{"id":37372,"date":"2019-02-09T22:27:58","date_gmt":"2019-02-09T21:27:58","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=37372"},"modified":"2019-02-09T22:27:58","modified_gmt":"2019-02-09T21:27:58","slug":"a-riyad-la-peur-derriere-louverture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/a-riyad-la-peur-derriere-louverture\/","title":{"rendered":"A Riyad, la peur derri\u00e8re l\u2019ouverture"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019ARABIE SAOUDITE APR\u00c8S L\u2019AFFAIRE KHASHOGGI<\/strong><\/p>\n<div dir=\"auto\">\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<h3><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Plus de loisirs, moins de contraintes pour les femmes et un climat de peur exacerb\u00e9 par l\u2019affaire Khashoggi\u00a0: la capitale saoudienne est la vitrine du projet de modernisation autoritaire du prince h\u00e9ritier<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>REPORTAGE RIYAD\u00a0&#8211; envoy\u00e9 sp\u00e9cialLa sc\u00e8ne se d\u00e9roule au pied de la Kingdom Tower, la gigantesque tour en forme de d\u00e9capsuleur qui tr\u00f4ne sur Olaya, le quartier hupp\u00e9 de Riyad. Deux jeunes femmes en abaya noire, la tenue r\u00e9glementaire des Saoudiennes, mais la t\u00eate nue, attendent un taxi sur le parvis. Une patrouille de la police des m\u0153urs, la Moutawa, s\u2019arr\u00eate \u00e0 leur hauteur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<strong>Mes s\u0153urs, veuillez s\u2019il vous pla\u00eet vous couvrir la t\u00eate<\/strong>\u00a0\u00bb, demande l\u2019un des agents de cette unit\u00e9, charg\u00e9e de faire respecter les pr\u00e9ceptes wahhabites, la veine islamique ultra-puritaine en vigueur dans le royaume. <strong>La r\u00e9plique fuse\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0On t\u2019emmerde, on est dans l\u2019\u00e8re du prince Mohammed Ben Salman.\u00a0\u00bb\u00a0Le policier encaisse l\u2019affront, remonte la vitre de sa voiture et passe son chemin sans un mot.<\/strong><\/p>\n<p>Cette anecdote, rapport\u00e9e au\u00a0Monde\u00a0par un t\u00e9moin, en dit long sur l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne \u00e0\u00a0Riyad. Elle met en lumi\u00e8re deux ph\u00e9nom\u00e8nes concomitants, l\u2019un ostentatoire, le recul du rigorisme religieux dans l\u2019espace public, et l\u2019autre, plus diffus, la peur qu\u2019inspire Mohammed Ben Salman, dit \u00ab\u00a0MBS\u00a0\u00bb, le tout-puissant prince h\u00e9ritier, fils du roi Salman.<\/p>\n<p>Plus d\u00e9tendue d\u2019un point de vue social, mais encore moins respirable qu\u2019avant d\u2019un point de vue politique, la capitale est une ville ali\u00e9n\u00e9e. On s\u2019y r\u00e9jouit volontiers de l\u2019octroi aux femmes du droit de conduire, la grande r\u00e9forme de 2018. Mais on se mure dans le silence \u00e0 la simple \u00e9vocation de Jamal Khashoggi, le journaliste assassin\u00e9 en octobre\u00a02018 dans le consulat saoudien d\u2019Istanbul (Turquie), et des militantes f\u00e9ministes soumises \u00e0 la torture en prison. Deux op\u00e9rations sordides, sur laquelle plane l\u2019ombre de \u00ab\u00a0MBS\u00a0\u00bb et de ses sbires, notamment Saoud Al-Qahtani, l\u2019inquisiteur en chef de la couronne, charg\u00e9 de la surveillance des r\u00e9seaux sociaux et de la r\u00e9pression de tous les mal-pensants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les gens n\u2019ont pas peur, ils ont tr\u00e8s peur, confie un contact saoudien, sous le couvert de l\u2019anonymat.