{"id":139755,"date":"2014-07-23T23:30:22","date_gmt":"2014-07-23T22:30:22","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/la-clandestinite-gage-de-survie-des-opposants-des-activistes-et-de-la-revolution-en-syrie\/"},"modified":"2024-01-23T13:42:58","modified_gmt":"2024-01-23T12:42:58","slug":"la-clandestinite-gage-de-survie-des-opposants-des-activistes-et-de-la-revolution-en-syrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/la-clandestinite-gage-de-survie-des-opposants-des-activistes-et-de-la-revolution-en-syrie\/","title":{"rendered":"La clandestinit\u00e9, gage de survie des opposants, des activistes\u2026 et de la r\u00e9volution en Syrie"},"content":{"rendered":"<p> <strong><br \/>\nEn prenant possession des rues de quelques grandes villes syriennes par centaines de milliers, au printemps 2011, et en manifestant \u00e0 visage d\u00e9couvert pour r\u00e9clamer la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 dont ils avaient \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s durant pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, les Syriens pensaient en avoir fini avec la clandestinit\u00e9.<\/strong> Parmi les principes qui faisaient l&rsquo;unanimit\u00e9 parmi eux, avant que quiconque ait pr\u00e9tendu les diriger et tent\u00e9 de se poser en guide supr\u00eame de leur r\u00e9volution, figurait le refus de l&rsquo;action secr\u00e8te. Le temps n&rsquo;\u00e9tait plus &#8211; du moins l&rsquo;esp\u00e9raient-ils en renversant le mur de la peur &#8211; o\u00f9 le r\u00e9gime en place pourrait les emp\u00eacher d&rsquo;exprimer publiquement leur immense envie de changement.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, plusieurs dizaines de rescap\u00e9s des bagnes et prisons de Syrie ont fait le r\u00e9cit sous diverses formes de leur temps de d\u00e9tention. Seuls quelques de ces ouvrages ont \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais et sont actuellement disponibles en librairie. L&rsquo;un des plus connus est le roman de Moustafa Khalif\u00e9 intitul\u00e9 La Coquille, qui raconte les traitements inhumains nagu\u00e8re r\u00e9serv\u00e9s aux d\u00e9tenus d&rsquo;opinion dans le p\u00e9nitencier militaire de Palmyre. En 2013, Actes Sud a \u00e9galement publi\u00e9 Treize ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l&rsquo;inconnu d&rsquo;Aram Karabet, qui narre les p\u00e9r\u00e9grinations et les tortures endur\u00e9es par l&rsquo;auteur dans les diverses ge\u00f4les o\u00f9 il a s\u00e9journ\u00e9 durant ses 13 ann\u00e9es de d\u00e9tention. Le po\u00e8te Faraj Bayrakdar, d\u00e9tenu \u00e0 Palmyre et \u00e0 Sadnaya pendant 14 ans, avait auparavant \u00e9voqu\u00e9, en particulier dans le r\u00e9cit L&rsquo;homme auquel on a fait manger un rat mort, les s\u00e9vices dont \u00e9taient victimes les prisonniers abandonn\u00e9s au sadisme de leurs bourreaux\u2026<\/p>\n<p>En revanche, aucun opposant syrien ayant jadis opt\u00e9 pour la clandestinit\u00e9 n&rsquo;a encore entrepris de faire le r\u00e9cit de son exp\u00e9rience. Pourtant certains d&rsquo;entre eux sont parvenus \u00e0 d\u00e9jouer, parfois durant deux d\u00e9cennies, la vigilance des services de renseignements de leur pays. Modifiant leur apparence, utilisant des identit\u00e9s d&#8217;emprunt, et moyennant la complicit\u00e9 de membres de leur famille, quelques-uns ont non seulement poursuivi leur engagement politique mais assur\u00e9, en se substituant \u00e0 leurs camarades retenus derri\u00e8re les barreaux, le fonctionnement et la survie de leur parti.<\/p>\n<p>La plupart de ces militants ont fini par \u00eatre arr\u00eat\u00e9s. Mais, sans doute en raison de leur \u00e2ge et de leur exp\u00e9rience, certains se sont montr\u00e9s dans ces circonstances plus habiles que d&rsquo;autres. La quasi-totalit\u00e9 des membres du Parti de l&rsquo;Action communiste (PAC), hommes et femmes, qui s&rsquo;\u00e9taient dissimul\u00e9s par centaines durant les ann\u00e9es 1980 lorsque leur parti avait \u00e9t\u00e9 pris pour cible, sont finalement all\u00e9 rejoindre en prison leurs dirigeants. Avant d&rsquo;\u00eatre pris, certains \u00e9taient parvenus \u00e0 se dissimuler durant plusieurs ann\u00e9es. Le plus c\u00e9l\u00e8bre de ces clandestins