{"id":190901,"date":"2025-10-16T21:13:56","date_gmt":"2025-10-16T20:13:56","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=190901"},"modified":"2025-10-16T21:13:56","modified_gmt":"2025-10-16T20:13:56","slug":"hassan-rifai-le-dernier-des-republicains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/hassan-rifai-le-dernier-des-republicains\/","title":{"rendered":"Hassan Rifa\u00ef, le dernier des\u00a0r\u00e9publicains"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\"><\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s\"><\/figure>\n<p>Dans l\u2019histoire de chaque nation, il revient \u00e0 quelques hommes, au milieu du maelstr\u00f6m, d\u2019incarner, t\u00e2che \u00f4 combien ingrate, la continuit\u00e9 morale de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette t\u00e2che, ils ne la choisissent pourtant jamais. Elle s\u2019impose presque \u00e0 eux, d\u2019une certaine mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Et pour cause : ils ne recherchent pas le pouvoir.<\/p>\n<p>Le plus souvent, m\u00eame, ils le d\u00e9clinent, l\u2019\u00e9vitent, sans jamais toutefois manquer \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s si le devoir vient, par malheur, \u00e0 les convoquer pour servir leur pays. Et ils en ressortent en g\u00e9n\u00e9ral recouverts de plaies et de bosses\u2026 lorsqu\u2019ils en ressortent.<\/p>\n<p>Car, dans la plupart des cas, soit ceux qui les ont appel\u00e9s au gouvernail s\u2019en mordent rapidement les doigts, en raison de leur insupportable indocilit\u00e9\u2026 soit ceux qu\u2019ils d\u00e9rangent trop par leur attachement irr\u00e9ductible \u00e0 la d\u00e9mocratie entreprennent de les liquider, sans ambages.<\/p>\n<p>Leur rectitude est simultan\u00e9ment rare, pr\u00e9cieuse, n\u00e9cessaire, requise\u2026 et intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 la contradiction inh\u00e9rente aux syst\u00e8mes politiques en g\u00e9n\u00e9ral, et libanais tout particuli\u00e8rement : rechercher et c\u00e9l\u00e9brer des hommes incorruptibles, tout en souhaitant que leur sens du service se transforme en tendance au servile, pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice du camp politique qui les coopte. Et, lorsqu\u2019ils refusent de se plier aux exigences de la partialit\u00e9, ils se retrouvent c\u00e9l\u00e9br\u00e9s\u2026 \u00e0 condition qu\u2019ils restent bien \u00e0 distance, un peu comme ces pestif\u00e9r\u00e9s flanqu\u00e9s jadis sur l\u2019\u00eele de l\u00e9preux de D\u00e9los. Hors des murs de la Cit\u00e9.<\/p>\n<p>La rectitude est effectivement un mal contagieux.<\/p>\n<p>Hassan Rifa\u00ef fut, durant toute sa vie, victime de ce cruel paradoxe \u2014 qui, du reste, n\u2019eut absolument aucun effet sur ses convictions. D\u2019une part, on le consid\u00e9rait comme une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de r\u00e8gle de droit, tant sur le plan constitutionnel qu\u2019administratif ; de l\u2019autre, on cessait de l\u2019\u00e9couter lorsqu\u2019il cessait de s\u2019aligner sur les imp\u00e9ratifs des calculs de pouvoir.<\/p>\n<p>Cela lui valut ainsi le titre de \u00ab Gardien de la R\u00e9publique \u00bb, celui qui veille inlassablement, alerte, pour \u00e9viter le d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>L\u2019appellation \u00e9tait flatteuse, mais erron\u00e9e.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique avait cess\u00e9 d\u2019exister depuis longtemps, et, \u00e0 travers cette p\u00e9riphrase, l\u2019on cherchait en fait \u00e0 \u00e9luder une r\u00e9alit\u00e9 tragique : \u00e0 cent deux ans, Rifa\u00ef \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9\u00a0<em>le dernier des r\u00e9publicains<\/em>.<\/p>\n<p>La gangr\u00e8ne avait tout emport\u00e9, \u00e0 commencer par l\u2019outil \u00e0 fabriquer les hommes d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Or Hassan Rifa\u00ef, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cela : un homme d\u2019\u00c9tat, dans la pleine acception du mot.