\u00a0Dans les ann\u00e9es 2000, on d\u00e9battait de presque tout. Mais \u00e0 partir de 2011, l\u2019espace d\u2019expression\u00a0s\u2019est restreint. Et aujourd\u2019hui, avec les \u00e9v\u00e9nements des derniers mois, les gens sont t\u00e9tanis\u00e9s. Plus personne n\u2019ose contredire le pouvoir ou pointer ses erreurs. C\u2019est dangereux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avenue Tahlia, les Champs-Elys\u00e9es de Riyad, mi-janvier. Des hommes s\u2019attablent \u00e0 la terrasse d\u2019un restaurant, devant un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision dress\u00e9 en pr\u00e9vision du match entre l\u2019Arabie saoudite et le Qatar, en Coupe d\u2019Asie de football. Un groupe de six jeunes femmes prend place, indiff\u00e9rentes au serveur qui leur demande de s\u2019installer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019espace r\u00e9serv\u00e9 aux membres du sexe f\u00e9minin.\u00a0\u00ab\u00a0On veut fumer\u00a0\u00bb, explique Noura, qui sort de la salle de fitness o\u00f9 elle travaille comme coach.<\/p>\n<p>Aucune d\u2019entre elles ne porte le niqab (voile int\u00e9gral) ou m\u00eame le hijab (foulard simple). Certaines ont les cheveux \u00e0 l\u2019air, d\u2019autres les ont couverts d\u2019un ch\u00e2le ou d\u2019une capuche de sweat-shirt. Pendant une heure, les six copines discutent et rigolent, la cigarette aux l\u00e8vres, sans s\u2019attirer la moindre remarque des autres clients du restaurant.\u00a0\u00ab\u00a0Une sc\u00e8ne pareille \u00e9tait impensable il y a un ou deux ans,\u00a0s\u2019enthousiasme le patron des lieux, un expatri\u00e9 libanais.\u00a0Encore quelques ann\u00e9es et ce sera Duba\u00ef ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>A rebours de la morale wahhabite<\/h2>\n<p>Cette m\u00e9tamorphose n\u2019est pas pour demain. Riyad reste une ville ultraconservatrice, aust\u00e8re, \u00e9touffante en bien des aspects pour le nouveau venu. Mais pour les habitu\u00e9s, les indices de changements sont immanquables. Le dernier en date, ce sont bien s\u00fbr ces femmes qui ont pass\u00e9 le permis et pris le volant, gagnant avec lui une forme de contr\u00f4le in\u00e9dite sur leur existence.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avant, pour sortir de chez moi, je devais m\u2019assurer que le chauffeur que nous partageons avec deux autres familles \u00e9tait disponible,\u00a0explique Noura Salem, une institutrice de 32\u00a0ans.\u00a0C\u2019\u00e9tait un casse-t\u00eate. L\u2019alternative, c\u2019\u00e9tait d\u2019utiliser Uber, mais \u00e7a devenait tr\u00e8s co\u00fbteux. Maintenant, avec ma petite voiture, je circule comme je veux. Je peux notamment participer \u00e0 toutes les expositions qui m\u2019int\u00e9ressent\u00a0\u00bb,\u00a0ajoute cette peintre amateur.<\/p>\n<p>Autre indice de changement\u00a0: les caf\u00e9s en terrasse se multiplient, \u00e0 rebours de la morale wahhabite, qui cantonne la vie sociale dans des espaces clos, pr\u00e9serv\u00e9s des regards \u00e9trangers. Le respect des heures de pri\u00e8re, durant lesquelles les magasins sont cens\u00e9s baisser leur rideau, est de moins en moins strict. Et la s\u00e9gr\u00e9gation entre les sexes, autre principe fondateur de l\u2019Arabie saoudite, dispara\u00eet progressivement, notamment au travail, o\u00f9 les femmes sont de plus en plus nombreuses.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, on avait cr\u00e9\u00e9 un espace pour nos employ\u00e9es, raconte le patron d\u2019une entreprise de plus de 3\u00a0000 salari\u00e9s, dont le personnel est \u00e0 20\u00a0% f\u00e9minin alors qu\u2019il y a cinq ans, il ne comptait pratiquement que des hommes.\u00a0Et puis au bout de quelques mois, elles se\u00a0sont dispers\u00e9es dans leur service respectif, en se m\u00e9langeant avec leurs coll\u00e8gues masculins. Il y a parfois des contrecoups, des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s conservateurs qui portent plainte au minist\u00e8re du travail. Mais g\u00e9n\u00e9ralement, on s\u2019en sort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Mise au pas de pr\u00e9dicateurs<\/h2>\n<p>La multiplication des concerts, une h\u00e9r\u00e9sie pour les religieux, est un autre signe de la mutation en cours. Fin janvier, la diva de la pop Mariah Carey et le chanteur jama\u00efcain Sean Paul se sont produits \u00e0 Djeddah, sur la c\u00f4te est du pays. Un mois plus t\u00f4t, la star de l\u2019\u00e9lectro David Guetta et Enrique Iglesias avaient fait danser des milliers de jeunes, gar\u00e7ons et filles r\u00e9unis, \u00e0 Diriyah, un parc de la banlieue de Riyad.