{"id":38595,"date":"2019-04-12T21:40:01","date_gmt":"2019-04-12T20:40:01","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=38595"},"modified":"2019-04-12T21:40:48","modified_gmt":"2019-04-12T20:40:48","slug":"apres-bachir-la-rue-veut-la-chute-de-la-junte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/apres-bachir-la-rue-veut-la-chute-de-la-junte\/","title":{"rendered":"Apr\u00e8s Bachir, la rue veut la chute de la junte"},"content":{"rendered":"<div class=\"\">\n<div id=\":4r9\" class=\"ii gt\">\n<div id=\":5wo\" class=\"a3s aXjCH \">\n<div dir=\"auto\">\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div dir=\"auto\">\n<div>\n<p><strong>JOHANNESBURG -correspondant r\u00e9gional<\/strong><\/p>\n<p>Un petit soldat en treillis qui joue du saxophone, \u00e9clair\u00e9 par les flashs de t\u00e9l\u00e9phones portables, tandis qu\u2019une foule chauff\u00e9e \u00e0 blanc chante, frappe dans ses mains et entonne les slogans des jours derniers demandant la \u00ab chute \u00bb du pouvoir.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019une des r\u00e9ponses du Soudan, pour cette premi\u00e8re nuit suivant le coup d\u2019Etat survenu \u00e0 l\u2019aube, jeudi 11\u00a0avril, \u00e0 Khartoum, et alors que les nouvelles autorit\u00e9s avaient interdit toute pr\u00e9sence dans les rues de la capitale apr\u00e8s 22\u00a0heures. Ce couvre-feu est un message limpide adress\u00e9 aux manifestants, ainsi somm\u00e9s de rentrer chez eux.<\/p>\n<p>Les derniers temps, le mouvement n\u2019avait pu se maintenir qu\u2019en raison d\u2019une fraternisation de simples soldats ou d\u2019officiers de rang interm\u00e9diaire aux abords du quartier g\u00e9n\u00e9ral et du minist\u00e8re de la d\u00e9fense. Ces derniers avaient pris le parti des manifestants, qui font face, depuis le d\u00e9but de leur mouvement \u2013 engag\u00e9 le 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02018 en r\u00e9action au triplement du prix du pain \u2013 \u00e0 une r\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re men\u00e9e principalement par les services secrets (le NISS), une force de r\u00e9serve de la police, et par diff\u00e9rentes milices li\u00e9es au pouvoir.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e, au fond, s\u2019\u00e9tait tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la contestation. Mais une partie de ses cadres, sans parler des simples soldats, ont d\u00e9velopp\u00e9 des affinit\u00e9s avec le mouvement. Or, avec le coup d\u2019Etat, la situation a\u00a0radicalement chang\u00e9. D\u00e9sormais, c\u2019est un g\u00e9n\u00e9ral qui dirige le pays et ordonne \u00e0\u00a0chacun de rentrer chez soi.<\/p>\n<p>Mais, pour cette premi\u00e8re nuit sans Omar Al-Bachir au pouvoir, les manifestants regroup\u00e9s devant le quartier g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e soudanaise n\u2019ont pas obtemp\u00e9r\u00e9. Ils ont tout de m\u00eame consult\u00e9 l\u2019horloge un peu nerveusement jusqu\u2019\u00e0 4\u00a0heures du matin, fin du couvre-feu. La veille, l\u2019homme qui a dirig\u00e9 leur pays depuis pr\u00e8s de trente ans \u2013 c\u2019est plus que l\u2019\u00e2ge d\u2019un grand nombre de ceux qui sont rest\u00e9s, jusqu\u2019au c\u0153ur de la nuit, alors que les familles sont rentr\u00e9es se\u00a0reposer un peu et que les risques de violence augmentaient \u2013 a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9.<\/p>\n<p>Le coup d\u2019Etat a port\u00e9 au pouvoir un conseil militaire de transition. A\u00a0sa t\u00eate, un homme qui faisait figure jusqu\u2019ici de pilier du pouvoir\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral Awad Mohamed Ahmed Ibn Auf. Ministre de la d\u00e9fense depuis 2015, il commandait, au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, les services de renseignement militaire, et avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par Omar Al-Bachir au rang de vice-pr\u00e9sident, dans le cadre des mesures prises le 22\u00a0f\u00e9vrier afin de tenter de mettre un terme \u00e0\u00a0la contestation.