{"id":137105,"date":"2014-01-29T22:44:44","date_gmt":"2014-01-29T21:44:44","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/syrie-la-delegation-du-regime-a-geneve-sous-haute-surveillance-par-crainte-des-defections\/"},"modified":"2024-01-23T13:38:55","modified_gmt":"2024-01-23T12:38:55","slug":"syrie-la-delegation-du-regime-a-geneve-sous-haute-surveillance-par-crainte-des-defections","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/syrie-la-delegation-du-regime-a-geneve-sous-haute-surveillance-par-crainte-des-defections\/","title":{"rendered":"Syrie. La d\u00e9l\u00e9gation du r\u00e9gime \u00e0 Gen\u00e8ve sous haute surveillance\u2026 par crainte des d\u00e9fections"},"content":{"rendered":"<p>\nSuite \u00e0 la victoire remport\u00e9 par la diplomatie russe sur le bellicisme de la France et des Etats-Unis, au lendemain de \u00ab\u00a0l&rsquo;attaque chimique de trop\u00a0\u00bb du 21 ao\u00fbt 2013 sur la Ghouta de Damas, Bachar al-Assad avait donn\u00e9 pour consigne \u00e0 sa propagande de reprendre partout et sur tous les tons le refrain connu : \u00ab\u00a0On a gagn\u00e9, on a gagn\u00e9\u00a0\u00bb\u2026 Gr\u00e2ce \u00e0 la fermet\u00e9 de ses parrains, protecteurs et mentors moscovites, il avait simplement report\u00e9 les \u00e9ch\u00e9ances de quelque temps. Sa victoire se r\u00e9sumait \u00e0 la possibilit\u00e9 qui lui \u00e9tait offerte, moyennant son engagement \u00e0 livrer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des armes chimiques qu&rsquo;il avait toujours ni\u00e9 d\u00e9tenir, d&rsquo;\u00e9viter des frappes sanctions et de pr\u00e9venir provisoirement un \u00e9branlement suppl\u00e9mentaire de son pouvoir.<\/p>\n<p>Utilisant tous les autres moyens \u00e0 sa disposition, son arm\u00e9e a profit\u00e9 de l&rsquo;abattement provoqu\u00e9 dans les rangs des r\u00e9volutionnaires et des combattants par le reniement de Barak Obama et par l&rsquo;incapacit\u00e9 de la France \u00e0 s&rsquo;engager seule dans l&rsquo;op\u00e9ration militaire qu&rsquo;ils appelaient de leurs v\u0153ux. Certes, elle a remport\u00e9 ici et l\u00e0 quelques succ\u00e8s&#8230; qu&rsquo;elle a davantage claironn\u00e9s que les revers qu&rsquo;elle subissait ailleurs au m\u00eame moment. Mais elle n&rsquo;a nullement renvers\u00e9 le rapport des forces et elle n&rsquo;a effectu\u00e9 aucune perc\u00e9e d\u00e9cisive sur le terrain. Elle n&rsquo;a pas profit\u00e9 d&rsquo;un recours d\u00e9sormais massif \u00e0 des mercenaires chiites en provenance de plusieurs pays, auxquels des recruteurs iraniens faisaient croire que les lieux attach\u00e9s au souvenir de la famille d&rsquo;Ali \u00e9taient en danger en Syrie et qu&rsquo;ils devaient s&rsquo;engager dans ce qui s&rsquo;apparentait davantage \u00e0 une \u00ab\u00a0croisade\u00a0\u00bb contre les sunnites qu&rsquo;\u00e0 un djihad pour d\u00e9fendre l&rsquo;islam. Elle ne profite gu\u00e8re davantage aujourd&rsquo;hui des combats de diversion dans lesquels les agissements de \u00ab\u00a0Da&rsquo;ech\u00a0\u00bb ont contraint les autres groupes arm\u00e9s \u00e0 s&rsquo;engager dans le nord de la Syrie.<\/p>\n<p>Ces chants de victoire ont \u00e9videmment inspir\u00e9 une quantit\u00e9 d&rsquo;articles, dont les signataires, journalistes ou universitaires, ont h\u00e9sit\u00e9 entre l&rsquo;interrogation prudente, le recours au conditionnel et l&rsquo;affirmation d&rsquo;un \u00e9tat de fait pr\u00e9sent ou imminent. Leurs auteurs \u00e9taient encore parfois autoris\u00e9s par le r\u00e9gime \u00e0 effectuer des visites dans un pays qui &#8211; sauf circonstances exceptionnelles dont ses dirigeants entendent tirer parti &#8211; n&rsquo;ouvre volontiers ses portes, depuis le d\u00e9but de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution contre Bachar al-Assad\u00a0\u00bb, que devant ceux qu&rsquo;il consid\u00e8re comme des alli\u00e9s, des partisans ou des amis.