{"id":139855,"date":"2014-08-27T19:47:01","date_gmt":"2014-08-27T18:47:01","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/la-lutte-contre-le-terrorisme-ne-peut-pas-passer-par-bachar-al-assad\/"},"modified":"2024-01-23T13:43:03","modified_gmt":"2024-01-23T12:43:03","slug":"la-lutte-contre-le-terrorisme-ne-peut-pas-passer-par-bachar-al-assad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/la-lutte-contre-le-terrorisme-ne-peut-pas-passer-par-bachar-al-assad\/","title":{"rendered":"La lutte contre le terrorisme ne peut pas passer par Bachar al-Assad"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir atermoy\u00e9 durant plusieurs mois, et apr\u00e8s avoir men\u00e9 des attaques symboliques au cours des derni\u00e8res semaines contre des positions de l&rsquo;Etat islamique dans des localit\u00e9s dont celui-ci s&rsquo;\u00e9tait rendu ma\u00eetre dans l&rsquo;Est de la Syrie, l&rsquo;arm\u00e9e syrienne s&rsquo;est finalement lanc\u00e9e, dimanche 17 ao\u00fbt, dans des raids sans pr\u00e9c\u00e9dent contre Da&rsquo;ech, l&rsquo;acronyme arabe de cette organisation, \u00e0 Raqqa et ses environs.<\/p>\n<p>Les activistes locaux ont \u00e9t\u00e9 surpris par ce d\u00e9veloppement. Il constituait un changement radical de strat\u00e9gie de la part du r\u00e9gime de Bachar al-Assad. D\u00e9\u00e7u de ne pas voir se concr\u00e9tiser au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 2012 les espoirs qu&rsquo;il avait plac\u00e9s dans Jabhat al-Nusra, le Front de Soutien des Moudjahidin syriens \u00e0 la Population de Syrie, adoub\u00e9 par Ayman al-Zawahiri comme le seul repr\u00e9sentant d&rsquo;al-Qa\u00efda dans ce pays, il avait fait montre de connivence avec l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak, dont les ambitions h\u00e9g\u00e9moniques n&rsquo;avaient pas tard\u00e9 \u00e0 se traduire, au printemps 2013, par l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouveau nom : l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak et du Levant. Par opportunisme, il avait \u00e9vit\u00e9 de prendre pour cible ses casernes et ses camps. Il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9galement abstenu de toute action s\u00e9rieuse contre ses combattants. Apr\u00e8s tout, ils provoquaient plus de morts dans les rangs de ses v\u00e9ritables \u00ab\u00a0ennemis\u00a0\u00bb &#8211; la population des r\u00e9gions \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb, les activistes, les opposants, l&rsquo;Arm\u00e9e libre et les autres groupes islamistes -, que parmi ses propres soldats et les mercenaires \u00e0 son service, recrut\u00e9s par lui sur une base confessionnelle dans l&rsquo;ensemble du monde chiite pour renforcer son pouvoir chancelant.<\/p>\n<p>Ainsi, le 10 juillet par exemple, des membres du bureau d&rsquo;information de Raqqa annon\u00e7aient que \u00ab\u00a0des avions de guerre du r\u00e9gime ont attaqu\u00e9 des zones proches du si\u00e8ge de Da&rsquo;ech &#8211; acronyme arabe de l&rsquo;Etat islamique &#8211; comme s&rsquo;ils cherchaient \u00e0 d\u00e9truire ce b\u00e2timent et \u00e0 tuer ses occupants. Mais leurs tirs n&rsquo;ont atteint que des habitations de civils, faisant plusieurs victimes dont dix membres d&rsquo;une m\u00eame famille dans le quartier d&rsquo;al-Fakhikha\u00a0\u00bb. Ils soulignaient qu&rsquo;une telle impr\u00e9cision, si elle n&rsquo;\u00e9tait pas toujours d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, \u00e9tait malgr\u00e9 tout tristement ordinaire de la part des pilotes des appareils syriens.