{"id":27310,"date":"2017-11-15T17:14:05","date_gmt":"2017-11-15T16:14:05","guid":{"rendered":"http:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=27310"},"modified":"2017-11-16T18:27:12","modified_gmt":"2017-11-16T17:27:12","slug":"syrie-guerre-petrole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/syrie-guerre-petrole\/","title":{"rendered":"En Syrie, la guerre pour le p\u00e9trole"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"fig-content__chapo\">ENQU\u00caTE &#8211; Les Am\u00e9ricains ont laiss\u00e9 fuir les djihadistes de Raqqa qui auraient abandonn\u00e9 en contrepartie un site p\u00e9trolier majeur. De leur c\u00f4t\u00e9,\u00a0les Russes d\u00e9ploient des mercenaires pour garder les installations p\u00e9troli\u00e8res reprises \u00e0 Daech.<\/h3>\n<div class=\"fig-content__body\" data-component=\"fig-content-body\"><\/div>\n<p class=\"p1\"><strong><span class=\"s1\">Envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 Damas<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un homme appartenant \u00e0 la tribu arabe des Chammar travaille dans une raffinerie de p\u00e9trole dans le nord de la province de Hassak\u00e9, dans le nord de la Syrie. Ce territoire est aujourd\u2019hui tenu par les forces kurdes pro-am\u00e9ricaines.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans l\u2019immensit\u00e9 du d\u00e9sert, entre champs p\u00e9troliers et sites m\u00e9sopotamiens dominant l\u2019Euphrate, se joue une grande partie de l\u2019avenir de la Syrie. Le pays, ravag\u00e9 par sept ans de guerre, restera-t-il uni en un seul bloc au fur et \u00e0 mesure que Damas regagne du terrain sur Daech ? Ou serat-il, lorsque les armes se seront tues, amput\u00e9 de territoires tenus aujourd\u2019hui par les forces kurdes proam\u00e9ricaines dans le nord-est du pays ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le long du fleuve qui s\u2019\u00e9coule jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Irak voisin, l\u2019arm\u00e9e syrienne, alli\u00e9e \u00e0 la Russie et \u00e0 l\u2019Iran, est en concurrence frontale avec des combattants kurdes et arabes (FDS), appuy\u00e9s par les \u00c9tats-Unis, pour r\u00e9cup\u00e9rer le terrain c\u00e9d\u00e9 par Daech. La derni\u00e8re grande bataille se joue \u00e0 Abu Kamal, ville fronti\u00e8re avec l\u2019Irak, que des djihadistes cach\u00e9s dans des tunnels ont reprise \u00e0 Damas, le 11 novembre, quelques jours apr\u00e8s l\u2019avoir perdue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais ces ultimes combats dans le d\u00e9sert cachent un autre enjeu plus important \u00e0 terme. Un triple enjeu en fait: quel sera l\u2019avenir des Kurdes syriens qui aspirent \u00e0 une certaine autonomie ? Que deviendront les bases am\u00e9ricaines qui les prot\u00e8gent et qui contr\u00f4lera le p\u00e9trole, arme indispensable pour financer les ambitions des uns et des autres ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans le salon de sa maison pr\u00e8s du quartier rebelle de Jobar \u00e0 Damas, Naji Homsi d\u00e9plie la carte des installations p\u00e9troli\u00e8res dans cette r\u00e9gion au centre de toutes les convoitises. \u00abRegardez les pipelines, l\u2019un part vers Homs \u00e0 l\u2019ouest, l\u2019autre vers Baniyas sur la M\u00e9diterran\u00e9e, un autre vient de l\u2019Irak \u00bb, commente ce sp\u00e9cialiste du p\u00e9trole, au ch\u00f4mage depuis qu\u2019il a quitt\u00e9 Deir ez-Zor en 2013.