{"id":140061,"date":"2014-10-14T15:40:00","date_gmt":"2014-10-14T14:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/lautonomie-kurde-en-syrie-feu-de-paille-ou-fait-accompli\/"},"modified":"2024-01-23T13:43:16","modified_gmt":"2024-01-23T12:43:16","slug":"lautonomie-kurde-en-syrie-feu-de-paille-ou-fait-accompli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/lautonomie-kurde-en-syrie-feu-de-paille-ou-fait-accompli\/","title":{"rendered":"L\u2019autonomie kurde en Syrie : feu de paille ou fait accompli ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>En nous proposant en ce moment ses r\u00e9flexions sur la question de \u00ab\u00a0l&rsquo;autonomie kurde en Syrie : feu de paille ou fait accompli\u00a0\u00bb, Francesco Desoli nous aide indirectement \u00e0 comprendre pourquoi les Kurdes engag\u00e9s \u00e0 A\u00efn al-Arab \/ Kobani contre l&rsquo;Etat islamique &#8211; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de miliciens du Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD), comme le pr\u00e9tendent les uns, ou de combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), comme l&rsquo;affirment les autres &#8211; ne re\u00e7oivent l&rsquo;aide ni des autres Kurdes, ni des autres Syriens, ni des Etats cens\u00e9s soutenir la population syrienne dress\u00e9e contre le r\u00e9gime de Bachar al-Assad.<\/strong><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p><img4700|center><\/p>\n<p><strong>De la r\u00e9volution contre le r\u00e9gime \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du PYD<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9gions \u00e0 majorit\u00e9 kurde de Syrie ont suivi une trajectoire particuli\u00e8re dans la crise syrienne. En 2011, de nombreux jeunes Kurdes ont particip\u00e9 au mouvement de r\u00e9volte pacifique contre le r\u00e9gime syrien, en se montrant solidaires et en se coordonnant avec les autres r\u00e9gions du pays. \u00c0 partir de l\u2019automne 2011, avec la militarisation progressive de la r\u00e9volte, un certain nombre de Kurdes ont d\u00e9sert\u00e9 l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re et ont rejoint l\u2019opposition arm\u00e9e. Pourtant, durant l\u2019ann\u00e9e 2012 le nombre de nouvelles recrues kurdes a diminu\u00e9 en raison de deux facteurs : le refus de l\u2019opposition arabe de reconna\u00eetre officiellement les droits de la minorit\u00e9 kurde, et l\u2019influence grandissante des diff\u00e9rents partis kurdes sur le mouvement de contestation populaire.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le r\u00e9gime syrien a permis au Parti de l\u2019Union D\u00e9mocratique (PYD), la section syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), de rentrer en Syrie pour contribuer \u00e0 contr\u00f4ler et neutraliser le mouvement de r\u00e9volte. D\u2019autre part, une s\u00e9rie de petits partis d\u2019opposition kurde, en exil au Kurdistan irakien, ont essay\u00e9 \u00e0 leur tour d\u2019encadrer les mouvements des jeunes au service de leurs id\u00e9ologies et revendications. En octobre 2011, sous l\u2019\u00e9gide du Parti D\u00e9mocratique du Kurdistan (PDK) irakien, seize de ces partis ont institu\u00e9 le Conseil National Kurde (KNC) pour tenter de cr\u00e9er un contrepoids au PYD. Le PDK a n\u00e9goci\u00e9 un accord de r\u00e9partition du pouvoir entre le KNC et le PYD, qui a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Erbil en juillet 2012, mais est rest\u00e9 lettre morte. Gr\u00e2ce \u00e0 sa structure hi\u00e9rarchique solide et \u00e0 la formation militaire de ses membres, le PYD est rapidement devenu le parti h\u00e9g\u00e9monique dans les zones \u00e0 majorit\u00e9 kurde de Syrie.