{"id":197996,"date":"2026-04-11T14:25:12","date_gmt":"2026-04-11T13:25:12","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=197996"},"modified":"2026-04-11T14:25:12","modified_gmt":"2026-04-11T13:25:12","slug":"boucherie-a-beyrouth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/boucherie-a-beyrouth\/","title":{"rendered":"Boucherie \u00e0 Beyrouth"},"content":{"rendered":"<div class=\"pencraft pc-display-flex pc-justifyContent-center pc-reset\">\n<div class=\"pencraft pc-display-flex pc-flexDirection-column pc-gap-16 pc-reset flex-grow-rzmknG\"><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div class=\"available-content reader2-post-content\">\n<div class=\"body markup\" dir=\"auto\">\n<h3><span style=\"color: #666699;\">Fini les op\u00e9rations pager, les avertissements larmoyants aux civils, les frappes dites chirurgicales, les drones suppos\u00e9ment intelligents. \u00c0 Beyrouth, le masque technocratique de la guerre est tomb\u00e9. Il ne reste plus que la m\u00e9thode nue : la terreur par saturation, la punition collective, la d\u00e9monstration de force pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement. Mercredi 8 avril, dans la journ\u00e9e la plus meurtri\u00e8re qu\u2019ait connue le Liban depuis le d\u00e9but de cette nouvelle guerre, les frappes isra\u00e9liennes ont tu\u00e9 plus de 250 personnes selon les autorit\u00e9s libanaises relay\u00e9es par Reuters, alors m\u00eame qu\u2019une tr\u00eave de deux semaines venait d\u2019\u00eatre annonc\u00e9e entre Washington et T\u00e9h\u00e9ran. Isra\u00ebl et la Maison Blanche ont aussit\u00f4t pr\u00e9cis\u00e9 que le Liban n\u2019en faisait pas partie.<\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut appeler les choses par leur nom. Affaibli sur le plan int\u00e9rieur, irrit\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un arrangement diplomatique n\u00e9goci\u00e9 sans lui, Benjamin Netanyahu semble avoir choisi de r\u00e9pondre non par la strat\u00e9gie, mais par l\u2019escalade. Non par la ma\u00eetrise, mais par la brutalit\u00e9. Non par une vision politique, mais par ce r\u00e9flexe d\u00e9sormais familier des pouvoirs accul\u00e9s : prouver qu\u2019ils restent ma\u00eetres du jeu en rendant la guerre encore plus insoutenable.<\/p>\n<p>En face, les Gardiens de la r\u00e9volution ne d\u00e9sarment pas davantage. Eux non plus ne tremblent pas. Ils gardent le doigt sur la g\u00e2chette, confort\u00e9s par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 calcul\u00e9e de la tr\u00eave, par la fragilit\u00e9 des n\u00e9gociations \u00e0 venir, et par l\u2019absence d\u2019un cadre clair sur ce qui doit advenir du d\u00e9troit d\u2019Ormuz, des milices r\u00e9gionales et des voies maritimes. Le cessez-le-feu annonc\u00e9 entre les \u00c9tats-Unis et l\u2019Iran est moins une paix qu\u2019une suspension sous condition, grev\u00e9e d\u00e8s l\u2019origine par des d\u00e9saccords sur son p\u00e9rim\u00e8tre, sur la libert\u00e9 de navigation et sur la place du Liban dans l\u2019\u00e9quation r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que commence la vraie question. Non pas : la tr\u00eave tiendra-t-elle aujourd\u2019hui ? Mais : que se passera-t-il dans quatorze jours, si rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 ? Un cessez-le-feu sans m\u00e9canisme de sortie, sans d\u00e9sarmement, sans garantie maritime, sans architecture politique cr\u00e9dible, n\u2019est pas une paix. C\u2019est un entracte. Une suspension tactique. Un compte \u00e0 rebours. Et dans notre r\u00e9gion, les comptes \u00e0 rebours ne s\u2019ach\u00e8vent presque jamais dans l\u2019apaisement ; ils d\u00e9bouchent sur une nouvelle \u00e9preuve de force, souvent plus violente que la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, elle, regarde, commente, nuance, temporise. Elle d\u00e9plore avec cette componction qui tient lieu de