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au milieu des ann\u00e9es 2010, lorsque des jeunes tentaient de c\u00e9l\u00e9brer la f\u00eate nationale en se\u00a0garant sur l\u2019avenue Tahlia, les porti\u00e8res ouvertes et la musique \u00e0 fond, la police religieuse intervenait aussit\u00f4t et les en chassait,\u00a0se rem\u00e9more un expatri\u00e9.\u00a0En\u00a02018, pour cette m\u00eame f\u00eate, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e en septembre, on a eu droit \u00e0 un show laser de Jean-Michel Jarre devant 30\u00a0000 personnes. \u00c7a donne une id\u00e9e du bouleversement en cours.\u00a0\u00bbMohammed Ben Salman, l\u2019homme fort de la couronne, est \u00e9videmment le cerveau de cette transformation soci\u00e9tale, qui s\u2019int\u00e8gre dans un plan plus large d\u2019ouverture aux investissements et de diversification de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<h3><strong>Sa d\u00e9cision, en\u00a02016, de retirer \u00e0 la Moutawa, le bras arm\u00e9 du camp ultraconservateur, son pouvoir d\u2019arrestation et de poursuite, a amorc\u00e9 le processus<\/strong>.La mise au pas, en\u00a02017, de plusieurs pr\u00e9dicateurs fondamentalistes, soit emprisonn\u00e9s soit interdits de r\u00e9seaux sociaux, lui a donn\u00e9 les coud\u00e9es franches.\u00a0\u00ab\u00a0<strong style=\"font-size: 16px;\">Beaucoup de religieux sont en d\u00e9saccord avec ce qui se passe, mais ce serait suicidaire pour eux de prendre la parole\u00a0<\/strong><span style=\"font-size: 16px;\">\u00bb, rel\u00e8ve un journaliste local.<\/span><\/h3>\n<p>Une forme de m\u00e9contentement continue de s\u2019exprimer \u00e0 bas bruit. Lorsque Turki Al-Sheikh, le chef de l\u2019Autorit\u00e9 du divertissement, charg\u00e9 de l\u2019organisation des spectacles, a annonc\u00e9, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, sur Twitter, une conf\u00e9rence de presse destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9voiler le programme des r\u00e9jouissances pour 2019, un flot d\u2019internautes conservateurs l\u2019ont enjoint d\u2019arr\u00eater les concerts, arguant que dans l\u2019islam, la musique est\u00a0\u00ab\u00a0haram\u00a0\u00bb(illicite).\u00a0\u00ab\u00a0Il ne faut pas oublier qu\u2019une grande partie de la population n\u2019est pas satisfaite de ces changements\u00a0\u00bb, remarque un membre du s\u00e9rail saoudien, sous couvert d\u2019anonymat. Le programme finalement pr\u00e9sent\u00e9 par Turki Al-Sheikh prend en compte cet \u00e9tat de fait. Tout en annon\u00e7ant la venue dans le royaume de m\u00e9gastars occidentales, comme le rappeur Jay-Z ou le footballeur David Beckham, ce proche de \u00ab\u00a0MBS\u00a0\u00bb a promis toute une s\u00e9rie de manifestations \u00e0 caract\u00e8re religieux\u00a0: un concours de r\u00e9citation du Coran, dot\u00e9 d\u2019un prix de 5\u00a0millions de rials (1,17\u00a0million d\u2019euros), une comp\u00e9tition du plus bel appel \u00e0 la pri\u00e8re et une course \u00e0 pied de La\u00a0Mecque \u00e0 M\u00e9dine, sur le mod\u00e8le de l\u2019h\u00e9gire, le voyage effectu\u00e9 par le proph\u00e8te Mahomet entre ces deux villes, qui marque le d\u00e9but du calendrier musulman. De quoi satisfaire les traditionalistes.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la conduite des femmes, le pouvoir avance prudemment aussi. Une seule auto-\u00e9cole leur est ouverte \u00e0 Riyad\u00a0: le nombre de Saoudiennes au volant reste pour l\u2019instant limit\u00e9. Certaines candidates \u00e0 l\u2019examen du permis, qui n\u2019ont pas pu obtenir de rendez-vous avant six ou douze mois, tr\u00e9pignent d\u2019impatience. On les voit s\u2019entra\u00eener le vendredi matin, jour de cong\u00e9, sur les routes d\u00e9sertes de la capitale, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur mari ou de leur fr\u00e8re.