{"id":140174,"date":"2014-11-12T19:37:39","date_gmt":"2014-11-12T18:37:39","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/a-linstigation-de-liran-et-avec-laval-de-bachar-al-assad-les-chiites-se-comportent-en-maitres-a-damas\/"},"modified":"2024-01-23T01:46:47","modified_gmt":"2024-01-23T00:46:47","slug":"a-linstigation-de-liran-et-avec-laval-de-bachar-al-assad-les-chiites-se-comportent-en-maitres-a-damas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/a-linstigation-de-liran-et-avec-laval-de-bachar-al-assad-les-chiites-se-comportent-en-maitres-a-damas\/","title":{"rendered":"A l\u2019instigation de l\u2019Iran et avec l\u2019aval de Bachar al-Assad, les chiites se comportent en ma\u00eetres \u00e0 Damas"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un d\u00e9fil\u00e9 de jeunes chiites \u00e0 Damas<br \/>\n(03.11.2014)<\/em><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Parmi les multiples ph\u00e9nom\u00e8nes qui attisent en Syrie le m\u00e9contentement de l&rsquo;ensemble des Damasc\u00e8nes, et de mani\u00e8re particuli\u00e8re celui de la majorit\u00e9 sunnite de la population, il en est deux qui occupent en ces jours une place particuli\u00e8re. Ils sont li\u00e9s au caract\u00e8re de plus en plus ostensible et provocateur de la pr\u00e9sence chiite dans une ville o\u00f9, communaut\u00e9 minoritaire avec moins de 1 % de la population, les Syriens chiites ont depuis toujours veill\u00e9 \u00e0 ne pas se faire remarquer.<\/p>\n<p><img4788|center><\/p>\n<p>Comme leurs concitoyens, les sunnites supportent mal les bombardements qui affectent tour \u00e0 tour les diff\u00e9rents quartiers de la ville, qu&rsquo;ils soient le fait des forces r\u00e9guli\u00e8res tenant les sommets du Qassioun ou de l&rsquo;opposition retranch\u00e9e dans certaines localit\u00e9s \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb de la Ghouta. Comme eux, ils ravalent leur col\u00e8re face \u00e0 la perte de temps, aux pr\u00e9l\u00e8vements arbitraires et aux humiliations que les soldats, moukhabarat et chabbiha install\u00e9s \u00e0 un nombre incalculable de points de contr\u00f4le infligent, au gr\u00e9 de leurs humeurs, \u00e0 ceux qui ne peuvent faire autrement que de se d\u00e9placer dans la ville. Comme eux, ils protestent\u2026 \u00e0 voix basse, faute de pouvoir s&rsquo;exprimer publiquement, contre les coupures d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res illisibles, contre l&rsquo;augmentation constante du prix des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, contre la complaisance des responsables pour les pr\u00e9varicateurs en tous genres, contre les enl\u00e8vements crapuleux dont se rendent coupables des prot\u00e9g\u00e9s du pouvoir\u2026<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble de ces manifestations ne date pas d&rsquo;hier. Elles ont accompagn\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9chelonn\u00e9e dans le temps le renforcement de l&rsquo;alliance conclue en 1979 entre Hafez al-Assad et son \u00ab\u00a0r\u00e9gime la\u00efc\u00a0\u00bb, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et la nouvelle R\u00e9publique islamique de l&rsquo;imam Khomeiny, de l&rsquo;autre. Inutile de pr\u00e9ciser que les Syriens n&rsquo;avaient pas \u00e9taient consult\u00e9s sur cette nouvelle relation, pour eux doublement contre nature puisqu&rsquo;elle contredisait aussi l&rsquo;arabit\u00e9 au c\u0153ur du projet politique du Parti Baath. Mais ils reconnaissent au moins que, conscient des r\u00e9serves d&rsquo;une majorit\u00e9 de la population, arabe et sunnite, pour la pr\u00e9sence trop visible d&rsquo;un alli\u00e9 indispensable mais encombrant, parce que non arabe et chiite, le d\u00e9funt \u00ab\u00a0pr\u00e9sident \u00e9ternel\u00a0\u00bb avait su maintenir ces manifestations sous contr\u00f4le et interdire aux Iraniens de franchir les limites spatiales et politiques qu&rsquo;il leur avait fix\u00e9es en Syrie.