Pourquoi CMA CGM s’allie à Air FRANCE-KLM

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L’armateur prendra jusqu’à 9 % du capital du transporteur aérien et noue un partenariat dans le fret aérien.

 

TRANSPORT Mais pourquoi CMA CGM vole-t-il au secours d’Air ­France-KLM ? L’armateur marseillais, aujourd’hui en pleine forme, n’hésite pas à se rapprocher d’un transporteur aérien à peine convalescent, qui a cumulé près de 11 milliards d’euros de pertes depuis deux ans. Mardi, les deux groupes ont annoncé ensemble avoir conclu un « partenariat stratégique majeur de long terme dans le fret aérien ». Avec cet accord, « CMA CGM deviendra un actionnaire de référence d’Air France-KLM ». En clair, le troisième opé­rateur mondial de porte-conteneurs va prendre jusqu’à 9 % de la compagnie franco-néerlandaise.

 

À première vue, c’est le groupe basé à Roissy qui fait la bonne af­faire. Sa direction le répète depuis plusieurs mois : Air France-KLM a besoin de renforcer ses fonds propres à hauteur de 4 milliards d’euros, notamment via une augmentation de capital. Pour cela, le groupe compte sur l’appui d’actionnaires actuels et cherche aussi de nouveaux investisseurs. Les États français (28,6 %) et néerlandais (9,3 %) ont indiqué qu’ils participeraient à l’opération. Mais avec une limite pour Paris, monté dans le capital d’Air France-KLM à hauteur de 28,6 % en 2021 lors d’une précédente augmentation de capital. Le gouvernement ne veut pas que la France dépasse les 30 %, afin d’éviter de lancer une OPA sur le groupe.

Autres actionnaires importants, les compagnies China Eastern (9,6 %) et Delta (5,8 %) n’ont pas indiqué leurs intentions. Mais alors que la Chine a tendance à se replier sur elle-même pour lutter contre le Covid, on peut douter que China Eastern participe à l’opération. L’arrivée annoncée de CMA CGM au tour de table d’Air France-KLM tombe donc à pic. « CMA CGM est un industriel qui fait référence, estime Yann Derocles, analyste financier au sein de la société de gestion Oddo. Il peut donner envie à des investisseurs institutionnels de mettre aussi un ticket sur Air France-KLM. »

Un bon coup pour le transporteur aérien. Grâce à un renforcement de ses fonds propres, il pourrait solder au plus vite son PGE (prêt garanti par l’État) de 4 milliards sur lequel il lui reste à rembourser 3,5 milliards. Cette opération est essentielle : tant que le groupe franco-néerlandais ne se sera pas acquitté de sa dette, il ne pourra pas participer à la consolidation du secteur. La Commission européenne interdit à une compagnie de prendre plus de 10 % du capital d’une autre compagnie avant d’avoir remboursé 75 % de son PGE. Or, aujourd’hui, des transporteurs aériens comme ITA (ex-Alitalia) sont à vendre pour des prix accessibles. Associé à l’armateur MSC, Lufthansa, qui a remboursé ses prêts d’État à l’automne 2021, postule pour reprendre la compagnie. Air France-KLM ne peut pas se positionner sur ce dossier, même si ITA fait partie de l’alliance Skyteam.

Participer à la consolidation

Un enjeu perçu par Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM : « Dans notre industrie, nous sommes un consoli­dateur, et nous aimerions beaucoup, quand le timing le permettra, qu’Air France-KLM saisisse aussi des opportunités sur le marché pour croître », explique-t-il au Financial Times.

L’arrivée annoncée de CMA CGM présente un autre avantage. Elle donne un coup fouet au cours de bourse d’Air France-KLMqui a clôturé mercredi en hausse de 4,29 %, à 4,13 euros. Pour éviter aux actionnaires actuels d’être trop dilués, il audrait que l’action Air France-KLM soit aux alentours de 4,50 euros. Fin novembre, le groupe avait renoncé au dernier moment à son augmentation de capital à cause d’un cours de Bourse poussif pro­voqué par l’irruption du variant Omicron. De là à penser que CMA CGM rend un service à l’État qui l’a sauvé de la faillite en 2010, il y a un pas qui ne peut être franchi. Car l’armateur trouve son compte dans cette opération. Achat d’un terminal du port de Los Angeles pour près de 2 milliards d’euros, reprise du transporteur routier ­Gefco… Depuis quelques mois, le groupe marseillais utiliseses profits stratosphériques (16,5 milliards en 2021) pour se diversifier dans le transport. Une façon d’équilibrer les à-coups du convoyage de fret en porte-conteneurs, une activité cyclique. En 2019, le groupe accusait une perte nette de 229 millions.

Le partenariat avec Air France-KLM dans le fret aérien va lui permettre d’élargir encore la palette de ses services. « Air France-KLM et CMA CGM exploiteront ensemble et en exclusivité la totalité de la capacité des appareils tout-cargo de leurs compagnies respectives, soit 10 appareils tout-cargo en activité, et 12 autres en commande chez les deux groupes », précisent les deux géants. Il faut y ajouter la commercialisation des soutes des 160 avions long-courrier d’Air France-KLM. Avec ce partenariat signé pour au moins dix ans, les deux opérateurs deviendront ensemble un grand du fret aérien, un marché en plein boom et très rentable depuis deux ans. Accessoirement, CMA CGM refait ainsi une partie de son retard sur le leader mondial des armateurs, Maersk, qui a quinze avions-cargos.

LE FIGARO

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