{"id":139703,"date":"2014-07-05T16:57:10","date_gmt":"2014-07-05T15:57:10","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/bechir-saleh-le-dernier-homme-de-kadhafi\/"},"modified":"2024-01-23T13:42:55","modified_gmt":"2024-01-23T12:42:55","slug":"bechir-saleh-le-dernier-homme-de-kadhafi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/bechir-saleh-le-dernier-homme-de-kadhafi\/","title":{"rendered":"B\u00e9chir Saleh, le dernier homme de Kadhafi"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Herv\u00e9 Gattegno<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Pendant plus de vingt ans, B\u00e9chir Saleh n\u2019a pas imagin\u00e9 passer une journ\u00e9e sans \u00e9changer un regard ni une parole avec le colonel Kadhafi. Jusqu\u2019aux semaines qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la chute du dictateur libyen, il fut son plus proche collaborateur et son confident. L\u2019homme pour qui, sans doute, il avait le moins de secrets. \u00c0 Tripoli, dans la caserne Bab al-Azizia, o\u00f9 celui qui s\u2019\u00e9tait proclam\u00e9 \u00ab\u2009guide de la grande r\u00e9volution\u2009\u00bb vivait reclus et entour\u00e9 de gardes dans une atmosph\u00e8re d\u2019exaltation et de parano\u00efa, leurs bureaux \u00e9taient mitoyens et reli\u00e9s par une ligne directe.<\/p>\n<p>Les visiteurs devaient passer par lui pour rencontrer le leader, qui si\u00e9geait dans une pi\u00e8ce am\u00e9nag\u00e9e sans luxe et orn\u00e9e d\u2019une immense carte de l\u2019Afrique. De l\u00e0, on acc\u00e9dait \u00e0 une cour o\u00f9 paissaient deux chamelles qui lui fournissaient sa ration quotidienne de lait. Quand Kadhafi partait en voyage, il exigeait que Saleh l\u2019accompagne ou restait au moins en liaison t\u00e9l\u00e9phonique avec lui. Dans les manifestations officielles, on le rep\u00e9rait facilement\u2009: il \u00e9tait le seul Noir de la d\u00e9l\u00e9gation. Certains Occidentaux qui ont c\u00f4toy\u00e9 le dirigeant libyen au fa\u00eete de sa puissance racontent une l\u00e9gende selon laquelle celui-ci ne prenait jamais une d\u00e9cision importante sans \u00eatre en mesure de toucher l\u2019\u00e9paule de son conseiller, comme si ce personnage discret, \u00e0 l\u2019\u0153il vif et au sourire doux, \u00e9tait un talisman. La l\u00e9gende disait peut-\u00eatre vrai\u2009: le 20 octobre 2011, lorsque la mort de Kadhafi a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par les rebelles, B\u00e9chir Saleh ne l\u2019avait pas vu depuis deux mois. Il a appris la nouvelle par la t\u00e9l\u00e9vision. Quelques semaines plus tard, il quittait la Libye sans savoir s\u2019il pourrait y revenir un jour.<\/p>\n<p>D\u2019abord r\u00e9fugi\u00e9 en Tunisie, puis en France \u2013 d\u2019o\u00f9 il a d\u00fb partir pr\u00e9cipitamment entre les deux tours de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2012 \u2013, il est aujourd\u2019hui exil\u00e9 en Afrique du Sud avec une partie de sa famille. Sa pr\u00e9sence n\u2019est ni officielle ni secr\u00e8te \u2013 il dispose de longue date de relations haut plac\u00e9es dans ce pays. Disons qu\u2019il s\u2019efforce de ne pas trop attirer l\u2019attention. Au printemps 2013, le nouveau r\u00e9gime libyen a d\u00e9livr\u00e9 un mandat d\u2019arr\u00eat international \u00e0 son encontre, sous l\u2019accusation de \u00ab\u2009d\u00e9tournement de fonds\u2009\u00bb. Interpol diffuse dans le monde entier une demande d\u2019arrestation qui le vise. \u00c0 Johannesburg, o\u00f9 il a sollicit\u00e9 l\u2019asile politique, il circule n\u00e9anmoins librement et, \u00e0 l\u2019en croire, des repr\u00e9sentants de plusieurs \u00c9tats l\u2019ont approch\u00e9 depuis son arriv\u00e9e pour solliciter ses confidences ou lui offrir un abri. Les portraits que lui consacre r\u00e9guli\u00e8rement la presse, en Europe comme en Afrique, le d\u00e9crivent sous les traits d\u2019un personnage fuyant et sulfureux\u2009: au mieux un tr\u00e9sorier occulte, au pire un pr\u00e9varicateur. On le soup\u00e7onne d\u2019avoir gard\u00e9 la main sur une partie de la fortune amass\u00e9e par le clan Kadhafi ou d\u2019avoir financ\u00e9 la campagne pr\u00e9sidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Il n\u2019a cependant \u00e9t\u00e9 questionn\u00e9 ni convoqu\u00e9 par aucun juge et, depuis son d\u00e9part de France, il n\u2019a jamais pris la parole publiquement ni r\u00e9pondu \u00e0 un journaliste.