{"id":139167,"date":"2014-04-05T00:23:55","date_gmt":"2014-04-04T23:23:55","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/par-dela-le-bien-et-le-mal\/"},"modified":"2024-01-23T13:39:11","modified_gmt":"2024-01-23T12:39:11","slug":"par-dela-le-bien-et-le-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/par-dela-le-bien-et-le-mal\/","title":{"rendered":"\u00ab Par-del\u00e0 le bien et le mal \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>La crise syrienne a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, entre autres, quelque chose qu&rsquo;on soup\u00e7onnait mais qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas palp\u00e9 de mani\u00e8re concr\u00e8te ; \u00e0 savoir une possible m\u00e9tamorphose de l&rsquo;homme lui-m\u00eame. Il fut un temps o\u00f9 le discernement entre le bien et le mal \u00e9tait un crit\u00e8re fondamental de l&rsquo;action au nom de principes et de valeurs proclam\u00e9s universels. Que des hommes soient \u00e9gorg\u00e9s sous nos yeux, qu&rsquo;ils soient massivement extermin\u00e9s par des moyens que la morale r\u00e9prouve ne semble plus entra\u00eener d&rsquo;autre r\u00e9action qu&rsquo;une simple \u00e9motion des entrailles, suivie de quelques d\u00e9clarations. Le passage \u00e0 l&rsquo;action lui-m\u00eame se satisfait d&rsquo;\u00eatre annonc\u00e9 comme simple intention. On pourrait dire, de mani\u00e8re caricaturale : \u00ab J&rsquo;ai dit, donc j&rsquo;ai fait \u00bb, ce qui nous fait penser \u00e0 la valse-h\u00e9sitation de Barack Obama lors de l&rsquo;affaire des assassinats au gaz toxique en Syrie. Le citoyen ordinaire, plong\u00e9 dans l&rsquo;univers des cyber-r\u00e9seaux qu&rsquo;il ne contr\u00f4le pas mais dont les flux le traversent de toutes parts, pourrait se dire : \u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de la situation, donc je la ma\u00eetrise. \u00bb<\/p>\n<p>Une telle distanciation par rapport au r\u00e9el, si elle se v\u00e9rifie, serait une rupture majeure avec toute notre civilisation, depuis le n\u00e9olithique, que nous appelons \u00ab histoire \u00bb et qui avait d\u00e9but\u00e9 lorsque l&rsquo;innovation sociale engendra les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 pouvoir politique coercitif. Serions-nous entr\u00e9s dans une sorte de m\u00e9tahistoire, d&rsquo;ultrahistoire, de post ou d&rsquo;ultramodernit\u00e9, o\u00f9 la finitude de l&rsquo;individu serait devenue lettre morte parce que la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te du monde et des \u00eatres se trouve dor\u00e9navant dissoci\u00e9e de l&rsquo;image que l&rsquo;homme en a ? Dans l&rsquo;ultrahistoire, les personnes ne sont pas vues comme des sujets mais comme des n\u0153uds d&rsquo;un vaste r\u00e9seau. Quel r\u00f4le joue dans cette mutation la r\u00e9volution informatique et m\u00e9diatique ? Quels seraient les effets pervers d&rsquo;une telle \u00e9volution ?<\/p>\n<p>L&rsquo;image de l&rsquo;\u00eatre humain, comme machine biologique, a d\u00e9j\u00e0 atteint le niveau pr\u00e9logique, ce qui conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;homme le statut d&rsquo;une \u00ab chose \u00bb, avertit Tzevan Todorov. Tout homme ne serait qu&rsquo;une structure accidentellement agenc\u00e9e par la nature. Sa pens\u00e9e peut donc uniquement \u00ab r\u00e9agir \u00bb aux forces ext\u00e9rieures, mais sans jamais \u00ab agir \u00bb sur le r\u00e9el. Les individus ne sont donc plus en mesure d&rsquo;avoir les \u00e9gards n\u00e9cessaires les uns envers les autres et, par cons\u00e9quent, de se solidariser ensemble. Cela se v\u00e9rifie quand les personnes n&rsquo;ont, entre elles, aucun lien commun en dehors de l&rsquo;appartenance primaire \u00e0 la m\u00eame nature animale ou, secondaire, \u00e0 un r\u00e9seau cybern\u00e9tique. Globalis\u00e9 et r\u00e9duit \u00e0 sa seule ing\u00e9nierie biologique, l&rsquo;homme r\u00e9ticulaire pourrait se dire : l&rsquo;\u00eatre n&rsquo;est plus en moi mais partout en dehors de moi. \u00ab Moi \u00bb ne peut plus dire \u00ab Je-Tu-Il-Nous \u00bb car \u00ab Moi \u00bb ne circonscrit plus rien. Il est devenu une coquille vide de toute r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, il est lui-m\u00eame un n\u0153ud de flux.