{"id":140927,"date":"2015-03-06T00:23:28","date_gmt":"2015-03-05T23:23:28","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/letat-islamique-un-etat-a-part-entiere-2-3\/"},"modified":"2024-01-23T13:57:16","modified_gmt":"2024-01-23T12:57:16","slug":"letat-islamique-un-etat-a-part-entiere-2-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/letat-islamique-un-etat-a-part-entiere-2-3\/","title":{"rendered":"L\u2019Etat islamique, un Etat \u00e0 part enti\u00e8re ? (2\/3)"},"content":{"rendered":"<p>\n<strong>Dans une \u00e9tude comparative achev\u00e9e en octobre 2014, un jeune doctorant en Sciences politiques exposait les tentatives concurrentes men\u00e9es en Syrie &#8211; par l&rsquo;opposition, les groupes arm\u00e9s nationalistes et islamistes, les djihadistes radicaux de l&rsquo;Etat islamique (EI) et les Kurdes du Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD, ex-PKK) &#8211; en vue de doter les r\u00e9gions sous leur contr\u00f4le de structures administratives propres, au service de leurs projets et de leurs ambitions politiques.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Alors que Da&rsquo;ech s&rsquo;est impos\u00e9 au centre de l&rsquo;actualit\u00e9 en cherchant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 appara\u00eetre comme \u00ab\u00a0la m\u00e8re des \u00e9pouvantails\u00a0\u00bb, il peut \u00eatre utile de relire les pages &#8211; <em>L&rsquo;Etat islamique, un Etat \u00e0 part enti\u00e8re ?<\/em> &#8211; qui lui sont consacr\u00e9es dans ce travail.<\/p>\n<p>* <a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2015\/03\/03\/letat-islamique-un-etat-a-part-entiere-13\/#more-9562\">Dans une premi\u00e8re partie<\/a>, son auteur rappelle les conditions et les circonstances dans lesquelles l&rsquo;EI est apparu et s&rsquo;est impos\u00e9 dans le nord de la Syrie, au d\u00e9triment de l&rsquo;ensemble des formations engag\u00e9es dans la lutte contre le r\u00e9gime de Bachar al-Assad, qu&rsquo;il a parfois incit\u00e9es &#8211; comme le Front de Soutien (FS, Jabhat al-Nusra) &#8211; \u00e0 adopter des modi operandi similaires aux siens.<\/p>\n<p>* Il montre ensuite, dans une deuxi\u00e8me partie, que la logique de l&rsquo;organisation ne doit rien \u00e0 l&rsquo;improvisation, mais se r\u00e9f\u00e8re aux principes contenus dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence &#8211; Id\u00e2rat at-Tawahhuch : <em>Akhtar marhala satamurru bih\u00e2 al-Umma<\/em> (L&rsquo;Administration de la sauvagerie : l&rsquo;\u00e9tape la plus critique \u00e0 franchir par la Oumma) &#8211; paru en 2004, et dans son \u00ab\u00a0compl\u00e9ment strat\u00e9gique\u00a0\u00bb &#8211; <em>Khutta istr\u00e2t\u00eejiyya li-ta&rsquo;z\u00eez al-mawqif as-siy\u00e2s\u00ee li-dawlat al-&lsquo;Ir\u00e2q al-isl\u00e2myya<\/em> (Plan strat\u00e9gique pour renforcer la position politique de l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak) &#8211; publi\u00e9 en 2010, des textes mal connus dont il fournit des synth\u00e8ses opportunes.<\/p>\n<p>* Il d\u00e9crit enfin, dans une troisi\u00e8me partie, comment l&rsquo;EI a mis en place, parall\u00e8lement \u00e0 ses activit\u00e9s militaires, les structures administratives qui lui permettent, comme un \u00ab\u00a0Etat ordinaire\u00a0\u00bb, de g\u00e9rer au mieux de ses int\u00e9r\u00eats politiques les territoires sous son contr\u00f4le, en y faisant r\u00e9gner l&rsquo;ordre selon lui conforme \u00e0 la loi divine, et en assurant \u00e0 leurs populations les services n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de cette \u00e9tude est accessible sur le site <a href=\"http:\/\/www.academia.edu\/\">http:\/\/www.academia.edu<\/a> en suivant ce lien. On s&rsquo;y reportera pour b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;apparat critique et des notes explicatives ici supprim\u00e9es pour faciliter la lecture.