<\/p>\n<p>Issu d\u2019une famille modeste et d\u2019un milieu profond\u00e9ment clanique, dans un pays qui en \u00e9tait encore \u00e0 ses premiers balbutiements, il s\u2019\u00e9tait forg\u00e9 tout seul, \u00e9tape par \u00e9tape. Rien ne lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 sur un plateau d\u2019argent : son p\u00e8re Abdel Raouf \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment, son parcours universitaire entre Beyrouth et Damas n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 de tout repos, et, avant de percer en tant que fonctionnaire puis qu\u2019avocat, il avait d\u00fb affronter la mis\u00e8re des manufactures de Rio.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la politique, et en d\u00e9pit du respect dont b\u00e9n\u00e9ficiait sa famille, il avait d\u00fb \u00e9galement se battre contre le rouleau compresseur du Deuxi\u00e8me Bureau d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>Le profil du r\u00e9publicain \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tout trac\u00e9 avant la quarantaine : il ne serait pas un homme de tribus, ni de coteries, ni de conqu\u00eates. Mais un homme d\u2019\u00c9tat au sens le plus exact du terme : celui qui place la chose publique au-dessus de lui-m\u00eame et pour qui servir n\u2019est pas synonyme d\u2019occuper.<\/p>\n<p>Rifa\u00ef sera fid\u00e8le \u00e0 cette d\u00e9finition pendant le demi-si\u00e8cle suivant, \u00e0 tous les niveaux de sa vie, publique comme priv\u00e9e. Il ne transformera jamais la politique en rente ou la fonction publique en privil\u00e8ge. Une fid\u00e9lit\u00e9 enti\u00e8re, intransigeante, sans calcul. \u00c0 servir l\u2019\u00c9tat comme d\u2019autres servent une foi : avec discipline, aust\u00e9rit\u00e9, et cette forme rare d\u2019humilit\u00e9 qui na\u00eet de la conviction que le droit \u2014 et lui seul \u2014 fonde la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>En ce sens, le dit \u00ab gardien \u00bb ne fut jamais confin\u00e9 \u00e0 un r\u00f4le c\u00e9r\u00e9moniel ou nostalgique, mais \u00e0 celui de sentinelle \u2014 lucide, m\u00e9thodique, presque sto\u00efcienne \u2014 qui, des d\u00e9cennies durant, veilla \u00e0 ce que l\u2019id\u00e9e \u2014 ou faudrait-il dire l\u2019id\u00e9al ? \u2014 de R\u00e9publique ne se dissolve pas dans le mar\u00e9cage des arrangements, des f\u00e9odalit\u00e9s et des tutelles, dont son peuple \u00e9tait friand jusqu\u2019\u00e0 l\u2019indigestion<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le t\u00e9moin d\u2019un si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 presque en m\u00eame temps que le Grand Liban, Rifa\u00ef en aura travers\u00e9 toute l\u2019histoire : la promesse, l\u2019essor, puis la d\u00e9liquescence. Son \u00e2ge fut celui de la R\u00e9publique. Il en vit ainsi l\u2019\u00e9closion en 1943, ses enthousiasmes et ses compromissions, puis sa lente d\u00e9rive vers le confessionnalisme institutionnalis\u00e9, et enfin sa quasi-extinction sous la f\u00e9rule des milices et des puissances \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Pourtant, il n\u2019abjura jamais sa foi dans la seule souverainet\u00e9 du droit.<\/p>\n<p>Son parcours est, \u00e0 lui seul, un r\u00e9cit du Liban. En 1968, alors que d\u2019autres avaient d\u00e9j\u00e0 c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la rh\u00e9torique des all\u00e9geances ext\u00e9rieures, il rappelait au Parlement qu\u2019\u00ab avant 1943, chaque ambassade avait ses hommes qu\u2019elle dirigeait \u00bb, et que la mission du Pacte national \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019\u00e9manciper les Libanais de cette suj\u00e9tion.