{"id":141035,"date":"2015-03-14T09:56:12","date_gmt":"2015-03-14T08:56:12","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/un-petit-prince-du-liban-2005-2015\/"},"modified":"2024-01-23T13:57:19","modified_gmt":"2024-01-23T12:57:19","slug":"un-petit-prince-du-liban-2005-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/un-petit-prince-du-liban-2005-2015\/","title":{"rendered":"Un Petit Prince du Liban 2005 &#8211; 2015"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il n\u2019a que dix ans. Il est n\u00e9 le 14 mars 2005 au milieu d\u2019une foule innombrable, en plein c\u0153ur de Beyrouth. Ce jour-l\u00e0, les entrailles de la ville, somptueux navire urbain au milieu des flots, avaient accouch\u00e9 de centaines de milliers de petits princes comme lui.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Prince, il l\u2019est par sa naissance car il est seul seigneur de lui-m\u00eame, m\u00eame s\u2019il n\u2019en est pas tout \u00e0 fait conscient. Il est seigneur car seul ma\u00eetre incontest\u00e9 du territoire de son lieu de naissance et de vie. On n\u2019avait jamais assist\u00e9 \u00e0 pareil spectacle dans cette ville qui, depuis la plus haute antiquit\u00e9, avait connu tant de bouleversements.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les ruines et les d\u00e9solations de la guerre civile libanaise, un homme visionnaire, Rafik Hariri, vint r\u00e9veiller Beyrouth de son coma. Le 30 mai 1997, un homme en blanc, Jean-Paul II, c\u00e9l\u00e9bra une messe pontificale sur une esplanade en bord de mer, face \u00e0 la ville \u00e9ventr\u00e9e. Ce passage du Sacr\u00e9, r\u00e9concilia en quelque sorte le ciel avec la terre du Liban. Ce fut le moment de la f\u00e9condation du<strong> petit prince, le citoyen libre<\/strong>. A la fin de la c\u00e9r\u00e9monie, on vit des files enti\u00e8res de personnes anonymes, escalader par dizaines de milliers, les gravats et les ruines de la ville pour rentrer chez eux. On \u00e9tait frapp\u00e9 par le silence et l\u2019allure pacifique, apais\u00e9, de cette foule que le Liban n\u2019avait jamais connue. On avait l\u2019impression qu\u2019un sang de vie recommen\u00e7ait \u00e0 couler dans les art\u00e8res de la ville meurtrie.<\/p>\n<p>La gestation de l\u2019enfant aura dur\u00e9 huit ans. Le choc provoqu\u00e9 par la mort de Rafik Hariri, \u00ab Monsieur Liban \u00bb comme on disait, d\u00e9clencha le travail de l\u2019accouchement. Et ce fut la m\u00e9morable journ\u00e9e du 14 mars 2005 qui vit na\u00eetre le petit prince, le citoyen. Chacun avait quitt\u00e9 son quartier, son village, ses champs, son hameau, tous \u00e9taient l\u00e0 au pied de la mosqu\u00e9e Al Amine, autour de la d\u00e9pouille de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s par l\u2019ennemi. Ils n\u2019\u00e9taient pas venus pour \u00e9couter des discours ou pour fusionner en une masse informe mais pour donner leur corps \u00e0 la ville. Tous n\u2019avaient pas les m\u00eames motivations certes, mais tous avaient accept\u00e9 de venir incarner au c\u0153ur de Beyrouth, non la simple coexistence de groupes ou de tribus, mais le vivre-ensemble de chacun pour tous et de tous pour chacun. La foule-\u00e9v\u00e9nement est un ph\u00e9nom\u00e8ne rarissime de communion collective. <\/p>\n<p>L\u00e0, en plein centre de Beyrouth, haut lieu symbolique de la communication du ciel et de la terre, chacun avait accept\u00e9 de venir na\u00eetre en tant que citoyen des entrailles de la ville. On ne na\u00eet qu\u2019une fois. C\u2019est pourquoi un tel \u00e9v\u00e9nement ne peut pas \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9, il peut tout juste \u00eatre \u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le petit prince du 14 mars 2005 a aujourd\u2019hui dix ans<\/strong>. Tout a \u00e9t\u00e9 fait pour le formater, le ligoter, lui faire croire qu\u2019il n\u2019est pas ce qu\u2019il croit \u00eatre. On lui a dit qu\u2019il est d\u2019abord un fier chiite qui d\u00e9sire la mort comme on d\u00e9sire une ma\u00eetresse. On l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 comme le plus dangereux des fondamentalistes sunnites : jihadiste, takfiriste, terroriste. On lui a serin\u00e9 \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9es qu\u2019il se devait d\u2019abord de ne pas \u00eatre lui-m\u00eame, que sa finitude individuelle \u00e9tait vaine car ce sont les entrailles de maman-communaut\u00e9 qui continuent \u00e0 le nourrir et qu\u2019il ne peut surtout pas f\u00e2cher maman ou lui d\u00e9plaire. <\/p>\n<p>Quand les peuples de l\u2019Orient se sont soulev\u00e9s contre les plus ignobles dictatures, on a dit au petit prince du Liban, qu\u2019en tant que chr\u00e9tien-minoritaire il lui fallait soutenir les tyrans en casquette, en turbans ou en costume-cravate car seuls ces puissants peuvent le prot\u00e9ger. On a d\u00e9ploy\u00e9 des tr\u00e9sors de mensonges pour transformer le souriant petit prince du 14 mars 2005 en un enfant autiste, renfrogn\u00e9, \u00e0 la mine triste, boule de haine incandescente contre le musulman, surtout sunnite. De doctes et v\u00e9n\u00e9rables a\u00een\u00e9s ont voulu le garder bien au chaud dans une cr\u00e8che devenue de plus en plus \u00e9troite, celle de leur immaturit\u00e9 politique, de leur populisme et de leur d\u00e9magogie \u00e0 la limite du fascisme. Ils ont tent\u00e9 de le persuader que ceux qui avaient ravag\u00e9 son pays, qui l\u2019avaient pill\u00e9, qui avaient massacr\u00e9 ou fait dispara\u00eetre sa parent\u00e9, \u00e9taient les seuls habilit\u00e9s \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019enfant qui se doit de leur demeurer reconnaissant. Bien plus, des chefferies tribales ont d\u00e9ploy\u00e9 des tr\u00e9sors de rh\u00e9torique pour le persuader qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas ce qu\u2019il croyait \u00eatre ; qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00e9cho contemporain des clans f\u00e9odaux \u00e0 qui il doit sa raison d\u2019\u00eatre. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui il n\u2019a que dix ans. Il a toute la vie devant lui. C\u2019est \u00e0 lui qu\u2019il faut faire confiance. L\u2019esprit qui l\u2019anime n\u2019a pas chang\u00e9 en d\u00e9pit des erreurs multiples et des compromissions que la politique impose. Le souffle de vie qui est le sien demeure vivant. C\u2019est lui l\u2019avenir. Les chefferies tribales, communautaires, claniques, religieuses et sectaires appartiennent au pass\u00e9 qui ne veut pas encore mourir mais qui finira, t\u00f4t ou tard, par rendre l\u2019\u00e2me. <\/p>\n<p>Pourquoi un tel vent de confiance dans ce petit bout d\u2019homme ? Pourquoi un tel vent d\u2019optimisme et d\u2019espoir ? Parce que le petit prince de la paix sait que la violence la plus extr\u00eame a des limites. Seul le bien est infini. La vie est plus forte que la mort. Nous pouvons tout d\u00e9truire, nous pouvons tout raser et tout exterminer.<strong> Mais demain, que ferons-nous ? Le petit prince r\u00e9pond avec son sourire d\u00e9sarmant : Demain ? Nous ne pouvons que vivre-ensemble<\/strong>.<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p>L\u2019Orient-Le Jour <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019a que dix ans. Il est n\u00e9 le 14 mars 2005 au milieu d\u2019une foule innombrable, en plein c\u0153ur de Beyrouth. Ce jour-l\u00e0, les entrailles de la ville, somptueux navire urbain au milieu des flots, avaient accouch\u00e9 de centaines de milliers de petits princes comme lui. 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