est le Dr Abdel-Aziz al-Khayyer, le \u00ab\u00a0moineau de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, poursuivi durant 11 ans avant d&rsquo;\u00eatre cueilli en 1992 par les agents de la Branche Palestine des Renseignements militaires affect\u00e9s \u00e0 sa seule recherche. Il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Mais son sort est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;une immense inqui\u00e9tude depuis qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, en septembre 2012, par des moukhabarat de la S\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air qui se sont depuis lors obstin\u00e9s, avec le soutien de Bachar al-Assad en personne, \u00e0 nier le d\u00e9tenir.<\/p>\n<p>En revanche, quelques militants entr\u00e9s alors en clandestinit\u00e9, tous membres du Parti communiste\/Bureau politique (PC\/BP) de Riyad Turk, n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 pris. Ils ne sont r\u00e9apparus au grand jour qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, lorsque l&rsquo;espoir d&rsquo;une d\u00e9tente politique, d&rsquo;une part, et la volont\u00e9 de faire de la politique autrement, d&rsquo;autre part, les a incit\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la demande de leur parti et \u00e0 sortir de leur cachette ou de leur anonymat. Signe qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais renonc\u00e9 au combat politique durant ses 20 ans de clandestinit\u00e9, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, Abdallah Hoch\u00e9, est devenu le premier secr\u00e9taire du PC\/BP lorsque celui-ci, prenant acte de l&rsquo;\u00e9volution du monde, est devenu en mai 2005 le Parti du Peuple d\u00e9mocratique. Un autre cadre dirigeant de ce parti, Mazen Adi, a nagu\u00e8re confi\u00e9 \u00e0 Catherine Gou\u00ebset quelques d\u00e9tails sur ses vingt et un ans de clandestinit\u00e9 en Syrie.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>La fin du \u00ab\u00a0Printemps de Damas\u00a0\u00bb, au terme de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2001, n&rsquo;a pas rejet\u00e9 les opposants au r\u00e9gime dans la clandestinit\u00e9. Certes, l&rsquo;arrestation de quelques meneurs de ce mouvement \u00e9minemment pacifique &#8211; Riyad Seif, Habib A\u00efssa, Walid al-Bounni, Fawwaz Tallo\u2026 &#8211; et leur condamnation \u00e0 5 ans de prison &#8211; 10 ans pour le Dr Aref Dalileh, dont le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb m\u00e9ritait une double sanction puisque, membre de la communaut\u00e9 alaouite, son appel au changement s&rsquo;entendait comme une d\u00e9nonciation de la confiscation du pouvoir r\u00e9el par des membres de sa propre communaut\u00e9 &#8211; constituaient un avertissement s\u00e9rieux. Mais ils montraient aussi que Bachar al-Assad \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 se satisfaire alors de ces quelques \u00ab\u00a0exemples\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;il ne souhaitait pas \u00e0 ce stade se livrer aux rafles massives dans les rangs de l&rsquo;opposition qui avaient contribu\u00e9 \u00e0 la montr\u00e9e des tensions \u00e0 Alep, \u00e0 Hama et ailleurs, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>Les choses ont commenc\u00e9 \u00e0 changer avec la diffusion de la \u00ab\u00a0D\u00e9claration Beyrouth-Damas Damas-Beyrouth\u00a0\u00bb, le 12 mai 2006. Sign\u00e9 par quelque 150 intellectuels syriens et un nombre \u00e9quivalent de Libanais, ce texte r\u00e9clamait des dirigeants des deux pays, et principalement des responsables syriens qui n&rsquo;avaient nullement renonc\u00e9 \u00e0 imposer leurs volont\u00e9s au pays voisin, un r\u00e9\u00e9quilibrage de leurs relations. Il appelait en particulier \u00e0 la fin de la tutelle politique, militaire et s\u00e9curitaire que, en d\u00e9pit du retrait de l&rsquo;arm\u00e9e syrienne achev\u00e9 en mai 2005, Damas continuait de faire peser sur le Liban. Suite \u00e0 l&rsquo;arrestation d&rsquo;une douzaine de signataires syriens de ce document &#8211; Michel Kilo, Anwar al-Bounni, Mahmoud Mere&rsquo;i, Nidal Darwich, Mohammed Mahfouz, Mahmoud A\u00efssa&#8230; &#8211; deux de leurs camarades &#8211; Sleiman Choummar et Khalil Husse\u00efn&#8230; &#8211; se sont sentis menac\u00e9s et ont choisi de se cacher l\u00e0 o\u00f9 ils le pouvaient.