{"id":140153,"date":"2014-11-07T19:54:44","date_gmt":"2014-11-07T18:54:44","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/abdelwahab-meddeb-lislamisme-est-la-maladie-de-lislam-mais-les-germes-sont-dans-le-texte\/"},"modified":"2024-01-23T01:47:08","modified_gmt":"2024-01-23T00:47:08","slug":"abdelwahab-meddeb-lislamisme-est-la-maladie-de-lislam-mais-les-germes-sont-dans-le-texte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/abdelwahab-meddeb-lislamisme-est-la-maladie-de-lislam-mais-les-germes-sont-dans-le-texte\/","title":{"rendered":"Abdelwahab Meddeb: \u00abL&rsquo;islamisme est la maladie de l&rsquo;islam, mais les germes sont dans le texte\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>INTERVIEW<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Abdelwahab Meddeb se dit pr\u00eat \u00e0 jouer le r\u00f4le d\u2019un Voltaire arabe. N\u00e9 en 1946 \u00e0 Tunis, il enseigne la litt\u00e9rature compar\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris-X-Nanterre. Ecrivain et po\u00e8te, il revisite inlassablement l\u2019islam, ressuscite la richesse de ses premiers d\u00e9bats et met ses dogmes \u00e0 l\u2019\u00e9preuve pour mieux combattre le simplisme de ses trop nombreux s\u00e9ides. Contre-Pr\u00eaches, son dernier ouvrage (Le Seuil) inspir\u00e9 de ses chroniques dominicales sur Radio Tanger Medi 1, voyage \u00e0 travers un Orient compliqu\u00e9 et son double, l\u2019Occident, se veut une r\u00e9ponse \u00e0 tous les fanatismes.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous \u00e9t\u00e9 surpris par l&rsquo;ampleur de la protestation suscit\u00e9e les propos du pape sur islam et violence ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui et non. Non, je ne comprends pas pourquoi ils ont suscit\u00e9 une telle r\u00e9action et, en m\u00eame temps, on a l&rsquo;impression que l&rsquo;on est d\u00e9sormais face \u00e0 un sch\u00e8me dramaturgique bien \u00e9tabli qui correspond parfaitement \u00e0 ce que recherchent les m\u00e9dias, avec du spectaculaire et de l&rsquo;histoire dans le spectaculaire. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans ce cas pr\u00e9cis est tr\u00e8s grave. On est en face d&rsquo;un discours acad\u00e9mique plut\u00f4t fond\u00e9 sur le raisonnement qui participe, certes, d&rsquo;une apolog\u00e9tique o\u00f9 l&rsquo;on dit que le christianisme est meilleur que l&rsquo;islam. C&rsquo;est une adresse aux chr\u00e9tiens, notamment sur le probl\u00e8me du retrait de Dieu dans un monde de raison. Dans ce texte, le pape avance aussi l&rsquo;id\u00e9e que le Dieu des musulmans et des chr\u00e9tiens est le m\u00eame, m\u00eame si l&rsquo;approche que l&rsquo;on a de ce Dieu n&rsquo;est pas la m\u00eame. Ce qui concerne l&rsquo;islam \u00e9tait simplement introductif pour montrer que le Dieu chr\u00e9tien et le christianisme n&rsquo;ont aucun lien avec la violence, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;islam. C&rsquo;est au Moyen Age, peu avant les croisades, que se forgea en Occident cette repr\u00e9sentation de la religion d&rsquo;un Proph\u00e8te guerrier. Signe de l&rsquo;imposture dans une vision chr\u00e9tienne qui oubliait d&rsquo;ailleurs la tradition de violence dans la Bible, m\u00eame si celle-ci vient plus des rois que des proph\u00e8tes.<\/p>\n<p><strong>Dans ce texte, n&rsquo;y a-t-il pas une identification entre l&rsquo;Europe et le catholicisme ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il y a en lui l&rsquo;id\u00e9e que le christianisme, et le Dieu chr\u00e9tien, est grec, et donc que ce n&rsquo;est pas un hasard si le christianisme a cr\u00fb en Occident et en Europe. D&rsquo;o\u00f9 sa crainte d&rsquo;une d\u00e9shellinisation avec l&rsquo;ouverture du christianisme \u00e0 d&rsquo;autres cultures, africaines, latino-am\u00e9ricaines ou oc\u00e9aniennes. Le pape laisse la porte ouverte tout en recommandant que cette adaptation n&rsquo;occulte pas le lien avec