{"id":29763,"date":"2018-01-15T15:12:20","date_gmt":"2018-01-15T14:12:20","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=29763"},"modified":"2018-01-15T15:12:20","modified_gmt":"2018-01-15T14:12:20","slug":"bruno-tertrais-en-syrie-le-recul-americain-a-fourni-un-tremplin-a-daech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/bruno-tertrais-en-syrie-le-recul-americain-a-fourni-un-tremplin-a-daech\/","title":{"rendered":"Bruno Tertrais : \u00abEn Syrie, le recul am\u00e9ricain a fourni un tremplin \u00e0 Daech\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3>En 2013, les \u00c9tats-Unis renon\u00e7aient \u00e0 r\u00e9pliquer aux attaques chimiques syriennes. Un revirement aux lourdes cons\u00e9quences selon le sp\u00e9cialiste de g\u00e9opolitique.<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<header>\n<ul class=\"art-byline\">\n<li class=\"art-author\" data-bind=\"text: byline\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Isabelle Lasserre ilasserre@lefigaro.fr<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/header>\n<div data-bind=\"foreach: articleBlocks\">\n<p data-bind=\"text: $data\">Consid\u00e9r\u00e9 comme un moment historique dans le conflit syrien, le nonrespect par Barack Obama de la \u00ab ligne rouge \u00bb chimique dans la banlieue de Damas en ao\u00fbt 2013 a laiss\u00e9 des traces profondes dans les relations internationales. La volte-face am\u00e9ricaine a chang\u00e9 le cours de la guerre, \u00e9rod\u00e9 la confiance des alli\u00e9s de Washington dans la parole am\u00e9ricaine et ab\u00eem\u00e9 la relation avec la France. <strong>Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche strat\u00e9gique<\/strong>, lui a consacr\u00e9 une \u00e9tude. Alors que la France organise le 23 janvier une conf\u00e9rence pour l\u2019interdiction des armes chimiques, il revient sur ce tournant de la guerre en Syrie.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>LE FIGARO. &#8211; Avec le recul, comment analyser le spectaculaire recul de Barack Obama en ao\u00fbt 2013 lors de l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques par le r\u00e9gime syrien ?<\/strong> <strong>Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a chang\u00e9 d\u2019avis en quelques heures alors qu\u2019il avait promis de ne pas laisser ce nouveau massacre chimique impuni ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong> Bruno TERTRAIS<\/strong>. &#8211; En fait, Barack Obama avait toujours \u00e9t\u00e9 h\u00e9sitant. N\u2019oublions pas qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pour mettre fin aux guerres de l\u2019Am\u00e9rique. Il avait gagn\u00e9 contre deux candidats &#8211; la d\u00e9mocrate Hillary Clinton et le r\u00e9publicain John McCain \u2013 qui avaient soutenu la guerre en Irak en 2003. Il s\u2019est senti enferm\u00e9 par ses g\u00e9n\u00e9raux dans le conflit afghan. Et il consid\u00e9rait que la Libye \u00e9tait devenue, je cite, un \u00ab merdier \u00bb apr\u00e8s l\u2019intervention militaire de 2011. Obama redoutait que des frappes en Syrie n\u2019entra\u00eenent les \u00c9tats-Unis dans un nouveau conflit sans solution, et aussi qu\u2019elles aient un impact n\u00e9gatif sur sa strat\u00e9gie de rapprochement avec l\u2019Iran. Mais il avait affirm\u00e9 haut et fort en 2012, de mani\u00e8re certes improvis\u00e9e mais solennelle, que sa r\u00e9ticence dispara\u00eetrait en cas d\u2019attaque chimique, sa fameuse \u00ab ligne rouge \u00bb. Or c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 un an plus tard \u00e0 la Ghouta, en ao\u00fbt 2013. Les \u00c9tats-Unis, la France et la GrandeBretagne se sont donc pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 intervenir. Mais Barack Obama s\u2019est senti prisonnier d\u2019un raisonnement qui n\u2019\u00e9tait pas le sien. Au fond, son refus ressemble \u00e0 un acte de r\u00e9volte, \u00e0 une r\u00e9bellion contre ce qu\u2019il appelait \u00ab le manuel de Washington \u00bb, selon lequel un pr\u00e9sident ne devrait pas craindre d\u2019utiliser la force pour restaurer ou r\u00e9tablir la cr\u00e9dibilit\u00e9 des \u00c9tats-Unis. L\u2019affaire