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    En Arabie saoudite, ces femmes engagées pour leurs droits

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    By La Croix on 28 septembre 2017 à la une

     Portraits de trois femmes qui n’ont jamais renoncé à lutter malgré la prison et les humiliations.

     

    Wajeha Al Huwaider, journaliste et écrivain

    À 7 ans, Wajeha Al Huwaider fut battue par sa maîtresse d’école pour avoir joué au foot avec des garçons. Sa mère, ouverte d’esprit, laissa la fillette faire de la bicyclette alors que cela est généralement proscrit… de peur que les filles ne perdent leur virginité sur la selle !

    Depuis son plus jeune âge ­Wajeha Al Huwaider, journaliste et écrivain de 55 ans, divorcée, n’a eu de cesse d’exercer son libre arbitre. Elle est devenue l’une des plus grandes activistes féministes d’Arabie saoudite, membre de l’ONG américaine Human Rights Watch, cofondatrice de l’association pour la protection et la défense des droits des femmes en Arabie saoudite. Elle ne renonce jamais bien qu’elle se dise « fatiguée d’être humiliée seulement parce (qu’elle est) une femme », comme elle l’écrivait en 2009.

    Arabie saoudite et wahhabisme  : trois questions pour comprendre

    En 2003, elle est interdite de publication. En 2006, elle proteste seule dans la rue, toute de rose vêtue, arborant une pancarte : « Accordez leurs droits aux femmes. » Elle est rapidement arrêtée. En 2008, une vidéo la montrant au volant d’une voiture fait le buzz. Elle est arrêtée en 2011 et condamnée en 2013 à dix mois de prison pour takhbib (« incitation à défier l’autorité de son mari »). Elle a envoyé ses deux fils étudier en Virginie pour éviter qu’ils ne grandissent en typiques hommes saoudiens.

    Fawzia Al Oyouni, activiste

    Fawzia Al Oyouni est une autre grande figure de la cause des femmes en Arabie saoudite, compagne de route de longue date de Wajeha Al Huwaider, mais restée très discrète sur son itinéraire personnel. On sait d’elle qu’elle prend la tête du comité des demandeurs pour les droits des femmes à conduire en 2007 et ose alors lancer une pétition à l’adresse du roi Abdallah.

    L’année suivante, elle récidive avec une deuxième pétition qui rassemble plus de mille signatures. Conduire est « un enjeu social et non pas religieux ou politique, nous avons le droit de faire du lobbying pour l’obtenir », plaidait-elle alors, en revendiquant également le droit pour les femmes de pouvoir voyager sans l’autorisation d’un tuteur masculin.

    En 2011 elle est arrêtée, en compagnie de Waheja Al Huwaider, alors que toutes deux veulent venir en aide à une Canadienne maltraitée par son mari saoudien. Cela leur vaudra d’être condamnées en 2013 à dix mois de prison et deux ans d’interdiction du territoire pour infraction à la charia en ayant soutenu une femme à l’insu de son mari. Amnesty International, Human Rights Watch et l’ensemble des ONG de défense des droits humains avaient alors mené campagne en faveur de ces deux grandes féministes saoudiennes.

    Manal Al Sharif, informaticienne

    Michal cizek/AFP

    « J’ai laissé mon fils dans un royaume pour hommes. » Dans cette tribune publiée le 9 juin par le quotidien américain The New York Times, Manal Al Sharif, 38 ans, raconte le prix sans nom que lui font payer les autorités saoudiennes pour « oser conduire »(titre de son livre paru aux États-Unis chez Simon & Schuster).

    En mai 2011, elle prend le volant grâce à un permis de conduire obtenu pendant un séjour aux États-Unis, publie une vidéo sur Facebook et s’engage dans la campagne « Women2Drive » lancée dans le sillage des printemps arabes. Cela lui vaut neuf jours en prison, des appels d’imams pour qu’elle soit flagellée en public, la perte de son emploi d’informaticienne dans la grande compagnie pétrolière Aramco, et même la perte de son logement.

    En Arabie saoudite, les femmes autorisées à conduire

    Manal Al Sharif se réfugie à Dubaï. Mais le pire est à venir. Alors qu’elle a divorcé d’un mari qui la battait, la justice refuse que son fils Aboudi, alors âgé de 6 ans, lui rende visite, son père ayant la tutelle juridique de l’enfant. Manal Al Sharif s’est depuis remariée civilement au Canada, a eu un deuxième fils, Daniel Hamza, en 2014. Mais celui-ci est interdit de séjour en Arabie saoudite, qui ne reconnaît ni ce mariage ni l’enfant.

    Ses deux fils restent des inconnus l’un pour l’autre. Et par la force des choses, Aboudi devient un étranger pour sa mère.

    Marie Verdier

    LA CROIX
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