{"id":46310,"date":"2020-04-26T10:57:01","date_gmt":"2020-04-26T09:57:01","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=46310"},"modified":"2020-04-26T10:57:01","modified_gmt":"2020-04-26T09:57:01","slug":"dans-la-jungle-des-labos-de-wuhan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/dans-la-jungle-des-labos-de-wuhan\/","title":{"rendered":"Dans la jungle des\u00a0labos\u00a0de\u00a0Wuhan"},"content":{"rendered":"<p><em style=\"font-size: 16px;\">La virologue Shi Zhengli au National Biosafety Laboratory, le laboratoire de niveau P4 ,de Wuhan, en f\u00e9vrier 2017. JOHANNES EISELE \/ AFP<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div dir=\"auto\">\n<div>\n<h3><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Le coronavirus a-t-il pu s\u2019\u00e9chapper accidentellement de l\u2019un des centres de recherche de cette ville chinoise, d\u2019o\u00f9 est partie l\u2019\u00e9pid\u00e9mie ? \u00ab Le Monde \u00bb s\u2019est plong\u00e9 dans cet univers particulier, o\u00f9 la coop\u00e9ration franco-chinoise a montr\u00e9 ses limites<\/strong><\/span><\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9pid\u00e9mie a d\u00e9but\u00e9, \u00e0 Wuhan, Shi Zhengli a connu un moment de pure angoisse. Une de ces peurs qui envahit l\u2019esprit, vous obligeant \u00e0 refaire en pens\u00e9e chaque geste, \u00e0 reprendre chaque \u00e9tude. Sp\u00e9cialiste des coronavirus \u00e0 l\u2019Institut de virologie de la ville, capitale de la province chinoise du Hubei, elle n\u2019en a pas dormi pendant plusieurs jours, s\u2019interrogeant sans cesse\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Et si le virus venait de nos laboratoires\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Qui, en ce mois de d\u00e9cembre\u00a02019, aurait pu imaginer l\u2019inqui\u00e9tude de cette femme de 55\u00a0ans, fr\u00eale mais d\u00e9termin\u00e9e, que les virologues du monde entier ont l\u2019habitude de croiser dans les congr\u00e8s internationaux\u00a0? La maladie paraissait encore cantonn\u00e9e \u00e0 quelques cas, rapport\u00e9s par les h\u00f4pitaux de Wuhan, ville laide et tentaculaire o\u00f9 Shi Zhengli vit depuis qu\u2019elle y a fait ses \u00e9tudes et o\u00f9 elle travaille. Un genre de SRAS, avec fi\u00e8vre, toux et infection des poumons. Une de ces sales infections que Shi Zhengli, h\u00e9las, ne conna\u00eet que trop bien.<\/p>\n<p><strong>En France, o\u00f9 elle a pass\u00e9 quelques ann\u00e9es pour sa th\u00e8se<\/strong> <strong>\u2013 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Montpellier, en\u00a02000 \u2013<\/strong>, aucun des chercheurs avec lesquels elle collabore parfois n\u2019a rien su de ses inqui\u00e9tudes.\u00a0\u00ab\u00a0Sheu\u00a0\u00bb,\u00a0comme disent les Fran\u00e7ais dans une imitation approximative de l\u2019accent chinois, est estim\u00e9e. Mais hormis le fait qu\u2019elle parle un peu fran\u00e7ais et qu\u2019un ministre de la recherche lui a un jour d\u00e9cern\u00e9 les palmes acad\u00e9miques, on ne conna\u00eet d\u2019elle que ses recherches.\u00a0\u00ab\u00a0Quand la maladie est arriv\u00e9e en France, nous avons bien re\u00e7u de nos coll\u00e8gues de Wuhan un e-mail de soutien,\u00a0rapporte un chercheur de Lyon, qui la conna\u00eet bien.\u00a0Mais pas un \u00e9change, tant que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie a s\u00e9vi essentiellement chez eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En Chine, c\u2019est autre chose. Les journaux la surnomment \u00ab\u00a0<strong>Batwoman<\/strong>\u00a0\u00bb depuis qu\u2019elle a \u00e9tudi\u00e9 ces chauves-souris qui, dans les r\u00e9gions subtropicales et m\u00e9ridionales du Guangdong, du Guangxi et du Yunnan, paraissent de v\u00e9ritables usines \u00e0 virus. En\u00a02005, c\u2019est chez une chauve-souris que la virologue avait identifi\u00e9 deux coronavirus proches du SARS-CoV, l\u2019agent infectieux \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de SRAS <strong>de 2003. Depuis, les coronavirus sont sa sp\u00e9cialit\u00e9<\/strong>. Et c\u2019est aussi pour cela que, d\u00e8s l\u2019hospitalisation des premiers malades \u00e0 Wuhan, elle s\u2019est tout de suite inqui\u00e9t\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et si le virus provenait de nos laboratoires\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0Shi Zhengli a repris ses \u00e9tudes des derni\u00e8res ann\u00e9es, anxieuse \u00e0 l\u2019id\u00e9e de retrouver dans ce nouveau tueur, apparu pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Wuhan, les s\u00e9quences caract\u00e9ristiques qui auraient pu signaler une\u00a0\u00ab\u00a0fuite\u00a0\u00bb\u00a0venue de son d\u00e9partement, le Centre pour les maladies infectieuses de l\u2019Institut de virologie.