<\/p>\n<p>Le mouvement s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, au mois de d\u00e9cembre 2007, avec l&rsquo;arrestation et la mise en jugement de la direction r\u00e9cemment \u00e9lue du rassemblement connu sous le nom de \u00ab\u00a0D\u00e9claration de Damas\u00a0\u00bb. En octobre 2005, les responsables politiques et s\u00e9curitaires syriens avaient per\u00e7u comme une provocation la publication de cette D\u00e9claration, qui appelait \u00e0 l&rsquo;instauration en Syrie d&rsquo;un syst\u00e8me d\u00e9mocratique et pluraliste, non par la voie d&rsquo;une r\u00e9volution mais par celle d&rsquo;un changement pacifique et progressif dont la conduite \u00e9tait laiss\u00e9e au r\u00e9gime. Ils avaient \u00e9t\u00e9 alarm\u00e9s par la constatation que, parmi les partis et organisations aussit\u00f4t ralli\u00e9s \u00e0 cette plateforme, figuraient leurs ennemis jur\u00e9s, les Fr\u00e8res Musulmans. Mais ils ont per\u00e7u comme un d\u00e9fi inadmissible la tenue de la premi\u00e8re assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de cette D\u00e9claration, r\u00e9unie en secret, le 1er d\u00e9cembre 2007, au domicile de l&rsquo;ancien homme d&rsquo;affaires et ancien d\u00e9put\u00e9 de Damas Riyad Seif. Outre ce dernier, figuraient parmi les cadres arr\u00eat\u00e9s le Dr Ahmed Tomeh (chef du gouvernement provisoire de la Coalition nationale), Fayez Sara (membre du Bloc d\u00e9mocratique au sein de cette m\u00eame Coalition), le Dr Fida Hourani, le Dr Yaser al-Iti, etc. Pour \u00e9viter de conna\u00eetre le sort de leurs camarades, d&rsquo;autres figures de la D\u00e9claration ont alors opt\u00e9 pour des degr\u00e9s vari\u00e9s d&rsquo;une clandestinit\u00e9 dans laquelle le vieux militant communiste Riyad Turk les avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;enthousiasme du d\u00e9but de la r\u00e9volution, les jeunes activistes en pointe dans les manifestations n&rsquo;ont pas pris la juste mesure des moyens que le r\u00e9gime de Bachar al-Assad \u00e9tait r\u00e9solu \u00e0 mettre en \u0153uvre pour casser leur mouvement et faire cesser la contestation. Ils se sont de ce fait expos\u00e9s. Les organisateurs, les meneurs, les lanceurs de slogans, les citoyens-journalistes qui couvraient les rassemblements ont \u00e9t\u00e9 les principales victimes des balles des francs-tireurs qui visaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la t\u00eate ou \u00e0 la gorge pour tuer. Ceux qui regroupaient et diffusaient les informations, les films et les photos, pour emp\u00eacher la r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 trente ann\u00e9es d&rsquo;intervalle du massacre \u00e0 huis clos de Hama en 1982, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s par les moukhbirin (informateurs) et les &lsquo;awainiyat (mouchards) des services de s\u00e9curit\u00e9 infiltr\u00e9s dans leurs rangs ou r\u00e9sidant dans leurs quartiers. D&rsquo;autres encore ont \u00e9t\u00e9 trahis par une utilisation intempestive des moyens de communication &#8211; t\u00e9l\u00e9phones portables, Internet, r\u00e9seaux sociaux\u2026 &#8211; dont ils n&rsquo;avaient pas conscience que, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;expertise de sp\u00e9cialistes iraniens et aux mat\u00e9riels et programmes fournis par divers pays occidentaux\u2026 dont malheureusement la France, ils \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9troitement surveill\u00e9s.<\/p>\n<p>Quelques semaines \u00e0 peine apr\u00e8s le d\u00e9but du soul\u00e8vement, les r\u00e9volutionnaires ont d\u00fb se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence. Pour continuer \u00e0 organiser les protestations, pour en enregistrer et en transmettre les images \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour soigner les bless\u00e9s, pour apporter des aides aux familles en d\u00e9tresse\u2026 ils devaient recourir \u00e0 des proc\u00e9dures leur garantissant un minimum de s\u00e9curit\u00e9. Il en allait non seulement de leur survie individuelle, mais \u00e9galement et surtout de la poursuite de la r\u00e9volution et de la