{"id":187692,"date":"2025-07-03T22:59:58","date_gmt":"2025-07-03T21:59:58","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=187692"},"modified":"2025-07-03T22:59:58","modified_gmt":"2025-07-03T21:59:58","slug":"ce-que-nous-attendons-de-vous-monsieur-le-president","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/ce-que-nous-attendons-de-vous-monsieur-le-president\/","title":{"rendered":"Ce que nous attendons de vous, Monsieur le Pr\u00e9sident"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<h3 class=\"entry-title\"><\/h3>\n<div class=\"entry-meta\"><\/div>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<h2><strong>(Appel au chef de l\u2019\u00c9tat, Joseph Aoun)<\/strong><\/h2>\n<\/div>\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s\"><\/figure>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><strong>Monsieur le Pr\u00e9sident,<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est avec humilit\u00e9 et sans pr\u00e9tention que je me permets de vous adresser ces lignes.<\/p>\n<p>Je ne parle ici ni au nom d\u2019un parti, ni d\u2019un clan, ni d\u2019un quelconque groupe d\u2019int\u00e9r\u00eat. Je vous \u00e9cris en tant que citoyen libanais, ayant depuis longtemps pris ses distances avec toute forme d\u2019activisme politique, mais visc\u00e9ralement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de R\u00e9publique, au respect des valeurs d\u00e9mocratiques, et \u00e0 la pr\u00e9servation de nos libert\u00e9s publiques et priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc ni l\u2019esprit de pol\u00e9mique ni l\u2019app\u00e9tit de pouvoir qui m\u2019animent et motivent ma d\u00e9marche, mais celui, plus exigeant encore, du service d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du bien commun \u2013 service qui, dans une R\u00e9publique authentique, ne doit pas \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 aux seuls d\u00e9tenteurs de charges publiques. Je vous adresse ces observations non pour vous instruire, mais pour contribuer, si possible, \u00e0 ma modeste mesure, \u00e0 l\u2019accomplissement de votre mission \u2013 pour le bien commun de tous. Car l\u2019exercice du pouvoir supr\u00eame, surtout dans un contexte aussi fractur\u00e9 que le n\u00f4tre, a besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9 de regards sinc\u00e8res, parfois inconfortables, mais toujours soucieux de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Votre \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a suscit\u00e9, disons-le sans d\u00e9tour, un enthousiasme rare depuis la fin de la guerre civile. Enthousiasme d\u2019autant plus frappant qu\u2019il a surgi dans un pays bris\u00e9, d\u00e9sorient\u00e9, longtemps orphelin de sa magistrature supr\u00eame, et en qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019un sursaut moral. Malgr\u00e9 l\u2019entorse \u00e0 la lettre de la Constitution que constituait, de fait, votre candidature en tant que fonctionnaire, la l\u00e9gitimit\u00e9 locale et internationale qui s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e de votre \u00e9lection tenait \u00e0 cette aspiration collective, presque unanime, \u00e0 la restauration d\u2019un minimum d\u2019autorit\u00e9, de probit\u00e9, et d\u2019unit\u00e9.<\/p>\n<p>Votre discours d\u2019investiture, articul\u00e9 autour de la souverainet\u00e9, de la relance des institutions et de la lutte contre la corruption, a su capter cet \u00e9lan. Dans un climat de liesse inesp\u00e9r\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme le signal d\u2019un renouveau, comme l\u2019amorce d\u2019une refondation r\u00e9publicaine \u00e0 partir de l\u2019\u00e9thique du devoir et du refus de la compromission.<\/p>\n<p><strong>Mais, Monsieur le Pr\u00e9sident, cet enthousiasme commence \u00e0 s\u2019\u00e9mousser. Non pas par caprice d\u2019opinion ou par inconstance m\u00e9diatique, mais parce qu\u2019il r\u00e9clame des actes \u00e0 la hauteur des promesses. Parce qu\u2019il exige du concret, de la fermet\u00e9, une clart\u00e9 de cap.