<\/p>\n<p>A l&rsquo;approche de la Conf\u00e9rence de \u00ab\u00a0Gen\u00e8ve 2\u00a0\u00bb, Bachar al-Assad s&rsquo;est soudain montr\u00e9 moins s\u00fbr de son fait. Dans une interview \u00e0 l&rsquo;AFP, le 20 janvier, il a en effet d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0Nous pouvons dire que nous r\u00e9alisons des progr\u00e8s dans la lutte antiterroriste. Mais cela ne signifie pas que la victoire est imminente\u00a0\u00bb&#8230; De fait, il n&rsquo;\u00e9tait pas dans son int\u00e9r\u00eat d&rsquo;entonner d\u00e9j\u00e0 le p\u00e9an. D&rsquo;une part, parce que ce chant ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 incontestable sur le terrain. D&rsquo;autre part, parce que l&rsquo;\u00e9tat de son arm\u00e9e est loin d&rsquo;\u00eatre aussi satisfaisant qu&rsquo;il cherche \u00e0 le faire croire. Enfin, parce qu&rsquo;une victoire trop rapide sur les \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb qu&rsquo;il pr\u00e9tend combattre en bombardant des villes peupl\u00e9es de civils et en torturant des activistes jusqu&rsquo;\u00e0 la mort risque de le d\u00e9mon\u00e9tiser. Elle lui \u00f4terait toute utilit\u00e9 aux yeux de ses ennemis ext\u00e9rieurs, les amis du peuple syrien, dans la seule lutte susceptible d&rsquo;att\u00e9nuer leur hostilit\u00e9 \u00e0 son endroit et de les amener \u00e0 voir en lui un alli\u00e9 ponctuel : la guerre contre l&rsquo;islamisme radical.<\/p>\n<p>Sa prudence est \u00e9galement aliment\u00e9e, au moment o\u00f9 la communaut\u00e9 internationale fait mine de vouloir imposer aux parties en pr\u00e9sence la recherche d&rsquo;une issue n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 la crise, par la crainte de voir le mouvement des d\u00e9fections qui a ralenti sans jamais s&rsquo;interrompre, s&rsquo;intensifier et concerner certains membres importants de son entourage.<\/p>\n<p>Bachar al-Assad est bien plac\u00e9 pour conna\u00eetre le degr\u00e9 de solidit\u00e9 de son r\u00e9gime. Celui-ci offre les apparences d&rsquo;une forteresse imprenable, mais celle-ci pourrait se r\u00e9v\u00e9ler, comme dans certains pays de l&rsquo;ancienne Europe de l&rsquo;Est, beaucoup plus fragile qu&rsquo;escompt\u00e9e. Il sait que, si les d\u00e9sertions ont \u00e9t\u00e9 peu nombreuses parmi les tr\u00e8s hauts responsables politiques, militaires et s\u00e9curitaires, leur d\u00e9cision de rester \u00e0 leur poste \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et de continuer \u00e0 assumer les devoirs de leur t\u00e2che a souvent \u00e9t\u00e9 un choix par d\u00e9faut. En r\u00e9alit\u00e9, il a fait et il continue de faire tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas leur laisser d&rsquo;autre choix.<\/p>\n<p>Au cours des trois ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es, il a impliqu\u00e9 le maximum d&rsquo;entre eux, militaires et civils, dans la r\u00e9pression ou dans son financement. Il leur a ainsi rendu impossible la fuite en direction de pays qui s&#8217;empresseraient de les arr\u00eater, et \u00e9ventuellement de les traduire devant une cour de justice pour crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9. Il a fait en sorte d&rsquo;attiser les haines et les peurs entre membres des diff\u00e9rentes confessions religieuses, pour interdire aux membres et aux responsables de sa communaut\u00e9 d&rsquo;origine, les Alaouites, d&rsquo;envisager un autre avenir pour eux-m\u00eames et la Syrie que son maintien ind\u00e9fini \u00e0 la t\u00eate de la \u00ab\u00a0Syrie des al-Assad\u00a0\u00bb. Par crainte que cela ne les dissuade pas tous, il fait constamment planer sur eux, en prenant leurs proches et leurs biens en otage, toutes sortes de menaces.