l&rsquo;hell\u00e9nisme et l&rsquo;Europe. Le m\u00eame pape, quand il n&rsquo;\u00e9tait que cardinal, s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 contre l&rsquo;entr\u00e9e de la Turquie en Europe, pour pr\u00e9server les fondements jud\u00e9o-chr\u00e9tiens et hell\u00e9niques de sa culture. Je pense, en revanche, que Bagdad et Cordoue ont particip\u00e9 tout autant que J\u00e9rusalem, Rome et Ath\u00e8nes, \u00e0 la formation de l&rsquo;Europe. Ce lien de l&rsquo;islam avec l&rsquo;hell\u00e9nisme conna\u00eet son point de synth\u00e8se dans le personnage le plus connu en Occident, le philosophe arabe du XIIe si\u00e8cle, Averro\u00e8s. Face \u00e0 l&rsquo;exclusivisme jud\u00e9o-chr\u00e9tien, il y a une sorte d&rsquo;islamo-jud\u00e9o-christianisme et il ne faut pas oublier que les r\u00e9f\u00e9rences en derni\u00e8re instance de l&rsquo;Europe sont les principes des Lumi\u00e8res avec le d\u00e9passement sinon la pulv\u00e9risation de la r\u00e9f\u00e9rence religieuse.<\/p>\n<p><strong>Mais le choix par le pape d&rsquo;une citation d&rsquo;un empereur byzantin et homme d&rsquo;\u00e9p\u00e9e n&rsquo;est-il pas paradoxal pour illustrer cette question du rapport entre la foi et la violence ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le message \u00e9vang\u00e9lique a constitu\u00e9 v\u00e9ritablement une rupture par rapport aux \u00e9critures ant\u00e9rieures en privil\u00e9giant l&rsquo;amour sur la loi. L&rsquo;aspect persuasif l&#8217;emporte sur l&rsquo;aspect coercitif. C&rsquo;\u00e9tait une r\u00e9volution<\/strong>. Les musulmans actuels correspondent \u00e0 la parabole biblique et coranique de ceux qui ont des yeux et qui ne voient pas, de ceux qui ont des oreilles et n&rsquo;entendent pas et il n&rsquo;est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. L&rsquo;un des pays musulmans cens\u00e9 \u00eatre le d\u00e9fenseur de l&rsquo;islam de la mani\u00e8re la plus forte, l&rsquo;Arabie Saoudite, a sur son drapeau la profession de foi islamique, avec des lettres tellement allong\u00e9es qu&rsquo;elles deviennent des lances agressives, et en dessous le glaive. Pour construire un monde en commun dans le respect de la diversit\u00e9, il faut un dialogue, qui ne doit pas \u00eatre de complaisance. La question de la violence de l&rsquo;islam est une vraie question.<\/p>\n<p><strong>La violence dans l&rsquo;islam est-elle une r\u00e9alit\u00e9 ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les musulmans doivent admettre que c&rsquo;est un fait, dans le texte comme dans l&rsquo;histoire telle qu&rsquo;ils la repr\u00e9sentent eux-m\u00eames, en un mode qui appartient plus \u00e0 l&rsquo;hagiographie qu&rsquo;\u00e0 la chronique. <strong>Nous avons \u00e0 faire \u00e0 un Proph\u00e8te qui a \u00e9t\u00e9 violent, qui a tu\u00e9 et qui a appel\u00e9 \u00e0 tuer<\/strong>. La guerre avec les Mecquois fut une guerre de conversion. Il y a eu aussi la guerre avec les juifs et le massacre des juifs \u00e0 M\u00e9dine, d\u00e9cid\u00e9 par le Proph\u00e8te. Il y avait un jeu d&rsquo;alliances, une op\u00e9ration politique qui se continue par le militaire.<\/p>\n<p><strong>Que dit pr\u00e9cis\u00e9ment le Coran ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il est ambivalent. Il y a le verset 256 de la deuxi\u00e8me sourate qui dit \u00ab<em>point de contrainte en religion<\/em>\u00bb. Mais aussi les versets 5 et surtout 29 de la sourate 9, \u00abl<em>e verset de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e<\/em>\u00bb, o\u00f9 il est command\u00e9 de combattre tous ceux qui ne croient pas \u00e0 \u00ab<em>la religion vraie<\/em>\u00bb. L&rsquo;imp\u00e9ratif <em>q\u00e2til\u00fb<\/em>, que l&rsquo;on traduit par \u00abcombattez\u00bb,utilise une forme verbale dont la racine qatala veut dire \u00abtuer\u00bb. Le verset 5 est explicitement contre les pa\u00efens et les idol\u00e2tres, am\u00e9nageant, en revanche, une reconnaissance aux scripturaires, aux