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur la question de la souverainet\u00e9, d\u2019abord<\/strong>. Le moment r\u00e9gional est critique : le Liban est entour\u00e9 de volcans en fusion, travers\u00e9 de toutes parts par des r\u00e9seaux d\u2019ing\u00e9rence, livr\u00e9 aux convoitises de puissances qui, depuis trop longtemps, jouent leur guerre par procuration sur notre sol. Dans ce contexte, votre discours sur l\u2019unit\u00e9 du territoire et l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ne peut rester incantatoire. Il exige une mobilisation institutionnelle et politique sans pr\u00e9c\u00e9dent, pour r\u00e9unir les Libanais \u2013 tous les Libanais \u2013 autour de l\u2019id\u00e9e, cardinale, que l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire et la pr\u00e9servation du mod\u00e8le libanais ne sont pas n\u00e9gociables. Ni avec l\u2019int\u00e9rieur ni avec l\u2019ext\u00e9rieur. Nous voulons des actes, certes bien pes\u00e9s, mais l\u2019occasion historique de r\u00e9tablir le prestige de l\u2019\u00c9tat et le monopole de la violence l\u00e9gitime est unique. Il ne faut pas la rater : elle ne se pr\u00e9sentera sans doute plus une deuxi\u00e8me fois.<\/p>\n<p>Vous \u00eates par ailleurs, selon la lettre et l\u2019esprit du r\u00e9gime parlementaire libanais, un arbitre, et non un acteur ordinaire de la joute politique. Votre force r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette distance, dans cette hauteur, qui vous \u00e9l\u00e8ve et fait de vous le garant du \u00ab\u00a0livre\u00a0\u00bb et de son application juste. Toute d\u00e9rive vers les m\u00e9andres du pouvoir, les combinaisons d\u2019influence, les intrigues d\u2019appareil, minerait votre autorit\u00e9. Au Liban, un pr\u00e9sident, qui plus est en temps de crise, ne peut \u00eatre qu\u2019un homme au-dessus de la m\u00eal\u00e9e \u2013 sans calcul, sans r\u00e9seau, sans dette. Ou alors il devient un chef comme les autres. Et cela, le Liban ne peut plus se le permettre \u2013 surtout apr\u00e8s le d\u00e9sastre occasionn\u00e9 par six ann\u00e9es de \u00ab\u00a0pr\u00e9sident fort\u00a0\u00bb, qui ont fait voler Beyrouth, et avec elle la R\u00e9publique toute enti\u00e8re, en \u00e9clats.<\/p>\n<p>Vous avez pr\u00eat\u00e9 serment sur la Constitution. Elle fait de vous le gardien de l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9mocratique. Et cet \u00e9quilibre, aujourd\u2019hui, est gravement menac\u00e9. Il l\u2019est d\u2019abord par le retour inqui\u00e9tant d\u2019une logique s\u00e9curitaire, que nous pensions r\u00e9volue. <strong>Depuis quelques semaines, des journalistes, des professeurs, de simples citoyens sont convoqu\u00e9s pour des propos \u00e9chang\u00e9s en priv\u00e9, sur les r\u00e9seaux sociaux<\/strong> \u2013 Facebook, WhatsApp\u2026 \u2013 ou dans des cercles ferm\u00e9s. La plupart pr\u00e9f\u00e8re ne pas en parler, pour \u00e9viter davantage de troubles et de soucis \u00e0 leurs proches. Ces m\u00e9thodes rappellent de bien mauvais souvenirs \u2013 ceux du Second Bureau, ou, pire encore, de l\u2019appareil s\u00e9curitaire libano-syrien. Votre av\u00e8nement \u00e0 la plus haute fonction de l\u2019\u00c9tat, discours d\u2019investiture \u00e0 l\u2019appui, s\u2019est fait sous le signe d\u2019une rupture avec ces pratiques, et, au-del\u00e0, dans un contexte de soif de libert\u00e9, d\u2019attente d\u00e9mocratique, d\u2019exigence de transparence. Le Liban des libert\u00e9s, constitue et doit constituer pour nous, Monsieur le Pr\u00e9sident, rien moins qu\u2019un choix de civilisation.\u00a0Mieux encore, le seul choix viable dans un monde de moins en moins ouvert, de plus en plus prisonnier d\u2019enclos identitaires et de choix r\u00e9gressifs, r\u00e9pressifs.