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re apparition d\u2019un ton qui allait marquer toute sa vie publique : le refus absolu de la d\u00e9pendance, quelle qu\u2019en soit la forme ou la couleur.<\/p>\n<p>Un an plus tard, il d\u00e9non\u00e7ait l\u2019h\u00e9r\u00e9sie des \u00ab gouvernements d\u2019union nationale \u00bb, qui dissolvent la d\u00e9mocratie dans le consensus mou, en \u00e9touffant l\u2019opposition \u2014 pr\u00e9mices de ce qui allait devenir, apr\u00e8s Ta\u00ebf, une tradition d\u00e9l\u00e9t\u00e8re : la paralysie institutionnelle sous couvert d\u2019\u00e9quilibre communautaire.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1969, il voyait dans la confusion des pouvoirs le signe d\u2019une d\u00e9rive structurelle, et plaidait pour la s\u00e9paration entre le mandat parlementaire et la fonction minist\u00e9rielle \u2014 id\u00e9e r\u00e9volutionnaire pour l\u2019\u00e9poque, aujourd\u2019hui encore ignor\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le juriste contre les f\u00e9odalit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Tout chez Hassan Rifa\u00ef \u00e9tait rigueur, m\u00e9thode et refus de la compromission.<\/p>\n<p>L\u2019homme parlait comme il pensait : droit, net, sans m\u00e9taphore ni d\u00e9tour. Pas de colifichets, pas de faux-semblants, pas d\u2019agendas sous la table.<\/p>\n<p>En 1973, interrog\u00e9 sur la participation musulmane au pouvoir, il livrait une lecture lucide et sans complaisance, retra\u00e7ait l\u2019histoire des frustrations confessionnelles sans s\u2019y abandonner, et avertissait d\u00e9j\u00e0 du danger mortel d\u2019un dialogue remplac\u00e9 par l\u2019appel \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>La guerre civile n\u2019avait pas encore \u00e9clat\u00e9, mais il en avait intuitivement pressenti les m\u00e9canismes : le recours syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019alli\u00e9 ext\u00e9rieur comme substitut \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Lorsque, en 1976, les chars syriens entr\u00e8rent au Liban sous pr\u00e9texte d\u2019arbitrage, il fut parmi les rares \u00e0 oser s\u2019y opposer \u2014 position suicidaire pour un sunnite de Baalbeck \u2014, d\u00e9non\u00e7ant le fait que Damas ait perdu son impartialit\u00e9 et appelant au retrait imm\u00e9diat des troupes \u00e9trang\u00e8res. Il refusa, par dignit\u00e9, de se rendre dans son village tant qu\u2019un soldat syrien y tenait un barrage. \u00ab Je ne peux, disait-il, pr\u00e9senter mes papiers \u00e0 un \u00e9tranger sur ma propre terre. \u00bb<\/p>\n<p>Plus tard, en 1977, alors que l\u2019arm\u00e9e nationale venait de se briser, il formula cette phrase qui r\u00e9sume quelque peu sa philosophie politique : \u00ab Aucun salut sans une arm\u00e9e forte et non confessionnelle. Tant qu\u2019elle n\u2019existe pas, il n\u2019y aura ni s\u00e9curit\u00e9 ni stabilit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Du Rifa\u00ef pur jus : la souverainet\u00e9 n\u2019est pas une id\u00e9e abstraite, mais une architecture form\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e, de la justice et de la loi. Trois piliers indissociables de l\u2019\u00c9tat et trois vertus cardinales d\u2019un ordre r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0, la souverainet\u00e9, c\u2019\u00e9tait aussi se pr\u00e9occuper de l\u2019avenir des enfants de la patrie. Aussi, que ce soit en tant que ministre, d\u00e9put\u00e9 ou avocat, il n\u2019h\u00e9sita jamais \u00e0 proposer des id\u00e9es r\u00e9formatrices et modernes ou \u00e0 prendre la d\u00e9fense, notamment au plan juridique, et sans contrepartie ni honoraire, de ceux que le syst\u00e8me avait injustement trait\u00e9s.<\/p>\n<p>La coh\u00e9rence, avant tout.