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p><strong>2\/3 &#8211; Les strat\u00e9gies de domination de l&rsquo;Etat islamique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La logique de domination brutale et la mani\u00e8re dont l&rsquo;EI administre les territoires sous son contr\u00f4le ne sont pas le fruit d&rsquo;une vision nihiliste et mill\u00e9nariste du monde. Elles sont la traduction en acte de son id\u00e9ologie et correspondent \u00e0 des strat\u00e9gies \u00e9labor\u00e9es de conqu\u00eate, de contr\u00f4le et d&rsquo;expansion, qui figurent en toutes lettres dans les documents constituant son corpus de r\u00e9f\u00e9rence. S&rsquo;il est vrai que l&rsquo;EI s&rsquo;est impos\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 au gr\u00e9 de circonstances dont il n&rsquo;\u00e9tait pas toujours ma\u00eetre sur le terrain, ses pratiques refl\u00e8tent n\u00e9anmoins ce que de nombreux id\u00e9ologues djihadistes avaient pr\u00e9conis\u00e9 et formul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intention des groupes fondamentalistes.<\/p>\n<p>Il faut d&rsquo;abord \u00e9voquer ici un ouvrage apparu en 2004 sur les forums djihadistes. Sign\u00e9 d&rsquo;un certain Abu Bakr al-Naji et intitul\u00e9 L&rsquo;administration de la sauvagerie : l&rsquo;\u00e9tape la plus critique \u00e0 franchir par la Oumma, il d\u00e9taille la strat\u00e9gie gr\u00e2ce \u00e0 laquelle, d&rsquo;apr\u00e8s son auteur, les groupes djihadistes seront en mesure de s&rsquo;imposer territorialement face aux r\u00e9gimes arabes et musulmans, d&rsquo;une part, face aux Am\u00e9ricains et aux Occidentaux, d&rsquo;autre part. Pour leur permettre d&rsquo;atteindre leur objectif ultime, la restauration du califat, il formule \u00e0 leur intention des propositions, et il leur sugg\u00e8re la marche \u00e0 suivre pour contr\u00f4ler le ressentiment des populations, la violence et la propagande.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage soutient qu&rsquo;en provoquant un d\u00e9cha\u00eenement de violence dans les pays musulmans, les djihadistes contribueront \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement des structures \u00e9tatiques et \u00e0 l&rsquo;instauration d&rsquo;une situation de chaos ou de sauvagerie. Les populations perdront confiance en leur gouvernants, qui, d\u00e9pass\u00e9s, ne sauront r\u00e9pondre \u00e0 la violence que par une violence sup\u00e9rieure. Les djihadistes devront se saisir de la situation de chaos qu&rsquo;ils auront provoqu\u00e9e et obtenir le soutien populaire en s&rsquo;imposant comme la seule alternative. En r\u00e9tablissant la s\u00e9curit\u00e9, en remettant en route les services sociaux, en distribuant nourriture et m\u00e9dicament, et en prenant en charge l&rsquo;administration des territoires, ils g\u00e9reront ce chaos, conform\u00e9ment \u00e0 un sch\u00e9ma de construction \u00e9tatique hobbesien. A mesure que les \u00ab\u00a0territoires du chaos\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tendront, les r\u00e9gions administr\u00e9es par les djihadistes se multiplieront, formant le noyau de leur futur califat. Convaincues ou non, les populations accepteront cette gouvernance islamique.<\/p>\n<p>D\u00e9passant un sch\u00e9ma d&rsquo;insurrection finalement assez basique, mais n\u00e9anmoins efficace, l&rsquo;ouvrage d\u00e9taille les diff\u00e9rentes actions que doivent entreprendre les djihadistes :<\/p>\n<p><strong>&#8211; d\u00e9velopper la religiosit\u00e9 des masses,<\/p>\n<p>&#8211; faire de la religion l&rsquo;ordre social et politique,<\/p>\n<p>&#8211; former militairement les jeunes afin de constituer une soci\u00e9t\u00e9 militaris\u00e9e apte \u00e0 se d\u00e9fendre&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il expose donc un v\u00e9ritable programme de gouvernance islamique et le d\u00e9veloppe dans une approche violente et totalitaire. Aucune place ne doit \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 la contestation. Le but affich\u00e9 n&rsquo;est pas de gagner la sympathie des masses, mais a minima de neutraliser leur opposition et d&rsquo;interdire leur rejet. Le temps et les circonstances feront qu&rsquo;\u00e0 terme elles n&rsquo;auront pas d&rsquo;autre choix que de se rallier \u00e0 cette administration.