<\/p>\n<p>Le spectacle offert par la d\u00e9l\u00e9gation du r\u00e9gime syrien \u00e0 Montreux, au premier jour de la Conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve 2, est de ce point de vue instructif. Lors de leurs d\u00e9placements &#8211; extr\u00eamement limit\u00e9s\u2026 &#8211; \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leur h\u00f4tel et en direction du Centre de Congr\u00e8s, ses membres sont constamment rest\u00e9s entour\u00e9s d&rsquo;un double cordon de s\u00e9curit\u00e9. Le premier, compos\u00e9 d&rsquo;agents du pays h\u00f4te, avait pour mission d&rsquo;\u00e9carter les curieux, les journalistes ou les membres des autres d\u00e9l\u00e9gations tent\u00e9s de s&rsquo;approcher pour nouer le dialogue. Le second, compos\u00e9 d&rsquo;agents des moukhabarat, avait tout \u00e0 la fois pour fonction de pallier aux \u00e9ventuelles failles du dispositif suisse\u2026 et d&#8217;emp\u00eacher qu&rsquo;une brebis s&rsquo;\u00e9carte du troupeau pour tenter de faire d\u00e9sertion. C&rsquo;est du moins l&rsquo;impression d&rsquo;observateurs qui remarquent que, par l&rsquo;est du lac, la fronti\u00e8re fran\u00e7aise n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 une demi-heure de route du lieu de la conf\u00e9rence et qu&rsquo;aucune force de police n&rsquo;y stationne en permanence.<\/p>\n<p>La possibilit\u00e9 de d\u00e9fection de la part de tel ou \u00ab\u00a0telle\u00a0\u00bb membre de cette d\u00e9l\u00e9gation n&rsquo;est pas \u00e0 \u00e9carter d&rsquo;un revers de main. Certains sont d\u00e9tenteurs de secrets susceptibles d&rsquo;int\u00e9resser des Etats au point de les inciter \u00e0 fermer les yeux sur leur pass\u00e9 et \u00e0 leur ouvrir les bras. Comme le sugg\u00e8re le d\u00e9roulement de leur carri\u00e8re, dans un syst\u00e8me o\u00f9 l&rsquo;all\u00e9geance au syst\u00e8me prime sur les comp\u00e9tences, leur opportunisme peut \u00e0 tout moment, s&rsquo;il y va de leur int\u00e9r\u00eat, les amener \u00e0 tourner casaque. Au plus fort des tensions et incertitudes provoqu\u00e9es en Syrie, au printemps 2005, par l&rsquo;assassinat de l&rsquo;ancien premier ministre libanais Rafiq al-Hariri et le rapatriement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des troupes d&rsquo;occupation syrienne au Liban, l&rsquo;une des personnalit\u00e9s aujourd&rsquo;hui les plus en vue au sein de cette d\u00e9l\u00e9gation avait d\u00e9j\u00e0 pris contact avec une ambassade europ\u00e9enne. Elle voulait s&rsquo;informer de la possibilit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;asile politique au cas o\u00f9 la situation dans son pays le n\u00e9cessiterait\u2026<\/p>\n<p>Au cours des derniers mois, et alors que les Syriens ordinaires \u00e9prouvent des difficult\u00e9s croissantes \u00e0 obtenir des visas, un certain nombre de tr\u00e8s hauts responsables syriens &#8211; dont au moins un membre de la d\u00e9l\u00e9gation &#8211; sont parvenus \u00e0 installer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger des membres de leur famille. C&rsquo;est le cas du g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la retraite Mohammed Nasif \u00ab\u00a0Abou Wa&rsquo;el\u00a0\u00bb Khayr Bek, conseiller du vice-pr\u00e9sident Farouq al-Chareh pour les questions de s\u00e9curit\u00e9, dont la femme et les deux fils r\u00e9sideraient d\u00e9sormais \u00e0 Washington. C&rsquo;est le cas \u00e9galement du directeur de cabinet de Bachar al-Assad \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, Mohammed \u00ab\u00a0Abou Salim\u00a0\u00bb Daaboul, dont la petite-fille a demand\u00e9 l&rsquo;asile politique \u00e0 New-York en m\u00eame temps que son mari, un fils de l&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Information Mehdi Dakhallah. C&rsquo;est le cas encore de la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique de Bachar al-Assad, Bouthayna Chaaban, chef adjoint de la d\u00e9l\u00e9gation du r\u00e9gime \u00e0 Gen\u00e8ve 2, dont la