{"id":138145,"date":"2014-02-25T22:54:32","date_gmt":"2014-02-25T21:54:32","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/meme-en-syrie-dix-treves-locales-ne-font-pas-une-reconciliation\/"},"modified":"2024-01-23T13:39:04","modified_gmt":"2024-01-23T12:39:04","slug":"meme-en-syrie-dix-treves-locales-ne-font-pas-une-reconciliation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/meme-en-syrie-dix-treves-locales-ne-font-pas-une-reconciliation\/","title":{"rendered":"M\u00eame en Syrie, dix tr\u00eaves locales ne font pas une r\u00e9conciliation\u2026"},"content":{"rendered":"<p>\nLa houdna, la tr\u00eave, est actuellement un terme \u00e0 la mode en Syrie. Pour ne pas r\u00e9server \u00e0 la population syrienne l&rsquo;heureuse nouvelle des \u00ab\u00a0armistices conclues ces derniers jours dans la majorit\u00e9 des localit\u00e9s autour de Damas\u00a0\u00bb, la propagande officielle utilise le relais des agences de presses internationales. Elles sont consid\u00e9r\u00e9es plus cr\u00e9dibles que l&rsquo;agence officielle SANA, alors que leurs correspondants \u00e0 Damas, tous Syriens, ne disposent de gu\u00e8re plus de libert\u00e9 d&rsquo;expression que leurs coll\u00e8gues de la presse locale. Tout est ainsi fait pour donner \u00e0 penser que la mousalaha, la fameuse \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb\u2026 qui a en Syrie un minist\u00e8re mais n&rsquo;a pas de r\u00e9alit\u00e9, est en marche. Or ce n&rsquo;est pas le cas. D&rsquo;ailleurs, Ali Haydar, ministre en charge de la R\u00e9conciliation nationale, brille par son absence dans cette campagne o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 contraint de c\u00e9der la place devant les cam\u00e9ras aux gouverneurs des r\u00e9gions concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une simple suspension des activit\u00e9s militaires. Conclu entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 du r\u00e9gime et des quartiers ou des villes enti\u00e8res, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation de personnalit\u00e9s locales les unes favorables au pouvoir et les autres acquises \u00e0 la r\u00e9volution, cet arr\u00eat des affrontements est destin\u00e9 \u00e0 permettre aux habitants des lieux de recevoir la nourriture et les m\u00e9dicaments dont ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s par un blocus implacable de plusieurs mois, et parfois de plus d&rsquo;une ann\u00e9e.<\/p>\n<p>A quelques d\u00e9tails pr\u00e8s, les termes du contrat sont partout les m\u00eames. La proc\u00e9dure d\u00e9bute par le remplacement, sur un point dominant ou un b\u00e2timent public, du drapeau de l&rsquo;ind\u00e9pendance, embl\u00e8me de la r\u00e9volution, par celui de la Syrie baathiste. Au terme d&rsquo;un d\u00e9lai de 24 \u00e0 72 heures, les forces du r\u00e9gime all\u00e8gent le si\u00e8ge de la ville et autorisent son approvisionnement. En \u00e9change, les combattants de l&rsquo;Arm\u00e9e libre qui la d\u00e9fendent doivent remettre les armes lourdes &#8211; chars, blind\u00e9s, canons\u2026 &#8211; dont ils se sont empar\u00e9s dans les d\u00e9p\u00f4ts de l&rsquo;arm\u00e9e ou lors des combats. Ils peuvent conserver leurs armes l\u00e9g\u00e8res, qu&rsquo;ils devront toutefois remettre pour b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une amnistie. En revanche, ils doivent expulser les \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb engag\u00e9s \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, non seulement les d\u00e9tenteurs d&rsquo;une nationalit\u00e9 autre que syrienne, mais \u00e9galement leurs compatriotes dont les noms ne figurent pas dans les registres locaux de l&rsquo;\u00e9tat-civil. Cette clause vise en priorit\u00e9, \u00e9videmment, les djihadistes du Front de Soutien (Jabhat al-Nousra) et de l&rsquo;Etat islamique d&rsquo;Irak et du Levant (Da&rsquo;ech).