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage reste toutefois assez \u00e9vasif sur la mani\u00e8re dont les djihadistes peuvent durablement contr\u00f4ler les territoires sur lesquels ils s&rsquo;\u00e9tablissent. La fourniture des services et l&rsquo;imposition d&rsquo;un ordre religieux strict ne suffisent pas. Les revers qu&rsquo;ont rencontr\u00e9s les insurg\u00e9s sunnites et l&rsquo;EI suite au lancement de la sahwa en Irak ont montr\u00e9 les limites que le contr\u00f4le par la violence pouvait avoir, notamment si les opposants \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;administration de la sauvagerie\u00a0\u00bb disposent d&rsquo;alli\u00e9s puissants. En 2010, un compl\u00e9ment strat\u00e9gique a donc \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, planifiant la reconqu\u00eate des territoires \u00e9ventuellement perdus : le Plan strat\u00e9gique pour renforcer la position politique de l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak.<\/p>\n<p>Ce plan s&rsquo;articule autour de cinq points principaux :<\/p>\n<p><strong>&#8211; Travailler \u00e0 unifier les efforts.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>A en croire le texte, l&rsquo;une des erreurs commises par l&rsquo;EI avant 2010 a \u00e9t\u00e9 de s&rsquo;ali\u00e9ner des alli\u00e9s id\u00e9ologiques, qui n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le combattre. Pour rem\u00e9dier \u00e0 cette erreur, le groupe doit parvenir \u00e0 convaincre ses alli\u00e9s potentiels de s&rsquo;associer, voire de s&rsquo;unir \u00e0 lui, non pas par la force brute mais en d\u00e9montrant la r\u00e9alit\u00e9 effective de sa dimension \u00e9tatique. L&rsquo;administration efficace des villes, la gestion des services et l&rsquo;imposition de l&rsquo;ordre constitueront des arguments particuli\u00e8rement efficaces et conduiront ces forces \u00e0 rejoindre \u00e0 l&rsquo;EI.<\/p>\n<p>S&rsquo;il semble que le groupe djihadiste ait r\u00e9ussi \u00e0 mettre en \u0153uvre cette recommandation en Irak, o\u00f9 les tensions avec les groupes concurrents se sont consid\u00e9rablement att\u00e9nu\u00e9es, notamment en raison de la pr\u00e9sence d&rsquo;un ennemi commun incarn\u00e9 par le gouvernement de Nouri al-Maliki, la situation est diff\u00e9rente en Syrie o\u00f9 l&rsquo;EI ne dispose aujourd&rsquo;hui d&rsquo;aucun alli\u00e9. Mais il a su agr\u00e9ger dans ses rangs des militants en provenance d&rsquo;autres groupes islamistes ou djihadistes, qui ont d\u00e9sert\u00e9 leurs anciennes formations pour pr\u00eater all\u00e9geance \u00e0 Abu Bakr al-Baghdadi.<\/p>\n<p><strong>&#8211; \u00c9laborer une planification militaire \u00e9quilibr\u00e9e.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Cette section envisage cette planification sous trois angles distincts.<\/p>\n<p>* Le premier, intitul\u00e9 \u00ab\u00a09 balles pour les apostats &#8211; <em>murtadd\u00een<\/em> &#8211; et une pour les crois\u00e9s\u00a0\u00bb, recommande de faire de l&rsquo;ennemi \u00ab\u00a0int\u00e9rieur\u00a0\u00bb la priorit\u00e9. En ciblant les forces de s\u00e9curit\u00e9 avec un maximum de violence, les mudj\u00e2hid\u00een s\u00e8meront la peur dans leurs rangs et les inciteront \u00e0 renoncer peu \u00e0 peu \u00e0 la lutte. Encore une fois, cette strat\u00e9gie semble avoir rencontr\u00e9 un certain succ\u00e8s en Irak, o\u00f9 la d\u00e9b\u00e2cle de l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 Mossoul et les ex\u00e9cutions massives et m\u00e9diatis\u00e9es de soldats ont illustr\u00e9 la crainte qu&rsquo;inspire l&rsquo;EI. En Syrie, la situation est similaire, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que les \u00ab\u00a0apostats\u00a0\u00bb sont repr\u00e9sent\u00e9s par la r\u00e9bellion que l&rsquo;EI n&rsquo;a eu de cesse de cibler, faisant du r\u00e9gime une cible secondaire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2014. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir neutralis\u00e9 la menace d&rsquo;un retour des rebelles sur ses territoires que l&rsquo;EI a fait du r\u00e9gime syrien sa priorit\u00e9.<\/p>\n<p>* Le second angle de cette planification est plus sobrement qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0nettoyage\u00a0\u00bb. Il sugg\u00e8re l&rsquo;organisation d&rsquo;op\u00e9rations coup de poing, peu co\u00fbteuses en homme et en argent, dont le but est de traumatiser l&rsquo;ennemi et de l&rsquo;occuper le plus longtemps possible. N&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 citer Sun Tzu, le document appelle explicitement \u00e0 une politique de la terre br\u00fbl\u00e9e sur les territoires o\u00f9 les forces de s\u00e9curit\u00e9 sont encore pr\u00e9sentes, afin de d\u00e9tourner son attention d&rsquo;autres th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9rations.<\/p>\n<p>* Le dernier angle propos\u00e9 recouvre l&rsquo;organisation d&rsquo;assassinats cibl\u00e9s de personnalit\u00e9s influentes et de leaders militaires.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Cr\u00e9er des Conseils du R\u00e9veil &#8211; sahwa &#8211; djihadistes.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>De l&rsquo;aveu m\u00eame de l&rsquo;EI, la <em>sahwa<\/em> tribale mise sur pied par les forces am\u00e9ricaines s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e redoutablement efficace. Mais ce succ\u00e8s n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que temporaire. L&rsquo;attrait principal ayant \u00e9t\u00e9 l&rsquo;argent, et non un quelconque engagement politique, elle a finalement conduit \u00e0 la criminalisation des tribus. Le plan propose donc \u00e0 l&rsquo;EI de retourner \u00e0 son profit la notion de sahwa, et d&rsquo;armer les tribus afin qu&rsquo;elles prot\u00e8gent leurs territoires contre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et qu&rsquo;elles les administrent par elles-m\u00eames, en coop\u00e9ration avec le mouvement djihadiste. Afin de convaincre ces tribus de la l\u00e9gitimit\u00e9 du projet de l&rsquo;EI et de gagner la loyaut\u00e9 de leurs chefs, il sugg\u00e8re de leur d\u00e9l\u00e9guer des responsabilit\u00e9s et une autorit\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Cette recommandation a trouv\u00e9 un \u00e9cho en Irak, o\u00f9 le traitement des populations sunnites par le gouvernement de Nouri al-Maliki avait aliment\u00e9 un m\u00e9contentement croissant. En Syrie, en revanche, la politique tribale de l&rsquo;EI a d\u00fb composer avec d&rsquo;autres facteurs. Les tribus du nord du pays sont d&rsquo;abord loin de partager un m\u00eame positionnement politique. Certaines soutiennent le r\u00e9gime syrien. D&rsquo;autres se sont ralli\u00e9es \u00e0 l&rsquo;opposition et ont constitu\u00e9 des groupes arm\u00e9s. A De\u00efr al-Zor, par exemple, la tribu des Agueidat est en pointe dans la lutte contre le r\u00e9gime, et l&rsquo;un de ses repr\u00e9sentants, le colonel Abdul Jabbar al-Agueidi est l&rsquo;une des figures centrales de la r\u00e9bellion \u00e0 Alep. La tribu des Baggara a \u00e9galement servi de vivier pour le recrutement de combattants et l&rsquo;un de ses chefs, le cheikh Nawwaf al-Bachir, ancien membre de l&rsquo;Assembl\u00e9e du Peuple et signataire de la D\u00e9claration de Damas, est un opposant de longue date.<\/p>\n<p>En raison de ce soutien tribal aux revendications des r\u00e9volutionnaires, l&rsquo;EI a craint une  r\u00e9p\u00e9tition du sc\u00e9nario de la sahwa, \u00e0 laquelle certaines tribus syriennes &#8211; comme les Jubbur &#8211; avaient d&rsquo;ailleurs particip\u00e9 en Irak par l&rsquo;interm\u00e9diaire de leurs branches irakiennes. Cette inqui\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par un certain nombre d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements, qui ont d\u00e9montr\u00e9 que les tribus n&rsquo;\u00e9taient pas dispos\u00e9es \u00e0 accepter un ordre politique susceptible de les mettre au pas. Ainsi, en mars 2013, des membres du Front de Soutien ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors d&rsquo;une dispute li\u00e9e \u00e0 une question p\u00e9troli\u00e8re, par des membres du clan tribal des Asaf, \u00e0 al-Musrab, un village de De\u00efr al-Zor. Ce clan a par la suite r\u00e9sist\u00e9 aux exigences du groupe djihadiste en invoquant des traditions tribales. Les combats qui s&rsquo;en sont suivis ont provoqu\u00e9 la mort d&rsquo;une trentaine d&rsquo;hommes.