gens de l&rsquo;\u00e9criture. Le verset 29, lui, englobe dans ce combat les scripturaires d\u00e9signant nomm\u00e9ment les juifs et les chr\u00e9tiens. C&rsquo;est le verset f\u00e9tiche de ceux qui ont \u00e9tabli la th\u00e9orie de la guerre contre les jud\u00e9o-crois\u00e9s. L&rsquo;islamisme est, certes, la maladie de l&rsquo;islam, mais les germes sont dans le texte lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;o\u00f9 des interpr\u00e9tations oppos\u00e9es ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation traditionnelle reconna\u00eet cette contradiction et n&rsquo;a jamais dit que \u00ab<em>le verset de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e<\/em>\u00bb abolit \u00ab<em>le verset de la tol\u00e9rance<\/em>\u00bb, comme le font les int\u00e9gristes aujourd&rsquo;hui. Pour eux, \u00ab<em>le verset de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e<\/em>\u00bb annule plus de 100 versets de toute autre teneur, appelant par exemple \u00e0 discuter de \u00ab<em>la meilleure mani\u00e8re<\/em>\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire argument contre argument et dans le respect de l&rsquo;autre avec ceux avec qui on n&rsquo;est pas d&rsquo;accord, Il est dit aussi dans un verset (XVI, 125) tr\u00e8s aim\u00e9 par les lib\u00e9raux de l&rsquo;islam : en derni\u00e8re instance, vous ne savez pas o\u00f9 est la religion vraie. Dieu seul le sait. Mais les int\u00e9gristes balayent les versets de ce type. La th\u00e9orie de l&rsquo;abrogeant et de l&rsquo;abrog\u00e9 dans l&rsquo;islam est tr\u00e8s complexe. Eux optent pour l&rsquo;id\u00e9e la plus simple : le principe chronologique. Le verset mecquois sur la tol\u00e9rance \u00e9mane d&rsquo;un Proph\u00e8te de pure spiritualit\u00e9, qui n&rsquo;est pas encore dans l&rsquo;exercice du pouvoir politico-militaire. Il est donc abrog\u00e9 par celui qui vient apr\u00e8s, fait \u00e0 M\u00e9dine. Mais le raisonnement peut \u00eatre renvers\u00e9 comme pour le fameux th\u00e9ologien, <strong>Mohammed Mahmoud Taha, le Soudanais<\/strong>, Il dit : l&rsquo;\u00e9ternel du Coran, c&rsquo;est ce qui nous vient de La Mecque, parce qu&rsquo;il est pur de toute contingence politique. En outre, la guerre sainte avait une codification extr\u00eamement pr\u00e9cise qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la mani\u00e8re avec laquelle le jihad est invoqu\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Il est question du respect profond des vieillards, des enfants, des femmes, de ne jamais, dans l&rsquo;attaque contre des ennemis chr\u00e9tiens, toucher \u00e0 des moines qui sont des gens de paix. Il y a m\u00eame un rapport \u00e9cologique, un appel \u00e0 faire attention aux arbres, aux r\u00e9coltes.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui a chang\u00e9 ensuite ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>A partir du XIXe si\u00e8cle, on a essay\u00e9 d&rsquo;aborder l&rsquo;islam dans une vis\u00e9e de modernisation. Au Caire, <strong>l&rsquo;Egyptien Mohammed Abdou estimait que le temps de la r\u00e9f\u00e9rence au jihad \u00e9tait r\u00e9volu, bien que les pays musulmans \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 colonis\u00e9s ou en voie de colonisation.<\/strong> Il aurait pu \u00e9voquer le jihad comme d\u00e9fense comme beaucoup le font aujourd&rsquo;hui, par exemple \u00e0 propos des Palestiniens, pour les distinguer des gens d&rsquo;Al-Qaeda. Mohammed Abdou partait d&rsquo;un point de vue assez simple, formul\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s minoritaire par certains penseurs cairotes d\u00e8s le XVIIIe si\u00e8cle : chaque fois que, dans la question de la loi, la raison prime sur la tradition, il faut suivre la raison. C&rsquo;est pour rompre avec l&rsquo;esprit de Mohammed Abdou que dans l&rsquo;atmosph\u00e8re des ann\u00e9es 20, Hassan al-Banna, le fondateur des Fr\u00e8res musulmans, a remis en avant le jihad comme arme de combat contre ce qu&rsquo;on pourrait appeler la d\u00e9culturation des soci\u00e9t\u00e9s islamiques par l&rsquo;occidentalisation. Avec Sayed Qotb, qui est le grand th\u00e9oricien arabe de l&rsquo;int\u00e9grisme militant actif et violent, le jihad devient l&rsquo;instrument de la r\u00e9islamisation puisque les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes sont consid\u00e9r\u00e9es elles-m\u00eames comme des soci\u00e9t\u00e9s devenues impies.