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas vrai, contrairement \u00e0 ce que soutiennent certains esprits enclins \u00e0 la facilit\u00e9 autoritaire, que le peuple libanais ne peut \u00eatre gouvern\u00e9 que par une main de fer. Ce discours est un alibi. Une ruse de l\u2019impuissance. Ce que nous subissons, c\u2019est un d\u00e9ficit chronique de culture d\u00e9mocratique \u2013 nourri par des si\u00e8cles de domination et d\u2019asservissement, qui ont install\u00e9 dans nos esprits la peur de l\u2019autre, la tentation du repli, et la servitude volontaire \u00e0 des figures de micro-tyrans. La clef, Monsieur le Pr\u00e9sident, ce n\u2019est pas la force. C\u2019est l\u2019\u00e9ducation politique. C\u2019est la responsabilit\u00e9 citoyenne. C\u2019est le passage, enfin, de l\u2019\u00e9tat tribal \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil.<\/p>\n<p>Mais pour cela, il faut un \u00c9tat. Et pour qu\u2019il y ait un \u00c9tat, il faut une pr\u00e9sidence qui en incarne la dignit\u00e9, la hauteur, l\u2019exigence. <strong>Or, un chef ne se juge pas seulement \u00e0 ses discours. Il se juge \u00e0 son entourage<\/strong>, \u00e0 ceux dont il s\u2019entoure, ceux qu\u2019il \u00e9coute. Encore une fois, vous \u00eates venu port\u00e9 par une aspiration puissante du peuple \u00e0 la rupture. M\u00e9fiez-vous des survivants de tous les r\u00e9gimes \u2013 ces Fouch\u00e9 sans \u00e9clat, qui traversent les \u00e9poques comme des cam\u00e9l\u00e9ons tristes, \u00e0 force de compromissions, d\u2019ambitions ternes, et de fid\u00e9lit\u00e9s successives \u00e0 tout pouvoir qui les tol\u00e8re, appr\u00e9cie leurs flatteries et ferme l\u2019oeil sur leur flagornerie. Ces hommes sont les fossoyeurs de tous les printemps.<\/p>\n<p>Enfin, permettez-moi de conclure par cette v\u00e9rit\u00e9, cit\u00e9e par Napol\u00e9on et reprise par d\u2019\u00e9minents juristes libanais comme Antoine Khair, Hassan Rifa\u00ef ou Jean Salem :\u00a0<em>les institutions sont ce que les hommes en font<\/em>. C\u2019est l\u00e0 la clef de toute refondation. Le Liban a besoin d\u2019hommes d\u2019\u00c9tat \u2013 non de gestionnaires et de communicants, mais d\u2019hommes capables de se d\u00e9sincarner dans leur fonction, de se consumer dans leur devoir, et de d\u00e9fendre, envers et contre tout, la R\u00e9publique, sa Constitution, et ses libert\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est ce mod\u00e8le que nous attendons de vous, Monsieur le Pr\u00e9sident. Et c\u2019est dans ce sens que nous voulons percevoir l\u2019institution militaire, dont vous \u00eates issu : comme le dernier rempart \u2013 non du pouvoir \u2013 mais du r\u00e9gime d\u00e9mocratique, de l\u2019\u00c9tat de droit et de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Recevez, Monsieur le Pr\u00e9sident, l\u2019expression de mon respect.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\"><a href=\"http:\/\/Ce que nous attendons de vous, Monsieur le Pr\u00e9sident Publi\u00e9 le juin 23, 2025par mhgblog - The official blog of journalist Michel HAJJI GEORGIOU (Appel au chef de l\u2019\u00c9tat, Joseph Aoun) Michel HAJJI GEORGIOU 23\/06\/2025 Monsieur le Pr\u00e9sident, C\u2019est avec humilit\u00e9 et sans pr\u00e9tention que je me permets de vous adresser ces lignes. Je ne parle ici ni au nom d\u2019un parti, ni d\u2019un clan, ni d\u2019un quelconque groupe d\u2019int\u00e9r\u00eat. Je vous \u00e9cris en tant que citoyen libanais, ayant depuis longtemps pris ses distances avec toute forme d\u2019activisme politique, mais visc\u00e9ralement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de R\u00e9publique, au respect des valeurs d\u00e9mocratiques, et \u00e0 la pr\u00e9servation de nos libert\u00e9s publiques et priv\u00e9es. Ce n\u2019est donc ni l\u2019esprit de pol\u00e9mique ni l\u2019app\u00e9tit de pouvoir qui m\u2019animent et motivent ma d\u00e9marche, mais celui, plus exigeant encore, du service d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du bien commun \u2013 service qui, dans une R\u00e9publique authentique, ne doit pas \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 aux seuls d\u00e9tenteurs de charges publiques. Je vous adresse ces observations non pour vous instruire, mais pour contribuer, si possible, \u00e0 ma modeste mesure, \u00e0 l\u2019accomplissement de votre mission \u2013 pour le bien commun de tous. Car l\u2019exercice