{"id":3929,"date":"2015-08-25T21:40:09","date_gmt":"2015-08-25T20:40:09","guid":{"rendered":"http:\/\/middleeasttransparent.com\/news\/?p=3929"},"modified":"2024-10-08T21:23:39","modified_gmt":"2024-10-08T20:23:39","slug":"libye-jai-applique-les-lois-de-lepoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/libye-jai-applique-les-lois-de-lepoque\/","title":{"rendered":"Libye: \u00abJ&rsquo;ai appliqu\u00e9 les lois de l&rsquo;\u00e9poque\u00bb"},"content":{"rendered":"<header class=\"banner-headline\">\n<h4 class=\"info\"><span class=\"author\"><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/10440-mathieu-galtier\">Mathieu GALTIER Envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 Tripoli<\/a><\/span>\u00a0<time datetime=\"2015-08-25T12:01:32\"> <\/time><\/h4>\n<figure>\u00a0<\/figure>\n<div id=\"article-body\" class=\"article-body mod\">\n<p><span class=\"slug\">REPORTAGE<\/span><\/p>\n<h2>\u00abLib\u00e9ration\u00bb a rencontr\u00e9 l&rsquo;ancien Premier ministre de Kadhafi, Baghdadi al-Mahmoudi, condamn\u00e9 \u00e0 mort et d\u00e9tenu dans des conditions opaques \u00e0 Tripoli.<\/h2>\n<p><em>\u00abSoyez souriants, merci\u00bb<\/em>, peut-on lire sur la porte du bureau du directeur de la prison Hadhba, \u00e0 Tripoli. A l\u2019int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce, les deux hommes pr\u00e9sents ont le sourire, mais diff\u00e9remment\u200a: l\u2019un est bonhomme, l\u2019autre plus timide. C\u2019est ce dernier qui retient avant tout l\u2019attention car il \u00e9mane du dernier Premier ministre de \u00adKadhafi, Baghdadi al-Mahmoudi. Mains jointes dissimul\u00e9es entre ses jambes, il est sagement assis sur un canap\u00e9 en cuir vert bien qu\u2019il se sait, depuis le 28 juillet, \u00adcondamn\u00e9 \u00e0 mort par peloton d\u2019ex\u00e9cution avec huit autres dignitaires de l\u2019ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<div>\n<p>Malingre \u2013\u200ale septuag\u00e9naire est atteint d\u2019un cancer\u200a\u2013, les cheveux et le visage ras\u00e9s, Baghdadi al-Mahmoudi, v\u00eatu de l\u2019uniforme bleu des prisonniers, offre l\u2019image d\u2019une victime d\u2019une proc\u00e9dure b\u00e2cl\u00e9e. D\u2019ailleurs, il conteste la sentence\u200a: <em>\u00abJe ne me sens pas coupable,<\/em> affirme-t-il d\u2019une voix claire mais lente, \u00adtant\u00f4t en arabe, tant\u00f4t en anglais. <em>Je ne suis pas un militaire. J\u2019ai appliqu\u00e9 les lois de l\u2019\u00e9poque.\u00bb<\/em><\/p>\n<h3>\u00abAliments contamin\u00e9s\u00bb<\/h3>\n<p>Une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9talait l\u2019image de sa splendeur. L\u2019apparatchik, m\u00e9decin de formation, cachait son embonpoint dans un costume-cravate et sa moustache \u00e9tait soigneusement taill\u00e9e. Il d\u00e9clarait, au d\u00e9but de la r\u00e9volution, que <em>\u00abla Libye a le droit de prendre toutes les mesures pour pr\u00e9server son unit\u00e9\u00bb<\/em>. Pour les juges qui l\u2019ont condamn\u00e9, <em>\u00abtoutes les mesures\u00bb<\/em> ont \u00e9t\u00e9 traduites, entre autres, par <em>\u00abincitation au meurtre et au viol\u00bb<\/em> et, ironiquement, <em>\u00ad\u00abatteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Sur le canap\u00e9, les deux Baghdadi al-Mahmoudi, le malade agonisant et l\u2019homme d\u2019Etat, r\u00e9pondent tour \u00e0 tour aux questions. Sur ses conditions de d\u00e9tention, c\u2019est le timide Al-Mahmoudi qui prend la parole\u200a: <em>\u00abJe suis bien trait\u00e9. Je suis en contact r\u00e9gulier avec ma famille et mes avocats. Je peux m\u00eame lire les journaux maintenant.\u00bb<\/em> S\u2019ensuit la description d\u2019une journ\u00e9e type\u200a: r\u00e9veil \u00e0 l\u2019heure souhait\u00e9e, pri\u00e8res, lectures, promenade, discussions avec les d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Lib\u00e9ration n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 visiter les cellules et Baghdadi al-Mahmoudi ne pr\u00e9sentant aucune trace visible de torture, aucune preuve directe ne permet de contester cette version soft de son \u00ads\u00e9jour \u00e0 Hadhba. Les preuves indirectes, elles, s\u2019accumulent. A commencer par ses propres dires. Le 20 mai, lors de la derni\u00e8re audience avant le verdict, l\u2019ancien