{"id":21089,"date":"2017-05-20T20:25:54","date_gmt":"2017-05-20T19:25:54","guid":{"rendered":"http:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=21089"},"modified":"2024-09-28T16:27:41","modified_gmt":"2024-09-28T15:27:41","slug":"palmyre-desillusions-dun-archeologue-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/palmyre-desillusions-dun-archeologue-suisse\/","title":{"rendered":"Palmyre: d\u00e9sillusions d\u2019un arch\u00e9ologue suisse"},"content":{"rendered":"<p><em>D\u00e9truit \u00e0 l\u2019explosif en ao\u00fbt 2015 par Daech, le temple de Baalsham\u00een (130 apr\u00e8s J.-C.) avait \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 par une mission \u2028arch\u00e9ologique suisse dirig\u00e9e par Paul Collart. \u00a9 Keystone<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Les destructions du site de Palmyre ont an\u00e9anti tout un travail de fouilles et de restauration helv\u00e9tique<\/strong><\/h2>\n<p>PROPOS RECUEILLIS PAR \u2028PASCAL FLEURY<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"royalSlider_news\" class=\"royalSlider img-main rsHor rsWebkit3d rsWithBullets\">\n<div class=\"rsOverflow\">\n<div class=\"rsContainer\">\n<figure><em><img decoding=\"async\" class=\"rsImg rsMainSlideImage\" src=\"http:\/\/www.laliberte.ch\/media\/image\/20\/normal\/asset-version-3642941e59-150823.jpg\" \/><\/em><\/figure>\n<figure><em><img decoding=\"async\" class=\"rsImg rsMainSlideImage\" src=\"http:\/\/www.laliberte.ch\/media\/image\/20\/normal\/asset-version-00b6cb41b0-150845.jpg\" \/><\/em><\/figure>\n<\/div>\n<div class=\"rsArrow rsArrowLeft rsHidden\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><span class=\"motcle-article\" style=\"color: #ff0000;\">Syrie \u00bb <\/span>\u00a0 En mars dernier, le r\u00e9gime syrien a repris pour la seconde fois le site de Palmyre aux djihadistes, constatant de nouveaux d\u00e9g\u00e2ts sur la \u00abperle du d\u00e9sert\u00bb. Alors que l\u2019an dernier, la direction g\u00e9n\u00e9rale des Antiquit\u00e9s de Syrie affirmait encore pouvoir reconstruire le site en cinq ans, les arch\u00e9ologues occidentaux s\u2019entendent pour dire aujourd\u2019hui que plusieurs monuments embl\u00e9matiques sont irr\u00e9m\u00e9diablement perdus.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas en particulier du temple de Baalsham\u00een, d\u00e9gag\u00e9 des sables par une mission arch\u00e9ologique suisse dans les ann\u00e9es 1950. R\u00e9duit en gravats par Daech, il ne pourra plus \u00eatre restaur\u00e9 dans les r\u00e8gles de l\u2019art, faute de mat\u00e9riaux anciens. Explications de l\u2019arch\u00e9ologue Denis Genequand, charg\u00e9 de cours \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, qui a dirig\u00e9 plusieurs campagnes de fouilles \u00e0 Palmyre et ailleurs en Syrie avant la guerre.<\/p>\n<h3>La destruction de plusieurs monuments embl\u00e9matiques de Palmyre en automne 2015 avait \u00e9t\u00e9 un choc. Sait-on aujourd\u2019hui si l\u2019on pourra les reconstruire?<\/h3>\n<p><strong>Denis Genequand<\/strong>: Un consensus se forme dans la communaut\u00e9 scientifique en faveur de leur restauration, quand les conditions le permettront. Mais restaurer ne signifie pas forc\u00e9ment reconstruire. Il faudra faire tr\u00e8s attention. Tout d\u00e9pendra de la nature des d\u00e9g\u00e2ts.<\/p>\n<p>Dans le cas des destructions des deux temples de B\u00eal et de Baalsham\u00een, des tours fun\u00e9raires et de l\u2019arc de triomphe qui ont \u00e9t\u00e9 dynamit\u00e9s et r\u00e9duits en gravats, une reconstruction s\u2019av\u00e9rerait tr\u00e8s difficile. Faute de mat\u00e9riaux anciens, il faudrait utiliser des mat\u00e9riaux r\u00e9cents. Ce ne serait alors plus le m\u00eame monument. Le consensus veut que l\u2019on restaure ce qui peut l\u2019\u00eatre et qu\u2019on laisse en l\u2019\u00e9tat ce qui est trop d\u00e9truit. Ce sera un t\u00e9moignage de l\u2019histoire du monument et du conflit syrien.<\/p>\n<h3>Mais l\u2019an dernier, la direction g\u00e9n\u00e9rale des Antiquit\u00e9s et des mus\u00e9es de Syrie pr\u00e9tendait vouloir tout reconstruire en 5 ans?