fille, qui vit aujourd&rsquo;hui \u00e0 Tampa avec son mari, esp\u00e8re obtenir au plus vite la nationalit\u00e9 am\u00e9ricaine\u2026 pour en faire ult\u00e9rieurement b\u00e9n\u00e9ficier sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le 26 janvier, alors que les d\u00e9l\u00e9gations de l&rsquo;opposition et du r\u00e9gime s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9es de Montreux \u00e0 Gen\u00e8ve et avaient entam\u00e9 un difficile dialogue via le m\u00e9diateur arabe et international Lakhdar Brahimi, le journal Al-Arab rapportait que, \u00ab\u00a0craignant sa d\u00e9fection, Bachar al-Assad a plac\u00e9 la famille de Walid al-Moallem en r\u00e9sidence surveill\u00e9e\u00a0\u00bb. Selon une source r\u00e9put\u00e9e \u00ab\u00a0proche de la famille du ministre\u00a0\u00bb, cette mesure concernait une grande partie de sa parent\u00e8le, soumise \u00e0 des mesures s\u00e9v\u00e8res par les services de s\u00e9curit\u00e9. Ils avaient re\u00e7u des \u00ab\u00a0menaces indirectes\u00a0\u00bb de la part des accompagnateurs cens\u00e9s les prot\u00e9ger, qui leur avaient indiqu\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00ab\u00a0libres de se rendre o\u00f9 ils le voulaient, mais que, dans ce cas, aucune protection ne leur serait plus garantie\u00a0\u00bb et que\u00a0\u00bb les services comp\u00e9tents ne porteraient aucune responsabilit\u00e9 au cas o\u00f9 ils seraient confront\u00e9s \u00e0 des probl\u00e8mes\u00a0\u00bb. Ses parents avaient \u00e9videmment compris qu&rsquo;ils devaient, pour leur s\u00e9curit\u00e9 imm\u00e9diate, s&rsquo;abstenir de tout mouvement et renoncer \u00e0 \u00e9chapper au contr\u00f4le de leurs protecteurs. Inform\u00e9 de ce d\u00e9veloppement, Walid al-Moallem aurait refus\u00e9 de pr\u00e9sider la d\u00e9l\u00e9gation du r\u00e9gime, lors de la premi\u00e8re s\u00e9ance de dialogue directe, afin de manifester son m\u00e9contentement pour cette mesure de d\u00e9fiance \u00e0 son endroit.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que les tracasseries dont la famille al-Moallem est victime sont directement li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence actuelle, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Les autorit\u00e9s syriennes n&rsquo;ignorent pas que le chef de leur diplomatie a depuis quelque mois transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de son pays l&rsquo;essentiel de ses avoirs. Elles imaginent mieux que quiconque que cette op\u00e9ration, loin d&rsquo;\u00eatre une fin en soi, constitue le pr\u00e9lude \u00e0 un possible &#8211; si ce n&rsquo;est \u00e0 un probable\u2026 &#8211; abandon de la Syrie, au cas o\u00f9 les circonstances l&rsquo;exigeraient. Intervenant en temps ordinaire, une fuite de Walid al-Moallem serait aussi ais\u00e9ment surmontable que la d\u00e9fection de l&rsquo;ancien premier ministre Riyad Hijab, qui a fui son pays, le 6 ao\u00fbt 2012, soit deux mois jour pour jour apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;accepter la fonction de chef du gouvernement. En revanche, intervenant durant les n\u00e9gociations, la d\u00e9sertion du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res s&rsquo;apparenterait \u00e0 celle de l&rsquo;ancien porte-parole de son minist\u00e8re, Jihad Maqdisi, qui s&rsquo;est sauv\u00e9 de Syrie en d\u00e9cembre 2012 pour en finir avec une propagande officielle qu&rsquo;il \u00e9tait bien plac\u00e9 pour savoir totalement mensong\u00e8re. Elle serait surtout calamiteuse pour le discours du r\u00e9gime, qu&rsquo;il a longuement inflig\u00e9 aux d\u00e9l\u00e9gations r\u00e9unies \u00e0 Montreux comme il en avait re\u00e7u consigne, mais dont il confirmerait ainsi qu&rsquo;il ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>La suspicion permanente, y compris \u00e0 l&rsquo;endroit de ses serviteurs les plus z\u00e9l\u00e9s est