{"id":56698,"date":"2021-06-08T23:09:43","date_gmt":"2021-06-08T22:09:43","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=56698"},"modified":"2021-06-08T23:10:55","modified_gmt":"2021-06-08T22:10:55","slug":"banalisation-du-mal-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/banalisation-du-mal-politique\/","title":{"rendered":"Banalisation du mal politique"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #666699;\">Il en est du mal politique comme d\u2019une tumeur. B\u00e9nigne, elle peut \u00eatre un simple grain de beaut\u00e9 ou une verrue plus ou moins disgracieuse. Elle pourrait servir, dans ce cas, de trait distinctif ou de coquetterie cosm\u00e9tique. Mais si elle \u00e9volue vers un processus malin, on ne peut en aucun cas l\u2019ignorer en la banalisant.<\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>N\u00e9gliger un processus malin au sein d\u2019un organisme livre ce dernier au sort implacable qui l\u2019attend ; la tumeur qu\u2019il a lui-m\u00eame engendr\u00e9e finira par le tuer.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame du mal politique, cancer du vivre-ensemble au sein d\u2019une cit\u00e9. La politique porte en elle-m\u00eame un paradoxe inattendu. Elle a beau se pr\u00e9senter comme une lumi\u00e8re, une dynamique vers un plus grand bien ; elle n\u2019en demeure pas moins \u00ab l\u2019incarnation hyperbolique du mal, son abc\u00e8s de fixation \u00bb.<\/p>\n<p>Le Liban de 2021 illustre \u00e0 merveille ce royaume des t\u00e9n\u00e8bres (outer darkness), celui du mal que l\u2019homme est capable de faire \u00e0 l\u2019homme. Quand la maladie canc\u00e9reuse arrive au stade terminal, l\u2019organisme perd toute coh\u00e9sion entre ses parties constituantes. Plus rien n\u2019assure la coh\u00e9rence de l\u2019ensemble et le processus mortel ira in\u00e9luctablement \u00e0 sa fin. Machiavel avait parfaitement compris la similitude entre le corps humain et le corps politique. Ce dernier, lui aussi, peut tomber malade et mourir. Le Liban en est au stade terminal du cancer qui le ronge depuis de longues ann\u00e9es et qui a d\u00e9j\u00e0 fait tant de ravages. La tumeur-m\u00e8re du Liban c\u2019est principalement le Hezbollah et ses oblig\u00e9s qui, pour le compte de l\u2019Iran, ont d\u00e9pouill\u00e9 l\u2019\u00c9tat de sa volont\u00e9 souveraine et d\u00e9sarticul\u00e9 tous les m\u00e9canismes constitutionnels qui en assuraient un fonctionnement acceptable.<\/p>\n<p><strong>Sans la couverture chr\u00e9tienne de l\u2019accord de Mar Mikha\u00ebl en 2006, le Hezbollah serait demeur\u00e9 circonscrit au stade de milice sectaire \u00e0 la solde de l\u2019\u00e9tranger<\/strong> et n\u2019aurait pas acquis la stature nationale qui est la sienne et qui lui a permis de diss\u00e9miner partout des m\u00e9tastases ou tumeurs-filles. Ce sont bien les iraniens qui affirment haut et fort qu\u2019ils occupent le Liban, qu\u2019ils dominent quatre capitales arabes, qu\u2019ils disposent de la majorit\u00e9 parlementaire libanaise. Pr\u00e9tendre le contraire est au mieux un sophisme rh\u00e9torique, au pire une politique de l\u2019autruche.<\/p>\n<p>Le 7 mai 2005, je participais \u00e0 un colloque international au Palais de l\u2019Unesco, en m\u00eame temps que de grands intellectuel(le)s dont feu Samir Kassir. Ce m\u00eame jour rentrait de son exil parisien le g\u00e9n\u00e9ral Michel Aoun. Discutant avec Samir Kassir, je fus surpris par son enthousiasme prudent face au retour de l\u2019homme qu\u2019on pensait \u00eatre le champion de la lib\u00e9ration du Liban de cette h\u00e9g\u00e9monie syrienne, qu\u2019on avait peur d\u2019appeler \u00ab occupation \u00bb. Je lui ai demand\u00e9 : <strong>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu appr\u00e9hendes ? \u00bb. Il me r\u00e9pondit \u00e9vasivement : \u00ab La banalit\u00e9 du mal de Hannah Arendt \u00bb<\/strong>. Trois semaines plus tard, le 2 juin 2005, il est mort dans sa voiture devant son domicile. Je passais par hasard sur le trottoir d\u2019en face.<\/p>\n<p>Samir avait compris que le totalitarisme commence par d\u00e9truire tout processus constitutionnel, par instrumentaliser la loi et la justice, par terroriser la magistrature, bref par banaliser le mal, le rendre si ordinaire. Un virus peut provoquer une pand\u00e9mie apocalyptique, mais il demeure un virus banal. L\u2019occupation d\u2019un pays par un autre peut se faire de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Ce n\u2019est pas le masque de l\u2019occupant qui est important car c\u2019est un objet banal, voire inoffensif. Au Liban, en phase terminale de son cancer, l\u2019impunit\u00e9 du criminel est la pire forme de la banalisation du mal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une large frange de la population libanaise demeure consciente qu\u2019on lui a vol\u00e9 son pays. Le Liban plie sous la botte d\u2019une caste indigne et criminelle de tra\u00eetres, autant de m\u00e9tastases secondaires qu\u2019entretient la tumeur primaire. Nombreuses sont les voix, qui ne cessent de proclamer depuis le 17 octobre 2019 : Tant qu\u2019\u00e0 mourir, mourons au moins la t\u00eate haute et ne nous taisons surtout pas. Ces voix d\u00e9nonceront jusqu\u2019\u00e0 leur dernier souffle la banalisation du mal politique libanais qui, aujourd\u2019hui, s\u2019appelle \u00ab occupation iranienne \u00bb.<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p>*Beyrouth<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il en est du mal politique comme d\u2019une tumeur. B\u00e9nigne, elle peut \u00eatre un simple grain de beaut\u00e9 ou une verrue plus ou moins disgracieuse. Elle pourrait servir, dans ce cas, de trait distinctif ou de coquetterie cosm\u00e9tique. 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