\u00a0\u00ab\u00a0<strong>Cela m\u2019a vraiment fait perdre la t\u00eate et emp\u00each\u00e9 de fermer l\u2019\u0153il\u00a0\u00bb,\u00a0a-t-elle confi<\/strong>\u00e9 \u00e0 Jane Qiu, journaliste au mensuel\u00a0<strong><em>Scientific American.<\/em><\/strong><\/p>\n<h2>\u00c0 la chasse aux chauves-souris<\/h2>\n<p>Shi Zhengli navigue entre plusieurs univers. Les grottes sombres et humides des provinces \u00e9loign\u00e9es, o\u00f9 il lui faut p\u00e9n\u00e9trer en combinaison, masqu\u00e9e et bott\u00e9e, munie d\u2019un grand filet pour attraper les chauves-souris sans risquer l\u2019infection. Et les laboratoires attribu\u00e9s \u00e0 son d\u00e9partement sur le campus de l\u2019Institut de virologie de Wuhan, pr\u00e8s du lac de l\u2019Est.<\/p>\n<p>Ses recherches sur les coronavirus, \u00e9labor\u00e9es, n\u00e9cessitent un laboratoire de niveau de s\u00e9curit\u00e9 P3. Mais Shi Zhengli est aussi directrice adjointe, toujours \u00e0 Wuhan, du <strong>n<\/strong>ouveau laboratoire P4, pour les pathog\u00e8nes de classe 4, ces virus dont le taux de contamination et de mortalit\u00e9 est le plus \u00e9lev\u00e9, comme Ebola, qui tue pr\u00e8s de 90\u00a0% de ceux qu\u2019il contamine.<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab\u00a0P4\u00a0\u00bb, comme disent les chercheurs pour d\u00e9signer le National Biosafety Laboratory de Wuhan<\/strong>, est un dr\u00f4le d\u2019endroit, une sorte de blockhaus carr\u00e9 et gris, flanqu\u00e9 d\u2019une tour et d\u2019un immeuble de bureaux, adoss\u00e9 \u00e0 un grand massif bois\u00e9. <strong>Construit dans le cadre d\u2019un accord de coop\u00e9ration franco-chinois, sur le mod\u00e8le du laboratoire P4 Jean-M\u00e9rieux de Lyon, ce laboratoire hautement strat\u00e9gique pour la Chine a mis pr\u00e8s de quinze ans \u00e0 voir le jour. Il est devenu op\u00e9rationnel au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019, <\/strong>apr\u00e8s deux ans de tests et d\u2019ajustements.<\/p>\n<p>Le site qui l\u2019accueille est situ\u00e9 dans la lointaine banlieue, \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres au sud-ouest de Wuhan, l\u00e0 o\u00f9 les parcs industriels mangent les anciens villages et les cultures. L\u2019endroit a longtemps \u00e9t\u00e9 isol\u00e9, mais un nouveau campus de brique rouge, sorti de terre il y a deux ans, lui est aujourd\u2019hui accol\u00e9\u00a0: il accueille chercheurs et \u00e9tudiants. L\u2019adresse et la localisation du P4 sont difficiles \u00e0 trouver\u00a0: le site officiel de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et Google Maps le situent tous deux, de mani\u00e8re erron\u00e9e, sur le campus historique de l\u2019Institut de virologie, pr\u00e8s du lac de l\u2019Est.<\/p>\n<p>Shi Zhengli, donc, s\u2019inqui\u00e8te. Et elle n\u2019est pas la seule. Bien avant que le\u00a0Washington Post\u00a0ne publie, le 14\u00a0avril, un article affirmant que des diplomates am\u00e9ricains avaient alert\u00e9, d\u00e8s mars\u00a02018, sur le manque de\u00a0\u00ab\u00a0techniciens et d\u2019enqu\u00eateurs correctement form\u00e9s pour faire fonctionner en toute s\u00e9curit\u00e9 ce laboratoire de haute s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0<strong>les soup\u00e7ons sur une \u00e9ventuelle fuite ont d\u2019abord circul\u00e9 en Chine m\u00eame.<\/strong><\/p>\n<h2>Le Web chinois en \u00e9bullition<\/h2>\n<p>D\u00e8s la fin du mois de janvier, le laboratoire P4 et \u00ab\u00a0Batwoman\u00a0\u00bb mettent la blogosph\u00e8re chinoise en \u00e9bullition. Celle-ci se penche aussi sur le cas d\u2019un autre laboratoire, appartenant au Centre de contr\u00f4le et de pr\u00e9vention des maladies infectieuses, situ\u00e9, lui, \u00e0 280 m\u00e8tres du march\u00e9 aux fruits de mer de Huanan, au c\u0153ur de Wuhan, devenu le premier foyer de contamination par le SARS-CoV-2.