<\/p>\n<p>La conqu\u00eate des territoires et l&rsquo;imposition par l&rsquo;EI de sa domination ont donc d\u00fb prendre en compte cette dimension. Comme le pr\u00e9conisait le plan strat\u00e9gique, il a cherch\u00e9 \u00e0 gagner l&rsquo;adh\u00e9sion des tribus en obtenant leur all\u00e9geance, en \u00e9change d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir et d&rsquo;une autorisation d&rsquo;administrer \u00e0 leur convenance leurs territoires. Des clans tribaux ont accept\u00e9 cette nouvelle autorit\u00e9 \u00e0 Alep, \u00e0 Raqqa, \u00e0 De\u00efr al-Zor et \u00e0 Hassak\u00e9.<\/p>\n<p>En l&rsquo;occurrence, la strat\u00e9gie de l&rsquo;EI a d\u00e9montr\u00e9 une relative subtilit\u00e9. Sachant que certaines tribus n&rsquo;accepteraient pas de lui pr\u00eater all\u00e9geance, il a jou\u00e9 sur leurs divisions internes et est parvenu \u00e0 fracturer les plus grandes f\u00e9d\u00e9rations tribales en blocs rivaux. A Raqqa, la tribu des Walda a ainsi vu une partie de ses membres rejoindre l&rsquo;EI, tandis qu&rsquo;une autre confirmait son soutien \u00e0 l&rsquo;opposition. A De\u00efr al-Zor, c&rsquo;est la tribu des Agueidat qui s&rsquo;est divis\u00e9e au mois  d&rsquo;ao\u00fbt 2014, seules quelques-unes de ses branches pr\u00eatant all\u00e9geance \u00e0 Abu Bakr al-Baghdadi. D&rsquo;autres tribus ont cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 cette domination. La tribu des Chua&rsquo;\u00eet\u00e2t s&rsquo;est ainsi soulev\u00e9e au mois d&rsquo;ao\u00fbt 2014, parvenant \u00e0 chasser l&rsquo;EI de plusieurs villages de De\u00efr al-Zor. Mais, isol\u00e9e, mal arm\u00e9e et sans alli\u00e9s, elle a subi une r\u00e9pression d&rsquo;une extr\u00eame f\u00e9rocit\u00e9, qui a fait pr\u00e8s de 700 morts parmi ses membres, dont une grande partie ex\u00e9cut\u00e9e sommairement.<\/p>\n<p>Globalement, l&rsquo;EI a r\u00e9ussi dans sa strat\u00e9gie de domination des tribus en Syrie, neutralisant les plus puissantes d&rsquo;entre elles par la division et soumettant par la violence celles qui s&rsquo;\u00e9taient montr\u00e9es r\u00e9fractaires \u00e0 son autorit\u00e9. Concr\u00e8tement, ce ralliement permet aujourd&rsquo;hui au groupe djihadiste de se d\u00e9sengager de certains territoires, administr\u00e9s directement par les tribus qui les peuplent. Au niveau militaire, elles lui apportent un soutien important, le groupe djihadiste parvenant \u00e0 jouer des rivalit\u00e9s ethniques et tribales pour les mobiliser en sa faveur, comme \u00e0 Tall Hamis, dans la province de Hassak\u00e9, contre les troupes du Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD) kurde.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Choisir avec soin les symboles politiques.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette partie longuement d\u00e9velopp\u00e9e, le Plan strat\u00e9gique rappelle l&rsquo;importance que l&rsquo;EI doit accorder \u00e0 son image m\u00e9diatique et principalement \u00e0 celle de son leader. Celui-ci ne doit jamais \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme un simple chef de groupe, mais comme le dirigeant d&rsquo;un Etat, dont la l\u00e9gitimit\u00e9 est politique et plus encore religieuse. Une v\u00e9ritable strat\u00e9gie m\u00e9diatique est donc d\u00e9velopp\u00e9e, visant \u00e0 faire de l&rsquo;\u00e9mir de l&rsquo;EI &#8211; qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la r\u00e9daction du texte Abu Omar al-Baghdadi, pr\u00e9d\u00e9cesseur d&rsquo;Abu Bakr al-Baghdadi &#8211; un dirigeant m\u00e9diatiquement