<\/p>\n<p>Outre la lev\u00e9e de l&rsquo;encerclement de la ville ou la fin du blocus du quartier, les militaires et les moukhabarat s&rsquo;engagent pour leur part \u00e0 all\u00e9ger et \u00e9loigner leurs dispositifs de contr\u00f4le, auxquels ils peuvent \u00e9ventuellement associer des combattants locaux. Ils doivent lib\u00e9rer les activistes et les opposants originaires des lieux n&rsquo;ayant \u00ab\u00a0pas de sang sur les mains\u00a0\u00bb, r\u00e9gler le probl\u00e8me des d\u00e9serteurs qui pourront \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s dans leurs unit\u00e9s d&rsquo;origine, laisser les habitants en situation r\u00e9guli\u00e8re entrer et sortir librement, et autoriser les malades et bless\u00e9s \u00e0 aller b\u00e9n\u00e9ficier ailleurs des soins non dispens\u00e9s chez eux. Les diff\u00e9rentes administrations doivent r\u00e9tablir les services publics interrompus &#8211; eau, \u00e9lectricit\u00e9, transports\u2026 &#8211; et l&rsquo;Etat entamer aussit\u00f4t la reconstruction des infrastructures d\u00e9truites &#8211; routes, \u00e9coles, h\u00f4pitaux, palais de justice\u2026-.<\/p>\n<p>On rel\u00e8vera qu&rsquo;aucune disposition ne pr\u00e9voit l&rsquo;organisation d&rsquo;un dialogue, une \u00e9tape pourtant indispensable pour inscrire cet \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s dans la recherche d&rsquo;une entente politique, et pour lui donner au moins l&rsquo;apparence d&rsquo;une r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p><strong>Des populations \u00e9puis\u00e9es et abandonn\u00e9es<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages recueillis aupr\u00e8s des habitants des villes entr\u00e9es dans la tr\u00eave depuis l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2013 montrent que c&rsquo;est faute d&rsquo;alternative, contraintes et forc\u00e9es mais non sans d\u00e9bats, que les populations ont accept\u00e9 apr\u00e8s des mois de r\u00e9sistance les conditions qui leur \u00e9taient propos\u00e9es. En plus d&rsquo;un endroit, \u00e0 Douma par exemple, dans la Ghouta orientale, la d\u00e9cision s&rsquo;est heurt\u00e9e au refus de toute tr\u00eave par les combattants, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 lutter jusqu&rsquo;au bout par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de leurs camarades tomb\u00e9s en martyrs. Ailleurs, comme au camp du Yarmouk, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s par la mort de leurs proches et en particulier des nourrissons et des enfants, les civils exsangues ont convaincu les groupes arm\u00e9s de l&rsquo;inutilit\u00e9 de souffrances suppl\u00e9mentaires. A Ma&rsquo;damiyet al-Cham, des appels en faveur de la tr\u00eave sont \u00e9galement venus d&rsquo;habitants d\u00e9sireux de regagner les domiciles qu&rsquo;ils avaient fuis, faute d&rsquo;avoir pu trouver un refuge ailleurs. \u00c9puis\u00e9s physiquement par les p\u00e9nuries, \u00e9branl\u00e9s nerveusement par les bombardements, ils ont pris acte partout de l&rsquo;incapacit\u00e9 des d\u00e9fenseurs des villes voisines \u00e0 leur venir en aide et du total d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e0 leur endroit de la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>Pour faire plier les agglom\u00e9rations qui s&rsquo;obstinaient \u00e0 refuser l&rsquo;armistice qui leur \u00e9tait \u00ab\u00a0propos\u00e9\u00a0\u00bb, le r\u00e9gime a eu recours \u00e0 divers proc\u00e9d\u00e9s. Il a cherch\u00e9 ici \u00e0 accro\u00eetre les destructions et les pertes en vies humaines. Il a tent\u00e9 ailleurs de manipuler les populations. Ainsi, pour h\u00e2ter les choses \u00e0 Daraya, dont l&rsquo;encerclement herm\u00e9tique de plus d&rsquo;un an et demi n&rsquo;avait pas alt\u00e9r\u00e9 la r\u00e9solution des habitants, des h\u00e9licopt\u00e8res ont largu\u00e9 sur la ville, \u00e0 la fin du mois de janvier, pr\u00e8s de 40 barils de TNT