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas difficile de retrouver, sur YouTube, le reportage qu\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision de Shangha\u00ef avait consacr\u00e9, le 11\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019, \u00e0 un technicien de ce labo, <strong>Tian Junhua<\/strong>, dans lequel on le voit escalader l\u2019entr\u00e9e de grottes sombres et terrifiantes de la province du Hubei, v\u00eatu d\u2019une combinaison blanche et muni d\u2019un filet \u00e0 chauve-souris.\u00a0\u00ab\u00a0Pr\u00e8s de 2\u00a0000\u00a0types de virus ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts par les chercheurs chinois ces douze derni\u00e8res ann\u00e9es,\u00a0claironne le reportage.\u00a0Le reste du monde n\u2019en avait d\u00e9couvert que 284 en deux cents ans. La Chine est d\u00e9sormais en t\u00eate de la recherche fondamentale sur les virus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, dans le contexte de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 Wuhan, ce petit film prend cependant une tout autre r\u00e9sonance sur les r\u00e9seaux sociaux chinois. Soudain, le chercheur ne para\u00eet pas si bien prot\u00e9g\u00e9, avec sa mince combinaison et ses gants en latex.\u00a0\u00ab\u00a0Le simple contact des excr\u00e9ments de chauve-souris sur ma peau nue pourrait m\u2019infecter\u00a0\u00bb, reconna\u00eet-il sans fard. Il a d\u2019ailleurs d\u00fb, une fois, se mettre en \u00ab\u00a0quatorzaine\u00a0\u00bb volontaire, explique-t-il, apr\u00e8s avoir re\u00e7u quelques gouttes d\u2019urine d\u2019un chiropt\u00e8re. Un incident similaire aurait-il eu lieu dans ce laboratoire\u00a0?<\/p>\n<p>Peurs, rumeurs\u2026 Le Web chinois imagine mille sc\u00e9narios plus ou moins rationnels. On s\u2019interroge ainsi, malgr\u00e9 les d\u00e9mentis officiels, sur le sort d\u2019une ancienne \u00e9tudiante de l\u2019Institut de virologie, Huang Yanling, dont une partie de la biographie aurait \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e du site Internet de l\u2019institut. M\u00eame le quotidien\u00a0Global Times, farouchement patriotique, juge\u00a0\u00ab\u00a0l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb,\u00a0dans une longue enqu\u00eate dat\u00e9e du 18\u00a0f\u00e9vrier, les interrogations sur d\u2019\u00e9ventuels coronavirus de synth\u00e8se possiblement mis au point par l\u2019Institut de virologie de Wuhan, et demande si des exp\u00e9riences\u00a0\u00ab\u00a0ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sur des primates\u00a0\u00bb.\u00a0Lorsque le c\u00e9l\u00e8bre commentateur Cui Yongyuan lance, dix jours plus tard, sur Weibo, le Twitter chinois, un sondage sur l\u2019origine du virus, 51\u00a0% des 10\u00a0000 personnes qui r\u00e9pondent sont persuad\u00e9es qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un\u00a0\u00ab\u00a0virus artificiel \u00e9chapp\u00e9 par n\u00e9gligence\u00a0\u00bb,\u00a024\u00a0% estiment qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu par malveillance. Seules 12\u00a0% pensent qu\u2019il est d\u2019origine naturelle\u2026<\/p>\n<h2>Le scaphandre et le cong\u00e9lateur<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Batwoman\u00a0\u00bb a donc rouvert tous ses dossiers. Elle ou son \u00e9quipe ont-ils pu commettre une n\u00e9gligence\u00a0? <strong>Ils sont pourtant une demi-douzaine de membres de l\u2019institut \u00e0 avoir suivi, des ann\u00e9es plus t\u00f4t, \u00e0 Lyon, au c\u0153ur du Laboratoire Jean-M\u00e9rieux, g\u00e9r\u00e9 par l\u2019Inserm, la difficile formation aux proc\u00e9dures de s\u00e9curit\u00e9 des\u00a0P4<\/strong>. Car la France n\u2019a pas seulement fourni \u00e0 la Chine la technologie du laboratoire de Wuhan, ainsi que des PME fran\u00e7aises tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es \u2013 m\u00eame si les Chinois ont impos\u00e9 leur propre ma\u00eetre d\u2019ouvrage au dernier moment. Elle a aussi d\u00fb apprendre aux Chinois \u00e0 s\u2019en servir et \u00e0 respecter les tr\u00e8s rigoureuses mesures de s\u00e9curit\u00e9. Bref, \u00e0 travailler dans un univers ultracod\u00e9.