exemplaire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re caract\u00e9ristique v\u00e9hicul\u00e9e par l&rsquo;image du chef doit ainsi, selon le plan, \u00eatre celle du sacrifice total, aux plans militaire, financier et personnel. Il doit endosser le r\u00f4le d&rsquo;ennemi principal des adversaires de l&rsquo;EI, suivant l&rsquo;exemple d&rsquo;Abu Musab al-Zarqawi. L&rsquo;image qu&rsquo;il doit d\u00e9gager est celle d&rsquo;un homme honn\u00eate, g\u00e9n\u00e9reux, courageux, impartial. Ses actions, ses jugements doivent reposer uniquement sur la l\u00e9gitimit\u00e9 islamique, et non sur la recherche de ses int\u00e9r\u00eats ou de ceux de ses proches. Le contre-exemple mis en avant par le texte est la d\u00e9cision de l&rsquo;ayatollah Ali Khamene\u00ef de soutenir la r\u00e9\u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique d&rsquo;Iran de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, alors que la fraude \u00e9lectorale qui lui avait permis de l&#8217;emporter \u00e9tait av\u00e9r\u00e9e. Ce faisant, il aurait perdu, aux yeux de l&rsquo;EI, toute l\u00e9gitimit\u00e9 politique et religieuse.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, le document met en garde contre une forme de m\u00e9diatisation dommageable, qui offrirait l&rsquo;opportunit\u00e9 aux adversaires de l&rsquo;EI d&rsquo;utiliser contre lui l&rsquo;image de ce qui doit \u00eatre le symbole de sa force et de sa l\u00e9gitimit\u00e9. Abu Bakr al-Baghdadi illustre parfaitement ces diff\u00e9rents points. Son parcours est loin d&rsquo;\u00eatre aussi \u00ab\u00a0l\u00e9gendaire\u00a0\u00bb que celui d&rsquo;Abu Musab al-Zarqawi ou d&rsquo;autres figures djihadistes. Mais il a su jouer de son image, ou plut\u00f4t de son absence d&rsquo;image. Il n&rsquo;est apparu en public que le 4 juillet 2014, \u00e0 Mossoul, peu apr\u00e8s la conqu\u00eate de la ville par son organisation et l&rsquo;annonce de la restauration du califat. Il y a men\u00e9 la pri\u00e8re dans la grande mosqu\u00e9e al-Nouri, \u00e0 la mani\u00e8re des premiers califes, tout de noir v\u00eatu, rappelant l&rsquo;apparat de ces derniers. Il n&rsquo;est plus apparu depuis lors en public. Cette situation a cr\u00e9\u00e9 une absence de personnification de l&rsquo;EI, \u00e0 la diff\u00e9rence de groupe comme al-Qa\u00efda, dont l&rsquo;image est encore associ\u00e9e \u00e0 la personne d&rsquo;Ousama ben Laden. Ce choix est volontaire. L&rsquo;EI ne souhaite pas \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 une personnalit\u00e9 en particulier, ce qui ferait de lui un groupe djihadiste parmi d&rsquo;autres. Il cherche au contraire \u00e0 donner l&rsquo;impression d&rsquo;une structure froide, ayant l&rsquo;apparence d&rsquo;un Etat et dont la mort du chef ne signifierait pas la fin.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Rassurer les non-musulmans.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Conscient de l&rsquo;image n\u00e9gative que son traitement des communaut\u00e9s non-musulmanes avait donn\u00e9 de lui-m\u00eame, l&rsquo;Etat islamique a inclus dans ce texte une recommandation visant \u00e0 inverser la tendance. Mais il ne pr\u00e9conise pas autre chose que ce que professent les groupes djihadistes, \u00e0 savoir un traitement des minorit\u00e9s religieuses conforme \u00e0 la char\u00ee&rsquo;a, qui impose notamment l&rsquo;acquittement de la jizya &#8211; capitation &#8211; \u00e0 chaque chr\u00e9tien majeur du fait de son statut de dhimm\u00ee ou de prot\u00e9g\u00e9. L&rsquo;EI a cherch\u00e9 \u00e0 mettre en oeuvre ce principe \u00e0 Raqqa et Hassak\u00e9 en Syrie, comme \u00e0 Mossoul en Irak. Son succ\u00e8s s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 limit\u00e9, les chr\u00e9tiens ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 fuir ces villes, o\u00f9 ils ne se sentaient par vraiment \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb par un tel statut.