en 48 heures. Cela n&rsquo;ayant pas suffi, les services de renseignements de la Garde r\u00e9publicaine ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s d&rsquo;infiltrer des \u00e9l\u00e9ments dans la ville, afin de semer la discorde entre les diff\u00e9rentes coordinations et les brigades de combattants. A De\u00efr al-Asafir, o\u00f9 le pouvoir avait d\u00e9j\u00e0 opt\u00e9 pour cette m\u00e9thode, les habitants ont expuls\u00e9 une demi-douzaine de jeunes gens dont ils avaient d\u00e9couvert qu&rsquo;ils s&rsquo;appr\u00eataient secr\u00e8tement, de connivence avec les moukhabarat, \u00e0 annoncer une r\u00e9conciliation avec le r\u00e9gime conclue \u00e0 l&rsquo;insu de la population.<\/p>\n<p><strong>Les limites de la puissance des forces arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si la conclusion des tr\u00eaves montre que les habitants avaient partout atteint et souvent d\u00e9pass\u00e9 les limites de leurs capacit\u00e9s de r\u00e9sistance, elle illustre aussi l&rsquo;impuissance des forces arm\u00e9es et des services de s\u00e9curit\u00e9 du r\u00e9gime. En d\u00e9pit d&rsquo;un recours de leur part \u00e0 une violence et une barbarie extr\u00eames, et bien qu&rsquo;\u00e9paul\u00e9s dans la guerre contre les populations par des dizaines de milliers de mercenaires et de miliciens, ils se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s incapables de r\u00e9tablir partout l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Etat. Certes, en levant le drapeau de la Syrie baathiste, les villes en tr\u00eave offrent au pouvoir la satisfaction symbolique que celui-ci r\u00e9clame. Mais il ne s&rsquo;en satisfait que faute de pouvoir obtenir davantage. Pour sauver la face, il qualifie de \u00ab\u00a0retour \u00e0 la patrie\u00a0\u00bb &#8211; dans son langage : \u00ab\u00a0d&rsquo;all\u00e9geance envers le r\u00e9gime\u00a0\u00bb &#8211; ce qui ne constitue de la part des Syriens renvoy\u00e9s \u00e0 des modes de vie primitifs qu&rsquo;un ultime moyen de survie et une formalit\u00e9. Il sait toutefois que le probl\u00e8me pos\u00e9 par les villes et les quartiers \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas r\u00e9gl\u00e9, et qu&rsquo;ils resteront pour lui une \u00e9pine dans le pied qu&rsquo;il devra extirper demain, faute de pouvoir le faire aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Incapable de se battre sur tous les fronts, l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re est en effet oblig\u00e9e de composer. Elle est contrainte de hi\u00e9rarchiser ses priorit\u00e9s. Alors que l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur des tr\u00eaves n\u00e9cessite toujours son accord in fine, elle ne les propose, elle ne tente de les imposer ou elle ne les accepte qu&rsquo;avec les villes qu&rsquo;elle a choisies, celles dont la neutralisation lui suffit ou lui est n\u00e9cessaire \u00e0 un moment donn\u00e9. Elle pourra alors r\u00e9cup\u00e9rer les hommes dont elle a besoin ailleurs, pour s&#8217;emparer d&rsquo;autres agglom\u00e9rations ou pour se d\u00e9ployer dans d&rsquo;autres r\u00e9gions d&rsquo;importance strat\u00e9gique\u2026 auxquelles elle se garde bien de faire de telles offres.<\/p>\n<p>&#8211; Ainsi, une tr\u00eave \u00e9tait n\u00e9cessaire et suffisante \u00e0 Ma&rsquo;adamiyet al-Cham, puisqu&rsquo;elle permettait de s\u00e9curiser la route menant de Damas vers Yafour, la Ghouta occidentale et le Liban, et de faciliter les d\u00e9placements entre la capitale et les villes &#8211; Jda\u00efdet Artouz, Qatana\u2026 &#8211; abritant d&rsquo;importants casernements.<\/p>\n<p>&#8211; Des tr\u00eaves pouvaient \u00e9galement suffire \u00e0 Babilla, Yelda et Be\u00eft Sahem, puisqu&rsquo;elles att\u00e9nuaient les menaces pesant sur Sayyida Zaynab, o\u00f9 se regroupent une part notable des milices chiites arriv\u00e9es en renfort, et qu&rsquo;elles autorisaient \u00e0 d\u00e9sengager des troupes pour faire face aux menaces croissantes en provenance du sud.