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Contre la partition, pour la R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque les tenants du \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme \u00bb brandirent, d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, l\u2019argument du \u00ab r\u00e9alisme communautaire \u00bb, Rifa\u00ef leur opposa un refus cat\u00e9gorique : \u00ab Non, et mille fois non, \u00e0 toute formule de division. La conf\u00e9d\u00e9ration et la f\u00e9d\u00e9ration ne feront que renforcer le confessionnalisme et conduire \u00e0 la disparition du Liban. \u00bb<\/p>\n<p>Sa conviction tenait en une \u00e9quation simple, fond\u00e9e sur un raisonnement d\u2019administrativiste et de constitutionnaliste : la d\u00e9centralisation ne peut exister qu\u2019au sein d\u2019un \u00c9tat central fort, et tout affaiblissement du centre ouvre la voie \u00e0 la guerre des p\u00e9riph\u00e9ries. En cela, il fut l\u2019antith\u00e8se parfaite du pragmatisme libanais et pr\u00e9f\u00e9ra invariablement la rigueur du droit aux accommodements du moment. Pourtant, il n\u2019en \u00e9tait pas irr\u00e9aliste pour autant. Le syst\u00e8me confessionnel en soi n\u2019\u00e9tait pas une tare pour le Liban, mais un mode de gestion du pouvoir. Et le probl\u00e8me ne r\u00e9sidait pas dans les m\u00e9canismes, mais dans les hommes et leur perception du pouvoir.<\/p>\n<p>Cette constance lui valut l\u2019isolement. Mais elle lui valut aussi le respect de ses pairs \u2014 y compris de ceux qui ne partageaient pas ses vues.<\/p>\n<p>Quand d\u2019autres se livraient ainsi corps et \u00e2me \u00e0 Damas, Tel-Aviv, Riyad ou ailleurs, il allait \u00e0 Washington d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 du Liban, sans jamais rien demander pour lui, expliquant que le r\u00e9gime parlementaire, malgr\u00e9 ses imperfections, restait le meilleur garant de l\u2019\u00e9quilibre. Ni r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel, ni conf\u00e9d\u00e9ration, ni cantonalisme : le Grand Liban \u2013 bien plus qu\u2019un territoire : un projet \u2013 devait rester indivisible.<\/p>\n<p>La question n\u2019\u00e9tait pas de flatter les \u00e9gos ou les pulsions identitaires des uns et des autres au gr\u00e9 de leurs angoisses et de leurs d\u00e9lires, mais, encore une fois, de pr\u00e9server la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cet attachement in\u00e9branlable aux principes et usages d\u00e9mocratiques faillit presque lui co\u00fbter la vie \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection de Bachir Gemayel, tout comme, auparavant, elle lui avait valu le m\u00e9pris d\u2019\u00c9lias Sarkis \u2014 et m\u00eame, en amont, celui de Fouad Ch\u00e9hab. La garde rapproch\u00e9e de Gemayel tenta de l\u2019assassiner pour diminuer le nombre de d\u00e9put\u00e9s et assurer le quorum \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne : Rifa\u00ef, qui garda jusqu\u2019au bout des s\u00e9quelles de cet attentat, ne succomba jamais \u00e0 la haine ni \u00e0 la vengeance. Au contraire, il entreprit, des ann\u00e9es plus tard, d\u2019aller \u00e0 la rencontre de ses bourreaux de nagu\u00e8re dans une dynamique de pardon et de paix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La clairvoyance du juriste<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la veille du Ta\u00ebf, il d\u00e9clarait devant les cam\u00e9ras : \u00ab Ce que nous vivons ne date pas de 1975. C\u2019est le fruit d\u2019une longue corruption du syst\u00e8me et de la perversion du texte constitutionnel. \u00bb Et lorsque l\u2019accord fut sign\u00e9, il le r\u00e9suma d\u2019une phrase rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Un accord am\u00e9ricano-syrien sous couverture arabe et en langage libanais. \u00bb<\/p>\n<p>Il prit quand-m\u00eame part \u00e0 la conf\u00e9rence pour tenter de discuter des r\u00e9formes constitutionnelles qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es et valid\u00e9es par les d\u00e9cideurs sans l\u2019aval des d\u00e9put\u00e9s et en d\u00e9pit du bon sens. Confront\u00e9 au fait accompli, il pr\u00e9f\u00e9ra, en son \u00e2me et conscience, s\u2019abstenir. N\u2019avait-il pas d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9, comme son ami Raymond Edd\u00e9, l\u2019accord du Caire et celui du 17 mai ?