<\/p>\n<p>A son entr\u00e9e en Syrie, l&rsquo;EI disposait donc d&rsquo;une strat\u00e9gie de conqu\u00eate et de contr\u00f4le relativement claire et \u00e9labor\u00e9e. Elle s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e efficace, le groupe  r\u00e9gnant aujourd&rsquo;hui en ma\u00eetre sur au moins deux gouvernorats du pays &#8211; Raqqa et De\u00efr al-Zor &#8211; et contr\u00f4lant des pans de territoire dans plusieurs autres r\u00e9gions. Ce succ\u00e8s acquis, l&rsquo;EI a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tatique qu&rsquo;il pr\u00e9tendait incarner.<\/p>\n<p>Les efforts de propagande d\u00e9ploy\u00e9s en ce sens par l&rsquo;organisation sont consid\u00e9rables, t\u00e9moignant d&rsquo;un r\u00e9el besoin de l\u00e9gitimation. L&rsquo;EI a, depuis l&rsquo;annonce de la restauration du califat en particulier, initi\u00e9 une vaste campagne visant \u00e0 d\u00e9montrer au public musulman la l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse et l&rsquo;efficacit\u00e9 de sa gouvernance. L&rsquo;un des instruments de cette propagande est un magazine d\u00e9nomm\u00e9 D\u00e2biq, du nom d&rsquo;un petit village de la r\u00e9gion d&rsquo;Azzaz, dans le gouvernorat d&rsquo;Alep, o\u00f9 se d\u00e9roulera, selon l&rsquo;eschatologie musulmane, une confrontation d\u00e9cisive entre les musulmans et leurs ennemis, qui marquera la fin des temps en ouvrant la voie \u00e0 l&rsquo;apparition de l&rsquo;ant\u00e9christ et au retour du Messie. Dans les quatre num\u00e9ros publi\u00e9s \u00e0 la date de cette \u00e9tude, respectivement intitul\u00e9s Le retour du califat, Le d\u00e9luge, L&rsquo;appel \u00e0 la hijra et La croisade manqu\u00e9e, cette publication en anglais destin\u00e9e \u00e0 un large public se diff\u00e9rencie nettement de tous les efforts de propagande d\u00e9ploy\u00e9s depuis des ann\u00e9es par les autres groupes djihadistes, et en premier lieu al-Qa\u00efda.<\/p>\n<p>A travers son magazine en anglais, Inspire, al-Qa\u00efda incite ses sympathisants \u00e0 constituer des cellules terroristes dans leurs pays de r\u00e9sidence, ou \u00e0 mener des op\u00e9rations en \u00ab\u00a0loups solitaires\u00a0\u00bb. D\u00e2biq fonctionne diff\u00e9remment. Il cherche \u00e0 articuler le projet de l&rsquo;EI \u00e0 une vision religieuse, militaire et politique globalisante. Si l&rsquo;objectif est le m\u00eame, \u00e0 savoir recruter de nouveaux militants, la finalit\u00e9 est diff\u00e9rente. L&rsquo;EI ne fait pas des attaques terroristes aux quatre coins du globe sa priorit\u00e9. Ce qu&rsquo;il souhaite avant tout, c&rsquo;est recruter des \u00ab\u00a0citoyens\u00a0\u00bb pour son Etat, des immigrants &#8211; muh\u00e2djir\u00fbn -, afin qu&rsquo;ils participent \u00e0 la construction du califat. Autrement dit, D\u00e2biq est un outil appelant explicitement \u00e0 une forme de colonisation des territoires conquis par l&rsquo;EI, afin que le califat prenne une dimension populaire et fonctionne de mani\u00e8re efficace. Le public vis\u00e9 ne se r\u00e9duit pas aux hommes aptes \u00e0 combattre. L&rsquo;objectif est d&rsquo;organiser et d&rsquo;administrer ce proto-Etat qu&rsquo;est concr\u00e8tement devenu l&rsquo;EI.<\/p>\n<p>On ne s&rsquo;\u00e9tonne donc pas de trouver, dans le premier num\u00e9ro de D\u00e2biq, un rappel de la strat\u00e9gie d\u00e9velopp\u00e9e par Abu Musab al-Zarqawi, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak. A ses yeux, la restauration du califat devait passer par plusieurs \u00e9tapes, la premi\u00e8re \u00e9tant constitu\u00e9e par la hijra, l&rsquo;immigration en terre d&rsquo;Islam. L&rsquo;importance des \u00e9trangers au sein de l&rsquo;EI est aujourd&rsquo;hui ind\u00e9niable. L&rsquo;EI ne limite toutefois pas ses appels \u00e0 l&rsquo;immigration combattante. Reproduisant des extraits d&rsquo;une intervention d&rsquo;Abu Bakr al-Baghdadi, D\u00e2biq lance un appel tr\u00e8s explicite aux sympathisants de l&rsquo;EI dans le monde entier, bien au-del\u00e0 des simples mudj\u00e2hid\u00een :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Accourez \u00e0 votre Etat, \u00d4 musulmans. Oui, c&rsquo;est