\u00a0\u00ab\u00a0Les autorit\u00e9s ne voulaient pas se retrouver avec deux millions de conductrices tout de suite,observe un fin connaisseur du pays.\u00a0Elles proc\u00e8dent \u00e0 petits pas, pour veiller \u00e0 ce que le changement soit bien accept\u00e9 socialement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Riyad Park, un immense centre commercial \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie nord de la ville, donne un bon aper\u00e7u de cette lib\u00e9ralisation \u00e0 t\u00e2tons. L\u2019endroit est connu pour ses restaurants en plein air, notamment Salt, un fast-food branch\u00e9, baign\u00e9 de musique, o\u00f9 gar\u00e7ons et filles font la queue c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Id\u00e9al pour \u00e9changer des regards enflamm\u00e9s et des noms de code Instagram, l\u2019appli pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des ados saoudiens. Le lieu est aussi connu pour abriter l\u2019un des deux cin\u00e9mas de la ville, un plaisir longtemps prohib\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduit au printemps 2018. Mais pour ne pas trop offenser les conservateurs, les s\u00e9ances sont s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9es, avec des horaires pour les hommes et d\u2019autres pour les \u00ab\u00a0familles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0La bonne \u00e9poque pour \u00eatre un ado\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a progresse, c\u2019est bien, mais on voudrait que \u00e7a aille plus vite, on voudrait des discoth\u00e8ques et du whisky\u00a0\u00bb,\u00a0dit en plaisantant Omar, un ing\u00e9nieur p\u00e9trolier de 25\u00a0ans, assis dans une pizzeria du Riyad Park, qui sait bien que l\u2019autorisation de l\u2019alcool dans le berceau de l\u2019islam n\u2019est pas pour tout de suite.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la bonne \u00e9poque pour \u00eatre un adolescent. De mon temps, pour s\u2019amuser, on n\u2019avait rien d\u2019autre que le foot\u00a0\u00bb, abonde Ziyad, un \u00e9tudiant en architecture, qui d\u00e9guste les mini-hamburgers \u00e0 10\u00a0dollars de Salt.\u00a0\u00ab\u00a0Ouais, tout \u00e7a, c\u2019est bien, mais on aimerait de vrais changements\u00a0\u00bb, nuance son camarade de facult\u00e9 Khaled, en baissant le ton de sa voix et regardant autour de lui. Lesquels\u00a0? Pas de r\u00e9ponse, sinon un grand sourire g\u00ean\u00e9.<\/p>\n<p>Travailler comme journaliste \u00e0 Riyad, c\u2019est se heurter en permanence \u00e0 ce genre de silence. Les fonctionnaires du minist\u00e8re de l\u2019information, rencontr\u00e9s dans leurs bureaux, promettent des rendez-vous avec des responsables gouvernementaux. Puis ils cessent de donner des nouvelles et dix jours plus tard, lorsque l\u2019on quitte le pays, pas un seul de ces entretiens n\u2019a\u00a0\u00e9t\u00e9 organis\u00e9.\u00a0\u00ab\u00a0Dans les minist\u00e8res, tout le monde a la trouille, confie un entrepreneur occidental, familier du royaume.\u00a0L\u2019Arabie saoudite n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un Etat policier, mais on s\u2019en rapproche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La peur d\u2019\u00eatre mal cit\u00e9 ou cit\u00e9 tout court, la crainte du mot de travers et le risque d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9 hantent les esprits. Un homme d\u2019affaires bl\u00eamit lorsque l\u2019on sort un carnet de notes au milieu d\u2019une discussion en \u00ab\u00a0off\u00a0\u00bb. Un directeur d\u2019h\u00f4pital coupe court \u00e0 la conversation lorsqu\u2019on lui explique, dans un d\u00eener informel, que l\u2019on est journaliste. Une m\u00e9decin, engag\u00e9e pour les droits des femmes, regarde ses chaussures lorsqu\u2019on la questionne sur ses camarades de lutte emprisonn\u00e9es.\u00a0\u00ab\u00a0Je ne comprends pas, il a d\u00fb se passer quelque chose\u00a0\u00bb, dit-elle, le regard fuyant.