<\/p>\n<p>Cette ultramodernit\u00e9 contemporaine se pr\u00e9sente comme facilement critiquable, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle accepte la contradiction \u00e0 peu de frais du moment que ni la critique (dilu\u00e9e par le d\u00e9bordement m\u00e9diatique d&rsquo;\u00ab informations \u00bb) ni l&rsquo;opposition violente et arm\u00e9e (qui au contraire lui serait profitable) ne sont plus en mesure de la transformer. La distorsion de la vision du monde commence quand les apparences des choses sont vid\u00e9es de tout contenu r\u00e9el, hormis la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre intellectuellement connues. Ainsi gonfl\u00e9, l&rsquo;imaginaire de cette culture nous pr\u00e9sente les personnes comme des scanners c\u00e9r\u00e9braux. Ces terminaux d&rsquo;ordinateurs biologiques sont impuissants \u00e0 agir sur un monde r\u00e9duit \u00e0 un flux m\u00e9diatique. Ils ont pour unique fonction de le conna\u00eetre en interpr\u00e9tant les images re\u00e7ues. <\/p>\n<p>Jamais le mythe de la caverne du vieux Platon n&rsquo;avait autant triomph\u00e9. Une telle virtualisation du r\u00e9el atteint l&rsquo;esprit lui-m\u00eame. Ne contenant rien d&rsquo;autre que des ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9duits \u00e0 leur aptitude \u00e0 \u00eatre connus, les psychismes individuels semblent, eux aussi, s&rsquo;\u00e9puiser dans leurs propri\u00e9t\u00e9s connaissables. Ainsi fragilis\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9 de toute finitude, l&rsquo;individu humain peut se laisser dissoudre, et devenir miscible, soit par incorporation organique au sein d&rsquo;une masse ayant une identit\u00e9 collective hallucinatoire, soit par int\u00e9gration gr\u00e9gaire \u00e0 de fantomatiques r\u00e9seaux segment\u00e9s et multicentr\u00e9s.<\/p>\n<p>La crise syrienne aurait donc r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette nouvelle dialectique qui existerait au-del\u00e0 du bien et du mal, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir d&rsquo;Alice au pays des merveilles. Par-del\u00e0 le miroir, existerait un monde \u00e9trange o\u00f9 l&rsquo;homme ne peut plus \u00e9merger en tant qu&rsquo;individu, o\u00f9 toute r\u00e9alit\u00e9 est purement situationnelle, o\u00f9 toute existence n&rsquo;est qu&rsquo;un reflet d&rsquo;images, o\u00f9 toute solidarit\u00e9 se r\u00e9sume \u00e0 une pouss\u00e9e \u00e9motive, bref un jeu d&rsquo;ombres sur l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;un organe vide appel\u00e9 cerveau.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du discernement entre bien et mal, deux mod\u00e8les de soci\u00e9t\u00e9 se profilent, toutes les deux n\u00e9gatrices de la finitude de l&rsquo;individu. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la coercition est une guerre de velours ou une tyrannie douce, pour reprendre Alexis de Tocqueville. C&rsquo;est ce qui se r\u00e9v\u00e8le dans l&rsquo;\u00e9volution actuelle de l&rsquo;Occident. De l&rsquo;autre, une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 se d\u00e9cha\u00eene impun\u00e9ment la volont\u00e9 de puissance dans sa forme la plus brutale et la plus cruelle. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on per\u00e7oit chez un Poutine, un Bachar, un Khamenei et leurs amis.<\/p>\n<p>Dans les deux cas, il n&rsquo;y a point de place \u00e0 une vision centr\u00e9e sur la personne humaine et nul projet politique n&rsquo;est plus en mesure d&rsquo;\u00e9merger. Faudra-t-il s&rsquo;accommoder d&rsquo;un monde o\u00f9 la vie n&rsquo;est plus qu&rsquo;un r\u00eave ?<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p>[L&rsquo;Orient Le Jour->http:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/861673\/echos-de-lagora-par-dela-le-bien-et-le-mal-.html<br \/>\n]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise syrienne a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, entre autres, quelque chose qu&rsquo;on soup\u00e7onnait mais qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas palp\u00e9 de mani\u00e8re concr\u00e8te ; \u00e0 savoir une possible m\u00e9tamorphose de l&rsquo;homme lui-m\u00eame. 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