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, en juillet 2012 le r\u00e9gime syrien a retir\u00e9 ses forces de s\u00e9curit\u00e9 des campagnes et des villes rurales de ces r\u00e9gions pour les red\u00e9ployer \u00e0 Damas, \u00e0 Alep, et dans d\u2019autres zones strat\u00e9giques de Syrie. Avec l\u2019accord implicite du r\u00e9gime, le PYD a occup\u00e9 le vide de pouvoir, a pris le contr\u00f4le des structures militaires et des b\u00e2timents administratifs abandonn\u00e9s, et a enlev\u00e9 les symboles du pouvoir central. Le r\u00e9gime syrien a pourtant maintenu le contr\u00f4le de quelques localit\u00e9s strat\u00e9giques du gouvernorat de Hassakeh : certains quartiers centraux de Qamishli, y compris l\u2019a\u00e9roport et le poste-fronti\u00e8re avec la Turquie ; certains quartiers de Hassakeh et deux bases militaires. Au cours de l\u2019ann\u00e9e 2013, le YPG (les Unit\u00e9s de D\u00e9fense Populaires, la branche militaire du PYD) a men\u00e9 une s\u00e9rie de batailles, pour la plupart victorieuses, contre diff\u00e9rents groupes d\u2019opposition arabes et contre l\u2019\u00c9tat Islamique (EI), et il a \u00e9tendu son contr\u00f4le sur plusieurs zones du gouvernorat de Hassakeh (Ras el-Ein, Tel Tamer, Yaroubiyeh, etc.).<\/p>\n<p>Le PDK irakien, frustr\u00e9 dans son d\u00e9sir de maintenir une influence sur les r\u00e9gions kurdes syriennes, a r\u00e9agi par une s\u00e9rie de fermetures de la fronti\u00e8re entre la Syrie et le Kurdistan irakien, dans une tentative d\u2019isoler \u00e9conomiquement le PYD et de le forcer \u00e0 n\u00e9gocier un r\u00e9el partage du pouvoir. N\u00e9anmoins, le PYD a r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 ces pressions, gr\u00e2ce au maintien minimal d\u2019\u00e9changes commerciaux avec le reste de la Syrie et \u00e0 l\u2019ouverture vers la fin 2013 d\u2019une route commerciale avec l\u2019Iraq \u00e0 travers le poste-fronti\u00e8re de Yaroubiyeh.<\/p>\n<p>Dans sa lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie politique, le PYD n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 utiliser tous les moyens \u00e0 sa disposition pour \u00e9liminer ou marginaliser ses rivaux politiques. Un rapport de Human Rights Watch, publi\u00e9 le 8 juillet 2014, documente une s\u00e9rie de violations des Droits de l\u2019Homme dans les zones sous contr\u00f4le du PYD. Durant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es, neuf opposants politiques du PYD ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s ou ont disparu dans des circonstances jamais clarifi\u00e9es. Des dizaines d\u2019autres opposants ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s vers le Kurdistan irakien avec l\u2019interdiction de revenir en Syrie. \u00c0 plusieurs occasions, les forces de s\u00e9curit\u00e9 du parti ont r\u00e9prim\u00e9 par la force les manifestations des partis d\u2019opposition. Ces graves violations demeurent toutefois \u00e0 une \u00e9chelle limit\u00e9e par rapport \u00e0 la r\u00e9pression de masse exerc\u00e9e par le r\u00e9gime syrien.<\/p>\n<p><strong>Un embryon d\u2019autonomie kurde<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Rassur\u00e9 sur son contr\u00f4le ferme des r\u00e9gions kurdes, en novembre 2013 le PYD a d\u00e9clar\u00e9 la cr\u00e9ation de trois cantons autonomes dans le Nord de la Syrie : le canton de Jazira (la moiti\u00e9 nord du gouvernorat de Hassakeh), le canton de Koban\u00e9 (une enclave kurde au nord-est d\u2019Alep, centr\u00e9e autour de la ville de Koban\u00e9 \/ Ain el-Arab) et le canton de Afrin (une autre enclave kurde au nord-ouest d\u2019Alep). La population de ces trois zones oscille autour d\u2019un million et demi de personnes. Chaque canton s\u2019est dot\u00e9 d\u2019une structure administrative \u00e9labor\u00e9e, avec des commissions pour la D\u00e9fense, la Sant\u00e9, l\u2019\u00c9ducation, le Travail et les Affaires Sociales, etc., informellement appel\u00e9es \u00ab minist\u00e8res \u00bb. Au niveau local, chaque ville et chaque village a un comit\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9 Maison du Peuple (beit al-shaab \/ mala gal) qui est charg\u00e9 de l\u2019administration locale. Dans les villes, un Comit\u00e9 pour l\u2019Assistance (majlis ighathi) et un Comit\u00e9 de Sant\u00e9 (majlis sahhi) g\u00e8rent respectivement la distribution de l\u2019aide humanitaire de provenance diverse et les questions de sant\u00e9 publique, notamment les premiers secours pour les bless\u00e9s de guerre.