r\u00e9alisation de ses objectifs. Plus exp\u00e9riment\u00e9s, moins risque-tout aussi peut-\u00eatre, et certainement moins adeptes des nouvelles technologies de la communication, les opposants politiques de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente ont globalement moins souffert de cette r\u00e9pression que les activistes surgis sur le devant de la sc\u00e8ne avec les \u00e9v\u00e8nements en cours. D&rsquo;autant que, en raison de la r\u00e9putation dont certains b\u00e9n\u00e9ficiaient dans les opinions publiques occidentales et compte-tenu des relations qu&rsquo;ils entretenaient avec des militants ou intellectuels d&rsquo;autres pays, la liquidation de ces opposants aurait provoqu\u00e9 plus de remous que celle de centaines de jeunes gens dont la renomm\u00e9e, en g\u00e9n\u00e9ral, a suivi et non pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la disparition.<\/p>\n<p>Dans les zones bient\u00f4t \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb de l&#8217;emprise de l&rsquo;Etat, o\u00f9 ils esp\u00e9raient voir se d\u00e9velopper les bases d&rsquo;une nouvelle Syrie, activistes et opposants ont connu le m\u00eame genre de vicissitudes. L&rsquo;apparition de certains groupes islamistes, et surtout djihadistes, a rendu leur engagement aussi p\u00e9rilleux que dans les r\u00e9gions encore contr\u00f4l\u00e9es par le r\u00e9gime, m\u00eame s&rsquo;il y \u00e9tait globalement plus ais\u00e9 &#8211; dans les zones contr\u00f4l\u00e9es par l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak et Levant except\u00e9es &#8211; de protester contre les mani\u00e8res de faire de ceux qui s&rsquo;\u00e9taient appropri\u00e9 la d\u00e9cision et qui entendaient r\u00e9genter \u00e0 leur mani\u00e8re la vie des citoyens. Parce qu&rsquo;ils ne pouvaient se r\u00e9soudre \u00e0 taire leurs critiques, les activistes engag\u00e9s dans la r\u00e9alisation de nouveaux m\u00e9dias, dans l&rsquo;organisation des affaires de la cit\u00e9 et dans la divulgation des atteintes aux Droits de l&rsquo;Homme ont \u00e9t\u00e9 les cibles privil\u00e9gi\u00e9es de cette r\u00e9pression. Les exactions commises au d\u00e9triment des citoyens-journalistes se sont multipli\u00e9es. Leurs infrastructures et leurs moyens techniques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits. Certains d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et parfois assassin\u00e9s. M\u00eame une figure aussi embl\u00e9matique en Syrie et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur que l&rsquo;avocate Razan Zaytouneh n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e. Son enl\u00e8vement dans la ville \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb de Douma, en compagnie de plusieurs autres membres de son Violation Documentation Center, a constitu\u00e9 le pendant honteux de l&rsquo;arrestation, dans une zone contr\u00f4l\u00e9e par le r\u00e9gime, de Mazen Darwich et de ses camarades du Centre syrien pour les M\u00e9dias et la Libert\u00e9 d&rsquo;expression.<\/p>\n<p>A un degr\u00e9 moindre, il en est all\u00e9 de m\u00eame dans les zones \u00e0 fort peuplement kurde, o\u00f9 le Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD), h\u00e9ritier \u00e0 la fois des m\u00e9thodes politiques du Parti Baath et des pratiques coercitives du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), s&rsquo;est employ\u00e9 \u00e0 restreindre la vie politique et \u00e0 soumettre la population \u00e0 ses ambitions de \u00ab\u00a0dirigeant de l&rsquo;Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb kurdes. Apr\u00e8s avoir r\u00e9prim\u00e9 les manifestations et interdit les symboles de la r\u00e9volution, \u00e0 commencer par le drapeau de l&rsquo;Ind\u00e9pendance, il a pourchass\u00e9 les activistes et s&rsquo;est oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affirmation, dans les trois zones &#8211; Amouda, Kobani et Afrin &#8211; dont il pr\u00e9tendait assumer l&rsquo;administration, de tout parti politique susceptible de lui faire de la concurrence. Il en a mis les cadres et dirigeants en prison. Il a entrav\u00e9 leur libre circulation entre la Jazireh et le Kurdistan d&rsquo;Irak. Il a interdit \u00e0 ceux d&rsquo;entre eux qui se trouvaient \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de rentrer dans leur pays. Deux rapports, l&rsquo;un publi\u00e9 en mai 2014 par RSF sous le titre Le Rojava, ou comment le PYD entend contr\u00f4ler les m\u00e9dias et mettre au pas les acteurs de l&rsquo;information, l&rsquo;autre diffus\u00e9 en juin 2014 par HRW sous le titre Under Kurdish Rule. Abuses in PYD-run Enclaves of Syria, ont dress\u00e9 un bilan s\u00e9v\u00e8re des atteintes aux Droits de l&rsquo;Homme dont ce parti s&rsquo;\u00e9tait rendu lui aussi coupable au d\u00e9triment des habitants des r\u00e9gions kurdes d\u00e9fendant une autre politique que la sienne.