{"id":139594,"date":"2014-06-11T12:28:47","date_gmt":"2014-06-11T11:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/beyrouth-clef-de-voute-du-vivre-ensemble-en-mediterranee\/"},"modified":"2024-01-23T13:42:51","modified_gmt":"2024-01-23T12:42:51","slug":"beyrouth-clef-de-voute-du-vivre-ensemble-en-mediterranee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/beyrouth-clef-de-voute-du-vivre-ensemble-en-mediterranee\/","title":{"rendered":"Beyrouth, clef de vo\u00fbte du vivre-ensemble en M\u00e9diterran\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><em>Le centre-ville de Beyrouth, la c\u00e9l\u00e8bre place des Canons , lieu de rencontre de tous les habitants de la capitale, devenue de nos jours le \u00ab downtown \u00bb.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p><strong>Du 27 au 29 mai dernier, s&rsquo;est tenu un congr\u00e8s international \u00e0 Livourne (Italie) \u00e0 l&rsquo;initiative conjointe de la Communaut\u00e9 Sant&rsquo;Egidio, de l&rsquo;UE et de la province de Livourne, sur le th\u00e8me \u00ab Les villes veulent vivre \u00bb.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p> Ce colloque devait permettre de d\u00e9gager le profil de la ville en M\u00e9diterran\u00e9e ainsi que les caract\u00e8res sp\u00e9cifiques qui permettent de la distinguer des m\u00e9galopoles du monde globalis\u00e9 ; mais \u00e9galement initier une dynamique en r\u00e9seau des villes m\u00e9diterran\u00e9ennes. Plusieurs grandes villes m\u00e9diterran\u00e9ennes ont particip\u00e9, dont Beyrouth. <strong>Le Pr Antoine Courban<\/strong>, au travers de son allocution \u00ab La rive unique de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00bb, a su au nom du Liban, d\u00e9gager une vision de la ville m\u00e9diterran\u00e9enne comme lieu du vivre-ensemble. Sa r\u00e9flexion s&rsquo;est articul\u00e9e autour de trois id\u00e9es principales :<\/p>\n<p>a) La ville et la mer, ou la le\u00e7on de Tyr.<\/p>\n<p>b)    La ville et le vivre-ensemble, ou la probl\u00e9matique de la \u00ab guerre du territoire contre la ville.<\/p>\n<p>c) Les d\u00e9fis actuels du vivre-ensemble au Liban et au Proche- Orient, ou le rapport entre identit\u00e9 et citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p>Nous en reproduisons de larges extraits sous forme de paraphrase :<\/p>\n<p>OLJ11\/06\/2014<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p><img4537|center><\/p>\n<p><strong>La M\u00e9diterran\u00e9e n&rsquo;a pas deux rivages, mais une seule rive qui la circonscrit. Elle n&rsquo;est pas un foss\u00e9 qui s\u00e9pare deux mondes, mais l&rsquo;espace commun de notre vivre-ensemble et le berceau du cosmopolitisme.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Italo Calvino raconte une entrevue entre l&#8217;empereur Kubla\u00ef Khan et Marco Polo :<\/p>\n<p>\u00ab &#8211; Tu m&rsquo;as parl\u00e9 de toutes les villes que tu connais, mais il en reste une dont tu ne parles jamais. C&rsquo;est Venise, dit le Khan.<\/p>\n<p>&#8211; Chaque fois que je fais la description d&rsquo;une ville, dit Marco Polo, je dis quelque chose de Venise. Pour distinguer les qualit\u00e9s des autres, je dois partir d&rsquo;une premi\u00e8re ville implicite. Pour moi, c&rsquo;est Venise. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Pour moi, c&rsquo;est Beyrouth qui est la ville m\u00e8re<\/strong>. En ce moment, le monde s&rsquo;appelle, pour moi, Beyrouth que l&#8217;empereur Guillaume II surnomma la \u00ab perle de la couronne ottomane \u00bb et que Camille Aboussouan appelle \u00ab le dernier lampion de Byzance \u00bb pour dire l&rsquo;ultime refuge du cosmopolitisme m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>Beyrouth est l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re de Tyr \u00e9voqu\u00e9e par \u00c9z\u00e9chiel :<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Tyr (&#8230;) au milieu de la mer est ton domaine (&#8230;) Tes sages, Tyr te servaient de pilotes (&#8230;) Tous les vaisseaux de la mer (&#8230;) venaient chez toi pour faire du trafic. \u00bb<\/p>\n<p>Telle est la le\u00e7on de Tyr, ville ouverte sur monde entier \u00e0 cause du commerce. C&rsquo;est Venise qui a le mieux compris ce mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Durant le Moyen \u00c2ge, seule Constantinople fut une puissance invincible. Tourn\u00e9e vers la mer, elle drainait vers elle toutes les routes commerciales. Mais elle demeurait fid\u00e8le \u00e0 une vision centrip\u00e8te : tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Rome. Venise, qui lui succ\u00e9da, adopta une strat\u00e9gie centrifuge, \u00e0 l&rsquo;image de Tyr.<\/p>\n<p>Venise s&rsquo;exporta. Elle avait compris que l&rsquo;espace de la cit\u00e9 d\u00e9passe le territoire urbain et que chacun emporte \u00ab sa \u00bb cit\u00e9 \u00e0 la plante de ses pieds.<br \/>\nEsprit commercial et mercantile ? <strong>Mais le commerce est le v\u00e9hicule historique des cultures et des religions<\/strong>. Il est une des modalit\u00e9s du vivre-<br \/>\nensemble.<\/p>\n<p>Le plus bel hommage, a contrario, rendu au mod\u00e8le de Tyr vient du th\u00e9oricien du nazisme, <strong>Alfred Rosenberg, qui ha\u00efssait tout ce qui est \u00ab ph\u00e9nicien \u00bb<\/strong>, le jugeant aux antipodes des valeurs de la race nordique.<\/p>\n<p>Le cosmopolitisme m\u00e9diterran\u00e9n repose sur trois piliers :<\/p>\n<p>a) Ph\u00e9nicianit\u00e9 ou esprit des \u00e9changes et des r\u00e9seaux.<\/p>\n<p>b) Hell\u00e9nisme ou interf\u00e9condation culturelle et cosmopolitisme.<\/p>\n<p>c) Romanitas ou esprit d&rsquo;urbanit\u00e9, cadre du vivre-ensemble \u00e0 l&rsquo;ombre du droit et de la loi.<\/p>\n<p>Ces piliers du vivre-ensemble sont la raison d&rsquo;\u00eatre de mon pays, qualifi\u00e9 de \u00ab message de paix \u00bb par le pape Jean-Paul II. Aujourd&rsquo;hui, ce Liban message est en danger en d\u00e9pit du fait qu&rsquo;il r\u00e9sulte de la r\u00e9silience de ce couple ins\u00e9parable du vivre-ensemble que sont le pardon et la r\u00e9conciliation, entre les cultures et les spiritualit\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e :<\/p>\n<p>a) L&rsquo;Europe et le monde arabe, l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p>b) Les traditions monoth\u00e9istes musulmane, chr\u00e9tienne et juive.<\/p>\n<p>c) Mais \u00e9galement r\u00e9conciliations \u0153cum\u00e9niques :<\/p>\n<p>&#8211; entre christianisme orthodoxe et christianisme catholique, ainsi que protestant ;<\/p>\n<p>&#8211; entre islam sunnite et islam chiite.<\/p>\n<p>\u00ab Car seul le pardon donn\u00e9 et re\u00e7u pose les fondements durables de la r\u00e9conciliation et de la paix pour tous \u00bb, a insist\u00e9 Beno\u00eet XVI dans son discours au palais pr\u00e9sidentiel de Beyrouth en 2012.<\/p>\n<p>La noble figure de Ghassan Tu\u00e9ni illustre cela \u00e0 la perfection. Il nous donna, en 2005, la plus belle des le\u00e7ons du vivre-ensemble durant les obs\u00e8ques de son propre fils Gebran, assassin\u00e9 dans la foul\u00e9e des attentats qui ensanglant\u00e8rent mon pays apr\u00e8s celui perp\u00e9tr\u00e9 contre Rafic Hariri. Devant l&rsquo;iconostase de la cath\u00e9drale Saint-Georges, face au cercueil, Ghassan nous conjura de pardonner afin de nous r\u00e9concilier : \u00ab Notre mort est r\u00e9surrection, dit-il, enterrons avec mon fils nos haines et notre d\u00e9sir de vengeance. \u00bb<\/p>\n<p>Il pardonna, au nom de sa foi chr\u00e9tienne, certes, mais surtout en gardien de la ville de Beyrouth et de son vivre-ensemble. <strong>\u00c0 l&rsquo;instar de Nicolas Machiavel, il connaissait la fragilit\u00e9 du corps urbain. Il \u00e9tait conscient que la ville pouvait tomber malade et mourir.