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><strong><span class=\"s1\">800 millions de dollars partis en fum\u00e9e<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La plupart de ces puits, pass\u00e9s ensuite aux mains des djihadistes de l\u2019\u00c9tat islamique, ont \u00e9t\u00e9 repris ces derniers mois, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui am\u00e9ricain, par les forces arabo-kurdes. \u00ab Mais aujourd\u2019hui que le r\u00e9gime syrien regagne du terrain, la politique am\u00e9ricaine vise \u00e0 emp\u00eacher Bachar el-Assad de reprendre ces puits \u00bb, confie un ambassadeur arabe \u00e0 Damas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e9but octobre, l\u2019arm\u00e9e syrienne s\u2019est approch\u00e9e de Conocco, la plus importante installation de gaz de Syrie, tenue par Daech, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres de Deir ez-Zor. Mais dans un bombardement, l\u2019aviation am\u00e9ricaine avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truit la salle des op\u00e9rations pour que Daech ne l\u2019exploite pas. \u00ab 800 millions de dollars investis par le gouvernement syrien sont partis en fum\u00e9e \u00bb, constate, amer, un homme d\u2019affaires \u00e0 Damas. \u00ab Ce ne sont pas n\u2019importe quelles pi\u00e8ces qui sont d\u00e9truites, rench\u00e9rit Naji Homsi, mais des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es que l\u2019on ne trouve pas sur le march\u00e9 syrien, il faudra les acheter en Europe ou aux \u00c9tats-Unis, or la Syrie est sous sanction, donc ce sera th\u00e9oriquement impossible. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le dernier \u00e9pisode de cette guerre des sables eut lieu fin octobre autour du champ d\u2019al-Omar, le plus important de Syrie (200 000 barils\/jour avant 2011), \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres de la ville de Deir ezZor que Damas a reprise \u00e0 Daech, avant les FDS, d\u00e9but novembre. L\u2019arm\u00e9e syrienne \u00e9tait \u00e0 3 km seulement d\u2019al-Omar, tenu par les djihadistes. Mais soudainement, l\u2019aviation am\u00e9ricaine a h\u00e9liport\u00e9 des forces arabo-kurdes positionn\u00e9es \u00e0 45 km plus \u00e0 l\u2019ouest.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab J\u2019accuse les Am\u00e9ricains d\u2019avoir ent\u00e9rin\u00e9 un accord entre les Kurdes et Daech, gronde Nawaf Bashir, un leader tribal de Deir ez-Zor. Les Kurdes ont autoris\u00e9 400 djihadistes \u00e0 \u00e9vacuer Raqqa vers Abu Kamal et en contrepartie, Daech a laiss\u00e9 les FDS prendre alOmar. En une heure, dit-il, les pro-Am\u00e9ricains ont repris le champ sans que Daech combatte. \u00bb D\u2019o\u00f9 les critiques acerbes de la Russie qui accusa Washington de \u00ab troubler \u00bb les op\u00e9rations antiterroristes dans cette r\u00e9gion. D\u2019autant que dans la foul\u00e9e, les FDS ont repris \u00e9galement al-Jafra plus au nord, exploit\u00e9 avant la guerre par Total.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><strong><span class=\"s1\">Milice priv\u00e9e russe<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour contrer Washington, Moscou d\u00e9ploie des centaines d\u2019hommes qui montent la garde autour des installations p\u00e9troli\u00e8res reconquises \u00e0 Daech. Il s\u2019agit en fait de mercenaires priv\u00e9s appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Evro Polis, dirig\u00e9e par un oligarque Evgueni Prigozhin, proche de Vladimir Poutine, et \u00e0 ChVK Wagner, qui recrute parmi des anciens \u00ab volontaires \u00bb de la Crim\u00e9e. Ces \u00ab gros bras \u00bb op\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de Palmyre au sud de Deir ez-Zor, o\u00f9 ils ont entam\u00e9 la r\u00e9paration des infrastructures strat\u00e9giques. Car le temps presse. Les entreprises