{"id":136223,"date":"2013-12-30T21:54:15","date_gmt":"2013-12-30T20:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-parti-baath-syrien-victime-consentante-de-son-instrumentalisation-par-les-militaires-3-4\/"},"modified":"2024-01-23T13:38:44","modified_gmt":"2024-01-23T12:38:44","slug":"le-parti-baath-syrien-victime-consentante-de-son-instrumentalisation-par-les-militaires-3-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-parti-baath-syrien-victime-consentante-de-son-instrumentalisation-par-les-militaires-3-4\/","title":{"rendered":"Le parti Baath syrien, victime consentante de son instrumentalisation par les militaires (3\/4)"},"content":{"rendered":"<p>Le parti Baath syrien, victime consentante de son instrumentalisation par les militaires (3\/4)<\/p>\n<p>Cet article se propose d&rsquo;expliquer les raisons du silence et de la discr\u00e9tion dans lesquels le parti Baath, nagu\u00e8re encore \u00ab\u00a0parti dirigeant de l&rsquo;Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb en Syrie, semble se terrer depuis le d\u00e9but du soul\u00e8vement populaire. Il montrera, en rappelant dans quelles conditions le Baath a acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir, en 1963, que ce mutisme est en quelque sorte impos\u00e9 \u00e0 ses dirigeants civils par leurs camarades militaires, dont le poids dans la d\u00e9cision l&#8217;emporte sur le leur. Il montrera comment, parvenu au sommet du parti et de l&rsquo;Etat en raison de son appartenance \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, Hafez al-Assad s&rsquo;est d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du Baath et l&rsquo;a r\u00e9duit, quand il n&rsquo;en a plus eu besoin, au r\u00f4le d&rsquo;auxiliaire des services de renseignements. Il montrera enfin que, n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 baathiste avant de devenir le plus haut responsable du parti, comme il a acc\u00e9d\u00e9 au plus haut grade de l&rsquo;arm\u00e9e pour en devenir le chef cinq ans seulement apr\u00e8s le d\u00e9but de sa formation militaire, Bachar al-Assad \u00e9prouve pour le parti qu&rsquo;il dirige les m\u00eames sentiments que son p\u00e8re. <\/p>\n<p><img4283|center><\/p>\n<p>L&rsquo;absence et le silence du Baath, lors du d\u00e9clenchement de la contestation, \u00e0 la mi-mars 2011, confirment, soit qu&rsquo;il n&rsquo;a rien \u00e0 dire, soit que les v\u00e9ritables d\u00e9tenteurs du pouvoir, dont il ne fait pas partie, n&rsquo;entendent pas le laisser s&rsquo;exprimer. Ils pr\u00e9f\u00e8rent en effet r\u00e9gler le d\u00e9fi qui se pose \u00e0 eux conform\u00e9ment \u00e0 leur pente naturelle, violente et r\u00e9pressive, de mani\u00e8re \u00e0 emp\u00eacher quiconque de penser qu&rsquo;il y aurait place pour le dialogue et la politique avant l&rsquo;an\u00e9antissement de la r\u00e9volution et l&rsquo;\u00e9radication des r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>La marginalisation du parti Baath appara\u00eet au grand jour moins d&rsquo;une semaine apr\u00e8s l&rsquo;explosion de col\u00e8re de Daraa, le 18 mars 2011. Le 24 mars, Bouthayna Chaaban est charg\u00e9e de pr\u00e9parer les esprits \u00e0 la premi\u00e8re intervention publique de Bachar al-Assad dont elle est la conseill\u00e8re politique. Elle d\u00e9voile, au cours d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse, les d\u00e9cisions que vient de prendre, selon elle, la \u00ab\u00a0direction politique\u00a0\u00bb du pays. Il s&rsquo;agit pour la plupart de d\u00e9cisions \u00e9conomiques : augmentation imm\u00e9diate des salaires et des pensions, am\u00e9lioration de l&rsquo;approvisionnement