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est sans conteste dans les villes et r\u00e9gions encore contr\u00f4l\u00e9es par le r\u00e9gime de Bachar al-Assad qu&rsquo;activistes et opposants ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s aux dangers les plus graves et les plus imm\u00e9diats. Les terribles documents rendus publics gr\u00e2ce au courage du d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0C\u00e9sar\u00a0\u00bb ont confirm\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abri des regards, derri\u00e8re les murs de ses prisons ou au fond des ge\u00f4les de ses moukhabarat, le pouvoir syrien se comportait \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux qui continuaient d&rsquo;aspirer au changement comme un serial killer, les assassinant par milliers sous la torture ou les privant de nourriture jusqu&rsquo;\u00e0 la mort. Les r\u00e9volutionnaires pacifiques ont donc \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 ce dilemme qu&rsquo;ils esp\u00e9raient d\u00e9pass\u00e9 : continuer d&rsquo;agir en pleine lumi\u00e8re et aller rejoindre la cohorte des martyrs, ou gagner la clandestinit\u00e9 pour pouvoir dire au monde que la r\u00e9volution n&rsquo;\u00e9tait pas morte et comment s&rsquo;organisait la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Alors que les Am\u00e9ricains, dit-on, ont entrepris de former et d\u2019entra\u00eener des centaines de soldats et d&rsquo;officiers syriens en Jordanie, avant peut-\u00eatre de les armer et de les assister dans une hypoth\u00e9tique entreprise de renversement du r\u00e9gime, il semble au moins aussi urgent de former et d\u2019entra\u00eener aujourd&rsquo;hui les activistes volontaires au militantisme clandestin qu&rsquo;exige la poursuite de la r\u00e9volution. Comme dans la Russie sovi\u00e9tique et dans les autres Etats de l&rsquo;ex-CEI nagu\u00e8re, il n&rsquo;est pas question pour ces \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb de manier les armes mais de rassembler leurs compatriotes qui aspirent comme eux \u00e0 l&rsquo;instauration dans leur pays d&rsquo;un Etat de droit, de maintenir parmi eux la flamme et l&rsquo;espoir, de les organiser pour leur permettre d&rsquo;agir, et de collecter, pour les diffuser de mani\u00e8re s\u00e9curis\u00e9e en direction de l&rsquo;ext\u00e9rieur, la preuve que leur volont\u00e9 de changement n&rsquo;a pas faibli et que la r\u00e9volution populaire en Syrie n&rsquo;est pas morte.<\/p>\n<p>Ils devraient pouvoir trouver, parmi les opposants syriens qui ont \u00e9t\u00e9 contraints jadis de se soustraire aux regards, les meilleurs des conseillers. Et ils devraient pouvoir s&rsquo;appuyer, \u00e0 titre compl\u00e9mentaire, sur les grandes organisations de d\u00e9fense des Droits de l&rsquo;Homme qui, par la force des choses, ne manquent pas pour la plupart d&rsquo;expertise dans ce domaine.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2014\/07\/14\/la-clandestinite-gage-de-survie-des-opposants-des-activistes-et-de-la-revolution-en-syrie\/#more-8610\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En prenant possession des rues de quelques grandes villes syriennes par centaines de milliers, au printemps 2011, et en manifestant \u00e0 visage d\u00e9couvert pour r\u00e9clamer la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 dont ils avaient \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s durant pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, les Syriens pensaient en avoir fini avec la clandestinit\u00e9. 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