votre Etat. Parce que la Syrie n&rsquo;appartient pas aux Syriens, comme l&rsquo;Irak n&rsquo;appartient pas aux Irakiens. La terre est la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Allah [\u2026]. L&rsquo;Etat (islamique) est un Etat pour les musulmans, tous les musulmans. \u00d4 musulmans du monde entier, quiconque est en mesure d&rsquo;effectuer la hijra vers l&rsquo;Etat islamique, qu&rsquo;il la r\u00e9alise, car la hijra en terre d&rsquo;Islam est obligatoire. [\u2026]. Nous lan\u00e7ons un appel en particulier aux universitaires, aux fuqah\u00e2&rsquo; &#8211; les sp\u00e9cialistes de la jurisprudence islamique -, ainsi qu&rsquo;aux juges, aux personnes ayant une expertise dans les domaines militaire et administratif ou dans les services, aux m\u00e9decins et aux ing\u00e9nieurs de toutes sp\u00e9cialit\u00e9s. Nous les  appelons et leur rappelons que la hijra est w\u00e2jib &lsquo;ayn\u00ee, un devoir qui incombe \u00e0 chacun \u00e0 titre individuel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cet extrait illustre parfaitement la strat\u00e9gie mise en \u0153uvre par l&rsquo;EI, qui vise \u00e0 instaurer une autorit\u00e9 via l&rsquo;accumulation de soutiens, aussi bien \u00e9trangers que locaux : un article du premier num\u00e9ro de D\u00e2biq est ainsi consacr\u00e9 \u00e0 la politique tribale de l&rsquo;EI en Syrie et en Irak. Dans les faits, ces appels \u00e0 l&rsquo;immigration se traduisent par un r\u00f4le important des muh\u00e2djir\u00een au sein des instances dirigeantes de l&rsquo;EI et dans les administrations locales. Les Irakiens, les Tunisiens et les Saoudiens occupent ainsi la majorit\u00e9 des postes cl\u00e9s des structures militaires ou religieuses. Il existe aujourd&rsquo;hui en Syrie de v\u00e9ritable foyers \u00ab\u00a0coloniaux\u00a0\u00bb, sortes de kibboutz islamiques, o\u00f9 des combattants \u00e9trangers s&rsquo;installent avec leurs familles, mettent en place des \u00e9coles o\u00f9 le cursus enseign\u00e9 se fait dans leur langue d&rsquo;origine. Des villages ont parfois \u00e9t\u00e9 vid\u00e9s de leur population d&rsquo;origine &#8211; c&rsquo;est notamment le cas des villages de la tribu des Chua&rsquo;\u00eet\u00e2t &#8211; et sont d\u00e9sormais peupl\u00e9s par une majorit\u00e9 d&rsquo;\u00e9trangers, qui comptent bien s&rsquo;y maintenir durablement.<\/p>\n<p>Il se confirme donc, au vu de ces diff\u00e9rents documents, mais \u00e9galement au vu des faits, que la strat\u00e9gie \u00ab\u00a0califale\u00a0\u00bb de l&rsquo;EI n&rsquo;est pas uniquement le r\u00e9sultat d&rsquo;un concours de circonstance. Elle d\u00e9coule d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le long-terme, inscrite dans l&rsquo;histoire des mouvements djihadistes. Et c&rsquo;est en appuyant sur ce point que, progressivement, l&rsquo;EI cherche \u00e0 se construire une autorit\u00e9, d\u00e9montrant qu&rsquo;il fonctionne aujourd&rsquo;hui, non pas comme un groupe, une jam\u00e2&rsquo;a, mais bien comme un Etat.<\/p>\n<p> (A suivre)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2015\/03\/04\/letat-islamique-un-etat-a-part-entiere-23\/\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une \u00e9tude comparative achev\u00e9e en octobre 2014, un jeune doctorant en Sciences politiques exposait les tentatives concurrentes men\u00e9es en Syrie &#8211; par l&rsquo;opposition, les groupes arm\u00e9s nationalistes et islamistes, les djihadistes radicaux de l&rsquo;Etat islamique (EI) et les Kurdes du Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD, ex-PKK) &#8211; en vue de doter les r\u00e9gions sous<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-140927","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=140927"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140927\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=140927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=140927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=140927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}