<\/p>\n<p>Pour fournir aux Iraniens un substitut aux \u00ab\u00a0visites\u00a0\u00bb aux lieux saints et aux tombes des Ahl al-Bayt et des compagnons du Proph\u00e8te, auxquels ils n&rsquo;avaient plus acc\u00e8s en Irak et en Arabie saoudite respectivement depuis 1980 et 1986, Hafez al-Assad avait ferm\u00e9 les yeux sur la transformation progressive du village de Sayyida Zaynab, dans la Ghouta orientale de Damas, en une v\u00e9ritable enclave chiite. Il avait \u00e9galement autoris\u00e9 les Iraniens \u00e0 r\u00e9nover et \u00e0 s&rsquo;approprier symboliquement les s\u00e9pultures de deux compagnons du Proph\u00e8te r\u00e9put\u00e9s enterr\u00e9s \u00e0 Raqqa. Il avait laiss\u00e9 le Centre culturel iranien organiser des conf\u00e9rences religieuses et proc\u00e9der \u00e0 la distribution gratuite de litt\u00e9rature chiite. Il avait permis la construction de mosqu\u00e9es servies par des religieux chiites et des husayniyyat dans la zone c\u00f4ti\u00e8re et dans la montagne alaouite. Mais il n&rsquo;avait jamais tol\u00e9r\u00e9 que les propagandistes de cette religion se livrent \u00e0 travers le pays \u00e0 ce qui pouvait s&rsquo;apparenter \u00e0 des campagnes d&rsquo;endoctrinement et encore moins \u00e0 ce qu&rsquo;ils fassent de la Syrie une terre de mission. Les religieux qui s&rsquo;y risquaient \u00e9taient imm\u00e9diatement embarqu\u00e9s dans un avion \u00e0 destination de leur pays d&rsquo;origine.<\/p>\n<p><img4789|center><\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de son premier septennat, l&rsquo;accumulation des erreurs d&rsquo;appr\u00e9ciation et les mauvais choix politiques de Bachar al-Assad ont permis aux Iraniens, qui n&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 pour son p\u00e8re que des \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb strat\u00e9giques, de s&rsquo;imposer comme des \u00ab\u00a0parrains\u00a0\u00bb envahissants. Profitant des difficult\u00e9s \u00e9conomiques de la Syrie, ils ont investi des milliards de dollars dans de nombreux domaines, de la production d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 la fabrication de b\u00e9ton, en passant par le montage des voitures, les travaux publics et le raffinage des produits p\u00e9troliers. Ils ont install\u00e9, pr\u00e8s de la zone industrielle d&rsquo;al-Hisia, au sud de Homs, dans un secteur inaccessible \u00e0 d&rsquo;autres qu&rsquo;eux, une s\u00e9rie d&rsquo;usines dont les activit\u00e9s \u00e9taient entour\u00e9es du plus grand secret. Ils ont renforc\u00e9 leurs alliances avec des hommes d&rsquo;affaires appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 chiite syrienne et se sont acoquin\u00e9s avec des proches de la t\u00eate du r\u00e9gime. Leur influence \u00e9tait telle que, aux Fran\u00e7ais qui aspiraient \u00e0 construire le futur m\u00e9tro de Damas dont ils avaient r\u00e9alis\u00e9 les \u00e9tudes pr\u00e9liminaires, les responsables syriens ont fait savoir qu&rsquo;ils ne parviendraient \u00e0 leur fin qu&rsquo;en faisant des Iraniens leur partenaire.<\/p>\n<p>Si, durant la premi\u00e8re d\u00e9cennie des ann\u00e9es 2000, les Syriens ont \u00e9prouv\u00e9 quelque satisfaction \u00e0 constater que les ambitions iraniennes, encourag\u00e9es au plus niveau de l&rsquo;Etat, se heurtaient dans la pratique aux lourdeurs des administrations et \u00e0 la mauvaise volont\u00e9 de certains fonctionnaires, ils ont aussi exprim\u00e9 en priv\u00e9 les craintes que leur inspiraient, d&rsquo;une part, l&rsquo;intrusion sans pr\u00e9c\u00e9dent du r\u00e9gime de T\u00e9h\u00e9ran dans les secteurs militaire et s\u00e9curitaire et, d&rsquo;autre part, l&rsquo;activisme de certains mollahs dans la diffusion du chiisme en Syrie.