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette fa\u00e7ade organisationnelle se cache pourtant une situation plus complexe. La plupart des structures publiques \u2013 centres de sant\u00e9, \u00e9coles, h\u00f4pitaux \u2013 sont encore partiellement g\u00e9r\u00e9es par le r\u00e9gime syrien. Les ressources financi\u00e8res du PYD sont insuffisantes pour assurer les d\u00e9penses de l\u2019administration publique et les salaires des fonctionnaires arrivent toujours de Damas. Les h\u00f4pitaux re\u00e7oivent encore de petites quantit\u00e9s de m\u00e9dicaments et de mat\u00e9riel m\u00e9dical du Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 syrien ; il s\u2019agit souvent de donations de l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9. Les responsables des structures publiques doivent donc jongler entre deux responsables : la hi\u00e9rarchie minist\u00e9rielle du r\u00e9gime et l\u2019administration autonome du PYD. Leurs exigences diff\u00e9rentes cr\u00e9ent parfois des tensions.<\/p>\n<p>Par exemple, en novembre 2012, le PYD a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019introduire l\u2019enseignement de la langue kurde dans les \u00e9coles. Le Minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation syrien a condamn\u00e9 cette initiative et a ferm\u00e9 temporairement les \u00e9coles concern\u00e9es. Plusieurs enseignants ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s pour avoir enseign\u00e9 le kurde dans une \u00e9cole publique. N\u00e9anmoins, nombre d\u2019entre eux ont continu\u00e9 leurs cours en tant que b\u00e9n\u00e9voles. L\u2019administration du canton Jazira pr\u00e9pare de nouveaux textes d\u2019enseignement du kurde pour l\u2019ann\u00e9e scolaire 2014\/2015. Les directeurs des \u00e9coles locales collaborent en cachette \u00e0 l\u2019initiative ou sont oblig\u00e9s de l\u2019accepter. Le r\u00e9gime syrien lui-m\u00eame, dans un effort pour regagner le soutien d\u2019au moins une partie de la population kurde, a propos\u00e9 en d\u00e9cembre 2013 d\u2019introduire l\u2019enseignement de la langue kurde dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le chevauchement de diff\u00e9rentes autorit\u00e9s, ou l\u2019absence d\u2019une autorit\u00e9 bien d\u00e9finie, est visible aussi dans d\u2019autres secteurs. Ainsi, le PYD a introduit un nouveau syst\u00e8me judiciaire avec deux niveaux de jugement (ordinaire et d\u2019assises) et a entrepris une r\u00e9forme de la loi syrienne. Ce processus a engendr\u00e9 de la confusion et plusieurs experts l\u00e9gaux divergent sur les lois applicables en ce moment. Dans plusieurs districts en revanche, les bureaux du cadastre fonctionnent toujours et les contrats de bail sont enregistr\u00e9s selon les mod\u00e8les habituels de l\u2019\u00c9tat syrien. Les permis pour lancer une activit\u00e9 commerciale ou une clinique priv\u00e9e sont approuv\u00e9s par les comit\u00e9s locaux et les forces de s\u00e9curit\u00e9s kurdes, mais les pharmaciens, les ing\u00e9nieurs et les m\u00e9decins ont toujours besoin d\u2019un dipl\u00f4me et d\u2019une licence reconnus par le r\u00e9gime central avant de pouvoir exercer leur profession. Pour les voitures, deux syst\u00e8mes parall\u00e8les sont en place : les vieux mod\u00e8les continuent \u00e0 circuler avec les plaques syriennes, tandis que les nouvelles voitures sont enregistr\u00e9es avec un nouveau type de plaque, produit localement, avec une double \u00e9criture en arabe et en kurde.