l&rsquo;une des grandes caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me syrien. Dans le cas pr\u00e9sent, elle explique l&rsquo;inclusion de Hicham al-Qadi, un homme sans la moindre des qualit\u00e9s requises par des n\u00e9gociations, dans l&rsquo;\u00e9quipe dite \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb de la d\u00e9l\u00e9gation. Cet individu n&rsquo;est pas l\u00e0 uniquement pour servir celui auquel il doit tout. L&rsquo;entrainant dans son sillage, Walid al-Moallem a en effet permis \u00e0 celui qui n&rsquo;\u00e9tait au d\u00e9part que son chauffeur personnel de devenir d&rsquo;abord le tout puissant gestionnaire de l&rsquo;ambassade de Syrie aux Etats-Unis, puis de se comporter, lors de sa promotion \u00e0 la t\u00eate des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 Damas, en 2006, en v\u00e9ritable faiseur de rois. Hicham al-Qadi a en effet compens\u00e9 son manque d&rsquo;\u00e9ducation et de comp\u00e9tences diplomatiques par l&rsquo;\u00e9tablissement de relations de coop\u00e9ration \u00e9troite avec les services de renseignements. En d\u00e9cembre 2011, il avait ainsi achet\u00e9 pour leur compte les t\u00e9l\u00e9phones mobiles utilis\u00e9s par \u00ab\u00a0les terroristes\u00a0\u00bb lors des tout premiers attentats de Damas. Si c&rsquo;est Walid al-Moallem qui a \u00e9mis le souhait de l&rsquo;avoir encore une fois \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, les moukhabarat y ont d&rsquo;autant plus volontiers consenti qu&rsquo;ils savaient pouvoir compter sur lui pour suivre de pr\u00e8s les agissements, les propos, les contacts et les d\u00e9placements des membres des deux d\u00e9l\u00e9gations, la d\u00e9l\u00e9gation politique et la d\u00e9l\u00e9gation technique, et en premier lieu de son principal bienfaiteur.<\/p>\n<p>On pourrait faire les m\u00eames observations s&rsquo;agissant d&rsquo;Ahmed Nabil al-Kozbari, qui n&rsquo;aurait certainement pas acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e du Peuple, lors des l\u00e9gislatives du mois de mai 2012, sans le soutien jamais gratuit des services de renseignements. Il avait \u00e9t\u00e9 admis gr\u00e2ce \u00e0 eux sur une courte liste de trois membres, la liste Al-Fayha, dont les deux autres candidats\u2026 eux aussi \u00e9lus, bien \u00e9videmment, n&rsquo;\u00e9taient autres que les hommes d&rsquo;affaires Mohammed Hamcho, homme de paille de Maher al-Assad, et Samer al-Debs, ancien pr\u00e9sident de la Chambre d&rsquo;Industrie de la capitale et proche de Bachar al-Assad. Certes, Ahmed al-Kozbari est avocat. Mais il est surtout &#8211; et ceci explique sans doute cela &#8211; lointainement apparent\u00e9 \u00e0 Walid al-Moallem. Son fr\u00e8re Bassam est en effet mari\u00e9 \u00e0 la s\u0153ur de l&rsquo;\u00e9pouse du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res. En le pla\u00e7ant en t\u00eate de liste des membres de la \u00ab\u00a0d\u00e9l\u00e9gation technique\u00a0\u00bb, les responsables syriens ont voulu dissimuler sa v\u00e9ritable mission et faire croire que la repr\u00e9sentation populaire \u00e9tait d&rsquo;une certaine mani\u00e8re associ\u00e9e aux pourparlers avec l&rsquo;opposition.<\/p>\n<p>Toujours pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;esprit des hauts responsables de la s\u00e9curit\u00e9, la crainte de nouvelles d\u00e9fections a \u00e9t\u00e9 attis\u00e9e par la r\u00e9cente r\u00e9v\u00e9lation, par des responsables am\u00e9ricains, que \u00ab\u00a0les Etats-Unis ont re\u00e7u des messages de membres du r\u00e9gime syrien d\u00e9sireux de trouver une sortie\u00a0\u00bb \u00e0 la crise. Il s&rsquo;agirait, selon un porte-parole officiel du D\u00e9partement d&rsquo;Etat, \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du r\u00e9gime, parmi ses partisans, qui aspirent \u00e0 une solution pacifique\u00a0\u00bb. Il a fait