La laborieuse marche diplomatique pour un cessez-le-feu au Proche-Orient

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Elles fusent de toutes parts, mais aucune n’a encore abouti. La dernière initiative diplomatique a été brandie par la France, qui a déposé mardi un projet de résolution de cessez-le-feu au Conseil de sécurité de l’ONU, en coordination avec l’Égypte et la Jordanie. Nul ne sait encore quel destin aura ce mouvement diplomatique, auquel les États-Unis ont pour l’instant refusé leur soutien.

Depuis le début de la crise, Joe Biden est resté prudent et discret, lui qui n’avait pas fait de la question palestinienne une priorité. Déterminé à revenir dans l’accord sur le nucléaire iranien, il ne veut pas d’un autre sujet de dissension avec Israël, son grand allié dans la région. Depuis huit jours, l’Administration américaine bloque toute décision des Nations unies qui pourrait être contraire à ses intérêts et à ceux d’Israël, qui a besoin d’avoir suffisamment réduit les capacités menaçantes du Hamas avant d’accepter une pause. Mais alors que les démarches bilatérales se multiplient, et que des groupes ad hoc se forment en coulisses pour soutenir la diplomatie qui s’enlise aux Nations unies, Joe Biden a finalement appelé Israël à une rapide «désescalade» mercredi. Une nouvelle peut-être annonciatrice d’une trêve, tant il est vrai qu’il ne peut y avoir, au Proche-Orient, de solution diplomatique sans l’engagement des États-Unis.

L’«opportunisme politique» de Moscou et de Pékin

Dans cette ruée diplomatique, l’Union européenne est aux abonnés absents, à la fois divisée entre ses membres et décalée par rapport à la réalité. Personne ne connaît le nom de son envoyée spéciale pour le Proche-Orient, la diplomate néerlandaise Susanna Terstal, qui tient pourtant ce poste depuis deux ans et demi. Quant à la réunion des ministres des Affaires étrangères européens mardi, elle s’est heurtée à la sécession de la Hongrie, qui a refusé de soutenir son appel au cessez-le-feu. Budapest rejette «toute déclaration partiale à l’égard d’Israël» et préfère le «pragmatisme» aux «leçons de morale». Pour être la plus voyante, la fracture hongroise sur le Proche-Orient n’est pas la seule au sein des 27. «De manière plus générale, l’Union européenne s’est marginalisée sur ce dossier car elle ne veut pas parler au Hamas. Elle préfère fermer les yeux et faire comme si le mouvement n’existait pas. Elle se prive ainsi de la possibilité d’avoir un rôle de médiateur. Or il faut parler aux terroristes si on veut relancer le processus de paix. On le fait aujourd’hui en Afghanistan avec les talibans. Les conflits finissent quand on parle aux opposants», estime Hugh Lovatt, spécialiste du Proche-Orient au Conseil européen des relations internationales (ECFR).

L’Union européenne s’est aussi privée d’influence car elle n’a pas utilisé les leviers à sa disposition pour faire pression sur Israël et sa politique de colonisation, ni pour punir les atteintes à la démocratie, surtout depuis l’annulation des élections, au sein de l’Autorité palestinienne, dont elle est pourtant un gros bailleur de fonds. «Le leadership palestinien est de plus en plus illégitime et autocratique, tout ça avec un financement européen. Mais l’UE ne veut pas aborder cette question», explique Hugh Lovatt. Plus généralement, l’Union européenne a concentré ses efforts sur l’humanitaire et l’économie alors que les problèmes sont avant tout politiques. «L’UE a toujours fait passer la survie du processus d’Oslo en priorité. Elle s’est privée d’agir pour ne pas mettre en cause le processus de paix. Mais de quel processus de paix parle-t-on? Il n’existe plus», poursuit le spécialiste de l’ECFR.

Le vide diplomatique a attiré d’autres puissances, comme la Russie et la Chine, qui tentent de faire entendre leur voix et de se proposer à leur tour comme médiateurs. Mais il ne s’agit, selon Hugh Lovatt, que d’un «opportunisme politique». «Aucun des deux pays n’est capable de s’investir. Israël n’acceptera jamais d’autre interlocuteur que les États-Unis.» L’implication des pays arabes est beaucoup plus sérieuse. C’est bien parce qu’elle parle à tout le monde – à Israël, à l’Autorité palestinienne et, indirectement, au Hamas – que l’Égypte, puissance régionale et frontalière de Gaza, est la plus engagée dans les efforts de médiation, même si pour l’instant ils n’ont rien donné. «Sans pression internationale sur les belligérants, sans l’impulsion des États-Unis et de l’Europe, l’entremise égyptienne ne peut pas suffire à obtenir une cessation des hostilités», explique un diplomate.

Sans doute les efforts qui se manifestent de manière centrifuge convergeront-ils quand les forces israéliennes auront suffisamment affaibli les capacités offensives du Hamas pour se résoudre à une pause. Israël étudie désormais le «moment opportun» pour un cessez-le-feu. L’apparente lenteur de la diplomatie américaine visait probablement, selon une source diplomatique, à laisser ce temps à son allié.

En attendant que le calme revienne, des leçons et des questions surgissent déjà. D’abord la première leçon. «On ne peut pas évacuer complètement le conflit israélo-palestinien. On a eu le sentiment qu’il était gérable dans la durée, à bas bruit, avec une faible intensité. Mais si on nie sa réalité, il se représente à nous. Et si on ne le traite pas politiquement, il se rappellera de la pire manière», commente la même source diplomatique. Puis, la première question. La doctrine israélienne consistant à frapper le Hamas dès qu’il devient militairement trop dangereux et que ses provocations sont intolérables est-elle toujours suffisante pour contenir dans la durée la pression palestinienne?

Ou le conflit risque-t-il de sortir de sa boîte pour gagner les villes israéliennes et tomber aux mains d’une nouvelle génération de Palestiniens moins liés aux organisations politiques?

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