\u00a0\u00ab\u00a0Trois semaines de manipulations en scaphandre,\u00a0d\u00e9taille l\u2019immunovirologue d\u2019origine croate Branka Horvat,\u00a0\u00e0 r\u00e9p\u00e9ter mille fois les gestes et les proc\u00e9dures, puis encore plusieurs semaines de tests et de suivi avant d\u2019avoir le droit d\u2019acc\u00e9der au cong\u00e9lateur o\u00f9 sont entrepos\u00e9s les virus.\u00a0\u00bb\u00a0Install\u00e9e depuis trente ans en France, o\u00f9 elle travaille pour l\u2019Inserm en collaboration avec les chercheurs chinois sur le virus Nipah, Mme\u00a0Horvat a suivi la formation avec Shi Zhengli.<\/p>\n<p>Pareil apprentissage est \u00e9prouvant. Il faut parvenir \u00e0 respirer en scaphandre, calculer chaque geste, savoir d\u00e9brancher et rebrancher son arriv\u00e9e d\u2019air pour circuler dans le laboratoire. Pr\u00e9parer soigneusement chaque exp\u00e9rience avant de la d\u00e9marrer afin d\u2019\u00e9viter l\u2019oubli qui compromettrait la manipulation. Claustrophobes et distraits s\u2019abstenir. M\u00eame les gants, plus \u00e9pais que ceux r\u00e9serv\u00e9s aux labos de type P2 et P3, offrent une sensibilit\u00e9 moindre \u00e0 laquelle il faut s\u2019habituer. L\u2019endroit est en outre prot\u00e9g\u00e9 par de multiples sas qui ne s\u2019ouvrent que si l\u2019on est d\u00fbment badg\u00e9. Et il faut encore prendre une douche d\u00e9contaminante \u00e0 la sortie\u2026 Les chercheurs chinois venus \u00e0 Lyon se former ont franchi toutes les \u00e9tapes.\u00a0\u00ab\u00a0Shi elle-m\u00eame est une femme intelligente, vive et rigoureuse,\u00a0poursuit Branka Horvat.\u00a0Elle a eu beaucoup de contacts avec des chercheurs du monde entier. Scientifiquement, elle est de tr\u00e8s bon niveau. Elle est aujourd\u2019hui la cible de plusieurs questions, mais je lui fais confiance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La blogosph\u00e8re n\u2019est pourtant pas la seule \u00e0 s\u2019agiter en cette nouvelle ann\u00e9e lunaire chinoise, qui commence le surlendemain du confinement de Wuhan. Au plus haut niveau du r\u00e9gime, une d\u00e9cision majeure a \u00e9t\u00e9 prise\u00a0: le 31\u00a0janvier est arriv\u00e9e dans cette ville <strong>la major g\u00e9n\u00e9rale Chen Wei, de l\u2019unit\u00e9 des risques bact\u00e9riologiques au sein de l\u2019arm\u00e9<\/strong>e. La presse nationale lui consacre des articles enthousiastes, tous \u00e9crits sur le m\u00eame mod\u00e8le. D\u00e9peinte comme\u00a0\u00ab\u00a0une d\u00e9esse de la guerre\u00a0\u00bb, la major Chen Wei a investi le laboratoire P4 pour, officiellement, y mettre au point d\u00e8s que possible un vaccin contre le Covid-19. La direction du Parti ne s\u2019y serait pas prise autrement si elle avait voulu missionner pour mener l\u2019enqu\u00eate un \u00e9missaire investi de tous les pouvoirs\u2026<strong> Les dirigeants du pays croient-ils, eux aussi, \u00e0 une \u00ab\u00a0fuite\u00a0\u00bb dans un des laboratoires de Wuhan\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est que ce genre d\u2019accident existe bien plus qu\u2019on ne le croit. Et pas seulement en Chine. <strong>En\u00a02014, l\u2019Institut Pasteur lui-m\u00eame avait\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9gar\u00e9\u00a0\u00bb\u00a02\u00a0349 \u00e9chantillons de SRAS<\/strong>, jusque-l\u00e0 stock\u00e9s dans un de ses laboratoires de niveau P3. L\u2019affaire, d\u2019abord g\u00e9r\u00e9e sans aucune publicit\u00e9 ni d\u00e9claration aux autorit\u00e9s, n\u2019avait heureusement eu aucune cons\u00e9quence grave. Les \u00e9chantillons ne contenaient qu\u2019une partie du virus, et ce dernier, incomplet, \u00e9tait inoffensif. En\u00a02015, ce sont trois \u00e9chantillons de MERS, ce coronavirus du syst\u00e8me respiratoire venu du Moyen-Orient, qui \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019Institut Pasteur, transport\u00e9s clandestinement par une chercheuse, \u00e0 bord d\u2019un vol S\u00e9oul-Paris. Le virus, rang\u00e9 dans une petite bo\u00eete de produit cosm\u00e9tique, \u00e9tait ensuite rest\u00e9 sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re du bureau d\u2019un chercheur de l\u2019Institut sans aucune pr\u00e9caution sanitaire pendant toute une semaine\u2026<\/p>\n<p>En\u00a02014, c\u2019est aux Etats-Unis qu\u2019une enqu\u00eate avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que des \u00e9chantillons non inactiv\u00e9s d\u2019anthrax avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par erreur aux quatre coins du pays. L\u2019enqu\u00eate avait \u00e9galement mis en \u00e9vidence une contamination accidentelle d\u2019un \u00e9chantillon de grippe classique par un virus bien plus mortel, le H5N1, et la d\u00e9couverte d\u2019\u00e9chantillons contenant un virus de la variole bien vivant alors qu\u2019on le croyait inactiv\u00e9.