responsable de l\u2019ex\u00e9cutif de la Jamahiriya (\u00abl\u2019Etat des masses\u00bb de Kadhafi) s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 de sa chaise \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cage am\u00e9nag\u00e9e pour les prisonniers, pour clamer qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9. <em>\u00abOn a tent\u00e9 de l\u2019empoisonner par des aliments contamin\u00e9s et on l\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 respirer par la bouche et le nez un gaz\u00bb<\/em>, pr\u00e9cise M<sup>e<\/sup> Mehdi Bouaouaja, l\u2019un de ses avocats tunisiens. Depuis d\u00e9but ao\u00fbt, une vid\u00e9o circule sur les r\u00e9seaux sociaux montrant un fils Kadhafi, Saadi \u2013\u200aincarc\u00e9r\u00e9 dans la m\u00eame prison, mais qui ne faisait pas partie des 37 inculp\u00e9s dans le proc\u00e8s o\u00f9 figurait \u00adBaghdadi al-Mahmoudi\u200a\u2013 se faisant \u00adfrapper sur les plantes des pieds durant un interrogatoire.<\/p>\n<p>La fr\u00e9quence des visites est au bon vouloir des ge\u00f4liers, selon un membre de la famille Al-Mahmoudi\u00a0: <em>\u00abOn est pr\u00e9venus par t\u00e9l\u00e9phone pour venir le voir et ce n\u2019est pas r\u00e9gulier.\u00bb<\/em> Les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires conc\u00e8dent l\u2019existence de cas de tuberculose, reflet de conditions de vie peu hygi\u00e9niques. A verser \u00e9galement au dossier \u00e0 charge, le r\u00e9cit de Abdallah Dorda, le fr\u00e8re de Bouzid Dorda, ancien chef de l\u2019espionnage libyen et \u00e9galement condamn\u00e9 \u00e0 mort\u200a: <em>\u00abMon fr\u00e8re est bless\u00e9 aux chevilles et aux hanches. Les gardes l\u2019ont jet\u00e9 du deuxi\u00e8me \u00e9tage.\u00bb<\/em> Le prisonnier aurait refus\u00e9 de renier Muammar al-Kadhafi.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce du jugement, Human Rights Watch et Amnesty International ont critiqu\u00e9 une parodie de proc\u00e8s o\u00f9 les t\u00e9moins de la d\u00e9fense n\u2019ont jamais pu d\u00e9poser. C\u2019est aussi ce qu\u2019a pens\u00e9 un des inculp\u00e9s qui, \u00e0 la fin du proc\u00e8s, s\u2019est \u00e9cri\u00e9\u200a: <em>\u00abFr\u00e8res musulmans, Al-Qaeda\u200a! Ce n\u2019est pas la justice\u200a!\u00bb<\/em> Les noms de ces deux organisations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s au hasard. A la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 2014, alors que le proc\u00e8s avait officiellement commenc\u00e9 en avril, Tripoli tombe aux mains du \u00abGouvernement de salut national\u00bb, non reconnu par la communaut\u00e9 internationale et soutenu par les Fr\u00e8res musulmans. Le minist\u00e8re public d\u00e9fend n\u00e9anmoins son impartialit\u00e9 et assure ne prendre ses ordres ni de Tripoli, ni de Be\u00efda, o\u00f9 si\u00e8ge le gouvernement rival.<\/p>\n<h3>Maillon faible<\/h3>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence au groupe terroriste ram\u00e8ne, elle, au bureau de la prison et au second personnage, celui au sourire bonhomme\u200a: Khaled al-Ch\u00e9rif. Responsable de l\u2019\u00e9tablissement, il est un ancien du Groupe islamique combattant en Libye, dont les membres se sont aguerris en Afghanistan avec Ben Laden. Si Khaled al-Ch\u00e9rif a renonc\u00e9 aux armes, il est loin de d\u00e9savouer ses anciens compagnons. A l\u2019annonce de la mort du mollah Omar, le Libyen l\u2019a qualifi\u00e9 de <em>\u00abh\u00e9ros\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Devant le pedigree d\u2019un tel h\u00f4te, la timidit\u00e9 de Baghdadi al-Mahmoudi peut se comprendre. Surtout que le m\u00e9decin admet souffrir de d\u00e9pression et de probl\u00e8mes psychiatriques. L\u2019ancien Premier ministre est le prisonnier id\u00e9al, que l\u2019on montre aux journalistes \u00e9trangers, plus commode \u00e0 man\u0153uvrer que les jusqu\u2019au-boutistes Bouzid Dorda et Abdallah al-Senoussi, anciens chefs des services de renseignement. Sa\u00eff al-Islam, le fils du Guide et principale figure du proc\u00e8s, n\u2019est, lui, pas \u00e0 Tripoli. Il a suivi les audiences par vid\u00e9oconf\u00e9rence depuis la ville de Zintan, o\u00f9 il est emprisonn\u00e9. Face \u00e0 eux, Baghdadi al-Mahmoudi appara\u00eet comme le maillon faible. <em>\u00abIl avait une vraie intelligence du syst\u00e8me,<\/em> nuance Patrick Haimzadeh, ancien diplomate fran\u00e7ais dans la Jamahiriya. I<em>l savait louvoyer entre les tendances conservatrice et moderniste. Il pouvait m\u00eame tenir t\u00eate aux fils Kadhafi dont il \u00e9tait la b\u00eate noire et qui le martyrisaient.