<\/p>\n<h2>Soci\u00e9t\u00e9 plus r\u00e9pressive<\/h2>\n<p>Un consultant invit\u00e9 \u00e0 un d\u00eener dans le \u00ab\u00a0DQ\u00a0\u00bb, le quartier diplomatique, qui regroupe la plupart des ambassades \u00e9trang\u00e8res, rapporte une anecdote r\u00e9v\u00e9latrice. A leur arriv\u00e9e, tous les convives ont d\u00fb d\u00e9poser leur portable dans une glaci\u00e8re contenant un lecteur audio diffusant de la musique. Le ma\u00eetre des lieux a ensuite referm\u00e9 le couvercle, transport\u00e9 la glaci\u00e8re \u00e0 l\u2019autre bout de son domicile, puis s\u2019est tourn\u00e9 vers ses invit\u00e9s en disant\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Voil\u00e0, maintenant on peut parler tranquillement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Moyennant quelques pr\u00e9cautions moins sophistiqu\u00e9es, une relation de longue date, proche des cercles dirigeants, accepte de se confier.\u00a0\u00ab\u00a0Le cin\u00e9ma, les concerts, c\u2019est sympa, mais c\u2019est du consum\u00e9risme, \u00e7a transforme la population en objet de profits, rien de plus. L\u2019urgence, c\u2019est de cr\u00e9er des emplois pour les jeunes et malheureusement, la situation n\u2019est pas bonne. Les crises de ces derniers mois, comme le Ritz Carlton\u00a0[l\u2019arrestation arbitraire de centaines de dignitaires, accus\u00e9s de corruption, en novembre\u00a02017]\u00a0et l\u2019\u00e9limination de Jamal Khashoggi ont d\u00e9stabilis\u00e9 les investisseurs. On ne sait pas o\u00f9 va le pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sur Twitter, Ali Shihabi, le directeur de l\u2019Arabia Foundation, un cercle de r\u00e9flexion pro-Riyad, temp\u00e8re ces inqui\u00e9tudes. Tout en se dissociant des abus les plus flagrants, comme l\u2019incarc\u00e9ration des militantes f\u00e9ministes, il soutient que dans une soci\u00e9t\u00e9 aussi\u00a0\u00ab\u00a0polaris\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0que l\u2019Arabie saoudite, la modernisation voulue par \u00ab\u00a0MBS\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre men\u00e9e que de fa\u00e7on autoritaire.\u00a0\u00ab\u00a0\u201cMBS\u201d\u00a0est comme un bulldozer qui fonce \u00e0 200\u00a0km \u00e0 l\u2019heure,\u00a0sugg\u00e8re un expert financier arabe, install\u00e9 de longue date \u00e0 Riyad. Il d\u00e9truit plein de choses sur son passage, mais il ouvre aussi de nouvelles voies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces travaux vont prendre des dizaines d\u2019ann\u00e9es. Des revirements et des coups d\u2019arr\u00eat ne sont pas \u00e0 exclure. Ce qui \u00e9merge pour l\u2019instant, dans le laboratoire de Riyad, c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 moins religieuse et plus r\u00e9pressive. Un pays arabe classique, en somme. \u00ab\u00a0MBS\u00a0\u00bb ne r\u00e9volutionne pas l\u2019Arabie saoudite, il la normalise. Pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2018\/02\/12\/a-riyad-une-reprise-en-main-tres-politique_5255521_3232.html\">LE MONDE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ARABIE SAOUDITE APR\u00c8S L\u2019AFFAIRE KHASHOGGI &nbsp; Plus de loisirs, moins de contraintes pour les femmes et un climat de peur exacerb\u00e9 par l\u2019affaire Khashoggi\u00a0: la capitale saoudienne est la vitrine du projet de modernisation autoritaire du prince h\u00e9ritier &nbsp; REPORTAGE RIYAD\u00a0&#8211; envoy\u00e9 sp\u00e9cialLa sc\u00e8ne se d\u00e9roule au pied de la Kingdom Tower, la gigantesque tour<\/p>\n","protected":false},"author":297,"featured_media":37375,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":{"0":"post-37372","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-alaune-fr"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/297"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37372"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37372\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/37375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}