<\/h3>\n<p>Cette d\u00e9claration, h\u00e2tivement faite dans la foul\u00e9e de la reprise de la ville, tenait sans doute plus de la propagande que de la r\u00e9alit\u00e9 de la pr\u00e9servation du patrimoine. En fait, comme l\u2019ont admis par la suite des responsables syriens, le processus des restaurations sera extr\u00eamement long. Il va falloir d\u00e9gager les monuments d\u00e9truits, r\u00e9cup\u00e9rer et cataloguer toutes les pi\u00e8ces r\u00e9cup\u00e9rables, refaire des fouilles, tout cela avant d\u2019entreprendre la restauration elle-m\u00eame. Heureusement, le site de Palmyre se trouve hors de la ville moderne. Ailleurs, comme \u00e0 Alep, la reconstruction du centre-ville risque de se faire au d\u00e9triment du patrimoine arch\u00e9ologique et historique. Evidemment, les \u00e9coles, h\u00f4pitaux et habitations devront \u00eatre reconstruits avant les temples romains.<\/p>\n<h3>Pour faire revenir les touristes, la tentation ne serait-elle pas de reconstruire tr\u00e8s rapidement?<\/h3>\n<p>Si la Syrie veut reconstruire tr\u00e8s vite les \u00e9difices d\u00e9truits, qu\u2019elle a l\u2019argent et les artisans, c\u2019est possible. Les plans existent. On taille des pierres et on reb\u00e2tit quelque chose d\u2019approximatif. Mais ce ne seront plus des monuments antiques, que de p\u00e2les reconstitutions. A mon avis, avec de bonnes restaurations et une belle mise en valeur, le site de Palmyre peut rester spectaculaire pour les touristes sans de telles reconstructions. La guerre fera alors simplement partie de l\u2019histoire du site.<\/p>\n<h3>Qu\u2019en sera-t-il du temple de Baalsham\u00een, qui avait \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9 par une mission suisse?<\/h3>\n<p>Le sanctuaire de Baalsham\u00een, comme celui de B\u00eal, a \u00e9t\u00e9 dynamit\u00e9 alors qu\u2019il \u00e9tait dans son \u00e9tat du d\u00e9but du IIe\u00a0si\u00e8cle, avec seulement quelques travaux d\u2019anastylose tr\u00e8s m\u00e9thodiques.<\/p>\n<p>La partie inf\u00e9rieure des murs de pierre a \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9e. Les parties hautes se sont effondr\u00e9es et les blocs se sont fractur\u00e9s dans la chute. Si l\u2019on reconstruit, ce ne sera plus le m\u00eame \u00e9difice. Idem pour les sculptures, d\u00e9finitivement perdues. En revanche, certaines parties d\u2019\u00e9l\u00e9vation pourront \u00eatre reconstitu\u00e9es. De nouvelles fouilles du sous-sol seront riches d\u2019enseignements.<\/p>\n<h3>Y a-t-il eu de nouvelles \u00addestructions lors de la reprise du\u00a0site par Daech l\u2019hiver dernier?<\/h3>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre romain a fait l\u2019objet de nouvelles destructions. Ce monument avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s massivement reconstruit dans les ann\u00e9es 1980, ce qui ne signifie pas que sa destruction est moins grave. Il sera vraisemblablement plus facile \u00e0 restaurer.<\/p>\n<h3>L\u2019\u00e9tat du mus\u00e9e de Palmyre est aussi tr\u00e8s pr\u00e9occupant&#8230;<\/h3>\n<p>Le mus\u00e9e a subi d\u2019\u00e9normes d\u00e9g\u00e2ts. Le b\u00e2timent a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 par Daech. Des pi\u00e8ces de collection ont disparu, des sculptures ont \u00e9t\u00e9 volontairement d\u00e9truites. Et les grandes richesses qui se trouvaient dans les r\u00e9serves au sous-sol ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es en tas et cass\u00e9es. Lorsque Palmyre a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e, seules 300 \u00e0 400\u00a0belles pi\u00e8ces transportables ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es. Il faut dire que pendant longtemps, le r\u00e9gime a refus\u00e9 d\u2019admettre qu\u2019il pourrait perdre autant de terrain.<\/p>\n<p>Les objets vol\u00e9s ne ressortiront pas sur le march\u00e9 avant des ann\u00e9es. Il importe d\u2019insister sur ce trafic d\u2019antiquit\u00e9s qui parvient jusque chez nous. Les gens doivent savoir que les pi\u00e8ces propos\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve, B\u00e2le ou ailleurs sont souvent des pi\u00e8ces pill\u00e9es, dot\u00e9es de faux certificats. Les lois suisses ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es, mais c\u2019est aussi aux clients de ne pas jouer le jeu des trafiquants.