<\/p>\n<p>Ils se sont ainsi \u00e9tonn\u00e9s de voir l&rsquo;Iran inviter des contingents entiers d&rsquo;officiers \u00e0 passer des \u00ab\u00a0vacances familiales\u00a0\u00bb entrecoup\u00e9es de stages\u2026 sur les rives de la Mer Caspienne ou du Golfe persique. Ils ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9occup\u00e9s d&rsquo;apprendre par la rumeur que les Iraniens, de m\u00e8che avec les Cor\u00e9ens du Nord, aidaient et entra\u00eenaient leur pays dans des recherches, dans la mise au point et dans la fabrication d&rsquo;armes prohib\u00e9es. Ils se sont demand\u00e9 si la modernisation par l&rsquo;Iran des r\u00e9seaux de communication de la Pr\u00e9sidence ne lui donnait pas automatiquement acc\u00e8s \u00e0 des renseignements hautement confidentiels mettant en jeu la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Au point que certains ont vu dans la liquidation d&rsquo;Imad Moughniyeh, le plus haut responsable militaire et s\u00e9curitaire du Hizbollah libanais assassin\u00e9 \u00e0 Damas en f\u00e9vrier 2008, non pas une op\u00e9ration isra\u00e9lienne mais une r\u00e9ponse de ceux qui, au sein du r\u00e9gime syrien, entendaient mettre un terme \u00e0 sa tentative de constituer, au sein de l&rsquo;arm\u00e9e et des services, un lobby totalement acquis aux int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Iran\u2026<\/p>\n<p><img4790|center><\/p>\n<p>Dans le domaine religieux, des cheykhs et des oul\u00e9mas pourtant proches du pouvoir n&rsquo;ont pu faire autrement que porter \u00e0 la connaissance de Bachar al-Assad les r\u00e9actions extr\u00eamement n\u00e9gatives suscit\u00e9es dans la communaut\u00e9 sunnite par ce que celle-ci consid\u00e9rait comme des \u00ab\u00a0facilit\u00e9s\u00a0\u00bb octroy\u00e9es par le pouvoir aux projets iraniens d&rsquo;expansion du chiisme dans leur pays.<br \/>\n&#8211; Ils n&rsquo;avaient pas d&rsquo;objection \u00e0 l&rsquo;accueil annuel en Syrie de pr\u00e8s de deux millions de p\u00e8lerins en provenance du Liban, d&rsquo;Irak, d&rsquo;Iran et d&rsquo;autres pays d&rsquo;Asie, m\u00eame si la pr\u00e9sence de ces visiteurs n&rsquo;apportait pas grand-chose \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie locale. Mais ils \u00e9taient choqu\u00e9s par les rites auxquels ils se livraient en public, dans la mosqu\u00e9e des Omeyyades et dans les rues avoisinantes, dont le caract\u00e8re d\u00e9monstratif et bruyant heurtait leurs propres sentiments religieux.<\/p>\n<p>&#8211; Ils d\u00e9sapprouvaient la main mise des Iraniens sur certains mausol\u00e9es &#8211; comme celui de Sayyida Soukayna dans la ville sunnite de Daraya &#8211; qu&rsquo;ils r\u00e9novaient \u00e0 grands frais et transformaient en lieux de p\u00e8lerinage, sous le pr\u00e9texte qu&rsquo;ils abritaient un membre de la famille du Proph\u00e8te et qu&rsquo;ils avaient vocation \u00e0 accueillir eux aussi des \u00ab\u00a0visiteurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Ils consid\u00e9raient que le projet iranien d&rsquo;\u00e9difier un monument comm\u00e9moratif partout o\u00f9 avait fait halte le cort\u00e8ge transportant de Karbala \u00e0 Damas la t\u00eate de Husayn, auquel devraient \u00eatre adjoints des lieux d&rsquo;h\u00e9bergement et de restauration, visait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 assurer un quadrillage de leur pays et \u00e0 renforcer la pr\u00e9sence des Iraniens en Syrie.<\/p>\n<p>&#8211; Ils s&rsquo;\u00e9tonnaient de la pr\u00e9sence de repr\u00e9sentants civils et militaires de l&rsquo;Etat aux manifestations &#8211; conf\u00e9rences, expositions de livres, repas\u2026 &#8211; que les associations chiites organisaient \u00e0 chaque f\u00eate religieuse sur l&rsquo;ensemble du territoire.