{"id":43397,"date":"2019-12-31T17:41:55","date_gmt":"2019-12-31T16:41:55","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=43397"},"modified":"2019-12-31T17:41:55","modified_gmt":"2019-12-31T16:41:55","slug":"les-flibustiers-du-liban-centenaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-flibustiers-du-liban-centenaire\/","title":{"rendered":"les flibustiers du liban centenaire"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #0000ff;\">Demain, \u00e0 minuit, le Liban entrera dans l\u2019ann\u00e9e de son premier centenaire qu\u2019on esp\u00e8re ne pas \u00eatre le dernier. Comment faut-il surnommer cette ann\u00e9e d\u2019anniversaire ? Or ? Diamant ? Saphir ? Rubis ? Emeraude ?<\/span><\/h3>\n<h3><span style=\"color: #0000ff;\">Et pourquoi pas l\u2019Ann\u00e9e des Flibustiers ? <\/span><\/h3>\n<p>Depuis le 17 octobre dernier, tout un peuple est dans la rue pour rejeter un lourd h\u00e9ritage venu de l\u2019\u00e9poque ottomane. Le mal libanais end\u00e9mique, aux proportions catastrophiques, peut se r\u00e9sumer sommairement en trois traits par lesquels se distingue la soci\u00e9t\u00e9 des Etats issus du d\u00e9membrement de l\u2019Empire Ottoman et qui se sont invariablement perp\u00e9tu\u00e9s durant un si\u00e8cle de vie de la r\u00e9publique libanaise.<\/p>\n<p><strong>Il y a d\u2019abord la m\u00e9fiance, voire le rejet de la notion m\u00eame d\u2019espace public<\/strong>. Les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Orient ont pris l\u2019habitude de vivre dans l\u2019enclos de l\u2019espace priv\u00e9 de leurs demeures, dont les patios au charme in\u00e9gal\u00e9 sont invisibles au passant. A l\u2019ext\u00e9rieur, ce ne sont que ruelles \u00e9troites et venelles, celles de cet espace public qui ne m\u2019appartient pas car il repr\u00e9sente, en quelque sorte, le corps du Sultan que je n\u2019aime pas mais dont je dois me concilier les faveurs. Dans les palais du Sultan, je ne suis rien, tout juste un objet commode \u00e0 sa merci. Dans l\u2019espace priv\u00e9, je suis moi-m\u00eame et je r\u00e8gne en sultan sur ma maisonn\u00e9e. Certains se sont moqu\u00e9s des formes que le soul\u00e8vement du 17 octobre a pris dans les rues du Liban et sur les places publiques. On y a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 des fian\u00e7ailles ; certains ont dans\u00e9. On y a chant\u00e9, on s\u2019est coiff\u00e9 et remis en forme, on a mang\u00e9 ensemble, on a install\u00e9 de petits salons de conversation, on y a fait du yoga etc. Bref, on a vu et entendu dans l\u2019espace public ce que normalement on voit et on entend \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des demeures priv\u00e9es. Certains ont vu, en cela, une lib\u00e9ration de la parole aux dimensions inou\u00efes. D\u2019autres, dans une lecture plus politique, ont compris que ceci traduit un mouvement d\u2019appropriation de l\u2019espace public. Ces petits gestes excentriques, ces slogans os\u00e9s, indiqueraient que le peuple aurait enfin enterr\u00e9 la d\u00e9pouille du Sultan dont il ne savait que faire depuis un si\u00e8cle. Chacun criait sur la place publique, \u00e0 sa mani\u00e8re : \u00ab ceci m\u2019appartient, ce territoire est mon chez-moi, je suis le ma\u00eetre ici \u00bb. Tel est, au fond, l\u2019acte premier de la naissance du sujet en tant que citoyen : sa prise de conscience de son droit de propri\u00e9t\u00e9 inali\u00e9nable sur la moindre parcelle de l\u2019espace public. Rien n\u2019illustre mieux cela que l\u2019image de l\u2019estropi\u00e9 balayant le sol de la place El-Nour de Tripoli apr\u00e8s une veill\u00e9e tumultueuse de r\u00e9volte.<\/p>\n<p><strong>Le corollaire de cet \u00e9v\u00e9nement premier porte sur la perception de soi, au sein de l\u2019Etat, qui n\u2019a pas chang\u00e9 depuis les Ottomans.