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Des missions arch\u00e9ologiques suisses tr\u00e8s pr\u00e9sentes \u00e0 Palmyre<\/h2>\n<p>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance de la Syrie, en 1946, une dizaine de missions arch\u00e9ologiques \u00e9trang\u00e8res ont travaill\u00e9 sur le vaste site de la cit\u00e9 de Palmyre, qui couvre plus de 300 hectares, sans compter les n\u00e9cropoles. Deux de ces missions sont suisses. La premi\u00e8re, men\u00e9e de 1954 \u00e0 1956, puis en 1966, \u00e9tait dirig\u00e9e par Paul Collart, professeur d\u2019histoire ancienne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. C\u2019est lui, avec son \u00e9quipe, qui a sorti des sables le temple embl\u00e9matique de Baalsham\u00een, dynamit\u00e9 en ao\u00fbt 2015 par Daech.<\/p>\n<p>Dat\u00e9 de 130 apr\u00e8s J.-C., ce temple \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 au dieu \u00abbon et r\u00e9mun\u00e9rateur\u00bb d\u2019origine ph\u00e9nicienne Baalsham\u00een, assimil\u00e9 \u00e0 Zeus. Les fouilles et la restauration ont fait l\u2019objet de publications exhaustives. \u00abEn cas de restauration, la Suisse aura un r\u00f4le important \u00e0 jouer, puisque l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne est d\u00e9positaire des archives de la mission Paul Collart. Ce sera une source essentielle et incontournable pour tenter de sauver quelque chose du temple de Baalsham\u00een, quelles que soient les \u00e9quipes engag\u00e9es pour ce travail\u00bb, souligne l\u2019arch\u00e9ologue Denis Genequand.<\/p>\n<p>La seconde mission a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e entre 2008 et 2011 sous sa direction. L\u2019arch\u00e9ologue de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve a travaill\u00e9 sur un b\u00e2timent de la cit\u00e9 romaine, transform\u00e9 ensuite en mosqu\u00e9e. Identifi\u00e9 comme le Caesareum \u2013 temple du culte imp\u00e9rial \u2013, il avait \u00e9t\u00e9 fouill\u00e9 par les Syriens dans les ann\u00e9es 1960, mais sans aboutir \u00e0 une publication. \u00abLe monument s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 beaucoup plus complexe qu\u2019on l\u2019avait alors imagin\u00e9\u00bb, explique-t-il, esp\u00e9rant pouvoir retourner sur le site apr\u00e8s le conflit pour reprendre les \u00e9tudes et les restaurations.<\/p>\n<p>A noter que d\u2019autres missions suisses ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es en Syrie. Les principales ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par Jean-Marie Le Tensorer, de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le, qui a travaill\u00e9 sur le pal\u00e9olithique dans la r\u00e9gion de Palmyre. Ou encore par une mission de l\u2019Universit\u00e9 de Berne effectu\u00e9e dans la vall\u00e9e de l\u2019Euphrate, \u00e0 Tall al-Hamidiya. Pour sa part, Denis Genequand a dirig\u00e9 pendant dix ans une mission syro-suisse \u00e0 Qasr al-Hayr al-Sharqi, o\u00f9 se trouve un site de la haute \u00e9poque islamique. PFY<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Libert\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9truit \u00e0 l\u2019explosif en ao\u00fbt 2015 par Daech, le temple de Baalsham\u00een (130 apr\u00e8s J.-C.) avait \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 par une mission \u2028arch\u00e9ologique suisse dirig\u00e9e par Paul Collart. \u00a9 Keystone &nbsp; Les destructions du site de Palmyre ont an\u00e9anti tout un travail de fouilles et de restauration helv\u00e9tique PROPOS RECUEILLIS PAR \u2028PASCAL<\/p>\n","protected":false},"author":447,"featured_media":21101,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":{"0":"post-21089","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-decryptages"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21089","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/447"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21089"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21089\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}