<\/p>\n<p>&#8211; Ils d\u00e9non\u00e7aient l&rsquo;exploitation par les Iraniens des difficult\u00e9s \u00e9conomiques de la population pour diffuser le chiisme, puisqu&rsquo;ils offraient aux nouveaux convertis des aides en nature ou en argent, parfois le montant d&rsquo;un investissement, et leur proposaient des bourses d&rsquo;\u00e9tudes en Iran pour leurs enfants.<\/p>\n<p>&#8211; Ils se demandaient comment une universit\u00e9 chiite priv\u00e9e, l&rsquo;Universit\u00e9 al-Moustapha, avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 Sayyida Zaynab, alors que les instituts d&rsquo;Etudes religieuses dirig\u00e9s par des personnalit\u00e9s officielles de l&rsquo;islam sunnite &#8211; le Complexe Abou Nour de l&rsquo;ancien Mufti g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9publique Ahmed Kaftaro, l&rsquo;Institut al-Fath al-Islami du Mufti de Damas Abdal-Fattah al-Bezem\u2026 &#8211; ne pouvaient d\u00e9cerner que des dipl\u00f4mes d&rsquo;universit\u00e9s religieuses \u00e9trang\u00e8res, dont ils \u00e9taient condamn\u00e9s depuis parfois des d\u00e9cennies \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que des \u00ab\u00a0succursales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Pass\u00e9s \u00e0 la faveur de la r\u00e9volution du statut de partenaires incontournables \u00e0 celui de codirigeants de la Syrie, o\u00f9 le r\u00f4le du g\u00e9n\u00e9ral Qasem Sleimani s&rsquo;apparente aujourd&rsquo;hui \u00e0 celui du g\u00e9n\u00e9ral Ghazi Kanaan nagu\u00e8re au Liban, les Iraniens ont redoubl\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9 dans les secteurs immobilier et religieux en particulier, provoquant, comme on l&rsquo;a dit, l&rsquo;exasp\u00e9ration de nombreux Damasc\u00e8nes.<\/p>\n<p>Tirant parti des difficult\u00e9s \u00e9conomiques des propri\u00e9taires, de la connivence des \u00e9diles locaux et de la protection des plus hautes personnalit\u00e9s de l&rsquo;Etat, ils ont r\u00e9cemment multipli\u00e9 les acquisitions de biens, concentrant leurs efforts sur les h\u00f4tels situ\u00e9s au c\u0153ur de la capitale, dans le quadrilat\u00e8re d\u00e9limit\u00e9 par le pont Victoria, la gare du Hijaz, la Place Merjeh et la rue al-Bahsa\u2026 soit autour du Centre culturel iranien, principal lieu de distribution des publications religieuses et de diffusion de la doctrine chiite. Parmi les \u00e9tablissements dont ils assurent d\u00e9sormais la gestion directement ou indirectement, figurent les h\u00f4tels al-Iwan, Kinda, Asia, Damas International, Venezia, P\u00e9tra\u2026 et le S\u00e9miramis, propri\u00e9t\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9 du Chemin de Fer du Hijaz, dont le nouvel investisseur est un membre de la famille Nazha qui travaillait jusqu&rsquo;alors dans le secteur du fret.<\/p>\n<p><img4791|center><\/p>\n<p>De nombreux t\u00e9moignages attestent aussi que, depuis la mosqu\u00e9e de Sayyida Roqaya, au nord de la mosqu\u00e9e des Omeyyades, les Iraniens ont encourag\u00e9 avec la complicit\u00e9 des responsables syriens un programme de r\u00e9cup\u00e9ration de maisons dans la vieille ville de Damas. Il a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 abouti \u00e0 renforcer et \u00e0 concentrer la pr\u00e9sence des chiites dans la partie orientale de la ville intra muros. Ayant fait la jonction, en direction de Bab Touma, avec leur quartier historique de Joura, ils se sont d\u00e9ploy\u00e9s vers le sud pour rejoindre le quartier al-Amin, et, en suivant la rue Midhat Bacha (rue droite), ils s&rsquo;approprient d\u00e9sormais l&rsquo;espace d\u00e9limit\u00e9 par les porte al-Kisan et al-Charqi. La relation avec l&rsquo;Iran ayant d\u00e9finitivement supplant\u00e9 dans les priorit\u00e9s du r\u00e9gime la \u00ab\u00a0protection des chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb, ceux-ci n&rsquo;ont pu s&rsquo;opposer