<\/p>\n<h2>Changer le \u00ab\u00a0fusible\u00a0\u00bb Bachir<\/h2>\n<p>Du prix du pain au coup d\u2019Etat, il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 pr\u00e8s de quatre mois\u00a0; cent quatorze jours au\u00a0cours desquels les piliers du r\u00e9gime ont eu tout le temps, sans doute, de mesurer \u00e0\u00a0quel point l\u2019extr\u00eame brutalit\u00e9 dont le pouvoir a us\u00e9 ne pourrait pas, cette fois, endiguer la col\u00e8re populaire. Le temps, aussi, de songer \u00e0 la solution consistant \u00e0 changer le \u00ab\u00a0fusible\u00a0\u00bb Bachir, de plus en plus grill\u00e9, pour pr\u00e9server leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Les aspirations des manifestants \u00e9taient bien diff\u00e9rentes. Ils sont li\u00e9s \u00e0 une vaste coalition, la D\u00e9claration pour la paix et le changement, dont l\u2019\u00e9l\u00e9ment op\u00e9rationnel est l\u2019Association des professionnels soudanais (SPA), une structure qui s\u2019est constitu\u00e9e dans le secret, et qui a\u00a0continu\u00e9 d\u2019op\u00e9rer ainsi lorsque les Soudanais sont descendus dans la rue, jouant \u00e0 la fois le r\u00f4le de coordination des mouvements de protestation et de laboratoire d\u2019id\u00e9es pour organiser l\u2019apr\u00e8s-Bachir.<\/p>\n<p>Au sein de cette vaste alliance figurent des partis d\u2019opposition classiques (dont le rayonnement a diminu\u00e9) et des groupes arm\u00e9s actifs au Darfour, au Kordofan ou dans l\u2019Etat du Nil Bleu, en particulier. Mais ce sont les cerveaux de la SPA \u2013 un groupe implant\u00e9 \u00e0 Khartoum, et dont nombre de membres ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u2013 qui ont \u00e9labor\u00e9 le plan rendu public d\u00e8s le 1er\u00a0janvier et destin\u00e9 \u00e0 administrer le Soudan apr\u00e8s le d\u00e9part d\u2019Omar Al-Bachir. Ce jour-l\u00e0, l\u2019autocrate de 75\u00a0ans avait f\u00eat\u00e9 son anniversaire\u00a0; il avait d\u00fb appr\u00e9cier l\u2019attention.<\/p>\n<h2>Plusieurs projets de coup d\u2019\u00e9tat<\/h2>\n<p>Ce programme \u00e9tait fond\u00e9 sur une longue transition de quatre ann\u00e9es, au cours de laquelle le pays serait administr\u00e9 par un gouvernement de techniciens \u2013 bien s\u00fbr enti\u00e8rement compos\u00e9 de civils \u2013, tandis que la plupart des maux du Soudan seraient pass\u00e9s au\u00a0crible (\u00e0 commencer par cette tendance \u00e0 entretenir perp\u00e9tuellement des conflits avec certaines parties du pays), et que serait mis en place un plan d\u2019urgence de sauvetage de l\u2019\u00e9conomie. Etait-ce trop brouillon\u00a0? Etait-ce r\u00eaver\u00a0? C\u2019est sur la promesse de mise en \u0153uvre de ce programme que les Soudanais avaient eu le courage de braver la r\u00e9pression, mois apr\u00e8s mois, pour changer de syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p>Mais lorsque le pr\u00e9sident Omar Al-Bachir a finalement \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du pouvoir, il n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 question de d\u00e9claration, de SPA ou de plan de relance \u00e9conomique. <strong>Certaines sources estiment que plusieurs projets de coup d\u2019Etat \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u0153uvre conjointement. L\u2019un d\u2019eux b\u00e9n\u00e9ficiait de la sympathie des dirigeants clandestins du mouvement de protestation et devait \u00eatre men\u00e9 par des officiers \u00e9cart\u00e9s du pouvoir, notamment un ancien chef d\u2019\u00e9tat-major tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un second plan, en parall\u00e8le, a\u00a0\u00e9t\u00e9 men\u00e9 depuis l\u2019int\u00e9rieur du pouvoir pour sauver les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00e9lite<\/strong>, incluant ce haut commandement de l\u2019arm\u00e9e o\u00f9 la\u00a0\u00ab\u00a0corruption est structurelle\u00a0\u00bb,\u00a0analyse Suliman Baldo, conseiller de l\u2019organisation de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme Enough, tr\u00e8s impliqu\u00e9e dans le dossier soudanais.