<\/p>\n<p>N&rsquo;imaginant pas que l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re se lancerait un jour dans une telle s\u00e9rie d&rsquo;attaques &#8211; 23 raids en moins de 24 heures, dont 9 contre la ville de Tabqa et les alentours de son a\u00e9roport militaire, et 14 contre divers quartiers de la capitale r\u00e9gionale elle-m\u00eame -, les activistes ont d&rsquo;abord soup\u00e7onn\u00e9 que les bombardements du 17 juillet \u00e9taient le fait de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, engag\u00e9e en Irak dans des op\u00e9rations similaires contre Da&rsquo;ech au b\u00e9n\u00e9fice des kurdes, des chr\u00e9tiens chald\u00e9ens et, surtout, de la communaut\u00e9 yazidie. Ils pensaient en percevoir des indices dans la couleur du camouflage inhabituel des appareils, dans leur bruit peu familier et dans la pr\u00e9cision inattendue de leurs attaques. Celles-ci auraient en effet provoqu\u00e9 de 30 \u00e0 40 morts, selon les sources, en majorit\u00e9 parmi les djihadistes. Une dizaine de soldats du 93\u00e8me r\u00e9giment que ces derniers d\u00e9tenaient dans leurs ge\u00f4les auraient \u00e9galement p\u00e9ri sous les bombes. On devait apprendre plus tard que les avions en question n&rsquo;\u00e9taient pas am\u00e9ricains, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de Soukho\u00ef\u2026 La nationalit\u00e9 de leurs pilotes &#8211; Syriens, Iraniens, Russes\u2026? &#8211; reste \u00e0 cette heure inconnue.<\/p>\n<p><strong><em>===<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ce changement de strat\u00e9gie militaire et ce brusque passage de l&rsquo;attentisme \u00e0 l&rsquo;action s&rsquo;expliquent, de la part du r\u00e9gime syrien, par au moins trois raisons.<\/p>\n<p>1. Apr\u00e8s avoir vu dans Da&rsquo;ech un \u00ab\u00a0alli\u00e9 objectif\u00a0\u00bb dans la guerre qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 de mener d\u00e8s la premi\u00e8re heure contre le soul\u00e8vement populaire n\u00e9 \u00e0 Daraa en mars 2011 et dans l&rsquo;engrenage de la violence qu&rsquo;il avait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provoqu\u00e9 et entretenu, Bachar al-Assad a \u00e9t\u00e9 contraint de prendre en compte les nouvelles ambitions du chef de l&rsquo;Etat islamique. Pour confirmer ses pr\u00e9tentions, Abou Bakr al-Baghdadi s&rsquo;\u00e9tait autoproclam\u00e9 calife &#8211; successeur du proph\u00e8te Mohammed -, le 29 juin, sous le nom de Calife Ibrahim. Depuis lors, pour assurer son autorit\u00e9 sur la ville de Raqqa, si\u00e8ge de son califat\u2026 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fin du 8\u00e8me si\u00e8cle la capitale temporaire du calife Haroun al-Rachid, il avait entrepris de d\u00e9barrasser la r\u00e9gion des derni\u00e8res positions tenues par l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Les responsables syriens s&rsquo;\u00e9taient jusqu&rsquo;alors accommod\u00e9s des agissements de Da&rsquo;ech et ils avaient mis en \u0153uvre avec ce groupe une sorte de modus vivendi implicite. Aussi longtemps que les da&rsquo;echistes s&rsquo;\u00e9taient montr\u00e9s moins soucieux de se battre contre les forces du r\u00e9gime que de s&#8217;emparer de villes et de villages d\u00e9j\u00e0 lib\u00e9r\u00e9s, de contr\u00f4ler les fronti\u00e8res avec la Turquie et l&rsquo;Irak, de mettre la main sur les ressources de ces r\u00e9gions, d&rsquo;enlever des journalistes et d&#8217;emprisonner les humanitaires syriens et \u00e9trangers, de supprimer les chefs militaires et spirituels des groupes arm\u00e9s concurrents, d&rsquo;imposer aux simples citoyens des r\u00e8gles et des comportements dont ils pr\u00e9tendaient trouver la justification dans les pr\u00e9ceptes de l&rsquo;islam\u2026, les forces de s\u00e9curit\u00e9 les avaient laiss\u00e9 faire. Elles avaient profit\u00e9 de la situation pour porter leurs coups ailleurs et, prenant \u00e0 revers les combattants de l&rsquo;Arm\u00e9e libre pris d\u00e9sormais entre deux feux, ils \u00e9taient parvenus \u00e0 progresser sur certains fronts.