politique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 des puissances fatigu\u00e9es. Car l\u2019essentiel est l\u00e0 : le Liban a encore \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 comme un th\u00e9\u00e2tre secondaire, un appendice, une variable d\u2019ajustement. On n\u00e9gocie la grande sc\u00e8ne strat\u00e9gique \u2014 l\u2019Iran, Ormuz, le nucl\u00e9aire, les missiles, les garanties am\u00e9ricaines, les lignes rouges isra\u00e9liennes \u2014 et l\u2019on renvoie Beyrouth \u00e0 plus tard, comme si le sang libanais pouvait attendre. Comme si l\u2019on pouvait b\u00e2tir un compromis r\u00e9gional s\u00e9rieux en laissant volontairement ouverte l\u2019une des plaies les plus explosives du conflit.<\/p>\n<p>Et pourtant, c\u2019est peut-\u00eatre de Beyrouth que pourrait venir la seule ouverture politique v\u00e9ritable. Non pas du Hezbollah, bien s\u00fbr, ni des suppl\u00e9tifs id\u00e9ologiques de T\u00e9h\u00e9ran. Mais des Libanais qui refusent d\u2019\u00eatre confondus avec cette captivit\u00e9. De ceux qui continuent \u00e0 vouloir une souverainet\u00e9 r\u00e9elle, un \u00c9tat digne de ce nom, et une sortie de l\u2019histoire des procurations. Ceux-l\u00e0 ont compris depuis longtemps qu\u2019il n\u2019y aura pas de paix par la fiction, ni par la d\u00e9n\u00e9gation, ni par les slogans. Il faudra parler. Il faudra un jour regarder l\u2019ennemi en face. Il faudra un jour pr\u00e9f\u00e9rer le risque politique de la r\u00e9conciliation \u00e0 la certitude morbide de la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019hypoth\u00e8se, m\u00eame t\u00e9nue, d\u2019une tr\u00eave ouvrant la voie \u00e0 des pourparlers directs entre le Liban et Isra\u00ebl m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise avec le plus grand s\u00e9rieux. Elle para\u00eet presque inimaginable. Elle heurte tant d\u2019habitudes mentales, tant d\u2019int\u00e9r\u00eats arm\u00e9s, tant de paresses diplomatiques, qu\u2019elle ressemble \u00e0 une fable. Et pourtant, c\u2019est la seule id\u00e9e neuve au milieu des ruines. Ne pas la saisir serait une forme de d\u00e9mence.<\/p>\n<p>Jank\u00e9l\u00e9vitch, dans Un manifestant pour Beyrouth, parlait de ce \u00ab premier pas \u00bb que deux ennemis devraient accomplir \u00ab en m\u00eame temps, le m\u00eame jour et ensemble \u00bb. Il appelait cela un miracle. Le mot n\u2019est pas excessif. Car le miracle, ici, ne consisterait pas \u00e0 faire dispara\u00eetre la haine d\u2019un coup. Il consisterait plus modestement, plus humainement, \u00e0 suspendre enfin l\u2019encha\u00eenement automatique de la riposte, de la revanche et du tombeau. Il consisterait \u00e0 faire pr\u00e9valoir la d\u00e9cision morale sur la m\u00e9canique des appareils.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ici que la phrase de Jank\u00e9l\u00e9vitch reprend toute sa force : m\u00eame lorsqu\u2019on estime sa guerre justifi\u00e9e, m\u00eame lorsqu\u2019on croit son bon droit intact, on ne peut pas rester chez soi avec sa conscience tranquille pendant que la tuerie fait rage. Le probl\u00e8me moral n\u2019est plus d\u2019avoir juridiquement raison. Le probl\u00e8me moral est de savoir \u00e0 partir de quel moment le droit qu\u2019on invoque devient l\u2019alibi de l\u2019inhumain.<\/p>\n<p>Moralement, le choix n\u2019est donc plus simplement d\u2019avoir raison.<\/p>\n<p>Il est de retrouver la raison.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fini les op\u00e9rations pager, les avertissements larmoyants aux civils, les frappes dites chirurgicales, les drones suppos\u00e9ment intelligents. \u00c0 Beyrouth, le masque technocratique de la guerre est tomb\u00e9. Il ne reste plus que la m\u00e9thode nue : la terreur par saturation, la punition collective, la d\u00e9monstration de force pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement. 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