<\/p>\n<p>&#8211; Des tr\u00eaves \u00e9taient utiles \u00e0 Barzeh et Qaboun, et elles le seraient aussi \u00e0 Jobar, Harasta et Douma, pour ouvrir les diff\u00e9rentes voies de circulation en direction du nord du pays, par la route du Qalamoun pour les trois premi\u00e8res, par l&rsquo;autoroute internationale pour les deux derni\u00e8res.<\/p>\n<p>&#8211; En revanche, une tr\u00eave ne peut \u00eatre envisag\u00e9e \u00e0 Yabroud, dont seules la conqu\u00eate ou la destruction permettront aux forces du r\u00e9gime de tenir la fronti\u00e8re s\u00e9parant la Syrie du Liban, de disposer d&rsquo;une deuxi\u00e8me voie d&rsquo;acc\u00e8s au nord du pays sur les hauteurs, et de rassurer le Hizbollah en interdisant l&rsquo;acc\u00e8s des \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb \u00e0 la ville sunnite d&rsquo;Arsal, dans la Bekaa libanaise.<\/p>\n<p>&#8211; Peupl\u00e9 principalement de Palestiniens, le camp du Yarmouk posait un autre probl\u00e8me qui a longtemps retard\u00e9 la mise en \u0153uvre de la tr\u00eave que ses habitants r\u00e9clamaient apr\u00e8s avoir vu mourir de faim plus d&rsquo;une centaine d&rsquo;entre eux : l&rsquo;acceptation du contr\u00f4le des lieux par les hommes du Front de Lib\u00e9ration de la Palestine &#8211; Commandement g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;une des factions palestiniennes cr\u00e9\u00e9es par le r\u00e9gime syrien et enti\u00e8rement vassalis\u00e9es par le pouvoir en place.<\/p>\n<p><strong>La n\u00e9cessit\u00e9 de rassurer les partisans du pouvoir<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La conclusion des tr\u00eaves a donn\u00e9 lieu, dans la plupart des cas, \u00e0 des mises en sc\u00e8ne bruyamment orchestr\u00e9es par le r\u00e9gime. La pr\u00e9sence des gouverneurs y \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 mettre en exergue le r\u00f4le central et l&rsquo;engagement de l&rsquo;Etat dans ces armistices et \u00e0 sugg\u00e9rer que l&rsquo;affaire ne se limitait pas \u00e0 un simple adieu momentan\u00e9 aux armes. Ainsi, dans plusieurs villes de la Ghouta orientale, dont Babilla, \u00ab\u00a0le r\u00e9gime a propos\u00e9 \u00e0 ceux qui se battaient pour d\u00e9fendre les lieux de se rendre aux autorit\u00e9s, de sortir avec leurs armes, de les remettre, de se pr\u00e9senter devant les cam\u00e9ras des chaines satellitaires et de d\u00e9clarer qu&rsquo;ils \u00e9taient bien des \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb mais qu&rsquo;ils avaient \u00ab\u00a0r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 la patrie\u00a0\u00bb. Ils auraient alors l&rsquo;autorisation d&rsquo;envoyer les membres de leurs familles dans des lieux moins expos\u00e9s. Eux-m\u00eames seraient momentan\u00e9ment emmen\u00e9s pour interrogatoire dans des centres d&rsquo;internement d&rsquo;o\u00f9 ils seraient rapidement rel\u00e2ch\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque la tr\u00eave a finalement \u00e9t\u00e9 conclue, le 17 f\u00e9vrier, \u00e0 Babilla, dans des conditions revues \u00e0 la baisse de la part du pouvoir, les habitants ont pu constater que l&rsquo;op\u00e9ration ne visait pas \u00e0 mettre fin \u00e0 leurs \u00e9preuves mais \u00e0 rassurer les partisans du r\u00e9gime sur ses capacit\u00e9s. En d\u00e9pit des promesses faites par le gouverneur de Damas-Campagne, dont la d\u00e9l\u00e9gation avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 pour l&rsquo;occasion dans la ville escort\u00e9 par toutes les t\u00e9l\u00e9visions syriennes, ils n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 quitter les lieux pour chercher refuge ailleurs, et ils n&rsquo;ont rien re\u00e7u avant plusieurs jours des produits alimentaires et des m\u00e9dicaments dont l&rsquo;arriv\u00e9e leur avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e \u00ab\u00a0dans les deux heures\u00a0\u00bb. Entre-temps, les images tourn\u00e9es sur les lieux de la manifestation avaient \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es sur les cha\u00eenes locales&#8230;<\/p>\n<p>De telles images ont sans doute un effet r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur sur le moral des troupes, auxquelles elles peuvent donner le sentiment d&rsquo;avoir enregistr\u00e9 de grandes victoires. Elles ont aussi un impact dans l&rsquo;esprit des partisans du r\u00e9gime qui, acquis \u00e0 son maintien, sont plus ou moins dubitatifs sur l&rsquo;ad\u00e9quation des mesures &#8211; le blocus impos\u00e9 aux villes, les bombardements des populations, le recours aux barils d&rsquo;explosifs\u2026 &#8211; aux buts officiellement recherch\u00e9s &#8211; la lutte contre les \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb-. Elles sont enfin de premi\u00e8re importance dans la perspective des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du printemps 2014, dont la date exacte n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e, mais auxquelles on sait que Bachar al-Assad est d\u00e9j\u00e0 candidat, non seulement parce que le peuple le veut, comme il le d\u00e9clarait en octobre 2013, mais tout simplement parce qu&rsquo;il tient \u00e0 poursuivre \u00ab\u00a0son \u0153uvre\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>Un compromis insatisfaisant \u00e0 la viabilit\u00e9 douteuse<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les populations des villes engag\u00e9es \u00e0 contrec\u0153ur dans les tr\u00eaves observent avec pr\u00e9occupation, et parfois exasp\u00e9ration, les agissements du pouvoir. Elles constatent en effet que, loin de s&rsquo;en tenir \u00e0 ses engagements, celui-ci se livre \u00e0 toutes sortes de man\u0153uvres qui correspondent \u00e0 la recherche, par des moyens autres que les armes, de divers objectifs.<\/p>\n<p>&#8211; Elles regrettent d&rsquo;abord d&rsquo;avoir d\u00fb signer avec lui, comme il le voulait, des accords de tr\u00eaves s\u00e9par\u00e9s, alors qu&rsquo;une concertation entre villes assi\u00e9g\u00e9es, rendue malheureusement impossible par la multiplication des groupes arm\u00e9s, le manque de moyens du Haut Etat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e syrienne libre, le morcellement de l&rsquo;opposition et l&rsquo;inexistence d&rsquo;une unique instance de d\u00e9cision au sein de la r\u00e9volution, aurait peut-\u00eatre permis de meilleures conditions et offert de meilleures garanties.<\/p>\n<p>&#8211; Elles sont irrit\u00e9es d&rsquo;entendre les m\u00e9dias officiels entretenir l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 et parler de mousalaha l\u00e0 o\u00f9 de simples tr\u00eaves, qui sont par nature r\u00e9versibles et n&rsquo;impliquent \u00e0 ce stade ni n\u00e9gociations avec le pouvoir, ni renoncement au principal slogan de la r\u00e9volution &#8211; le renversement du r\u00e9gime de Bachar al-Assad et le d\u00e9mant\u00e8lement de son appareil s\u00e9curitaire -, ne laissent encore rien augurer de tel.<\/p>\n<p>&#8211; Elles constatent que, tout en pr\u00e9sentant localement les tr\u00eaves comme une \u00ab\u00a0victoire de la Syrie\u00a0\u00bb, les responsables s&#8217;empressent de la d\u00e9crire dans les m\u00e9dias comme un succ\u00e8s pour le pouvoir, et que les militaires, suivant leurs penchants naturels ou se conformant aux ordres re\u00e7us, se comportent aux entr\u00e9es des villes et des quartiers comme des vainqueurs auxquels la victoire offrirait tous les droits.