<\/strong> Il percevait cet enjeu majeur de la globalisation qui peut tuer le vivre-ensemble et que Jacques Beauchard appelle \u00ab la bataille du territoire \u00bb contre la ville ou de l&rsquo;enclos identitaire contre l&rsquo;espace public de l&rsquo;urbanit\u00e9 citoyenne.<\/p>\n<p>Depuis 1975, la r\u00e9silience de Beyrouth cherche \u00e0 endiguer les effets d\u00e9vastateurs de cette bataille. Cette derni\u00e8re pose la question de l&rsquo;unit\u00e9 politique. Qu&rsquo;est-ce qui fonde l&rsquo;unit\u00e9 politique ?<\/p>\n<p>a) Est-ce le territoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;enclos d&rsquo;une identit\u00e9 ethnique, confessionnelle, raciale, etc. ?<\/p>\n<p>b) Ou est-ce la ville, lieu de l&rsquo;espace public \u00e0 l&rsquo;ombre de la r\u00e8gle du droit ?<\/p>\n<p><strong>La M\u00e9diterran\u00e9e a toujours r\u00e9pondu : la ville.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Aussi noble soit-elle, une religion ne fonde pas l&rsquo;unit\u00e9 politique. Le discours th\u00e9ologique en la mati\u00e8re s\u00e9pare et ne rassemble pas les individus au sein de l&rsquo;espace public.<\/p>\n<p>\u00ab Faire admettre aux hommes politiques la primaut\u00e9 de la ville (polis) est une entreprise d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e car ils ne s&rsquo;occupent que du territoire \u00bb (J. Beauchard). Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espace urbain, l&rsquo;homme politique se le repr\u00e9sente en termes de territoires o\u00f9 l&rsquo;autorit\u00e9 peut s&rsquo;exercer. L&rsquo;intelligence immortelle de la ville lui \u00e9chappera toujours \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre un grand visionnaire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cet enjeu qui sous-tend aujourd&rsquo;hui les soubresauts du monde arabe car la \u00ab bataille du territoire \u00bb est une autre mani\u00e8re de d\u00e9cliner le rapport de l&rsquo;individu au groupe, de l&rsquo;identit\u00e9 et de la citoyennet\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer deux p\u00f4les du vivre-ensemble :<\/p>\n<p>a) La simple coexistence qui appartient au registre du groupe et du territoire.<\/p>\n<p>b) La convivance du vivre-ensemble, de l&rsquo;\u00eatre-ensemble, d&rsquo;\u00eatre moi-m\u00eame tous les autres. Cela appartient au registre de l&rsquo;individu dans sa finitude, donc de l&rsquo;espace public et du citoyen<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;islam dont on parle tant aujourd&rsquo;hui est une religion urbaine ou civile dans son essence<\/strong>. Quand le proph\u00e8te Mohammad quitta La Mecque avec ses disciples, il \u00e9tait porteur d&rsquo;un message spirituel. Arriv\u00e9 \u00e0 Yathrib, il en changea le nom en al-Madina ou \u00ab la Ville \u00bb. Et c&rsquo;est en tant que chef d&rsquo;un projet politique\/urbain, de nature religieuse certes, qu&rsquo;il parvint \u00e0 unifier les tribus d&rsquo;Arabie et \u00e0 conqu\u00e9rir La Mecque.