p\u00e9troli\u00e8res russes sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 pied d\u2019oeuvre. En vertu d\u2019un accord arrach\u00e9 \u00e0 Bachar el-Assad, Moscou devrait rafler l\u2019essentiel de la production p\u00e9troli\u00e8re dans la Syrie de demain, laissant aux Iraniens les minerais, l\u2019agriculture et certaines activit\u00e9s de raffinage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans ces r\u00e9gions du Nord-Est, peupl\u00e9es d\u2019Arabes et de Kurdes, de plus en plus d\u2019Arabes se sont, sous pression am\u00e9ricaine, enr\u00f4l\u00e9s depuis un an avec les forces kurdes pour chasser Daech. \u00ab Six mille membres de ma tribu, les Bagharas, ont combattu Daech avec les Kurdes \u00e0 Raqqa \u00bb, affirme Nawaf Bashir. \u00ab Mais quand ils vont voir que les Kurdes ne peuvent ni g\u00e9rer Raqqa, et encore moins Deir ez-Zor, o\u00f9 les Arabes les d\u00e9testent, les membres de ma tribu reviendront dans le giron de l\u2019\u00c9tat syrien. \u00bb Celui-ci les courtise. Nawaf Bashir est une plus belle prise de guerre. En 2011, il a rejoint l\u2019opposition syrienne en exil \u00e0 Istanbul. \u00ab Mais j\u2019ai rapidement d\u00e9couvert que c\u2019est l\u2019\u00e9tranger, le Qatar en particulier avec ses alli\u00e9s Fr\u00e8res musulmans, qui dictait notre agenda \u00bb, se souvient le chef de clan en costume-cravate. En 2013, Nawaf Bashir a frapp\u00e9 de nouveau \u00e0 la porte du pouvoir. \u00ab Cela m\u2019a pris trois ans avant de rentrer, dit-il, des gens ici \u00e0 Damas n\u2019y \u00e9taient pas favorables \u00bb. Menac\u00e9, il arrive au rendez-vous avec son escorte tribale. Pour prix de son ralliement, il a donn\u00e9 600 hommes de sa tribu qui ont combattu \u00e0 Deir ez-Zor au c\u00f4t\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e syrienne et de ses alli\u00e9s, le Hezbollah libanais et les Iraniens qui leur auraient donn\u00e9 des armes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De quel c\u00f4t\u00e9 vont pencher les tribus arabes de l\u2019Est syrien ? \u00ab C\u2019est l\u2019argent qui les int\u00e9resse, elles iront avec le plus fort \u00bb, tranche Tareq Ahmad, un responsable de la province de Homs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Damas pourrait appara\u00eetre comme un recours, un moindre mal. \u00ab Regardez \u00e0 Raqqa, rien ne se passe \u00bb, constate Nawaf Bashir. La ville a \u00e9t\u00e9 an\u00e9antie \u00e0 plus de 80% par quatre mois de bombardements de la coalition. \u00abLa situation humanitaire n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi mauvaise \u00bb, regrette le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge (CICR). De 90 000, le nombre des r\u00e9fugi\u00e9s entass\u00e9s dans des camps de fortune a grimp\u00e9 \u00e0 300 000. \u00ab Les gens vont commencer \u00e0 se plaindre \u00bb, avertit le CICR. Or, en visitant la ville lib\u00e9r\u00e9e, l\u2019\u00e9missaire am\u00e9ricain pour la lutte anti-Daech, Brett H. McGurck a bien pr\u00e9venu : \u00ab On ne fera que de la stabilisation pas de reconstruction. \u00bb Bref, pas d\u2019argent tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Des loyalistes affirment que Nawaf Bashir sera l\u2019homme que Damas r\u00e9installera, le moment venu, \u00e0 Raqqa. \u00ab Une ville toujours occup\u00e9e tant qu\u2019elle n\u2019est pas reconquise \u00bb, a averti le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Walid el-Mouallem. \u00ab Le pari du r\u00e9gime de r\u00e9installer Nawaf Bashir \u00e0 Raqqa ne marchera pas \u00bb, assure Abou Leyla, un opposant du nord-est, joint au t\u00e9l\u00e9phone. \u00abBashir s\u2019est discr\u00e9dit\u00e9 en revenant avec le r\u00e9gime.