du pouvoir supr\u00eame, surtout dans un contexte aussi fractur\u00e9 que le n\u00f4tre, a besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9 de regards sinc\u00e8res, parfois inconfortables, mais toujours soucieux de v\u00e9rit\u00e9. Votre \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a suscit\u00e9, disons-le sans d\u00e9tour, un enthousiasme rare depuis la fin de la guerre civile. Enthousiasme d\u2019autant plus frappant qu\u2019il a surgi dans un pays bris\u00e9, d\u00e9sorient\u00e9, longtemps orphelin de sa magistrature supr\u00eame, et en qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019un sursaut moral. Malgr\u00e9 l\u2019entorse \u00e0 la lettre de la Constitution que constituait, de fait, votre candidature en tant que fonctionnaire, la l\u00e9gitimit\u00e9 locale et internationale qui s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e de votre \u00e9lection tenait \u00e0 cette aspiration collective, presque unanime, \u00e0 la restauration d\u2019un minimum d\u2019autorit\u00e9, de probit\u00e9, et d\u2019unit\u00e9. Votre discours d\u2019investiture, articul\u00e9 autour de la souverainet\u00e9, de la relance des institutions et de la lutte contre la corruption, a su capter cet \u00e9lan. Dans un climat de liesse inesp\u00e9r\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme le signal d\u2019un renouveau, comme l\u2019amorce d\u2019une refondation r\u00e9publicaine \u00e0 partir de l\u2019\u00e9thique du devoir et du refus de la compromission. Mais, Monsieur le Pr\u00e9sident, cet enthousiasme commence \u00e0 s\u2019\u00e9mousser. Non pas par caprice d\u2019opinion ou par inconstance m\u00e9diatique, mais parce qu\u2019il r\u00e9clame des actes \u00e0 la hauteur des promesses. Parce qu\u2019il exige du concret, de la fermet\u00e9, une clart\u00e9 de cap. Sur la question de la souverainet\u00e9, d\u2019abord. Le moment r\u00e9gional est critique : le Liban est entour\u00e9 de volcans en fusion, travers\u00e9 de toutes parts par des r\u00e9seaux d\u2019ing\u00e9rence, livr\u00e9 aux convoitises de puissances qui, depuis trop longtemps, jouent leur guerre par procuration sur notre sol. Dans ce contexte, votre discours sur l\u2019unit\u00e9 du territoire et l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ne peut rester incantatoire. Il exige une mobilisation institutionnelle et politique sans pr\u00e9c\u00e9dent, pour r\u00e9unir les Libanais \u2013 tous les Libanais \u2013 autour de l\u2019id\u00e9e, cardinale, que l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire et la pr\u00e9servation du mod\u00e8le libanais ne sont pas n\u00e9gociables. Ni avec l\u2019int\u00e9rieur ni avec l\u2019ext\u00e9rieur. Nous voulons des actes, certes bien pes\u00e9s, mais l\u2019occasion historique de r\u00e9tablir le prestige de l\u2019\u00c9tat et le monopole de la violence l\u00e9gitime est unique. Il ne faut pas la rater : elle ne se pr\u00e9sentera sans doute plus une deuxi\u00e8me fois. Vous \u00eates par ailleurs, selon la lettre et l\u2019esprit du r\u00e9gime parlementaire libanais, un arbitre, et non un acteur ordinaire de la joute politique. Votre force r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette distance, dans cette hauteur, qui vous \u00e9l\u00e8ve et fait de vous le garant du \u00ab livre \u00bb et de son application juste. Toute d\u00e9rive vers les m\u00e9andres du pouvoir, les combinaisons d\u2019influence, les intrigues d\u2019appareil, minerait votre autorit\u00e9. Au Liban, un pr\u00e9sident, qui plus est en temps de crise, ne peut \u00eatre qu\u2019un homme au-dessus de la m\u00eal\u00e9e \u2013 sans calcul, sans r\u00e9seau, sans dette. Ou alors il devient un chef comme les autres. Et cela, le Liban ne peut plus se le permettre \u2013 surtout apr\u00e8s le d\u00e9sastre occasionn\u00e9 par six ann\u00e9es de \u00ab pr\u00e9sident fort \u00bb, qui ont fait voler Beyrouth, et avec elle la R\u00e9publique toute enti\u00e8re, en \u00e9clats. Vous avez pr\u00eat\u00e9 serment sur la Constitution. Elle fait de vous le gardien de