf a aussi favorisé la paralysie des institutions, transformant le boycott des séances parlementaires ou gouvernementales en droit constitutionnel.

    En somme, tout le monde est convaincu de la nécessité d’améliorer l’accord de Taëf, mais chaque camp le veut dans son intérêt et la question reste : « Faut-il le faire avant ou après les législatives, qui devront avoir lieu en mai-juin 2017 ? »

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