<\/p>\n<p><strong>La critique dans l&rsquo;islam n&rsquo;est-elle pas bloqu\u00e9e par le fait que le Coran est un texte immuable ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans la doctrine maximaliste, le Coran, c&rsquo;est la parole m\u00eame de Dieu dans sa lettre. Ce qui est pure folie. L\u00e0 aussi, c&rsquo;est un immense d\u00e9bat qui a eu lieu pendant les quatre premiers si\u00e8cles de l&rsquo;islam pour d\u00e9cider si c&rsquo;est un Coran cr\u00e9\u00e9 ou incr\u00e9\u00e9. Opter de nouveau pour la th\u00e8se du Coran cr\u00e9\u00e9 appartient au combat d\u00e9mocratique. Ces d\u00e9bats ont \u00e9t\u00e9, depuis, occult\u00e9s et il faut les ressortir. C&rsquo;est ce qu&rsquo;essayent de faire un peu mes chroniques, sortir les saillies qui ont pu \u00eatre pens\u00e9es dans la tradition islamique.<\/p>\n<p><strong>Un Coran cr\u00e9\u00e9, c&rsquo;est un Coran forc\u00e9ment traduit en langage humain, donc imparfait ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une interpr\u00e9tation. Il est dit dans le Coran, dans un verset c\u00e9l\u00e8bre (verset XIV, 39) : ce que vous avez entre les mains n&rsquo;est pas le livre mais seulement une copie, parce que la m\u00e8re du livre, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;arch\u00e9type \u00ad l\u00e0 encore le Coran se fait platonicien \u00ad, reste dans les cieux. Certes, on ne doute pas qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une parole r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, mais elle est interpr\u00e9t\u00e9e dans un langage humain. M\u00eame les plus litt\u00e9ralistes \u00e9taient tr\u00e8s nuanc\u00e9s : le passage par l&rsquo;art du calligraphe, le passage par l&rsquo;encre, par le papier, obligent n\u00e9cessairement de tenir compte de la m\u00e9diation humaine. Trop de musulmans aujourd&rsquo;hui figent tout. En poussant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absurde, il vaudrait mieux ne pas conna\u00eetre l&rsquo;arabe pour croire dans ce Coran parole de Dieu. Mais, en terme mythique, cette id\u00e9e que le Coran serait la parole m\u00eame de Dieu est tr\u00e8s belle. Un peintre de Herat au XIVe si\u00e8cle montre le Proph\u00e8te recevant pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;Ange qui lui dit : \u00ab<em>Lis au nom de Dieu<\/em>.\u00bb\u00ab<em>Je ne sais pas lire<\/em>\u00bb, r\u00e9pond-il. Ce peintre montre la fondation coranique dans une sc\u00e8ne iconographiquement tr\u00e8s proche de l&rsquo;Annonciation. La r\u00e9ception du Verbe par Marie engendrera le corps et la r\u00e9ception du Verbe par Mohammed engendrera le Livre. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le Livre est donc une forme d&rsquo;incarnation. Mais les musulmans actuels n&rsquo;admettent pas cette image.<\/p>\n<p><strong>Pour eux, c&rsquo;est l&rsquo;Ange qui donne le Livre ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Il est donn\u00e9 et appartient \u00e0 l&rsquo;incr\u00e9\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 toujours l\u00e0 dans sa lettre et en toute \u00e9ternit\u00e9. Je voulais que cette miniature f\u00fbt l&rsquo;illustration de la couverture des <em>Contre-Pr\u00eaches<\/em>. Elle figure seulement dans le rabat, parce que la biblioth\u00e8que de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Edimbourg a refus\u00e9 de donner les droits pour la couverture, craignant de susciter l&rsquo;ire de certains musulmans. Je trouve insens\u00e9 que des Europ\u00e9ens dans une institution europ\u00e9enne censurent dans le sens de l&rsquo;obscurantisme islamique.