<\/p>\n<p>Quelle que soit l\u2019administration qui contr\u00f4le les services publics, la qualit\u00e9 de ces derniers a fortement diminu\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2010, y compris dans les zones qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 directement touch\u00e9es par la guerre. De nombreux m\u00e9decins, infirmiers et professeurs sont en effet partis vers Damas et la c\u00f4te ou ont abandonn\u00e9 le pays. La plupart des dispensaires dans les villages ruraux ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s. Parmi les quatre h\u00f4pitaux publics du gouvernorat de Hassakeh, un a \u00e9t\u00e9 partiellement d\u00e9truit et deux fonctionnent avec une capacit\u00e9 r\u00e9duite. Une grande partie de la population civile est oblig\u00e9e de recourir au secteur priv\u00e9, y compris pour des op\u00e9rations simples comme la fixation d\u2019une fracture ou une c\u00e9sarienne. Dans le canton de Koban\u00e9 la situation est encore pire : il n\u2019y a aucun h\u00f4pital public, seulement deux petits h\u00f4pitaux priv\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Le PYD \/ YPG : d\u2019une position de troisi\u00e8me force \u00e0 un bastion contre l\u2019\u00c9tat Islamique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral de la crise syrienne, le PYD avec son bras arm\u00e9 le YPG a occup\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but une position particuli\u00e8re. En 2012 et 2013, la dynamique principale du conflit a \u00e9t\u00e9 le conflit arm\u00e9 entre le r\u00e9gime et l\u2019opposition arabe. Le PYD \/ YPG a constitu\u00e9 une sorte de troisi\u00e8me camp aux marges de cette confrontation. D\u2019une part, son entente froide avec le r\u00e9gime syrien lui a permis d\u2019\u00e9viter les bombardements et la r\u00e9pression \u00e9tatique et de maintenir ouverte la liaison a\u00e9rienne avec les zones centrales et c\u00f4ti\u00e8res de la Syrie. D\u2019autre part, la distance et le manque de confiance avec l\u2019opposition arabe ne se sont traduits en conflit ouvert que dans certaines zones de population mixte arabe-kurde. Mais depuis l\u2019automne 2013, l\u2019\u00c9tat Islamique s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un adversaire r\u00e9el et obstin\u00e9 du PYD \/ YPG.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une accalmie temporaire durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 de 2014, l\u2019EI a repris ses attaques \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9. Ses extraordinaires conqu\u00eates en Irak, notamment la prise de Mossoul et Tikrit, lui ont permis de se renforcer en armement, fonds et nouvelles recrues. En juillet 2014, l\u2019EI a lanc\u00e9 une violente offensive contre le canton de Koban\u00e9 et a avanc\u00e9 sur plusieurs villages kurdes avant d\u2019\u00eatre repouss\u00e9. En septembre 2014, une deuxi\u00e8me offensive a renforc\u00e9 ult\u00e9rieurement l\u2019encerclement militaire de l\u2019enclave kurde, mais la perc\u00e9e est actuellement enlis\u00e9e devant la ville de Koban\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le nord-est de la Syrie, l\u2019EI a fortement \u00e9tendu sa zone d\u2019influence aux d\u00e9pens de l\u2019opposition arabe (Deir ez-Zor) et du r\u00e9gime (Raqqa et Hassakeh) mais il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 vaincre les d\u00e9fenses du YPG. Au contraire, apr\u00e8s la retraite des Peshmerga (les forces militaires du Kurdistan irakien) face \u00e0 l\u2019EI au d\u00e9but d\u2019ao\u00fbt 2014, le YPG est intervenu en Irak, o\u00f9 il a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif en rompant le si\u00e8ge des monts Sinjar, et a \u00e9tabli son contr\u00f4le sur un long secteur de la fronti\u00e8re syro-irakienne.<\/p>\n<p>La solidit\u00e9 du YPG est li\u00e9e \u00e0 plusieurs facteurs. Deux ans de conflit arm\u00e9, d\u2019abord contre plusieurs groupes d\u2019opposition arabe, puis contre l\u2019\u00c9tat Islamique, lui ont permis de conna\u00eetre ses adversaires et d\u2019am\u00e9liorer ses capacit\u00e9s militaires. La s\u00e9rie des succ\u00e8s militaires obtenus en 2013 a renforc\u00e9 son moral. De plus, la plupart des positions-cl\u00e9s dans le YPG sont occup\u00e9 par des v\u00e9t\u00e9rans du PKK, d\u2019origine syrienne ou turque, avec des d\u00e9cennies d\u2019exp\u00e9rience de gu\u00e9rilla contre l\u2019arm\u00e9e turque. Si les revers contre l\u2019EI \u00e0 Koban\u00e9 ont montr\u00e9 certaines limites du YPG dans ce territoire encercl\u00e9, ils lui ont permis en m\u00eame temps de relancer le recrutement de volontaires kurdes en Turquie et d\u2019obtenir un soutien indirect, sous forme de frappes a\u00e9riennes, de la coalition occidentale.