\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Am\u00e9ricains et \u00c9gyptiens ont un autre homme dans leur chapeau : Ahmed Jarba, chef tribal de l\u2019Est syrien et ancien leader de l\u2019opposition \u00e0 Assad. \u00ab Il a de l\u2019argent, qu\u2019il avait amass\u00e9 du temps de Bandar Ben Sultan, le prince saoudien qui en avait fait son homme \u00bb, confie un journaliste \u00e0 Damas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><strong><span class=\"s1\">Une autonomie kurde<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans ce grand jeu, \u00ab combien de temps les \u00c9tats-Unis vont-ils soutenir les Kurdes ? \u00bb, s\u2019est r\u00e9cemment interrog\u00e9, Robert Ford, l\u2019ancien ambassadeur de Washington \u00e0 Damas. Dans la r\u00e9gion, le Pentagone dispose de plusieurs points de pr\u00e9sence, en plus de deux bases entre Raqqa et Qamichli, o\u00f9 des avions peuvent atterrir. \u00ab Les Am\u00e9ricains resteront dans le Nord-Est quelque temps encore \u00bb, assure l\u2019ambassadeur arabe \u00e0 Damas. \u00ab Ils le doivent pour contrer l\u2019avanc\u00e9e iranienne dans cette r\u00e9gion limitrophe de l\u2019Irak \u00bb. Dans cette zone multiethnique, une autre menace affleure. \u00ab Si les Am\u00e9ricains l\u00e2chent les Kurdes, dans certaines villes comme Hassak\u00e9, les Arabes pourraient les attaquer \u00bb, pr\u00e9vient le journaliste syrien pr\u00e9cit\u00e9, qui rappelle que l\u2019avanc\u00e9e kurde de ces derni\u00e8res ann\u00e9es s\u2019est faite parfois aux prix d\u2019exactions contre des civils arabes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En attendant, \u00ab les Kurdes prennent des gages territoriaux pour mieux n\u00e9gocier \u00bb, analyse le chercheur Fabrice Balanche \u00e0 Washington. Un haut responsable militaire kurde est all\u00e9 r\u00e9cemment \u00e0 Moscou. Habilement, les Kurdes jouent de leurs amiti\u00e9s avec les Am\u00e9ricains, qui leur ont livr\u00e9 des armes, et avec les Russes, qui sont pr\u00eats \u00e0 leur accorder une certaine autonomie dans la Syrie de demain. \u00ab On pourra leur conc\u00e9der que le gouverneur de ces r\u00e9gions ne soit plus d\u00e9sign\u00e9 par Bachar el-Assad, mais \u00e9lu par leurs habitants \u00bb, confie un proche du pr\u00e9sident.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sous la pression de Moscou, Damas a d\u00fb faire des concessions. \u00ab Pour la premi\u00e8re fois, mi-octobre, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par le r\u00e9gime syrien \u00e0 pr\u00e9senter un projet kurde devant les principaux responsables du parti Baas \u00bb, avoue Omar Oussi, ancien proche du leader kurde Abdullah \u00d6calan, rest\u00e9 favorable \u00e0 Damas. Certaines sources ont m\u00eame \u00e9voqu\u00e9 une offre du r\u00e9gime d\u2019offrir aux Kurdes une certaine autonomie en \u00e9change de quoi ceux-ci se retireraient des territoires arabes du nord-est de la Syrie. Bref, alors que Daech recule, d\u2019autres grandes manoeuvres ont commenc\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2017\/11\/14\/01003-20171114ARTFIG00260-en-syrie-la-guerre-pour-le-petrole.php\">LE FIGARO<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENQU\u00caTE &#8211; Les Am\u00e9ricains ont laiss\u00e9 fuir les djihadistes de Raqqa qui auraient abandonn\u00e9 en contrepartie un site p\u00e9trolier majeur. De leur c\u00f4t\u00e9,\u00a0les Russes d\u00e9ploient des mercenaires pour garder les installations p\u00e9troli\u00e8res reprises \u00e0 Daech. 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