l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9mocratique. Et cet \u00e9quilibre, aujourd\u2019hui, est gravement menac\u00e9. Il l\u2019est d\u2019abord par le retour inqui\u00e9tant d\u2019une logique s\u00e9curitaire, que nous pensions r\u00e9volue. Depuis quelques semaines, des journalistes, des professeurs, de simples citoyens sont convoqu\u00e9s pour des propos \u00e9chang\u00e9s en priv\u00e9, sur les r\u00e9seaux sociaux \u2013 Facebook, WhatsApp\u2026 \u2013 ou dans des cercles ferm\u00e9s. La plupart pr\u00e9f\u00e8re ne pas en parler, pour \u00e9viter davantage de troubles et de soucis \u00e0 leurs proches. Ces m\u00e9thodes rappellent de bien mauvais souvenirs \u2013 ceux du Second Bureau, ou, pire encore, de l\u2019appareil s\u00e9curitaire libano-syrien. Votre av\u00e8nement \u00e0 la plus haute fonction de l\u2019\u00c9tat, discours d\u2019investiture \u00e0 l\u2019appui, s\u2019est fait sous le signe d\u2019une rupture avec ces pratiques, et, au-del\u00e0, dans un contexte de soif de libert\u00e9, d\u2019attente d\u00e9mocratique, d\u2019exigence de transparence. Le Liban des libert\u00e9s, constitue et doit constituer pour nous, Monsieur le Pr\u00e9sident, rien moins qu\u2019un choix de civilisation. Mieux encore, le seul choix viable dans un monde de moins en moins ouvert, de plus en plus prisonnier d\u2019enclos identitaires et de choix r\u00e9gressifs, r\u00e9pressifs. Il n\u2019est pas vrai, contrairement \u00e0 ce que soutiennent certains esprits enclins \u00e0 la facilit\u00e9 autoritaire, que le peuple libanais ne peut \u00eatre gouvern\u00e9 que par une main de fer. Ce discours est un alibi. Une ruse de l\u2019impuissance. Ce que nous subissons, c\u2019est un d\u00e9ficit chronique de culture d\u00e9mocratique \u2013 nourri par des si\u00e8cles de domination et d\u2019asservissement, qui ont install\u00e9 dans nos esprits la peur de l\u2019autre, la tentation du repli, et la servitude volontaire \u00e0 des figures de micro-tyrans. La clef, Monsieur le Pr\u00e9sident, ce n\u2019est pas la force. C\u2019est l\u2019\u00e9ducation politique. C\u2019est la responsabilit\u00e9 citoyenne. C\u2019est le passage, enfin, de l\u2019\u00e9tat tribal \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil. Mais pour cela, il faut un \u00c9tat. Et pour qu\u2019il y ait un \u00c9tat, il faut une pr\u00e9sidence qui en incarne la dignit\u00e9, la hauteur, l\u2019exigence. Or, un chef ne se juge pas seulement \u00e0 ses discours. Il se juge \u00e0 son entourage, \u00e0 ceux dont il s\u2019entoure, ceux qu\u2019il \u00e9coute. Encore une fois, vous \u00eates venu port\u00e9 par une aspiration puissante du peuple \u00e0 la rupture. M\u00e9fiez-vous des survivants de tous les r\u00e9gimes \u2013 ces Fouch\u00e9 sans \u00e9clat, qui traversent les \u00e9poques comme des cam\u00e9l\u00e9ons tristes, \u00e0 force de compromissions, d\u2019ambitions ternes, et de fid\u00e9lit\u00e9s successives \u00e0 tout pouvoir qui les tol\u00e8re, appr\u00e9cie leurs flatteries et ferme l\u2019oeil sur leur flagornerie. Ces hommes sont les fossoyeurs de tous les printemps. Enfin, permettez-moi de conclure par cette v\u00e9rit\u00e9, cit\u00e9e par Napol\u00e9on et reprise par d\u2019\u00e9minents juristes libanais comme Antoine Khair, Hassan Rifa\u00ef ou Jean Salem : les institutions sont ce que les hommes en font. C\u2019est l\u00e0 la clef de toute refondation. Le Liban a besoin d\u2019hommes d\u2019\u00c9tat \u2013 non de gestionnaires et de communicants, mais d\u2019hommes capables de se d\u00e9sincarner dans leur fonction, de se consumer dans leur devoir, et de d\u00e9fendre, envers et contre tout, la R\u00e9publique, sa Constitution, et ses libert\u00e9s. C\u2019est ce mod\u00e8le que nous attendons de vous, Monsieur le Pr\u00e9sident. Et c\u2019est dans ce sens que nous voulons percevoir l\u2019institution militaire, dont vous \u00eates issu : comme le dernier rempart \u2013 non du pouvoir \u2013 mais du r\u00e9gime d\u00e9mocratique, de l\u2019\u00c9tat de droit et de la libert\u00e9. 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