de la \u00ab ligne rouge \u00bb d\u2019ao\u00fbt 2013 est aussi un accident de l\u2019histoire. En refusant \u00e0 David Cameron le droit d\u2019intervenir, la Chambre des communes britannique a fait basculer les choses. L\u00e2ch\u00e9 par son plus proche alli\u00e9, Barack Obama s\u2019est senti oblig\u00e9 de passer lui aussi par son Parlement. Sa d\u00e9cision est donc compr\u00e9hensible, mais regrettable. Son revirement a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s co\u00fbteux, en termes de r\u00e9putation, pour les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>La France aurait-elle pu frapper seule ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">Techniquement, cela aurait \u00e9t\u00e9 possible. Les ravitailleurs \u00e9taient en vol et les avions en bout de piste, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9coller. Les responsables \u00e9taient tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9s. \u00c0 Paris, l\u2019attaque de la Ghouta avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un tournant. La volont\u00e9 de \u00ab punir \u00bb le r\u00e9gime contenait une dimension morale. Mais il s\u2019agissait aussi de r\u00e9duire la menace en neutralisant certaines capacit\u00e9s du r\u00e9gime. En r\u00e9tablissant la dissuasion, Paris esp\u00e9rait aussi qu\u2019une action militaire symbolique changerait le cours de la guerre. Enfin, la France voulait revenir dans le jeu syrien. Quand les Am\u00e9ricains ont recul\u00e9, les d\u00e9cideurs fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9s. Mais il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 question d\u2019agir sans les \u00c9tats-Unis. Le raid n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9 pour cela. La France aurait en outre eu des probl\u00e8mes de moyens si l\u2019op\u00e9ration avait d\u00fb \u00eatre renouvel\u00e9e. La d\u00e9cision \u00e9tait aussi politique: Fran\u00e7ois Hollande pensait que la France seule n\u2019avait pas la l\u00e9gitimit\u00e9 suffisante pour agir.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences de la d\u00e9cision am\u00e9ricaine ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">Elles concernent d\u2019abord la Syrie. Au lieu de donner un coup d\u2019arr\u00eat symbolique \u00e0 l\u2019offensive d\u2019un r\u00e9gime qui \u00e9tait alors en difficult\u00e9, la d\u00e9cision am\u00e9ricaine, ainsi que le plan de d\u00e9sarmement, <strong>a conf\u00e9r\u00e9 une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 Assad. Elle a plong\u00e9 la r\u00e9bellion dans le d\u00e9sespoir<\/strong>. Le d\u00e9veloppement des forces djihadistes d\u00e9coule en partie du sentiment d\u2019abandon ressenti par l\u2019opposition : <strong>le recul am\u00e9ricain a fourni un tremplin \u00e0 Daech<\/strong>. Enfin, la r\u00e9putation des \u00c9tatsUnis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e. <strong>Les pays du Golfe se sont interrog\u00e9s sur l\u2019efficacit\u00e9 du protectorat am\u00e9ricain.<\/strong> L\u2019influence am\u00e9ricaine au Moyen-Orient s\u2019est \u00e9rod\u00e9e. En revanche, la d\u00e9cision de Barack Obama n\u2019a pas eu, comme il l\u2019esp\u00e9rait, de cons\u00e9quences positives sur les relations politiques entre les \u00c9tatsUnis et l\u2019Iran. Il a donc perdu sur les deux tableaux.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>Et pour la relation franco-am\u00e9ricaine ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">La coop\u00e9ration dans le domaine militaire et dans celui de la lutte antiterroriste n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e. La confiance entre Barack Obama et Fran\u00e7ois Hollande a en revanche \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e. Il faut dire que les perspectives des deux pr\u00e9sidents \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Hollande pensait qu\u2019une action militaire aurait chang\u00e9 le cours de la guerre\u2026 Et Obama \u00e9tait persuad\u00e9 du contraire. Ce diff\u00e9rend a-t-il eu la m\u00eame ampleur que celui qui avait \u00e9t\u00e9 caus\u00e9 par la crise de Suez en 