<\/strong> Si le firman des <em>Tanzimat<\/em> de 1839 accorde la citoyennet\u00e9 \u00e0 tous les sujets du Sultan, <strong>le rescrit imp\u00e9rial des <em>Islahat<\/em> de 1856 est par contre un \u00e9dit d\u2019\u00e9mancipation des non-musulmans, non en tant qu\u2019individus mais en tant que communaut\u00e9s confessionnelles institutionnalis\u00e9es (<em>millet<\/em>)<\/strong>. Chacune b\u00e9n\u00e9ficie de la personnalit\u00e9 morale de droit public et d\u2019une \u00ab constitution \u00bb la dotant d\u2019un chef religieux et d\u2019un conseil communautaire \u00e9lu. Elle devient un corps politique particulier, une \u00ab nation \u00bb, que le confessionnalisme libanais perp\u00e9tue. Le soul\u00e8vement du 17 octobre, apr\u00e8s avoir inhum\u00e9 le Sultan et s\u2019\u00eatre appropri\u00e9 son domaine public, ne pouvait qu\u2019enterrer avec lui ses \u00ab millets \u00bb et proclamer l\u2019all\u00e9geance, encore fragile, \u00e0 la seule libanit\u00e9, scellant ainsi la fin de toutes les guerres libanaises depuis 1820.<\/p>\n<p><strong>Le troisi\u00e8me trait est celui de la corruption<\/strong>. Toute une culture du bakchich, des pr\u00e9bendes, des malversations, du racket, bref de la flibusterie, \u00e9tait end\u00e9mique au sein de l\u2019administration ottomane. On n\u2019obtient rien du service public si on ne graisse pas la patte du fonctionnaire-cerb\u00e8re, \u00e0 tous les \u00e9chelons de l\u2019Etat sans exception. Cette culture de \u00ab graisser la patte \u00bb est inscrite dans les g\u00e8nes de toute une soci\u00e9t\u00e9. Pouvoir entrer dans l\u2019administration est une garantie de pouvoir d\u00e9tourner le pactole public \u00e0 son profit. Ainsi, on pourra \u00e9taler, de mani\u00e8re ostentatoire, ses talents de flibustier capable, avec \u00ab habilet\u00e9\/chatara \u00bb, de rapines et de rackets dans la caisse du Sultan. Ainsi, on se trouve promu comme \u00ab puissant \u00bb au sein de sa propre nation communautaire au m\u00eame titre que les membres des grandes dynasties f\u00e9odales traditionnelles.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est ce troisi\u00e8me point que le peuple r\u00e9volt\u00e9 du 17 octobre 2019<\/strong> devra r\u00e9gler pour que meure enfin cette ultime parcelle d\u2019ottomanisme qu\u2019est le Liban depuis 1920. Apr\u00e8s avoir enterr\u00e9 le Sultan et ses millets, va-t-on enfin organiser les obs\u00e8ques des flibustiers ? Comment r\u00e9cup\u00e9rer les fortunes pill\u00e9es dans les tirelires du peuple ? Peut-on s\u00e9questrer les biens mal acquis ? Comment se saisir de ceux qui, avec impunit\u00e9, poursuivent toujours leurs m\u00e9faits alors que le peuple ploie sous le diktat d\u2019une oligarchie politico-financi\u00e8re mafieuse ?<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e qui vient, ce 2020 du centenaire du Grand Liban, sera-t-il l\u2019ann\u00e9e des flibustiers enfin jug\u00e9s et d\u00e9pouill\u00e9s du butin qu\u2019ils ont pill\u00e9 ? Tel est un des objectifs d\u2019une d\u00e9claration gouvernementale sur laquelle tous les r\u00e9volt\u00e9s peuvent s\u2019entendre et l\u2019imposer.<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p>*Beyrouth<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1200286\/les-flibustiers-du-liban-centenaire.html?fbclid=IwAR2EbiTL0Cp3EMt7FkIJyFDUEbhMhoWvY6pUFO5_uqc4j-78FKapKJIMwH0\">OLJ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Demain, \u00e0 minuit, le Liban entrera dans l\u2019ann\u00e9e de son premier centenaire qu\u2019on esp\u00e8re ne pas \u00eatre le dernier. Comment faut-il surnommer cette ann\u00e9e d\u2019anniversaire ? Or ? Diamant ? Saphir ? Rubis ? Emeraude ? Et pourquoi pas l\u2019Ann\u00e9e des Flibustiers ? Depuis le 17 octobre dernier, tout un peuple est dans la rue<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":43400,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":{"0":"post-43397","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-decryptages"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=43397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43397\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/43400"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=43397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=43397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=43397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}