<\/p>\n<p>Mais, apr\u00e8s la prise de la Base 93, au cours du mois de juillet, et la capture de la 17\u00e8me Division, au d\u00e9but du mois d&rsquo;ao\u00fbt, la chute de la base a\u00e9rienne de Tabqa &#8211; la derni\u00e8re enclave de l&rsquo;arm\u00e9e du r\u00e9gime dans le gouvernorat\u2026 finalement elle aussi tomb\u00e9e le 24 de ce mois &#8211; aurait mis un terme \u00e0 toute pr\u00e9sence de l&rsquo;administration civile et militaire dans cette r\u00e9gion. Elle aurait ouvert la voie, vers l&rsquo;est, \u00e0 la conqu\u00eate des derniers bastions du pouvoir dans le gouvernorat voisin de De\u00efr al-Zor, et mis sous la menace, vers le sud, les villes de Hama et de Salamiy\u00e9 et la r\u00e9gion de Homs. Elle aurait gravement compromis l&rsquo;acheminement par voie terrestre des armes et des renforts en direction des troupes engag\u00e9es dans la reconqu\u00eate d&rsquo;Alep. Enfin, elle aurait mis en exergue, en comparaison, l&rsquo;impuissance flagrante du pouvoir syrien \u00e0 venir \u00e0 bout des poches de r\u00e9sistance dans les gouvernorats encore sous son contr\u00f4le\u2026 autrement qu&rsquo;en leur proposant des tr\u00eaves ou des compromis, qui neutralisent les combattants mais qui ne r\u00e8glent rien \u00e0 la situation puisqu&rsquo;ils aboutissent \u00e0 une sorte de partage des pouvoirs au niveau local.<\/p>\n<p>2. Il y avait par ailleurs urgence pour Bachar al-Assad \u00e0 prendre les devants face aux r\u00e9cents d\u00e9veloppements en Irak. Il lui fallait dissuader les Am\u00e9ricains, qui avaient commenc\u00e9 \u00e0 bombarder les positions de l&rsquo;Etat islamique et \u00e0 entraver ses conqu\u00eates dans ce pays, d&rsquo;\u00e9tendre leurs op\u00e9rations en Syrie contre l&rsquo;organisation djihadiste. Alors que l&rsquo;administration de Barak Obama \u00e9tait rest\u00e9e jusqu&rsquo;alors sur une r\u00e9serve d\u00e9sesp\u00e9rante pour l&rsquo;opposition syrienne et campait sur une ligne non-interventionniste d\u00e9sormais d\u00e9nonc\u00e9e jusque par l&rsquo;ancienne responsable du D\u00e9partement d&rsquo;Etat Hillary Clinton, des diplomates am\u00e9ricains avaient affirm\u00e9, en recevant \u00e0 Washington, au d\u00e9but du mois de juillet, le d\u00e9nomm\u00e9 Caesar, l&rsquo;auteur des photos montrant l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;industrie de la mort mise en \u0153uvre par le r\u00e9gime syrien, que, pour les Etats-Unis, il n&rsquo;y avait place dans la Syrie nouvelle ni pour Da&rsquo;ech, ni pour Bachar. Certes, de tels propos ne traduisaient pas &#8211; du moins alors\u2026 mais c&rsquo;\u00e9tait avant l&rsquo;ex\u00e9cution du journaliste James Foley &#8211; une volont\u00e9 nouvelle et ils n&rsquo;avaient pas valeur d&rsquo;engagement. Mais les Am\u00e9ricains venaient de sugg\u00e9rer \u00e0 la Coalition nationale, qui repr\u00e9sentait pour eux la l\u00e9gitimit\u00e9 en Syrie, de solliciter une extension de leurs frappes et de leurs tirs de drones contre les si\u00e8ges de l&rsquo;organisation djihadiste. Son pr\u00e9sident, Hadi al-Bahra, avait r\u00e9agi \u00e0 cette invitation avec empressement. Au cours d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse organis\u00e9e \u00e0 Istanbul le 16 ao\u00fbt, soit exactement la veille des raids de l&rsquo;aviation syrienne, il avait officiellement demand\u00e9 la mise en \u0153uvre de ces menaces.<\/p>\n<p>Bachar al-Assad se devait d&rsquo;autant plus d&rsquo;agir contre l&rsquo;Etat islamique que, si les r\u00e9volutionnaires, les activistes et les opposants syriens r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger avaient longtemps \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s dans leur demande d&rsquo;une \u00ab\u00a0intervention militaire internationale\u00a0\u00bb, destin\u00e9e \u00e0 assurer la protection des populations et \u00e0 garantir la survie du mouvement de protestation, la perspective de frappes \u00e9trang\u00e8res contre Da&rsquo;ech pouvait maintenant recueillir l&rsquo;agr\u00e9ment d&rsquo;une majorit\u00e9 de Syriens. C&rsquo;est ce que tendaient \u00e0 d\u00e9montrer \u00e0 la fois un r\u00e9cent sondage d&rsquo;opinion et un nouvel article de l&rsquo;opposant historique Michel Kilo.