<\/p>\n<p><strong>Il est de plus en plus risqu\u00e9 de parler de l&rsquo;islam ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Moins que jamais il faut se taire. Il faut contrer ces gens-l\u00e0 de toutes nos forces. <strong>A mes yeux, l&rsquo;islamisme est un fascisme<\/strong>. Certes, Bush a, lui aussi, utilis\u00e9 ce terme, mais cela ne veut pas dire qu&rsquo;il est faux. L&rsquo;Europe peut, enfin, en tant qu&rsquo;acteur historique, \u00eatre en coh\u00e9rence avec les principes qu&rsquo;elle a cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Vous vous d\u00e9finissez comme un Voltaire et vous rappelez volontiers que Zadig veut dire le v\u00e9ridique, en arabe.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Absolument. Le premier calife s&rsquo;appelle d&rsquo;ailleurs Abou Bakr Zadig (je reprends \u00e0 dessein la transcription voltairienne). Il y a vingt ans, jamais je n&rsquo;aurais imagin\u00e9 que le monde vivrait une telle r\u00e9gression.<\/p>\n<p><strong>Vous prenez m\u00eame dans <em>Contre-Pr\u00eaches<\/em> la d\u00e9fense de sa pi\u00e8ce, <em>le Fanatisme ou Mahomet le Proph\u00e8te<\/em>, qui est pourtant tr\u00e8s violent.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ma chance est de m&rsquo;inscrire dans une g\u00e9n\u00e9alogie \u00e0 la fois arabe, islamique, maghr\u00e9bine, tunisienne, europ\u00e9enne, fran\u00e7aise. Je pense que nous vivons \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 nous n&rsquo;avons pas le droit de dire que nous ne sommes pas au courant. Voltaire a, dans l&rsquo;une de ses lettres, une remarque fabuleuse : \u00ab<em>Nous parlons de l&rsquo;islam mais \u00e7a reste entre nous.<\/em>\u00bb A l&rsquo;\u00e9poque comme aujourd&rsquo;hui, parler de l&rsquo;islam est aussi un d\u00e9tour pour parler de nous-m\u00eames. C&rsquo;est exactement l&rsquo;enjeu de la pi\u00e8ce de Voltaire qui \u00e9voque en fait Ravaillac, l&rsquo;assassin d&rsquo;Henri IV, personnage fourvoy\u00e9 par le message fanatique. Nous pouvons mener une \u00e9tude apais\u00e9e de ce que c&rsquo;est que ce Mahomet de Voltaire au lieu d&rsquo;essayer de l&rsquo;interdire, comme l&rsquo;avaient fait les fr\u00e8res Ramadan, \u00e0 partir de Gen\u00e8ve. Ce Mahomet de fiction ne correspond pas au personnage historique. Et je crois que Voltaire le savait. La vocation premi\u00e8re de cette pi\u00e8ce est la d\u00e9nonciation du fanatisme quel qu&rsquo;il soit. Il y a ce vers : \u00ab<em>Le glaive et l&rsquo;Alcoran dans mes sanglantes mains imposeraient silence au reste des humains<\/em>.\u00bb C&rsquo;est le programme de l&rsquo;int\u00e9grisme \u00abben-ladenien\u00bb.<\/p>\n<p><strong>BOLTANSKI ChristopheSEMO Marc<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2006\/09\/23\/l-islamisme-est-la-maladie-de-l-islam-mais-les-germes-sont-dans-le-texte_52174\">Lib\u00e9ration<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTERVIEW Abdelwahab Meddeb se dit pr\u00eat \u00e0 jouer le r\u00f4le d\u2019un Voltaire arabe. N\u00e9 en 1946 \u00e0 Tunis, il enseigne la litt\u00e9rature compar\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris-X-Nanterre. Ecrivain et po\u00e8te, il revisite inlassablement l\u2019islam, ressuscite la richesse de ses premiers d\u00e9bats et met ses dogmes \u00e0 l\u2019\u00e9preuve pour mieux combattre le simplisme de ses trop nombreux<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-140153","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140153","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=140153"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140153\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=140153"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=140153"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=140153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}