<\/p>\n<p><img4590|center><\/p>\n<p>\u00ab\u2009Il n\u2019a rien \u00e0 dire sur lui-m\u00eame, mais il est pr\u00eat \u00e0 parler de son pays\u2009\u00bb, m\u2019avait confi\u00e9 il y a quelques mois l\u2019un de ceux qui, \u00e0 Paris, restent en contact avec lui. C\u2019\u00e9tait au moins un point de d\u00e9part. L\u2019histoire de cet homme est si intimement li\u00e9e \u00e0 celle de la Libye de Kadhafi \u2013 du rapprochement avec l\u2019Occident jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effondrement \u2013 qu\u2019il en est forc\u00e9ment un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9. Mes messages lui sont parvenus et, apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019h\u00e9sitation, il a donn\u00e9 son accord pour me recevoir. Nous nous sommes alors retrouv\u00e9s dans une suite du Michelangelo, un h\u00f4tel de luxe de Sandton, banlieue moderne consid\u00e9r\u00e9e comme le principal centre d\u2019affaires de Johannesburg. L\u00e0, de longues heures durant, B\u00e9chir Saleh s\u2019est efforc\u00e9 de reconstituer la succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui ont fait de lui un personnage respect\u00e9, jalous\u00e9 puis trahi. Sans passion, parfois avec fatalisme, il m\u2019a racont\u00e9 comment une guerre qu\u2019il n\u2019avait eu de cesse d\u2019emp\u00eacher l\u2019a finalement condamn\u00e9 \u00e0 vivre comme un proscrit.<\/p>\n<p><strong>50 millions pour Sarkozy\u2009?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>B\u00e9chir Saleh parle d\u2019une voix tranquille, une main pos\u00e9e \u00e0 plat sur la table, l\u2019autre serrant un chapelet. Il s\u2019exprime dans un excellent fran\u00e7ais, tout juste parasit\u00e9 par quelques anglicismes et de rares lacunes de vocabulaire. Il porte un costume sombre de bonne coupe, des chaussures bien cir\u00e9es \u2013 il mettra une cravate pour se faire photographier. Rien dans son attitude ne trahit l\u2019inqui\u00e9tude ni la col\u00e8re. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019incompr\u00e9hension qui semble le miner. <\/p>\n<p>\u00ab\u2009Depuis la mort de Kadhafi, dit-il, beaucoup de personnes racontent des histoires qui n\u2019ont pas exist\u00e9. Toutes ces accusations auxquelles Kadhafi ne peut plus r\u00e9pondre, c\u2019est sur moi qu\u2019on veut les faire peser. Pourtant, je n\u2019ai rien vol\u00e9 et, Dieu m\u2019en est t\u00e9moin, je n\u2019ai pas de sang sur les mains. J\u2019ai servi Kadhafi, j\u2019ai servi mon pays. Mais je n\u2019ai commis aucun des crimes dont on parle. Et la plupart de ceux qui m\u2019accusent le savent parfaitement.\u2009\u00bb S\u2019il s\u2019est enfui, de Libye puis de France, ce n\u2019est pas, jure-t-il, pour \u00e9chapper \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 mais \u00ab\u2009\u00e0 l\u2019injustice\u2009\u00bb, peut-\u00eatre pire. \u00ab\u2009La Libye aujourd\u2019hui n\u2019est pas un \u00c9tat de droit. En Europe, vous faites semblant de croire que parce que Kadhafi est tomb\u00e9, la d\u00e9mocratie est en chemin. C\u2019est faux. Le gouvernement n\u2019a aucune l\u00e9gitimit\u00e9\u2009; ce sont les milices qui ont le pouvoir. Dans ces conditions, il ne peut pas y avoir de justice. On me jetterait en prison, peut-\u00eatre qu\u2019on me tuerait. Tant qu\u2019on en sera l\u00e0, je ne rentrerai pas.\u2009\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.vanityfair.fr\/actualites\/international\/articles\/bechir-saleh-le-dernier-homme-de-kadhafi\/1835\">Suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Herv\u00e9 Gattegno Pendant plus de vingt ans, B\u00e9chir Saleh n\u2019a pas imagin\u00e9 passer une journ\u00e9e sans \u00e9changer un regard ni une parole avec le colonel Kadhafi. Jusqu\u2019aux semaines qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la chute du dictateur libyen, il fut son plus proche collaborateur et son confident. 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