<\/p>\n<p>En passant \u00e0 l&rsquo;action &#8211; une hypoth\u00e8se aussi lointaine que douteuse \u00e0 ce stade -, les Am\u00e9ricains pourraient \u00e9videmment contribuer \u00e0 all\u00e9ger les pressions militaires que Da&rsquo;ech exerce \u00e0 pr\u00e9sent sur les positions de l&rsquo;arm\u00e9e syrienne. Ils leur rendraient en ce sens un signal\u00e9 service. En revanche, ils priveraient Bachar al-Assad des b\u00e9n\u00e9fices que celui-ci esp\u00e8re \u00e9videmment retirer de sa nouvelle r\u00e9solution contre l&rsquo;organisation terroriste, et ils risqueraient de donner \u00e0 leur intervention une dimension dans le temps et l&rsquo;espace qui ne feraient pas du tout son affaire.<\/p>\n<p>Or, tous les Etats le savent, la pr\u00e9occupation constante du r\u00e9gime syrien, qui ne se prive pas d&rsquo;interf\u00e9rer au nord, au sud, \u00e0 l&rsquo;est et \u00e0 l&rsquo;ouest dans les affaires de ses voisins, pour le pire bien plus souvent que pour le meilleur, est de rester le seul ma\u00eetre chez lui. Il tient \u00e0 r\u00e9gler ses probl\u00e8mes \u00e0 sa mani\u00e8re et \u00e0 g\u00e9rer son calendrier sans en r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 quiconque\u2026 sauf peut-\u00eatre \u00e0 ceux qui se sont d\u00e9sormais impos\u00e9s comme des participants \u00e0 la d\u00e9cision en Syrie \u00e0 la faveur de la crise : les mollahs, les officiers et les moukhabarat iraniens pr\u00e9sents en nombre sur l&rsquo;ensemble du territoire syrien, d&rsquo;une part, et, d&rsquo;autre part, les experts civils et militaires en provenance de la Sainte Russie de Vladimir Poutine.<\/p>\n<p>Bachar al-Assad se devait donc de montrer de quoi il \u00e9tait capable. Et pour prouver que sa nouvelle d\u00e9termination n&rsquo;\u00e9tait pas un feu de paille, il a ordonn\u00e9 \u00e0 son aviation de poursuivre les jours suivants les raids entam\u00e9s le 17 ao\u00fbt, pour tenter de conserver la base a\u00e9rienne de Tabqa et continuer de harceler les positions de l&rsquo;Etat islamique, apr\u00e8s la chute de cette derni\u00e8re implantation, une semaine plus tard.<\/p>\n<p>3. A plus long terme, il s&rsquo;agissait enfin pour lui de d\u00e9montrer \u00e0 ceux qui en doutait encore qu&rsquo;il pouvait \u00eatre pour eux un alli\u00e9 dans la lutte contre le terrorisme islamique. Il avait \u00e9chou\u00e9 dans cette entreprise \u00e0 Montreux et Gen\u00e8ve, au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 2014, puisqu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas parvenu \u00e0 faire accroire \u00e0 d&rsquo;autres qu&rsquo;\u00e0 ses affid\u00e9s et soutiens inconditionnels jusqu&rsquo;en Occident, que la d\u00e9gradation de la situation en Syrie tenait \u00e0 la seule volont\u00e9 des islamistes de mettre le feu \u00e0 son pays avec le soutien d&rsquo;Etats irresponsables, et qu&rsquo;elle n&rsquo;avait rien \u00e0 voir, \u00e9videmment, avec la violence qu&rsquo;il avait adopt\u00e9e d\u00e8s les premiers instants dans la r\u00e9pression du mouvement de protestation de sa population.<\/p>\n<p>Il se devait de montrer sa force et les capacit\u00e9s de son arm\u00e9e, de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9venir une comparaison entre son r\u00e9gime et le pouvoir de son \u00ab\u00a0ami\u00a0\u00bb, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki\u2026 qui venait d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9 par la temp\u00eate. Il ne fallait pas que l&rsquo;on puisse imaginer que, comme dans le pays voisin, le retour de la s\u00e9curit\u00e9 et de la stabilit\u00e9 en Syrie passait par l&rsquo;exclusion de celui dont les d\u00e9cisions inadapt\u00e9es et l&rsquo;incapacit\u00e9 militaire avaient favoris\u00e9 l&rsquo;explosion, le d\u00e9veloppement et la complexification de la crise.