<\/p>\n<h2>Mati\u00e8res \u00e0 haut risque<\/h2>\n<p>A Wuhan, cependant, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une fuite prend un tour plus politique \u00e0 mesure que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019\u00e9tend. Quatre jours apr\u00e8s la parution du\u00a0Washington Post\u00a0du 14\u00a0avril, Yuan Zhiming, directeur du laboratoire P4 et \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb de Shi Zhengli, est mont\u00e9 au cr\u00e9neau pour assurer\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il est impossible que le virus vienne d\u2019ici. Nous avons des r\u00e8gles tr\u00e8s pr\u00e9cises et rigoureuses pour \u00e9viter les fuites et nous sommes s\u00fbrs de cela.\u00a0\u00bb\u00a0<strong>Microbiologiste form\u00e9 en Chine, en France et au Danemark<\/strong>, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la chambre consultative du Parlement chinois, M.\u00a0Yuan d\u00e9fend la r\u00e9putation de l\u2019ensemble de la recherche chinoise. Il est conscient des bruits qui courent, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et dans son pays, sur les laboratoires locaux, et aussi sur le nombre important d\u2019\u00e9tudiants qui y passent \u2013\u00a0\u00ab\u00a0parfois vingt \u00e9tudiants pour un chercheur, quand, en France, ils sont \u00e0 peine trois\u00a0\u00bb, note Branka Horvat. Mais M.\u00a0Yuan \u00e9carte sans ciller l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une contamination accidentelle de l\u2019un d\u2019entre eux.\u00a0\u00ab\u00a0Aucun de nos \u00e9tudiants ni aucun de nos chercheurs n\u2019ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9s\u00a0\u00bb, assure-t-il.<\/p>\n<p>Les recherches sur les coronavirus sont pourtant nombreuses dans les laboratoires de l\u2019Institut. Shi Zhengli m\u00e8ne ainsi avec ses \u00e9quipes des exp\u00e9riences\u00a0\u00ab\u00a0gain de fonction\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire consistant \u00e0 remodeler les virus pour les rendre contagieux et ensuite identifier des faiblesses qui permettraient de tester des traitements. Par ailleurs, quand Shi Zhengli publie, le 20\u00a0janvier, le g\u00e9nome du nouveau virus, elle d\u00e9montre qu\u2019il est le plus proche, \u00e0 96\u00a0%, d\u2019un coronavirus de chauve-souris, le RaTG13, jusqu\u2019alors inconnu. Et pour cause\u00a0: l\u2019institut l\u2019a enregistr\u00e9 au m\u00eame moment, ce qui interroge sur ce que rec\u00e8le son cong\u00e9lateur.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0R\u00e9unions houleuses\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>En f\u00e9vrier, dans le\u00a0<em><strong>Global Times<\/strong><\/em>, Yang Zhanqiu, le directeur adjoint du d\u00e9partement de biologie des agents pathog\u00e8nes de l\u2019universit\u00e9 de Wuhan, a ouvert une autre piste. Les chercheurs chinois en g\u00e9n\u00e9ral \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire en dehors des rares scientifiques form\u00e9s aux proc\u00e9dures P4 \u2013 <strong>sont connus pour \u00eatre peu regardants sur le traitement des liti\u00e8res et des cadavres d\u2019animaux<\/strong>. Normalement, ceux-ci exigent des processus tr\u00e8s stricts d\u2019emballage, de transport et d\u2019incin\u00e9ration.<\/p>\n<p>Or, a reconnu Yang Zhanqiu, \u00ab certains chercheurs d\u00e9versent du mat\u00e9riel de laboratoire dans l\u2019\u00e9gout apr\u00e8s des exp\u00e9riences, sans m\u00e9canisme d\u2019\u00e9limination biologique sp\u00e9cifique \u00bb. Ces d\u00e9chets, a-t-il poursuivi \u00ab peuvent contenir des virus, des bact\u00e9ries ou des microbes d\u2019origine humaine ayant un impact potentiellement mortel sur les \u00eatres humains, les animaux ou les plantes \u00bb. Les nouvelles r\u00e8gles que le gouvernement chinois vient d\u2019\u00e9dicter pour renforcer la bio s\u00e9curit\u00e9 des laboratoires sont-elles l\u2019indice qu\u2019une fuite de cette nature a pu \u00eatre d\u00e9couverte au sein de l\u2019un de ceux de Wuhan ?