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A la moindre occasion, le strat\u00e8ge refait d\u2019ailleurs surface. Il s\u2019\u00e9tonne ainsi de ne pas avoir vu ses avocats tunisiens lors des audiences. Une absence qui, il le sait, met le feu aux poudres entre la Libye et la Tunisie. Le Libyen a \u00e9t\u00e9 extrad\u00e9 de Tunis en juin 2012 contre la promesse d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable et la possibilit\u00e9 pour ses avocats \u00e9trangers de plaider, ce qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas.<\/p>\n<p>Les conseillers juridiques tunisiens et fran\u00e7ais \u2013\u200arepr\u00e9sent\u00e9s par le b\u00e2tonnier du barreau de Paris, Pierre-Olivier Sur\u200a\u2013 ont d\u00e9cid\u00e9 de contre-attaquer\u200a:<em> \u00abNous allons poursuivre le gouvernement tunisien de l\u2019\u00e9poque [dirig\u00e9 par Hamadi Jebali, membre du parti islamiste Ennahda, ndlr]pour avoir viol\u00e9 le droit \u00add\u2019extradition. Nous voulons que notre client soit emmen\u00e9 dans un pays tiers, o\u00f9 il pourra \u00eatre jug\u00e9 impartialement et en s\u00e9curit\u00e9\u00bb<\/em>, d\u00e9gaine Mehdi Bouaouaja. L\u2019avocat a aussi envoy\u00e9 une demande officielle \u00e0 la Cour supr\u00eame de \u00adTripoli pour d\u00e9poser un recours. Il attend une invitation pour se rendre en Libye, accompagn\u00e9 du pr\u00e9sident de la Ligue tunisienne des droits de l\u2019homme, pour insister sur les mauvais traitements subis par son client. Mais comme c\u2019est la Libye, il n\u2019a pas de \u00adnouvelles\u2026<\/p>\n<h3>Num\u00e9ro de politicien<\/h3>\n<p>Sur le dossier du financement suppos\u00e9 de la campagne pr\u00e9sidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, le vrai Baghdadi al-Mahmoudi aurait des choses \u00e0 dire. Il avait affirm\u00e9 en 2011, devant une cour \u00e0 Tunis, que l\u2019ancien pr\u00e9sident fran\u00e7ais avait re\u00e7u de l\u2019argent de Kadhafi \u2013\u200ace que l\u2019actuel num\u00e9ro\u200a1 du parti Les R\u00e9publicains conteste fermement. La r\u00e8gle interdit que le sujet soit abord\u00e9 avec les prisonniers. Khaled al-Ch\u00e9rif accepte pourtant que la question soit pos\u00e9e. Premi\u00e8re r\u00e9ponse\u200a:<em> \u00abCe n\u2019est pas le bon moment pour en parler. J\u2019envisage d\u2019\u00e9crire un livre pour raconter tout cela si on me laisse le temps.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>On insiste\u200a: <em>\u00abIl a pris l\u2019argent\u200a?\u00bb<\/em> Baghdadi al-Mahmoudi regarde le directeur de la prison, qui ne bronche pas\u200a: <em>\u00abOui.\u00bb<\/em> Il refuse d\u2019avancer des preuves mais offre en contrepartie un joli num\u00e9ro de politicien\u200a: <em>\u00abJe connais tr\u00e8s bien Claude Gu\u00e9ant et aussi l\u2019ancienne femme de Sarkozy [C\u00e9cilia Sarkozy, qui a particip\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration des infirmi\u00e8res bulgares \u00e0 Tripoli en 2007, ndlr]. D\u2019ailleurs, elle connaissait beaucoup mieux le pays que son mari.\u00bb<\/em> Ici, son sourire timide laisse place \u00e0 un sourire plus franc. On l\u2019entendrait presque rire.\u2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"authors-container\"><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/08\/25\/libye-j-ai-applique-les-lois-de-l-epoque_1369160\">Lib\u00e9ration<\/a><\/div>\n<div class=\"authors-container\"><\/div>\n<\/div>\n<\/header>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mathieu GALTIER Envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 Tripoli\u00a0 \u00a0 REPORTAGE \u00abLib\u00e9ration\u00bb a rencontr\u00e9 l&rsquo;ancien Premier ministre de Kadhafi, Baghdadi al-Mahmoudi, condamn\u00e9 \u00e0 mort et d\u00e9tenu dans des conditions opaques \u00e0 Tripoli. \u00abSoyez souriants, merci\u00bb, peut-on lire sur la porte du bureau du directeur de la prison Hadhba, \u00e0 Tripoli. 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