<br \/>\nIl devait faire oublier par sa fermet\u00e9 ses longues p\u00e9riodes de complicit\u00e9 directe ou indirecte avec les da&rsquo;echistes, et, avant eux, avec des milliers de candidats au djihad. Le principal soutien actuel de l&rsquo;Etat islamique en Irak n&rsquo;est en effet autre que son oblig\u00e9 Izzet Ibrahim al-Douri, ancien haut apparatchik du parti Baath en Irak, \u00e0 qui il a assur\u00e9 durant de longues ann\u00e9es le vivre, les soins et la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 De\u00efr al-Zor alors que sa t\u00eate \u00e9tait mise \u00e0 prix \u00e0 10 millions de dollars par les Am\u00e9ricains. Et il continue jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, tout en bombardant les hommes de Da&rsquo;ech \u00e0 Raqqa, \u00e0 leur fournir des ressources puisqu&rsquo;il leur ach\u00e8te la production de \u00ab\u00a0leurs\u00a0\u00bb champs de p\u00e9trole dans le gouvernorat de De\u00efr al-Zor.<\/p>\n<h2>===<\/h2>\n<p>Alors que certains esp\u00e8rent encore convaincre les opinions publiques, en France et dans le monde, que le retour en gr\u00e2ce de Bachar al-Assad est d\u00e9sormais in\u00e9luctable, une simple question de temps, il n&rsquo;est pas inutile de mettre \u00e0 nouveau en garde contre l&rsquo;illusion qui consisterait \u00e0 accorder la moindre confiance \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritier de Hafez al-Assad\u2026 dans ce domaine comme dans les autres.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re d\u00e9cennie des ann\u00e9es 2000 a fourni de nombreuses occasions de constater que les engagements que le jeune pr\u00e9sident h\u00e9ritier prenait vis-\u00e0-vis des autres chefs d&rsquo;Etat n&rsquo;\u00e9taient jamais tenus. Dans le meilleur des cas, avant d&rsquo;\u00eatre mis en \u0153uvre, il fallait les lui acheter plusieurs reprises, \u00e0 cr\u00e9dit et \u00e0 un prix sans cesse revu \u00e0 la hausse. Cette mani\u00e8re de faire, plus conforme \u00e0 la mentalit\u00e9 affairiste d&rsquo;un boutiquier des souks qu&rsquo;\u00e0 celle d&rsquo;un chef d&rsquo;Etat soucieux de construire des relations durables avec des partenaires de confiance, avait alors marqu\u00e9 \u00ab\u00a0les limites de la r\u00e9insertion de la Syrie dans le jeu r\u00e9gional\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame d\u00e9cennie a aussi amplement permis de constater qu&rsquo;il \u00e9tait vain de compter sur Bachar al-Assad pour lutter avec fermet\u00e9 et constance contre le radicalisme islamique. Il est conscient de disposer avec ce \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb d&rsquo;un atout de poids, si ce n&rsquo;est d&rsquo;une exclusivit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, depuis les attentats de septembre 2001 et la priorit\u00e9 depuis lors donn\u00e9e par les Etats-Unis et leurs alli\u00e9s \u00e0 la lutte contre le terrorisme. Il a par ailleurs \u00e9t\u00e9 convaincu par son p\u00e8re qu&rsquo;un statut d&rsquo;acteur positif rapporte moins que celui &#8211; plus d\u00e9licat et dangereux\u2026 &#8211; d&#8217;emp\u00eacheur de tourner en rond, de fauteur de trouble ou de boutefeu. Il a donc beaucoup plus souvent \u00ab\u00a0accompagn\u00e9\u00a0\u00bb les groupes islamistes qu&rsquo;il n&rsquo;a cherch\u00e9 \u00e0 les \u00e9radiquer. Ali Mamlouk, alors directeur g\u00e9n\u00e9ral des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux, n&rsquo;avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 faire la promotion de cette strat\u00e9gie lors d&rsquo;une r\u00e9union \u00e0 laquelle il s&rsquo;\u00e9tait invit\u00e9 par surprise avec un officiel am\u00e9ricain en visite \u00e0 Damas, en f\u00e9vrier 2010. Il ne les a donc emprisonn\u00e9s chez lui que pour leur interdire d&rsquo;agir en Syrie, mais il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les rel\u00e2cher d\u00e8s lors qu&rsquo;il savait ses moukhabarat capables de les manipuler dans les pays voisins, par exemple pour contrecarrer les projets am\u00e9ricains en Irak ou pour entretenir l&rsquo;instabilit\u00e9 au nord et au sud du Liban, d&rsquo;o\u00f9 ses troupes avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es au printemps 2005 mais sur lequel il voulait maintenir son influence.