<\/p>\n<p><strong>Mais pourquoi la ville est-elle le meilleur cadre du vivre-ensemble\/de l&rsquo;\u00eatre-ensemble ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Deux textes contemporains du Ve si\u00e8cle, l&rsquo;un d&rsquo;Orient, l&rsquo;autre d&rsquo;Occident, r\u00e9sument, pourrait-on dire, tout le cosmopolitisme m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>En 410, le Gaulois Alaric d\u00e9truisit la ville de Rome<\/strong>, mais c&rsquo;est un po\u00e8te gaulois, Rutilius Namatianus, qui fit l&rsquo;\u00e9loge de la ville d\u00e9vast\u00e9e :<\/p>\n<p><em>\u00ab Car en offrant le partage de ton droit juste aux vaincus,<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>Tu as fait une ville de ce qui \u00e9tait jadis le monde. \u00bb<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est le monde qui se diff\u00e9rencie en villes diverses, lieux du vivre-ensemble \u00e0 l&rsquo;ombre du droit, et ce ne sont pas les villes du monde qui s&rsquo;agglutinent ensemble en un unique village matriciel.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, Nonnos de Pannopolis, originaire d&rsquo;Alexandrie, fait l&rsquo;\u00e9loge de Beyrouth qu&rsquo;il aimait \u00e0 cause de son \u00e9cole de droit :<\/p>\n<p>\u00ab La discorde qui d\u00e9fait les \u00c9tats ne cessera de compromettre la paix que lorsque<strong> B\u00e9ryte, garante de l&rsquo;ordre<\/strong>, sera juge de la terre et des mers, lorsqu&rsquo;elle fortifiera les villes du rempart de ses lois. \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est le droit qui fonde la ville de la communaut\u00e9 politique, mais c&rsquo;est la loi qui prot\u00e8ge le vivre-ensemble.<\/p>\n<p>L&rsquo;ordre urbain et l&rsquo;ordre politique qui en d\u00e9coule sont tr\u00e8s fragiles. Ghassan Tu\u00e9ni en \u00e9tait conscient, lui qui avait lu Aristote, Ibn Khaldoun et Nicolas Machiavel.<\/p>\n<p>Le corps de la cit\u00e9 peut tomber malade et mourir. Sa coh\u00e9rence harmonieuse, donc aussi le bien-\u00eatre de tout citoyen, est remise en cause par l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle vienne :<\/p>\n<p>a) d&rsquo;un pouvoir despotique ou tyrannique ;<\/p>\n<p>b) de l&rsquo;esprit de corps, fruit des obsessions identitaires, appel\u00e9 assabiya par Ibn Khaldoun.<\/p>\n<p>Ou encore de dangers plus sp\u00e9cifiques que sont la discorde et la s\u00e9dition. <\/p>\n<p>Toute h\u00e9g\u00e9monie implique la territorialisation de la cit\u00e9 et son d\u00e9mant\u00e8lement. L&rsquo;esprit de corps, ou <em>assabiya<\/em>, moteur des guerres identitaires, est incompatible avec l&rsquo;urbanit\u00e9.<\/p>\n<p>La  <em>assabiya<\/em>  op\u00e8re une double dilution. Elle ram\u00e8ne d&rsquo;abord tout individu au rang de composante au service d&rsquo;un groupe con\u00e7u comme une masse. <\/p>\n<p>Elle r\u00e9duit, ensuite, le groupe \u00e0 un seul individu : le chef.<\/p>\n<p>Les conflits identitaires sont des \u00ab guerres inutiles \u00bb, \u00e9crit Fran\u00e7ois Thual.<br \/>\nLeurs int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques sont hors des fronti\u00e8res nationales, ce sont les \u00ab guerres des autres \u00bb, comme disait Ghassan Tu\u00e9ni.<\/p>\n<p>Les bellig\u00e9rants des conflits identitaires sont des \u00ab guerres des autres \u00bb, disait Ghassan Tu\u00e9ni. Les bellig\u00e9rants se combattent en tant que \u00ab moi \u00bb et \u00ab toi \u00bb et non afin de garantir des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques qui sont hors-fronti\u00e8res. C&rsquo;est pourquoi les obsessions identitaires sont les pires fl\u00e9aux du vivre-ensemble.<\/p>\n<p>La mise \u00e0 mort de la ville devient alors un objectif prioritaire car l&rsquo;espace urbain est lui-m\u00eame l&rsquo;ennemi. <strong>Le maire de Belgrade, Bogdan Bogdanovic, a appel\u00e9 cela le crime d&rsquo;urbicide.