<\/p>\n<p>&#8211; Elles rel\u00e8vent que, au lieu de laisser les produits pharmaceutiques et la nourriture entrer librement dans les villes, les postes de contr\u00f4le qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 lev\u00e9s s&rsquo;\u00e9vertuent au contraire \u00e0 en restreindre et en retarder l&rsquo;acc\u00e8s. Il ne leur \u00e9chappe pas qu&rsquo;ils cherchent ainsi \u00e0 la fois \u00e0 entretenir la d\u00e9pendance des habitants \u00e0 leur \u00e9gard, \u00e0 les maintenir dans un \u00e9tat de faiblesse et d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 chronique, et \u00e0 provoquer des tensions entre les b\u00e9n\u00e9ficiaires et les laiss\u00e9s pour compte, qui pourraient \u00e9ventuellement d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en affrontements internes.<\/p>\n<p>&#8211; Elles observent que, loin de rester l&rsquo;arme au pied, comme le stipulent les accords, moukhabarat et chabbiha tentent r\u00e9guli\u00e8rement de p\u00e9n\u00e9trer dans les villes en tr\u00eave par des voies d\u00e9tourn\u00e9es, imposant \u00e0 leurs d\u00e9fenseurs une vigilance de tous les instants et un recours ponctuel aux armes qui pourrait \u00e0 tout moment \u00eatre qualifi\u00e9 par les propagandistes du pouvoir de violation de leurs engagements.<\/p>\n<p>A Qoudsaya, au mois de septembre 2013, la population a ch\u00e8rement pay\u00e9 le prix de son exc\u00e8s de confiance : plus d&rsquo;une vingtaine de ses habitants, pris en otages par des miliciens des quartiers voisins de Masaken al-Haras et de Jabal al-Ward, ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme boucliers humains dans une attaque de la ville puis \u00e9gorg\u00e9s.<\/p>\n<p>A Nebek, l&rsquo;arm\u00e9e a profit\u00e9 du repli des combattants de l&rsquo;Arm\u00e9e libre qui conditionnait l&rsquo;autorisation d&rsquo;entr\u00e9e de nourriture dans la ville, pour r\u00e9cup\u00e9rer sans coup f\u00e9rir certains quartiers et y commettre des assassinats et d&rsquo;autres actes de froide vengeance.<\/p>\n<p>&#8211; Elles redoutent un \u00e9croulement soudain de la tr\u00eave, dont la cause pourrait \u00eatre un accident d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment mont\u00e9 en \u00e9pingle afin d&rsquo;offrir \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e le pr\u00e9texte de p\u00e9n\u00e9trer dans des lieux aux d\u00e9fenses all\u00e9g\u00e9es. Comme \u00e0 Qoudsaya, o\u00f9 un officier a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, dimanche 22 f\u00e9vrier, alors que, entr\u00e9 en voiture dans la ville avec son arme en violation des accords, il avait \u00e9cras\u00e9 un enfant avant d&rsquo;ouvrir le feu sur les personnes accourues pour porter secours \u00e0 la victime.<\/p>\n<p>&#8211; Elles d\u00e9plorent, \u00e0 Ma&rsquo;adamiyet al-Cham par exemple, que la remise en marche des services publics n&rsquo;ait jamais \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 bien et que, deux mois apr\u00e8s la cessation des hostilit\u00e9s entre d\u00e9fenseurs de la ville et forces du r\u00e9gime, aucune des promesses dans ce domaine n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 tenue.<\/p>\n<p>&#8211; Elles expriment tout haut leur r\u00e9probation pour le maintien en d\u00e9tention de plusieurs centaines d&rsquo;hommes qui avaient quitt\u00e9 la m\u00eame ville de Ma&rsquo;adamiyet al-Cham, sur la foi des assurances donn\u00e9es par les forces du r\u00e9gime. Alors qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient livr\u00e9s aux services de renseignements et qu&rsquo;ils auraient d\u00fb \u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s puisqu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais pris part aux combats, ils continuent d&rsquo;\u00eatre soumis \u00e0 la torture dans les centres de r\u00e9fugi\u00e9s o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 accueillis.<\/p>\n<p><strong>Qui veut aujourd&rsquo;hui en Syrie d&rsquo;une r\u00e9conciliation politique ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Aussi durables soient-elles, les tr\u00eaves conclues \u00e0 ce jour ou en voie de finalisation ne d\u00e9boucheront pas sur une r\u00e9conciliation entre les populations et le r\u00e9gime. Aucune des deux parties n&rsquo;y est dispos\u00e9e.