<\/p>\n<p>Surpassant son p\u00e8re dans le cynisme et le machiav\u00e9lisme, Bachar al-Assad en est venu, en 2011 et 2012, \u00e0 favoriser la cr\u00e9ation de groupes djihadistes en Syrie m\u00eame. En lib\u00e9rant de ses prisons des centaines et peut-\u00eatre des milliers de d\u00e9tenus dont il n&rsquo;ignorait rien des intentions, il entendait discr\u00e9diter les activistes, les r\u00e9volutionnaires et les combattants de l&rsquo;Arm\u00e9e libre, auxquels sa propagande les assimilait m\u00eame lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e0 voir avec eux. Il esp\u00e9rait ainsi les entra\u00eener dans la spirale de violence qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame d\u00e9clench\u00e9e. Et il escomptait appara\u00eetre \u00e0 la faveur de l&rsquo;anarchie comme un moindre mal aux yeux de la communaut\u00e9 internationale. On a plus haut rappel\u00e9 que l&rsquo;apparition soudaine en Syrie d&rsquo;Abou Bakr al-Baghdadi, au printemps 2013, n&rsquo;est intervenue qu&rsquo;apr\u00e8s la constatation, fin 2012, que le Front de Soutien ne jouait pas pleinement son r\u00f4le d&rsquo;\u00e9pouvantail \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ce pays, du moins aupr\u00e8s des habitants des zones lib\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>N&rsquo;ayant pas de politique de substitution ou n&rsquo;ayant pas de politique du tout, puisqu&rsquo;il refuse de n\u00e9gocier, de transiger et de partager la moindre once du pouvoir que son p\u00e8re lui a l\u00e9gu\u00e9 et qu&rsquo;il compte d\u00e9tenir \u00e0 vie, Bachar al-Assad n&rsquo;a nullement l&rsquo;intention, quoi qu&rsquo;il fasse ou affecte de faire en ce moment, de s&rsquo;engager dans une confrontation s\u00e9rieuse, durable et d\u00e9cisive avec l&rsquo;Etat islamique. D&rsquo;une part, parce qu&rsquo;elle ferait le jeu de ses seuls v\u00e9ritables ennemis, les r\u00e9volutionnaires civils et militaires qui ont lourdement pay\u00e9 au cours des mois \u00e9coul\u00e9s les efforts consentis dans l&rsquo;espoir de briser les ailes de ce ramassis de fanatiques. D&rsquo;autre part, parce qu&rsquo;elle le priverait d&rsquo;un repoussoir dont il excelle \u00e0 mettre en exergue les crimes abominables&#8230; pour mieux dissimuler les abominations criminelles de bien plus grande ampleur auxquelles il se livre lui-m\u00eame, au vu et au su de tous comme \u00e0 l&rsquo;abri des murs de ses prisons. Enfin, parce qu&rsquo;il risquerait de d\u00e9montrer que son impuissance face \u00e0 un ennemi aussi r\u00e9solu que Da&rsquo;ech le disqualifie pour une v\u00e9ritable lutte contre le terrorisme et r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant sa pr\u00e9tention \u00e0 un r\u00f4le de partenaire dans cette affaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;option que certains pr\u00e9conisent d&rsquo;une nouvelle alliance avec Bachar al-Assad se heurte \u00e0 une autre difficult\u00e9. Au sein de ses partisans, certains doutent d\u00e9sormais \u00e0 haute voix de la justesse de ses choix, de la pertinence de ses d\u00e9cisions, et, comme pour Saddam Huse\u00efn, nagu\u00e8re incapable de remporter les guerres par lui-m\u00eame d\u00e9clench\u00e9es contre l&rsquo;Iran d&rsquo;abord, contre le Kowe\u00eft ensuite, de ses comp\u00e9tences de chef supr\u00eame des arm\u00e9es et des forces arm\u00e9es syriennes. L&rsquo;une de ses cousines, Falak al-Assad, n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9, le 