des coop\u00e9ratives d&rsquo;achat, cr\u00e9ation d&#8217;emplois&#8230; Mais d&rsquo;autres mesures, politiques ou s\u00e9curitaires &#8211; abolition de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence, \u00e9laboration d&rsquo;une loi antiterroriste de substitution, pr\u00e9paration d&rsquo;une loi sur les partis politiques, modification de la loi sur l&rsquo;Information, amendement du d\u00e9cret 49 sur les r\u00e9gions frontali\u00e8res, renforcement des pouvoirs de la Justice, interdictions des arrestations arbitraires\u2026 -, ne peuvent de toute \u00e9vidence avoir \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es par la direction du parti, qui, les Syriens le savent, n&rsquo;a pas son mot \u00e0 dire dans ce genre de domaine.<\/p>\n<p>La poursuite de la r\u00e9pression durant l&rsquo;intervention path\u00e9tique de Bachar al-Assad, le 30 mars, devant l&rsquo;Assembl\u00e9e du Peuple, confirme que le Commandement r\u00e9gional, la plus haute instance politique du parti, ne joue et ne jouera aucun r\u00f4le dans la crise que le chef de l&rsquo;Etat a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9gler \u00ab\u00a0\u00e0 la mani\u00e8re de son p\u00e8re\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire par la force et sans pr\u00eater l&rsquo;oreille, ni aux revendications de la population, ni aux recommandations de ses camarades de la direction du Baath. Il lui suffit d&rsquo;entendre ce que lui conseille son entourage militaire et s\u00e9curitaire, et de trouver dans la masse des militants du parti &#8211; il revendique alors plus de 2 millions d&rsquo;adh\u00e9rents &#8211; quelques dizaines de milliers d&rsquo;hommes et de femmes pr\u00eats \u00e0 aider les forces de s\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9pression des manifestations, dans le rep\u00e9rage des leaders de la contestation et dans la d\u00e9nonciation de ceux qui, dans les administrations, apportent secr\u00e8tement leur soutien \u00e0 la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes exp\u00e9ditives du r\u00e9gime dans les villes et les r\u00e9gions qui rejoignent les unes apr\u00e8s les autres le mouvement de protestation contraignent les baathistes \u00e0 choisir leur camp. Il n&rsquo;est pas surprenant que les premiers d\u00e9put\u00e9s \u00e0 annoncer leur d\u00e9mission de l&rsquo;Assembl\u00e9e du Peuple soient des repr\u00e9sentants de Daraa. Il est compr\u00e9hensible que des centaines de militants de Daraa, puis de Banias, d\u00e9clarent \u00ab\u00a0rendre leur carte\u00a0\u00bb par solidarit\u00e9 avec leurs familles dans ces villes assi\u00e9g\u00e9es et bombard\u00e9es. M\u00eame Farouq al-Chareh, de retour de sa ville natale de Sanama\u00efn, dans le gouvernorat de Daraa, se plaint au chef de l&rsquo;Etat des r\u00e9sultats contre-productifs et dangereux de sa politique r\u00e9pressive. Mais il n&rsquo;est pas entendu. D&rsquo;ailleurs, bien que vice-pr\u00e9sident, il ne si\u00e8ge pas au sein de la Cellule de Gestion de Crise mise en place au cours du mois d&rsquo;avril 2011. Les seuls membres du Commandement r\u00e9gional \u00e0 en faire partie ont tous un pass\u00e9 militaire ou s\u00e9curitaire. Mohammed Sa\u00efd Bakhitan, qui pr\u00e9side cette cellule en tant que secr\u00e9taire r\u00e9gional adjoint, est un ancien directeur de la S\u00e9curit\u00e9 criminelle \u00e0 Damas. Hassan Turkmani, qui le remplacera 6 mois plus tard, est un ancien chef d&rsquo;\u00e9tat-major et un ancien ministre de la D\u00e9fense. Quant \u00e0 Hicham Bakhtiyar, qui d\u00e9c\u00e9dera comme le g\u00e9n\u00e9ral Turkmani dans l&rsquo;explosion du Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 nationale, le 18 juillet 2012, il a \u00e9t\u00e9 directeur g\u00e9n\u00e9ral des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>Le Commandement r\u00e9gional ne se consid\u00e8re pas pour autant associ\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision. Pr\u00e9occup\u00e9s par le trouble de la base et la multiplication des d\u00e9missions, ses membres civils tentent de faire comprendre au chef de l&rsquo;Etat qu&rsquo;il se fourvoie et que la strat\u00e9gie du tout r\u00e9pressif qu&rsquo;il met en \u0153uvre se retourne d\u00e9j\u00e0 contre leur parti. Contraints de choisir entre leur adh\u00e9sion au Baath et leurs attaches familiales et communautaires, ses militants n&rsquo;h\u00e9sitent pas longtemps avant de \u00ab\u00a0d\u00e9serter\u00a0\u00bb politiquement. Mais leurs remarques ne servent \u00e0 rien.<\/p>\n<p>&#8211; En juillet 2012, au cours d&rsquo;une r\u00e9union tenue imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&rsquo;explosion \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 nationale, le Commandement r\u00e9gional s&rsquo;accorde sur le fait que \u00ab\u00a0la solution s\u00e9curitaire n&rsquo;est ni logique, ni objective, et ne provoquera qu&rsquo;un surcroit de destruction\u00a0\u00bb. Mais il se heurte \u00e0 Bachar al-Assad qui \u00ab\u00a0refuse absolument toute forme de dialogue avec l&rsquo;opposition, aussi bien de l&rsquo;int\u00e9rieur que de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Quelques mois plus tard, lors d&rsquo;une r\u00e9union pr\u00e9sid\u00e9e par leur secr\u00e9taire r\u00e9gional, fin octobre 2012, les membres du Commandement l&rsquo;informent \u00e0 nouveau qu&rsquo;ils se sont mis d&rsquo;accord sur un certain nombre de points qui provoquent aussit\u00f4t sa fureur. En r\u00e9ponse \u00e0 ses camarades qui d\u00e9noncent encore une fois  \u00ab\u00a0l&rsquo;inutilit\u00e9 de la solution s\u00e9curitaire, qui ne contribue qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9truire davantage le pays et \u00e0 accro\u00eetre l&rsquo;instabilit\u00e9\u00a0\u00bb, et qui souhaitent \u00ab\u00a0le lancement d&rsquo;un dialogue s\u00e9rieux avec l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb, le chef de l&rsquo;Etat affirme qu&rsquo;il n&rsquo;entamera \u00ab\u00a0aucun dialogue avant d&rsquo;avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 la totalit\u00e9 du territoire national\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Finalement, m\u00e9content du manque de soutien du Commandement r\u00e9gional et pour pouvoir continuer \u00e0 g\u00e9rer la crise comme il l&rsquo;entend, Bachar al-Assad organise, le 8 juillet 2013, un simulacre de congr\u00e8s r\u00e9gional. Au lieu des quelque 1200 participants habituels, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des militants de la base, civils et militaires, qu&rsquo;il est impossible de r\u00e9unir dans les circonstances de l&rsquo;heure, le congr\u00e8s regroupera uniquement, dans un lieu tenu secret, autour du Commandement r\u00e9gional et du Comit\u00e9 central de 90 membres, les ministres, les gouverneurs, les secr\u00e9taires des branches du parti, les chefs des organisations populaires et ceux des syndicats professionnels. Il s&rsquo;agit uniquement, on l&rsquo;aura compris, de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;appareil du Baath.