<\/p>\n<p>Son jugement \u00e9tait proph\u00e9tique.<\/p>\n<p>Trente ans plus tard, les m\u00eames d\u00e9s\u00e9quilibres, aggrav\u00e9s, eurent progressivement raison de la R\u00e9publique. Pourtant, il les avait vus venir, mesur\u00e9s, d\u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1998, il disait d\u00e9j\u00e0 : \u00ab La classe politique s\u2019entend sur une seule chose : prot\u00e9ger ses adversaires de toute poursuite. \u00bb<\/p>\n<p>Et, en 2018, \u00e0 pr\u00e8s de cent ans, il ajoutait, avec la m\u00eame lucidit\u00e9 d\u00e9sarmante : \u00ab Le Liban a une bonne Constitution, mais des hommes qui la violent selon leurs int\u00e9r\u00eats. Ils se disputent les postes et s\u2019accordent sur les profits. \u00bb<\/p>\n<p>Ce constat lapidaire r\u00e9sume \u00e0 lui seul un si\u00e8cle de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La fid\u00e9lit\u00e9 comme derni\u00e8re r\u00e9sistance<\/strong><\/p>\n<p>Les slogans, tous les slogans, Hassan Rifa\u00ef les eut en horreur toute sa vie. Aux hymnes et aux alliances conjoncturelles, il pr\u00e9f\u00e9ra toujours le travail, la probit\u00e9 et la clart\u00e9 morale.<\/p>\n<p>Le Liban comme id\u00e9al mystique ? \u00c0 quoi bon !<\/p>\n<p>Le Liban, pour lui, c\u2019\u00e9tait une responsabilit\u00e9 quotidienne. Et c\u2019est sans doute ce r\u00e9alisme r\u00e9publicain \u2014 si rare chez nous \u2014 qui lui conf\u00e8re aujourd\u2019hui cette aura d\u2019intemporalit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il prit son dernier envol, le 3 septembre 2025, un mois apr\u00e8s son cent deuxi\u00e8me anniversaire, Hassan Rifa\u00ef emporta avec lui bien plus qu\u2019un si\u00e8cle de m\u00e9moire : le souffle m\u00eame d\u2019un Liban r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>En esp\u00e9rant que ce n\u2019en soit pas, aussi, l\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p>Celle selon laquelle, sans \u00c9tat, il n\u2019y a pas de patrie, et sans hommes capables de porter l\u2019\u00c9tat, il ne reste, in fine, que le chaos \u2014 et les ruines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-block-group has-border-color\">\n<div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\"><span class=\"byline\"><span class=\"author vcard\"><a class=\"url fn n\" href=\"https:\/\/beirutunbound.com\/author\/mhgblog\/\">mhgblog &#8211; The official blog of journalist Michel HAJJI GEORGIOU<\/a><\/span><\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019histoire de chaque nation, il revient \u00e0 quelques hommes, au milieu du maelstr\u00f6m, d\u2019incarner, t\u00e2che \u00f4 combien ingrate, la continuit\u00e9 morale de l\u2019\u00c9tat. &nbsp; Cette t\u00e2che, ils ne la choisissent pourtant jamais. Elle s\u2019impose presque \u00e0 eux, d\u2019une certaine mani\u00e8re. Et pour cause : ils ne recherchent pas le pouvoir. Le plus souvent, m\u00eame,<\/p>\n","protected":false},"author":3251,"featured_media":190906,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":{"0":"post-190901","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-alaune-fr"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190901","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3251"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=190901"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190901\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/190906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190901"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=190901"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=190901"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}