<\/p>\n<p>Ce risque de pollution biologique a toujours inqui\u00e9t\u00e9 les observateurs de la recherche chinoise. Notamment parce qu\u2019il s\u2019est accru avec la course aux d\u00e9couvertes \u00e0 laquelle se livrent les laboratoires de ce pays, dans tous les domaines.\u00a0\u00ab\u00a0<strong>En Chine, la recherche est avant tout un instrument au service de la puissance nationale. Elle est men\u00e9e de mani\u00e8re excessivement peu transparente et avec peu ou pas de respect de l\u2019\u00e9thique scientifique et m\u00e9dicale<\/strong>. Cela rend possibles toutes les d\u00e9rives\u00a0\u00bb,\u00a0estime le neurobiologiste fran\u00e7ais Alexis G\u00e9nin, qui s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la Chine en tant que conseiller scientifique de Dafoh, une association contre le trafic d\u2019organes dans le monde. Ce contexte tr\u00e8s productiviste implique un roulement tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 des jeunes chercheurs, et donc des risques accrus de mauvaises manipulations et d\u2019infection. Quant \u00e0 savoir si un virus \u00ab\u00a0retravaill\u00e9\u00a0\u00bb a pu s\u2019\u00e9chapper par erreur d\u2019un des sites de recherche de Wuhan, seules une mission d\u2019inspection et la revue des cahiers de virologie des laboratoires pourraient l\u2019\u00e9claircir, ajoute le professeur G\u00e9nin.<\/p>\n<p>Les \u00e9pid\u00e9mies jouent souvent le r\u00f4le de r\u00e9v\u00e9lateur. On cherchait l\u2019origine possible de celle-ci et voil\u00e0 que l\u2019on d\u00e9couvre d\u2019autres univers, vastes et obscurs comme des gouffres. <strong>Les doutes sur le laboratoire P4 ont ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les difficult\u00e9s de la coop\u00e9ration avec la Chine. Jusque-l\u00e0, en France, seules quelques entreprises d\u00e9\u00e7ues, un petit groupe de diplomates du Quai d\u2019Orsay et quelques hauts cadres du minist\u00e8re de la d\u00e9fense s\u2019insurgeaient contre le comportement \u00e0 la fois ultranationaliste et fondamentalement opaque de ce pays<\/strong>. A la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, on d\u00e9couvre soudain les coulisses de l\u2019accord de coop\u00e9ration franco-chinois autour de la construction du laboratoire P4 que dirigent Yang Zhiming et Shi Zhengli. Et il para\u00eet de plus en plus clair que, malgr\u00e9 la derni\u00e8re visite, en mars\u00a02019, d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation de diplomates du consulat de France \u00e0 Wuhan, dont la photo figure sur le site Internet de l\u2019Institut de virologie, <strong>la France a en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite \u00e9cart\u00e9e du fonctionnement de ce \u00ab\u00a0labo\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>En\u00a02004, ce P4 avait \u00e9t\u00e9 voulu conjointement par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, Jacques Chirac, et son homologue chinois, Hu Jintao, afin, d\u2019apr\u00e8s Chirac, de\u00a0\u00ab\u00a0donner corps et amplifier cette alliance de nos chercheurs et cette confiance n\u00e9es au c\u0153ur de la terrible \u00e9pid\u00e9mie de SRAS\u00a0\u00bb. A l\u2019\u00e9poque, bon nombre de diplomates fran\u00e7ais n\u2019avaient pas cach\u00e9 leurs r\u00e9ticences.\u00a0\u00ab\u00a0Le Quai d\u2019Orsay avait la conviction que les Chinois cherchaient \u00e0 d\u00e9velopper, comme d\u2019autres pays, <strong>un programme de recherche sur les armes biologiques,<\/strong>\u00a0se souvient G\u00e9rard Araud, directeur des affaires strat\u00e9giques au minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res entre 2000 et 2003.\u00a0Il \u00e9tait tr\u00e8s difficile de s\u2019assurer que le P4 n\u2019y contribuerait pas d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Craignant l\u2019isolement, apr\u00e8s l\u2019opposition de la France \u00e0 une intervention occidentale en Irak, en\u00a02003, le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, Dominique de Villepin, cherchait cependant un rapprochement \u00e0 la fois avec Moscou et avec P\u00e9kin. Et puis, fait valoir aujourd\u2019hui Herv\u00e9 Raoul, le directeur du P4 lyonnais,\u00a0\u00ab\u00a0la virologie draine toujours derri\u00e8re elle la peur des guerres bact\u00e9riologiques. Mais la collaboration scientifique est justement un bon moyen d\u2019\u00e9carter l\u2019utilisation d\u2019un laboratoire ou d\u2019une recherche \u00e0 d\u2019autres fins\u00a0\u00bb.