mention de \u00ab\u00a0messages nombreux et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de personnes qui, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, veulent un moyen d&rsquo;en sortir\u00a0\u00bb. Et il a rappel\u00e9 que, par crainte de provoquer un surcro\u00eet de m\u00e9contentement au sein de la base sociale \u00e0 laquelle le r\u00e9gime fait appel en priorit\u00e9 pour la r\u00e9pression, c&rsquo;est-\u00e0-dire la communaut\u00e9 alaouite, celui-ci retarde d\u00e9sormais au maximum la restitution des cadavres des soldats, agents des services de renseignements, chabbiha et autres mercenaires, tomb\u00e9s au combat. Leurs fun\u00e9railles, parfois, offrent l&rsquo;opportunit\u00e9 \u00e0 la population de manifester sa r\u00e9probation pour la strat\u00e9gie du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Certes, tous les d\u00e9serteurs n&#8217;emportent pas avec aux autant de bombes m\u00e9diatiques que le surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0C\u00e9sar\u00a0\u00bb. Publi\u00e9es le m\u00eame jour que l&rsquo;entretien de Bachar al-Assad \u00e0 l&rsquo;AFP, les r\u00e9v\u00e9lations de ce policier, document\u00e9es par les photos de 11 000 d\u00e9tenus tortur\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la mort dans la prison \u00e0 laquelle il avait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9, ont permis \u00e0 la communaut\u00e9 internationale de constater que le \u00ab\u00a0timide fils \u00e0 papa\u00a0\u00bb \u00e9tait devenu le \u00ab\u00a0boucher de Damas\u00a0\u00bb et que la Syrie de Bachar al-Assad restait bien \u00ab\u00a0l&rsquo;Etat de barbarie\u00a0\u00bb dont la d\u00e9nonciation a jadis co\u00fbt\u00e9 la vie au chercheur Michel Seurat. Elles ont aussi apport\u00e9 de l&rsquo;eau au moulin de la d\u00e9l\u00e9gation de l&rsquo;opposition \u00e0 Montreux dans sa d\u00e9nonciation de la violence d&rsquo;un r\u00e9gime pr\u00eat \u00e0 tout pour se maintenir, quoi qu&rsquo;il en soit de la volont\u00e9 des Syriens.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, les secrets que Walid al-Moallem pourrait emporter avec lui, au cas o\u00f9 il aurait le courage de prendre ses distances avec le syst\u00e8me qu&rsquo;il sert sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me depuis un demi-si\u00e8cle, sont des secrets de polichinelle. L&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 n&rsquo;ayant jamais compt\u00e9 parmi les conseillers de Bachar al-Assad et encore moins parmi les d\u00e9cideurs, il ne pourrait que confirmer ce que constatent d\u00e9j\u00e0, \u00e0 Gen\u00e8ve, ceux qui n&rsquo;ont pas la m\u00e9moire des lassantes n\u00e9gociations de paix entre Syriens et Isra\u00e9liens : que le r\u00e9gime ne n\u00e9gocie pas pour aboutir et trouver des solutions, et qu&rsquo;il ne prend pas des engagements pour les mettre en oeuvre, mais pour faire durer les choses et gagner le maximum de temps.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2014\/01\/28\/la-delegation-du-regime-a-geneve-sous-haute-surveillance-par-crainte-des-defections\/#more-7797\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite \u00e0 la victoire remport\u00e9 par la diplomatie russe sur le bellicisme de la France et des Etats-Unis, au lendemain de \u00ab\u00a0l&rsquo;attaque chimique de trop\u00a0\u00bb du 21 ao\u00fbt 2013 sur la Ghouta de Damas, Bachar al-Assad avait donn\u00e9 pour consigne \u00e0 sa propagande de reprendre partout et sur tous les tons le refrain connu :<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-137105","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137105"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137105\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=137105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=137105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}