1956, comme on l\u2019a parfois dit ? Non. Cela aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 le cas en l\u2019absence de changement politique dans les deux pays. Mais Donald Trump et Emmanuel Macron ont tous deux adopt\u00e9 des postures diff\u00e9rentes de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Le premier a lanc\u00e9 une frappe militaire contre une base syrienne en avril 2017 apr\u00e8s une nouvelle attaque chimique. Quant au second, il a confirm\u00e9 que l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques constituerait une \u00ab ligne rouge \u00bb que la France se chargerait de faire respecter, mais il a ajout\u00e9 qu\u2019elle agirait seule si n\u00e9cessaire. De la part de Macron, c\u2019est une posture forte et bienvenue. Les deux pr\u00e9sidents ont aussi r\u00e9tabli un consensus franco-am\u00e9ricain sur le sujet.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>Le renoncement am\u00e9ricain a-t-il eu des r\u00e9percussions ailleurs ?A-t-il par exemple favoris\u00e9 l\u2019annexion de la Crim\u00e9e par la Russie ou encourag\u00e9 le programme nucl\u00e9aire nord-cor\u00e9en ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">C\u2019est ce que pense l\u2019ancienne \u00e9quipe de Fran\u00e7ois Hollande. Que Vladimir Poutine a \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9 \u00e0 agir en Ukraine, que l\u2019Iran et la Cor\u00e9e du Nord ont pu r\u00e9sister plus facilement \u00e0 l\u2019Occident, les menaces am\u00e9ricaines n\u2019\u00e9tant plus suivies d\u2019effet. C\u2019est peut\u00eatre vrai, mais ce n\u2019est pas d\u00e9montrable. Personne ne peut assurer que l\u2019annexion de la Crim\u00e9e n\u2019aurait pas eu lieu sans la Ghouta. Et c\u2019est pareil pour l\u2019Iran ou la Cor\u00e9e du Nord. On ne sait pas. <strong>Le seul b\u00e9n\u00e9fice de cette crise a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019image de la France : nous sommes apparus, aux yeux de nombreux pays arabes, comme un partenaire fiable et courageux.<\/strong> Un peu comme en 2003\u2026 Mais pour des raisons diam\u00e9tralement oppos\u00e9es !<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>Quelles le\u00e7ons Paris a-t-il retir\u00e9es de la crise ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">\u00c0 mon sens, l\u2019exp\u00e9rience a valid\u00e9 ce qui est le fondement de la d\u00e9marche strat\u00e9gique fran\u00e7aise depuis la fin des ann\u00e9es 1950 : nous sommes alli\u00e9s avec les \u00c9tats-Unis, mais ne pouvons pas compter sur eux en toutes circonstances.<\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\"><strong>La \u00ab ligne rouge \u00bb d\u2019Obama est-elle le moment le plus important de la guerre en Syrie ?<\/strong><\/p>\n<p data-bind=\"text: $data\">Elle en est certainement l\u2019un des deux grands tournants, avec l\u2019appel \u00e0 l\u2019aide lanc\u00e9 par Bachar el-Assad \u00e0 l\u2019Iran et \u00e0 la Russie au printemps 2015.<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2018\/01\/14\/01003-20180114ARTFIG00146-bruno-tertrais-en-syrie-le-recul-americain-a-fourni-un-tremplin-a-daech.php\">Le Figaro\u00a0<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2013, les \u00c9tats-Unis renon\u00e7aient \u00e0 r\u00e9pliquer aux attaques chimiques syriennes. Un revirement aux lourdes cons\u00e9quences selon le sp\u00e9cialiste de g\u00e9opolitique. &nbsp; &nbsp; Isabelle Lasserre ilasserre@lefigaro.fr Consid\u00e9r\u00e9 comme un moment historique dans le conflit syrien, le nonrespect par Barack Obama de la \u00ab ligne rouge \u00bb chimique dans la banlieue de Damas en ao\u00fbt 2013<\/p>\n","protected":false},"author":152,"featured_media":29766,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"class_list":{"0":"post-29763","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualites-fr"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/152"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29763"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29763\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29766"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}