\u00a0Bref, dans l\u2019enthousiasme d\u2019une coop\u00e9ration sino-fran\u00e7aise, les pr\u00e9ventions avaient \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es.<\/p>\n<p>La France a-t-elle \u00e9t\u00e9 trop optimiste sur sa capacit\u00e9 \u00e0 jouer \u00e0 parts \u00e9gales avec la Chine\u00a0? Le 23\u00a0f\u00e9vrier\u00a02017, il fait beau et frais lorsque le premier ministre, Bernard Cazeneuve, pr\u00e9side, aux c\u00f4t\u00e9s du secr\u00e9taire du Parti communiste \u00e0 Wuhan et du maire de la ville, la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019accr\u00e9ditation officielle du fameux laboratoire. Il n\u2019est plus question de soup\u00e7onner les Chinois. Mieux, la France para\u00eet multiplier les projets avec eux. En cette belle journ\u00e9e d\u2019hiver, Bernard Cazeneuve est d\u2019ailleurs d\u2019abord venu \u00e0 Wuhan pour c\u00e9l\u00e9brer, se souvient-il,\u00a0\u00ab\u00a0un autre programme de coop\u00e9ration, cette fois sur la ville durable, sur lequel avait beaucoup travaill\u00e9 Martine Aubry\u00a0\u00bb.\u00a0D\u2019apr\u00e8s lui, le directeur de l\u2019Inserm de l\u2019\u00e9poque, Yves L\u00e9vy, mari d\u2019Agn\u00e8s Buzyn, la future ministre de la sant\u00e9,\u00a0\u00ab\u00a0a beaucoup insist\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0pour qu\u2019il fasse d\u2019une pierre deux coups et vienne aussi inaugurer pour la France le P4. C\u2019est que la coop\u00e9ration franco-chinoise concernant la recherche sur les maladies infectieuses est prometteuse. Le gouvernement fran\u00e7ais a promis d\u2019allouer 1\u00a0million d\u2019euros par an \u00e0 ce laboratoire. Les deux pays \u00e9changeront, promet la Chine, moyens, informations et r\u00e9sultats.<\/p>\n<h2>L\u2019unilat\u00e9ralisme de P\u00e9kin<\/h2>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin de 2017 que Jean-Yves Le Drian, qui a quitt\u00e9 le minist\u00e8re de la d\u00e9fense occup\u00e9 sous Fran\u00e7ois Hollande pour devenir ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res du nouveau pr\u00e9sident Emmanuel Macron, charge l\u2019ambassade de France \u00e0 P\u00e9kin de r\u00e9diger une note faisant le point sur la r\u00e9alit\u00e9 de <strong>cette coop\u00e9ration scientifique. En v\u00e9rit\u00e9, elle semble inexistante<\/strong>.\u00a0\u00ab\u00a0Il y avait des r\u00e9unions houleuses \u00e0 Paris, avec l\u2019Inserm et le minist\u00e8re de la recherche,\u00a0se souvient une source alors impliqu\u00e9e.\u00a0Rien n\u2019avan\u00e7ait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En effet, si Shi Zhengli a bien \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue dans le P4 de Lyon, comme d\u2019autres chercheurs de son pays, la r\u00e9ciproque est loin d\u2019\u00eatre vraie. L\u2019industriel Alain M\u00e9rieux, qui s\u2019\u00e9tait impliqu\u00e9 \u00ab personnellement \u00bb, d<wbr \/>it-il, dans la construction du b\u00e2timent, s\u2019est retir\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0d\u00e8s la remise du laboratoire aux autorit\u00e9s chinoises\u00a0\u00bb.\u00a0Apr\u00e8s l\u2019accr\u00e9ditation de ces installations, une phase de dix-huit mois de mont\u00e9e en puissance a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue, avec un fonctionnement \u00ab\u00a0\u00e0 blanc\u00a0\u00bb, sans virus. Pendant cette phase, un \u00ab\u00a0M.\u00a0Qualit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9 par le Quai d\u2019Orsay, Ren\u00e9 Courcol, m\u00e9decin infectiologue, afin de s\u2019assurer de la bonne mise en place des proc\u00e9dures n\u00e9cessaires. A quelles installations a-t-il vraiment eu acc\u00e8s\u00a0? Quelles sont aujourd\u2019hui ses recommandations et ses \u00e9ventuelles inqui\u00e9tudes\u00a0? <strong>Ce dernier a refus\u00e9 de r\u00e9pondre aux questions du\u00a0Monde.