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9gime syrien et le PYD : alli\u00e9s tactiques, adversaires strat\u00e9giques ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les apparences, les relations entre le PYD \/ YPG et le r\u00e9gime syrien sont complexes et en \u00e9volution permanente. Ces deux acteurs politico-militaires se comportent au m\u00eame moment comme des alli\u00e9s tactiques et des adversaires strat\u00e9giques. Pour le moment, les Kurdes ne peuvent pas prendre le risque d\u2019un conflit ouvert contre le r\u00e9gime, avec les in\u00e9vitables bombardements a\u00e9riens qui briseraient la stabilit\u00e9 et les infrastructures de leurs r\u00e9gions. Pour sa part, le r\u00e9gime ne peut pas se permettre d\u2019ouvrir un nouveau front qui contredirait sa rh\u00e9torique propagandiste bas\u00e9e sur une \u00ab victoire imminente \u00bb et sur la \u00ab protection des minorit\u00e9s \u00bb. Mais dans des conversations priv\u00e9es, plusieurs membres du PYD admettent que le r\u00e9gime syrien ne reconna\u00eetra jamais l\u2019autonomie et les droits nationaux des Kurdes, et que s\u2019il arrivait \u00e0 gagner la guerre contre l\u2019opposition arabe et l\u2019\u00c9tat Islamique, t\u00f4t ou tard il voudrait reprendre aussi le contr\u00f4le des trois cantons.<\/p>\n<p>Plusieurs signaux durant les derniers mois confirment cette divergence strat\u00e9gique. Le PYD a d\u00e9nonc\u00e9 les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du 3 juin 2014 et a emp\u00each\u00e9 le vote dans les zones sous son contr\u00f4le. Le r\u00e9gime a refus\u00e9 d\u2019inscrire les droits de la minorit\u00e9 kurde dans la Constitution et de nommer un gouverneur kurde \u00e0 Hassakeh. Il y a eu plusieurs accrochages faisant des morts et des bless\u00e9s entre des milices pro-r\u00e9gime et les forces kurdes dans les rues de Qamishli et Hassakeh. De plus, si d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le PYD \/ YPG n\u2019a jamais attaqu\u00e9 directement le r\u00e9gime, il n\u2019a pas non plus remis au r\u00e9gime les zones qu\u2019il a prises \u00e0 l\u2019opposition arabe. Le r\u00e9gime syrien a perdu une s\u00e9rie de bases militaires dans les gouvernorats de Raqqa et Hassakeh ; l\u2019a\u00e9roport militaire de Deir ez-Zor est menac\u00e9 ; sa capacit\u00e9 de projeter sa force militaire dans le nord-est de la Syrie d\u00e9cline.<\/p>\n<p>Dans cette situation dynamique, le PYD s\u2019efforce de toutes les fa\u00e7ons possibles d\u2019obtenir le soutien et la reconnaissance de la communaut\u00e9 internationale qui lui ont manqu\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. L\u2019hostilit\u00e9 de la Turquie, du Kurdistan irakien et de l\u2019opposition syrienne l\u2019a maintenu durant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es dans une sorte d\u2019isolement diplomatique. Une d\u00e9l\u00e9gation de haut niveau du PYD a fait une tourn\u00e9e des capitales europ\u00e9ennes en mai et juin 2014. L\u2019arriv\u00e9 de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s irakiens dans le district de Al-Malkiyeh \/ Derek en ao\u00fbt 2014 a permis aux autorit\u00e9s du PYD d\u2019ouvrir un canal direct de communication avec les Nations Unies et la Croix Rouge Internationale pour l\u2019envoi de l\u2019aide humanitaire. Un obstacle majeur \u00e0 des relations plus \u00e9troites avec les gouvernements occidentaux est constitu\u00e9 par la pr\u00e9sence du PKK dans la liste des organisations terroristes internationales ; mais selon certains responsables du PYD, des n\u00e9gociations pour le retrait de cette inscription seraient d\u00e9j\u00e0 en cours. L\u2019\u00e9lection d\u2019Erdogan comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en Turquie en ao\u00fbt 2014 devrait le rassurer sur la solidit\u00e9 de son pouvoir et pourrait l\u2019encourager \u00e0 relancer le processus de paix avec le PKK. Cela faciliterait un rapprochement entre PYD \/ YPG d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et Kurdistan irakien, opposition syrienne et pays occidentaux de l\u2019autre. D\u2019ailleurs, dans leur qu\u00eate d\u2019alli\u00e9s sur le terrain pour leur campagne militaire contre l\u2019EI, les Etats-Unis auront du mal \u00e0 ignorer le fait que le YPG est le seul groupe arm\u00e9 syrien \u00e0 avoir r\u00e9cemment gagn\u00e9 plusieurs batailles contre l\u2019EI.