ni \u00e0 la \u00ab\u00a0chiisation\u00a0\u00bb de leur centre traditionnel de Bab Touma, ni \u00e0 l&rsquo;expulsion sous la contrainte de fid\u00e8les de diff\u00e9rentes Eglises habitant ou travaillant du mauvais c\u00f4t\u00e9 de cette nouvelle fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>On ajoutera pour en finir avec ce sujet destin\u00e9 \u00e0 provoquer longtemps encore le m\u00e9contentement des Syriens que, en vertu d&rsquo;un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel, les services comp\u00e9tents ont r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 ouvrir par les moyens \u00e0 leur convenance les maisons et appartements laiss\u00e9s vacants par l&rsquo;absence, la fuite ou l&rsquo;\u00e9migration de leurs occupants l\u00e9gitimes. Ils peuvent ensuite proc\u00e9der \u00e0 la mise en location de ces logements, mais ils devront conserver les sommes ainsi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es pour les remettre, en temps opportun, \u00e0 ceux auxquels elles reviennent de droit. Faut-il pr\u00e9ciser que, en prenant connaissance de cette mesure nouvelle, de nombreux Syriens ont fait le rapprochement avec d&rsquo;autres d\u00e9crets qui, depuis plusieurs mois, encadrent l&rsquo;attribution de la nationalit\u00e9 syrienne \u00e0 des centaines d&rsquo;\u00e9trangers de diverses nationalit\u00e9s, appartenant pour quelques-uns \u00e0 une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, et pour la majorit\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 chiite ? Faut-il pr\u00e9ciser aussi que ce nouveau \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb \u00e9voque spontan\u00e9ment pour eux la Direction des Awqafs, dont la mission officielle est de g\u00e9rer les biens de mainmorte au profit de la communaut\u00e9 ou des objectifs qui leur ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s par leurs anciens propri\u00e9taires, mais qui est devenue, du fait de la corruption r\u00e9gnant dans ce milieu et de la collusion entre ses responsables et les chefs des moukhabarat, une source de revenus consid\u00e9rables pour les uns et les autres ?<\/p>\n<p>La semaine derni\u00e8re, le 3 novembre, les c\u00e9l\u00e9brations publiques de la f\u00eate de Achoura, au cours de laquelle les chiites comm\u00e9morent le massacre de l&rsquo;imam Husayn et de plusieurs dizaines de membres de sa famille \u00e0 Karbala, ont provoqu\u00e9 un nouvel \u00e9moi. Pour faciliter la coexistence entre communaut\u00e9s et pr\u00e9venir les provocations mutuelles, le pouvoir syrien imposait depuis longtemps aux diff\u00e9rentes religions de restreindre l&rsquo;accomplissement de leurs rites collectifs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leurs lieux de culte, ou dans les limites de leurs quartiers. Ainsi, lors de la f\u00eate des Rameaux, les chr\u00e9tiens \u00e9taient et sont toujours autoris\u00e9s \u00e0 sortir en procession de leurs \u00e9glises. Mais, dans la vieille ville de Damas par exemple, ils ne peuvent franchir les limites du \u00ab\u00a0quartier chr\u00e9tien\u00a0\u00bb d\u00e9limit\u00e9 par la porte de St Thomas (Bab Touma) et la Porte orientale (Bab Charqi).<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Bachar al-Assad, et profitant de son isolement international, les Iraniens ont fait un test pour voir jusqu&rsquo;o\u00f9 ils pouvaient pousser leur avantage. Ils ont incit\u00e9 des p\u00e8lerins \u00e0 faire ce que les chiites syriens n&rsquo;avaient jamais fait : c\u00e9l\u00e9brer publiquement Achoura hors des mosqu\u00e9es et des quartiers chiites. Choqu\u00e9s par l&rsquo;aspect violent &#8211; \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre toujours sanglant &#8211; de cette manifestation, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;islam sunnite en Syrie, les commer\u00e7ants se sont plaints, par la voie de responsables religieux, de ce qu&rsquo;ils avaient interpr\u00e9t\u00e9 comme une offense d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 leurs sentiments. Le chef de l&rsquo;Etat a alors \u00e9t\u00e9 contraint de leur donner raison et, depuis lors, les flagellations rituelles s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9es dans l&rsquo;enceinte des seules sanctuaires chiites.