<\/strong><\/p>\n<p>On a vu le martyre, par urbicide, de Beyrouth depuis 1975.<\/p>\n<p>On a vu l&rsquo;urbicide \u00e0 Sarajevo et dans les Balkans.<\/p>\n<p>On voit aujourd&rsquo;hui l&rsquo;urbicide \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre en Syrie, \u00e0 une \u00e9chelle hallucinante.<br \/>\nL&rsquo;urbicide va toujours de pair avec nettoyage ethnique, ethnocide, g\u00e9nocide. <\/p>\n<p>Il exprime un ego collectif hypertrophi\u00e9 qui est, par nature, alt\u00e9ricide.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des violences inou\u00efes de Syrie et du Proche-Orient, se profile un long travail d&rsquo;accouchement d&rsquo;un homme arabe nouveau qui ne sait comment dialoguer avec la modernit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;homme arabe se cherche. \u00c9coutez-le avec le c\u0153ur de la M\u00e9diterran\u00e9e et non avec la m\u00e9moire des croisades.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Tout se ram\u00e8ne en derni\u00e8re analyse \u00e0 un enjeu anthropologique : qu&rsquo;est-ce que la personne humaine ? Pour la pens\u00e9e contemporaine, la personne humaine se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. C&rsquo;est la pierre angulaire du discours de Beno\u00eet XVI en 2012 au palais pr\u00e9sidentiel de Beyrouth. Le pape Ratzinger a plaid\u00e9 pour un humanisme int\u00e9gral comme fondement de l&rsquo;ordre politique et du vivre-ensemble dans un monde globalis\u00e9.<\/p>\n<p>Cet humanisme int\u00e9gral n&rsquo;est ni th\u00e9ocentrique ni anthropocentrique. L&rsquo;homme n&rsquo;est ni esclave de Dieu ni un rival de Dieu. Il est, \u00e0 la fois, une finitude et une transcendance.<\/p>\n<p>Si <strong> la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme<\/strong> est consid\u00e9r\u00e9e par la modernit\u00e9 comme une donn\u00e9e naturelle, elle \u00e9tait vue par les p\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise comme le nom de la gloire de Dieu en ce monde. <strong>C&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;y a aucune raison l\u00e9gitime de penser que le monde arabo-musulman puisse \u00eatre r\u00e9fractaire aux droits de l&rsquo;homme<\/strong> dans la mesure o\u00f9 ces derniers n&rsquo;expriment pas un affrontement avec le divin.<\/p>\n<p>Beyrouth est aujourd&rsquo;hui le creuset des enjeux qui traversent cet Orient arabe. En permanence, s&rsquo;y c\u00f4toient :<\/p>\n<p>a) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la r\u00e9silience du vivre-ensemble gr\u00e2ce au dynamisme exceptionnel de la soci\u00e9t\u00e9 civile. \u00c0 titre d&rsquo;exemple, nous inaugurerons dans les prochaines semaines la grande synagogue de Beyrouth, le magen Abraham, dont la restauration est achev\u00e9e. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un des fleurons de notre patrimoine.<\/p>\n<p>b) de l&rsquo;autre, la grande faiblesse du politique \u00e0 pouvoir endiguer les effets pervers des <em>assabiya<\/em> multiples qui alimentent la discorde et la s\u00e9dition, et mettent en p\u00e9ril l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;espace public.<\/p>\n<p>Le monde arabe, y compris le Liban, est \u00e9cartel\u00e9 entre deux visions inconciliables :<\/p>\n<p>a) L&rsquo;identitaire sous forme du projet d&rsquo;alliance des minorit\u00e9s,<\/p>\n<p>b) La citoyennet\u00e9 dont l&rsquo;assise est cet humanisme int\u00e9gral de Beno\u00eet XVI.