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9s \u00e0 accepter une cessation de leur longue r\u00e9sistance, faute de ressources et de soutien, les habitants des villes et des quartiers d\u00e9sormais neutralis\u00e9s ne croient pas aux bonnes intentions du r\u00e9gime. Ils savent que celui-ci n&rsquo;a jamais eu pour habitude, avant-m\u00eame le d\u00e9but de la r\u00e9volte populaire, de manifester une quelconque compr\u00e9hension et encore moins de tol\u00e9rance envers ceux qui contestaient l&rsquo;autorit\u00e9 du pouvoir en place, surtout les armes \u00e0 la main. Si celui-ci affecte aujourd&rsquo;hui une certaine retenue, il n&rsquo;est certainement pas dans ses intentions d&rsquo;en rester l\u00e0 : ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pu mener \u00e0 son terme aujourd&rsquo;hui, il l&rsquo;ach\u00e8vera demain. Cette conviction interdit \u00e0 ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 trop cher leur volont\u00e9 de changement de renoncer \u00e0 leurs revendications et de cesser d&rsquo;exiger le d\u00e9part de celui qui a imm\u00e9diatement r\u00e9pondu par un d\u00e9cha\u00eenement de violence \u00e0 leur d\u00e9sir de libert\u00e9, de justice et de dignit\u00e9.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation d&rsquo;un minist\u00e8re de la R\u00e9conciliation nationale par Bachar al-Assad ne doit pas abuser. Depuis 1963, la \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb est bannie de la culture politique syrienne. Elle n&rsquo;int\u00e9resse actuellement personne \u00e0 la t\u00eate du r\u00e9gime. Elle ne fait pas davantage partie du programme du gouvernement que la justice, la culture, l&rsquo;information ou les affaires sociales, qui ont toutes, elles aussi, leur minist\u00e8re mais pas de r\u00e9alit\u00e9 en Syrie. Ce qu&rsquo;il veut, c&rsquo;est l&rsquo;all\u00e9geance \u00e0 sa personne, l&rsquo;acceptation par tous les Syriens de la mainmise de son entourage familial sur les ressources du pays, et leur soumission \u00e0 l&rsquo;ordre \u00e9tabli que les services de s\u00e9curit\u00e9 ont pour mission de contr\u00f4ler et de faire respecter. La tr\u00eave n&rsquo;est donc pas une expression de sa cl\u00e9mence ou de sa mis\u00e9ricorde. Elle est un aveu implicite de faiblesse momentan\u00e9e. Il ne manquera pas d&rsquo;y rem\u00e9dier d\u00e8s qu&rsquo;il le pourra.<\/p>\n<p>Faute de pouvoir gagner les c\u0153urs et les esprits de ses compatriotes, une entreprise qui demanderait une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et une grandeur d&rsquo;\u00e2me qui lui font d\u00e9faut, et pour \u00eatre en mesure de faire croire qu&rsquo;il aura pour une fois \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par ses concitoyens reconnaissants et non par les moukhabarat, Bachar al-Assad en est r\u00e9duit \u00e0 acheter les ventres. Apr\u00e8s avoir menac\u00e9, d\u00e8s le printemps 2011, \u00ab\u00a0Bachar al-Assad ou nous br\u00fblons le pays\u00a0\u00bb, ses partisans ont plac\u00e9 leurs fr\u00e8res Syriens devant un nouveau dilemme : \u00ab\u00a0la faim ou la soumission\u00a0\u00bb. Cumulant les armes du blocus, de la privation de nourriture et de m\u00e9dicaments, des bombardements aveugles, des destructions syst\u00e9matiques, de la condamnation \u00e0 l&rsquo;errance\u2026 le r\u00e9gime a contraint les r\u00e9volutionnaires syriens \u00e0 ravaler leurs revendications politiques.<\/p>\n<p>Il aurait tort de jurer qu&rsquo;ils les ont oubli\u00e9es.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2014\/02\/23\/meme-en-syrie-dix-treves-locales-ne-font-pas-une-reconciliation\/#more-7900\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La houdna, la tr\u00eave, est actuellement un terme \u00e0 la mode en Syrie. 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