<\/p>\n<p><img4794|center><\/p>\n<p>Mais l&rsquo;afflux en Syrie d&rsquo;un nombre croissant de chiites de toutes nationalit\u00e9s, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;Iran pour apporter un soutien \u00e0 Bachar al-Assad, les a finalement incit\u00e9s \u00e0 se comporter en ma\u00eetres des lieux. Comme enivr\u00e9s par la puissance acquise dans un pays dont ils assurent la protection et d\u00e9tiennent en bonne partie les clefs de la d\u00e9cision, les Iraniens ont pouss\u00e9 cette ann\u00e9e les p\u00e8lerins et les combattants chiites \u00e0 affirmer leur pr\u00e9sence et celle de leur religion au centre de la vieille ville de Damas et \u00e0 se livrer en public, aussi librement qu&rsquo;ils le souhaitaient, au rite de la flagellation qui d\u00e9pla\u00eet tant aux Damasc\u00e8nes.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce qui ne pouvait manquer d&rsquo;appara\u00eetre comme une provocation de la part du r\u00e9gime de Bachar al-Assad et de ses parrains iraniens, et pour d\u00e9noncer une tentative de modifier le visage de la capitale, des activistes ont organis\u00e9, vendredi 7 novembre, des rassemblements et une campagne sur les r\u00e9seaux sociaux. Avec le soutien de la page de \u00ab\u00a0La R\u00e9volution syrienne contre Bachar al-Assad\u00a0\u00bb, ils ont tenu \u00e0 affirmer qu&rsquo;ils ne se laisseraient pas faire et que \u00ab\u00a0Damas restera omeyyade et ne sera pas safavide\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><img4793|center><br \/>\nQuel que soit le jeu des Iraniens et en d\u00e9pit de la complicit\u00e9 dont ils b\u00e9n\u00e9ficient de la part d&rsquo;un r\u00e9gime qui ne peut rien leur refuser, le risque de voir Damas transform\u00e9e en une ville chiite reste une menace lointaine. Mais il en va de cette menace comme des tentatives de gagner au chiisme des membres des autres communaut\u00e9s en Syrie. Leurs r\u00e9sultats restent modestes, si l&rsquo;on rapporte le nombre des convertis \u00e0 celui des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, et les chiites ne sont pas pr\u00e8s d&rsquo;y supplanter num\u00e9riquement les sunnites. Mais elles ont une port\u00e9e symbolique extr\u00eamement forte. Elles contribuent en effet \u00e0 entretenir la conviction, au sein de la communaut\u00e9 majoritaire, que le r\u00e9gime de Bachar al-Assad, qui a fait d&rsquo;elle son principal ennemi depuis le d\u00e9but du soul\u00e8vement populaire, qui a concentr\u00e9 contre elle l&rsquo;essentiel de ses coups et qui n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;alt\u00e9rer son image pour en faire dans son ensemble un \u00e9pouvantail, \u00e9prouve \u00e0 son endroit une animosit\u00e9 radicale et qu&rsquo;il ne reculera devant rien pour modifier une situation d\u00e9mographie dont il sait, et dont il constate chaque jour davantage, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas \u00e0 son avantage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9fil\u00e9 de jeunes chiites \u00e0 Damas (03.11.2014) * Parmi les multiples ph\u00e9nom\u00e8nes qui attisent en Syrie le m\u00e9contentement de l&rsquo;ensemble des Damasc\u00e8nes, et de mani\u00e8re particuli\u00e8re celui de la majorit\u00e9 sunnite de la population, il en est deux qui occupent en ces jours une place particuli\u00e8re. 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