<\/p>\n<p>La composition compl\u00e8te du conseil militaire de transition n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, vendredi matin, mais la personnalit\u00e9 de son chef en dit long. Des sources estiment que l\u2019homme fort du syst\u00e8me, cependant, serait plut\u00f4t le chef des services de renseignement, Salah Gosh, qui b\u00e9n\u00e9ficie du soutien de l\u2019Egypte et des Etats-Unis, donc d\u2019une partie des pays du Golfe alli\u00e9s de l\u2019Arabie saoudite. Riyad a \u00e9t\u00e9 le principal soutien financier du Soudan ces derni\u00e8res ann\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un refroidissement des relations avec Omar Al-Bachir mette un terme \u00e0 cette aide chiffr\u00e9e en milliards de dollars. Du plan du SPA, dans ces conditions, il n\u2019est \u00e9videmment plus question. Le g\u00e9n\u00e9ral Ahmed Awad Ibn Auf a\u00a0annonc\u00e9 que le Conseil militaire de transition \u2013 dont la structure est encore opaque \u2013 demeurerait \u00e0 la t\u00eate du pays pour deux ans, avant d\u2019organiser des \u00e9lections.<\/p>\n<p>Parmi les mesures prises et annonc\u00e9es aussit\u00f4t, le g\u00e9n\u00e9ral a donc cit\u00e9 l\u2019instauration d\u2019un couvre-feu nocturne et d\u2019un cessez-le-feu, mais aussi la lib\u00e9ration de tous les prisonniers politiques, c\u2019est-\u00e0-dire les centaines \u2013 \u00e0 un moment, il y en a eu sans doute plus de 2\u00a0000 \u2013 de manifestants, de militants ou de responsables politiques impliqu\u00e9s dans le mouvement de contestation. L\u2019annonce de ces lib\u00e9rations a \u00e9t\u00e9 accueillie avec joie par la foule. Mais \u00e0 l\u2019appel de la SPA, les rues de Khartoum, ainsi que d\u2019autres villes du pays comme Port-Soudan ou Gedaref, ont \u00e9t\u00e9 envahies de manifestants, qui continuent \u00e0 exiger une\u00a0\u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb\u00a0qui, cette fois, est celle de la junte aux visages masqu\u00e9s.<\/p>\n<h2>Douche froide<\/h2>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Ibn Auf a fait une grande partie de sa carri\u00e8re dans le renseignement militaire, une unit\u00e9 qui a jou\u00e9 un r\u00f4le particulier \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 au Soudan.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 prise, en\u00a01985 \u2013 apr\u00e8s qu\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb avait chass\u00e9 du pouvoir le g\u00e9n\u00e9ral Nimeiri \u2013, de poursuivre la guerre contre le Sud en mettant en place une politique d\u2019armement de groupes ethniques ou tribaux (notamment des tribus se d\u00e9finissant comme \u00ab\u00a0arabes\u00a0\u00bb) afin de combattre la r\u00e9bellion de John Garang. Les m\u00e9thodes employ\u00e9es donnaient toute latence \u00e0 ces milices de se livrer \u00e0 des atrocit\u00e9s contre les populations du Sud. Le renseignement militaire \u00e9tait alors charg\u00e9 de coordonner sur le terrain les actions de l\u2019arm\u00e9e avec ces unit\u00e9s irr\u00e9guli\u00e8res. Il assurait aussi la logistique de ces groupes de pillards aux ordres du pouvoir central.<\/p>\n<p>Deux d\u00e9cennies plus tard, on retrouvera au Darfour les m\u00eames m\u00e9thodes. Pour d\u00e9finir ces milices, un mot sera forg\u00e9 qui n\u2019avait pas cours vingt ans plus t\u00f4t\u00a0: les janjawids. A cette \u00e9poque, justement, Ibn Auf \u00e9tait en position de commandement, jouant un r\u00f4le suffisamment important pour \u00eatre plac\u00e9 sur une liste am\u00e9ricaine de sanctions.<\/p>\n<p>Au Darfour, des d\u00e9cennies de marginalisation, et la pr\u00e9sence d\u2019armes, avaient conduit cette partie du pays de la frustration \u00e0 la r\u00e9bellion. L\u2019exemple devrait \u00eatre m\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2019\/04\/12\/les-manifestants-au-soudan-appellent-desormais-a-la-chute-de-la-junte_5449085_3212.html\">LE MONDE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOHANNESBURG -correspondant r\u00e9gional Un petit soldat en treillis qui joue du saxophone, \u00e9clair\u00e9 par les flashs de t\u00e9l\u00e9phones portables, tandis qu\u2019une foule chauff\u00e9e \u00e0 blanc chante, frappe dans ses mains et entonne les slogans des jours derniers demandant la \u00ab chute \u00bb du pouvoir. 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