<\/p>\n<p>Affectant de consid\u00e9rer que l&rsquo;ancienne direction est solidairement responsable de la crise dans laquelle la Syrie se d\u00e9bat depuis plus de 2 ans, et feignant d&rsquo;imputer \u00e0 son manque de combativit\u00e9 contre la corruption la fuite de tr\u00e8s nombreux militants, Bachar al-Assad renouvelle dans sa totalit\u00e9 le Commandement r\u00e9gional. Il impose une nouvelle direction plus souple et plus ouverte \u00e0 la solution militaro-s\u00e9curitaire qu&rsquo;il met en \u0153uvre. Signe de l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 qu&rsquo;il veut entretenir entre le Commandement r\u00e9gional et la gestion de la crise, il n&rsquo;inclut pour la premi\u00e8re fois aucun officier de l&rsquo;arm\u00e9e ou des services de s\u00e9curit\u00e9 dans ce nouveau Commandement. Celui-ci r\u00e9unit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de responsables habitu\u00e9s \u00e0 coop\u00e9rer de longue date avec les Services de s\u00e9curit\u00e9 &#8211; Mohammed Chaaban Azouz, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des Travailleurs, et Ammar al-Saati, un proche de Maher al-Assad qui pr\u00e9side l&rsquo;Union des Etudiants et qui n&rsquo;a pas attendu le d\u00e9but du soul\u00e8vement pour faire des membres de son syndicat des auxiliaires z\u00e9l\u00e9s des moukhabarat\u2026 &#8211; des personnalit\u00e9s totalement acquises \u00e0 sa personne &#8211; comme Yousef al-Ahmad, le tr\u00e8s grossier ambassadeur de Syrie en Egypte et aupr\u00e8s de la Ligue arabe, par ailleurs mari\u00e9 \u00e0 une femme de la famille al-Assad &#8211; et, encore une fois, de parfaits inconnus dont la long\u00e9vit\u00e9 ne tiendra qu&rsquo;\u00e0 leur parfaite soumission aux ordres et directives des d\u00e9cideurs de l&rsquo;ombre\u2026 Leur mission prioritaire commune sera de remobiliser les troupes, au moins dans les r\u00e9gions et dans les villes n&rsquo;ayant pas encore \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>L&rsquo;absent le plus illustre de ce nouveau Commandement est \u00e9videmment le vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Farouq al-Chareh. Sa disgr\u00e2ce ne va pas jusqu&rsquo;\u00e0 le priver de sa fonction. Apr\u00e8s tout, aussi longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas d\u00e9missionn\u00e9 et pris de lui m\u00eame ses distances, avec les risques li\u00e9s \u00e0 ce genre de d\u00e9cision pour lui-m\u00eame et sa famille, il restera la caution sunnite du r\u00e9gime. Par ailleurs, son expertise de 22 ans dans les relations internationales pourrait encore \u00eatre utile dans la perspective de la conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve 2. Mais sa mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart ne constitue pas une surprise : d\u00e8s le d\u00e9but, il s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 comme il l&rsquo;a pu contre l&rsquo;option du tout-s\u00e9curitaire, et, depuis plusieurs mois, il s&rsquo;abstient de participer aux r\u00e9unions du Commandement r\u00e9gional lorsque Bachar en est lui-m\u00eame absent, estimant qu&rsquo;il s&rsquo;agit alors d&rsquo;une \u00ab\u00a0perte de temps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2013\/12\/26\/le-parti-baath-syrien-victime-consentante-de-son-instrumentalisation-par-les-militaires-34\/#more-7565\">Syrie Blog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le parti Baath syrien, victime consentante de son instrumentalisation par les militaires (3\/4) Cet article se propose d&rsquo;expliquer les raisons du silence et de la discr\u00e9tion dans lesquels le parti Baath, nagu\u00e8re encore \u00ab\u00a0parti dirigeant de l&rsquo;Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb en Syrie, semble se terrer depuis le d\u00e9but du soul\u00e8vement populaire. 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