<\/p>\n<p><strong>Un avenir incertain pour l\u2019autonomie kurde et pour la Syrie<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>In fine, la question principale pour les Kurdes syriens est l\u2019avenir de leur embryon d\u2019autonomie r\u00e9gionale. Est-ce un feu de paille, destin\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9teindre apr\u00e8s un retour en force du gouvernement central ? Est-ce plut\u00f4t le premier pas d\u2019un long parcours vers une r\u00e9elle autonomie, voire une ind\u00e9pendance, selon le mod\u00e8le du Kurdistan irakien ? Il est trop t\u00f4t pour donner une r\u00e9ponse, mais les tendances actuelles jouent potentiellement en faveur des Kurdes.<\/p>\n<p>Si, entre septembre 2013 et mai 2014, le r\u00e9gime syrien semblait se redresser progressivement et il n\u2019\u00e9tait plus impossible d\u2019imaginer sa reconqu\u00eate totale du pays, la chute de Mosul et l\u2019avanc\u00e9e foudroyante de l\u2019\u00c9tat Islamique ont boulevers\u00e9 la situation g\u00e9opolitique de la r\u00e9gion. L\u2019Irak et la Syrie naviguent d\u00e9sormais vers une direction inconnue. Un exemple \u00e9vident : en mai 2014, apr\u00e8s sa victoire partielle aux \u00e9lections parlementaires, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki semblait destin\u00e9 \u00e0 rester pour encore cinq ans au pouvoir ; il n\u2019aura fallu que trois mois pour qu\u2019il soit \u00e9cart\u00e9 et qu\u2019il laisse la place \u00e0 une tentative de gouvernement d\u2019unit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Le m\u00eame type de compromis, avec un changement au sommet de l\u2019\u00c9tat et un partage du pouvoir entre forces pro-r\u00e9gime, opposition arabe et forces kurdes, pourrait \u00eatre en Syrie \u00e9galement la seule solution pour former un front compact contre l\u2019\u00c9tat Islamique et trouver une voie de sortie de la guerre civile. Dans ce sc\u00e9nario, le PYD \/ YPG pourrait profiter de l\u2019occasion pour n\u00e9gocier ses conditions et obtenir une reconnaissance \u00e0 niveau national et international de son contr\u00f4le sur les r\u00e9gions kurdes et un certain degr\u00e9 d\u2019autonomie pour les trois cantons.<\/p>\n<p>* Francesco DESOLI vit et travaille au Moyen Orient.<br \/>\nArabisant, il s&rsquo;int\u00e9resse depuis 2012 \u00e0 la crise syrienne.<br \/>\nIl collabore avec le r\u00e9seau Focus on Syria.<\/p>\n<p> ===<\/p>\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en italien en septembre 2014 dans la revue Limes &#8211; Rivista italiana di geopolitica, volume 9\/14 (\u00ab\u00a0Le maschere del califfo\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2014\/10\/14\/lautonomie-kurde-en-syrie-feu-de-paille-ou-fait-accompli\/#more-8945\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En nous proposant en ce moment ses r\u00e9flexions sur la question de \u00ab\u00a0l&rsquo;autonomie kurde en Syrie : feu de paille ou fait accompli\u00a0\u00bb, Francesco Desoli nous aide indirectement \u00e0 comprendre pourquoi les Kurdes engag\u00e9s \u00e0 A\u00efn al-Arab \/ Kobani contre l&rsquo;Etat islamique &#8211; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de miliciens du Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD), comme le<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-140061","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=140061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140061\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=140061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=140061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=140061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}