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En v\u00e9rit\u00e9, la France ignore totalement ce qui se passe derri\u00e8re les murs de ce laboratoire<\/strong> qu\u2019elle a pourtant contribu\u00e9 \u00e0 construire. Le directeur du P4 de Lyon, Herv\u00e9 Raoul, qui a accompagn\u00e9 une bonne partie de la coop\u00e9ration franco-chinoise \u00e0 Wuhan, souligne pour sa part\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le laboratoire avait l\u2019air plut\u00f4t bien con\u00e7u, mais, pour en \u00eatre certain, il aurait fallu le voir en mode op\u00e9rationnel. Je l\u2019ai visit\u00e9 plusieurs fois, mais je ne l\u2019ai pas vu en fonctionnement.\u00a0\u00bb\u00a0Et M.\u00a0Raoul de reconna\u00eetre\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de chercheurs fran\u00e7ais dans le P4 de Wuhan, et je n\u2019ai aucune id\u00e9e de la fa\u00e7on dont il fonctionne.\u00a0\u00bb\u00a0En somme, la relation bilat\u00e9rale c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Jacques Chirac en\u00a02004 est devenue unilat\u00e9rale\u2026\u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s typique de ce que deviennent tous les projets franco-chinois,\u00a0assure un conseiller des entreprises fran\u00e7aises d\u00e9sireuses de se lancer en Chine. Il y a toujours un immense \u00e9cart entre les \u00e9changes attendus et le r\u00e9sultat \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est cette opacit\u00e9 qui pr\u00e9occupe aujourd\u2019hui. Pas seulement parce qu\u2019un incident aurait pu se produire dans ce labo franco-chinois. A vrai dire, aucune preuve factuelle ne permet de corroborer cette hypoth\u00e8se.\u00a0\u00ab\u00a0Il est m\u00eame bien plus improbable, assure une source fran\u00e7aise qui a suivi le dossier,\u00a0qu\u2019un incident soit li\u00e9 au P4 qu\u2019aux autres laboratoires\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ceux de l\u2019Institut de virologie de Wuhan ou du Centre de contr\u00f4le et de pr\u00e9vention des maladies, o\u00f9 op\u00e9rait le chasseur de chauve-souris c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans le reportage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. <strong>Si cette opacit\u00e9 inqui\u00e8te, c\u2019est aussi parce que cette coop\u00e9ration aurait d\u00fb permettre d\u2019\u00e9viter la catastrophe sanitaire et \u00e9conomique qui touche actuellement une large partie de l\u2019humanit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>En\u00a02016, l\u2019ambassadeur de France \u00e0 P\u00e9kin, Maurice Gourdault-Montagne, avait d\u00e9cor\u00e9, \u00e0 Wuhan, Yuan Zhiming et Shi Zhengli de l\u2019Ordre national du m\u00e9rite et de la L\u00e9gion d\u2019honneur pour leur ardeur \u00e0 promouvoir la coop\u00e9ration dans le domaine de la pr\u00e9vention et de l\u2019\u00e9mergence des maladies infectieuses. Quand le virus a frapp\u00e9, ni les recherches de Shi Zhengli ni la situation de la France comme partenaire privil\u00e9gi\u00e9 des scientifiques chinois ne semblent avoir aid\u00e9 Paris \u00e0 comprendre l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, ni \u00e0 s\u2019y pr\u00e9parer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2020\/04\/25\/coronavirus-les-laboratoires-de-wuhan-epicentres-de-la-rumeur_6037719_3210.html\">LE MONDE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La virologue Shi Zhengli au National Biosafety Laboratory, le laboratoire de niveau P4 ,de Wuhan, en f\u00e9vrier 2017. JOHANNES EISELE \/ AFP &nbsp; Le coronavirus a-t-il pu s\u2019\u00e9chapper accidentellement de l\u2019un des centres de recherche de cette ville chinoise, d\u2019o\u00f9 est partie l\u2019\u00e9pid\u00e9mie ? \u00ab Le Monde \u00bb s\u2019est plong\u00e9 dans cet univers particulier, o\u00f9<\/p>\n","protected":false},"author":644,"featured_media":46314,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":{"0":"post-46310","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-alaune-fr"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46310","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/644"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46310"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46310\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/46314"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46310"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46310"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46310"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}