26 juillet dernier, \u00e0 pourfendre sur sa page Facebook son impuissance \u00e0 limiter le nombre des pertes dans les rangs des soldats et des officiers issus de sa propre communaut\u00e9, qu&rsquo;il avait abandonn\u00e9s \u00e0 une fin ignominieuse entre les mains des da&rsquo;echistes, alors qu&rsquo;ils assuraient la protection de la raffinerie d&rsquo;al-Chaer ou d\u00e9fendaient le camp de la 17\u00e8me Division. En se rendant aux c\u00e9r\u00e9monies de condol\u00e9ances organis\u00e9es sur la c\u00f4te ou dans la montagne en l&rsquo;honneur des militaires tomb\u00e9s au combat\u2026 quand leurs d\u00e9pouilles sont restitu\u00e9es enfin et au compte-goutte \u00e0 leurs familles, le g\u00e9n\u00e9ral Ali Haydar, ancien chef des Forces sp\u00e9ciales, ne diffuse pas un autre message.<\/p>\n<p>Bref, avec Bachar al-Assad, l&rsquo;alternative n&rsquo;est pas entre une coop\u00e9ration dans la lutte contre le terrorisme ou la poursuite de la guerre et de l&rsquo;afflux des djihadistes en Syrie. C&rsquo;est au contraire la garantie \u00e0 la fois de la perp\u00e9tuation en Syrie d&rsquo;un cycle durable de violence et donc du maintien d&rsquo;un certain niveau d&rsquo;attraction des candidats au djihad en direction de ce pays. Afin d&rsquo;esp\u00e9rer conserver une quelconque utilit\u00e9, il a trop besoin des djihadistes sur son territoire, m\u00eame et y compris au d\u00e9triment de sa propre population, pour mobiliser durablement l&rsquo;ensemble des moyens encore \u00e0 sa disposition dans leur neutralisation. Et pour que nul ne s&rsquo;y m\u00e9prenne, il a demand\u00e9 \u00e0 son vice-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de rappeler que, si la Syrie \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 lutter contre le terrorisme, elle \u00e9tait \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 le faire \u00e0 sa mani\u00e8re et qu&rsquo;elle ne tol\u00e9rerait aucune intervention contre Da&rsquo;ech ou l&rsquo;un des autres clones d&rsquo;al-Qa\u00efda en Syrie sans une concertation \u00e9troite. On ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas : que resterait-il de Don Quichotte si on lui supprimait ses moulins ?<\/p>\n<p>Les Etats-Unis ont bien compris ce qu&rsquo;ils pouvaient attendre d&rsquo;une coop\u00e9ration avec Bachar al-Assad dans ce domaine. Ils ont affirm\u00e9, le 6 ao\u00fbt, qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0excluaient toute coop\u00e9ration avec la Syrie dans la lutte contre al-Qa\u00efda\u00a0\u00bb. Bien d&rsquo;autres pays, dont la France, partagent depuis longtemps la conviction que ce n&rsquo;est pas \u00e0 un tel pyromane qu&rsquo;il convient de faire appel pour circonscrire le feu qu&rsquo;il pr\u00e9tend combattre&#8230; tout en s&#8217;employant \u00e0 l&rsquo;entretenir.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2014\/08\/27\/la-lutte-contre-le-terrorisme-ne-peut-pas-passer-par-bachar-al-assad\/\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir atermoy\u00e9 durant plusieurs mois, et apr\u00e8s avoir men\u00e9 des attaques symboliques au cours des derni\u00e8res semaines contre des positions de l&rsquo;Etat islamique dans des localit\u00e9s dont celui-ci s&rsquo;\u00e9tait rendu ma\u00eetre dans l&rsquo;Est de la Syrie, l&rsquo;arm\u00e9e syrienne s&rsquo;est finalement lanc\u00e9e, dimanche 17 ao\u00fbt, dans des raids sans pr\u00e9c\u00e9dent contre Da&rsquo;ech, l&rsquo;acronyme arabe de<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-139855","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=139855"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139855\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=139855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=139855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=139855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}