<br \/>\n\u00c0 premi\u00e8re vue, l&rsquo;identitaire semble l&#8217;emporter. Il est en train de subvertir toute la tradition de l&rsquo;universalisme de la M\u00e9diterran\u00e9e. \u00ab Ce n&rsquo;est pas seulement un cauchemar g\u00e9opolitique, il est aussi un cauchemar juridique parce que, dans la pens\u00e9e identitaire, l&rsquo;humanitaire, l&rsquo;homme n&rsquo;existent pas. L&rsquo;identitaire, si on le laisse faire, enterrera non seulement l&rsquo;humanitaire, mais l&rsquo;humain. \u00bb (F. Thual). Si on le laisse faire, il est \u00e0 parier que \u00ab ce ne serait plus d&rsquo;une re-tribalisation qu&rsquo;il s&rsquo;agirait, mais d&rsquo;un r\u00e9-ensauvagement \u00bb de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p><strong>En affirmant brutalement la primaut\u00e9 du groupe sur l&rsquo;individu, au nom de la survie d&rsquo;une identit\u00e9 collective, l&rsquo;Identitaire est en train de g\u00e9n\u00e9rer des totalitarismes pires que ceux du XXe si\u00e8cle.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Territorialisme \u00bb et \u00ab identitarisme \u00bb sont les plus grands risques contemporains de la globalisation : \u00ab L&rsquo;identitaire r\u00e9ussira-t-il \u00e0 restaurer l&rsquo;\u00c9tat de barbarie comme horizon collectif pour le XXIe si\u00e8cle ? \u00bb (F. Thual).<\/p>\n<p>\u00c0 lire les m\u00e9dias, la situation au Proche-Orient se r\u00e9duit \u00e0 la survie de minorit\u00e9s religieuses. Tout le monde s&rsquo;inqui\u00e8te du sort de la chr\u00e9tient\u00e9 orientale.<\/p>\n<p><strong>Protection des minorit\u00e9s ? Contre qui exactement ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>De gr\u00e2ce, cessez de voir en nous de simples objets de mus\u00e9e ou de pr\u00e9cieuses reliques de l&rsquo;histoire. Nous sommes des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Il existe des composantes collectives multiples et diverses dans le l&rsquo;Orient arabe. Mais il existe aussi un homme universel dans le monde arabe.<\/p>\n<p>Il existe une seule minorit\u00e9 en Orient, c&rsquo;est elle qu&rsquo;il faut aider dans sa r\u00e9silience. Elle n&rsquo;a pas de couleur sectaire ou factieuse car c&rsquo;est la minorit\u00e9 des hommes et des conscients de leur propre finitude individuelle et soucieux de la dignit\u00e9 de tout un chacun.<\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est la minorit\u00e9 des personnes libres qui s&rsquo;honorent d&rsquo;une citoyennet\u00e9 fond\u00e9e sur la loi et non sur l&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<p>Tel est l&rsquo;humanisme int\u00e9gral, pierre angulaire de l&rsquo;ordre politique de demain.<\/p>\n<p>Tel est le message d&rsquo;espoir que la ville de Beyrouth m&rsquo;a charg\u00e9 de vous transmettre.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/871224\/beyrouth-clef-de-voute-du-vivre-ensemble-en-mediterranee.html\">L&rsquo;Orient Le Jour<br \/>\n<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le centre-ville de Beyrouth, la c\u00e9l\u00e8bre place des Canons , lieu de rencontre de tous les habitants de la capitale, devenue de nos jours le \u00ab downtown \u00bb. * Du 27 au 29 mai dernier, s&rsquo;est tenu un congr\u00e8s international \u00e0 Livourne (Italie) \u00e0 l&rsquo;initiative conjointe de la Communaut\u00e9 Sant&rsquo;Egidio, de l&rsquo;UE et de la<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-139594","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=139594"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139594\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=139594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=139594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=139594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}